Merci mille fois pour vos compliments & vos reviews adorables, je souris tellement lorsque je les lis que l'on croirai que j'ai subi un lifting. Franchement, vous ne vous imaginez pas à quel point cela encourage un auteur de recevoir autant de retours appréciateurs et de soutiens. Moi, pour vous remercier, j'essaie de me surpasser de chapitre en chapitre – c'est le moins que je puisse faire, non ?

Ciao ciao,

IACB.


Élixir mortel

Je te bois déraisonnablement

Tes lèvres ont un goût de sang

Ma soif est éternelle

Beauté foudroyante

Devant laquelle mon cœur n'a put se dérober

Je suis ton esclave, je suis à tes pieds

Ô toi ma muse, mon Astre, toi mon amante ...

Draco relut les quelques lignes qu'il venait d'inscrire sur le papier aquarelle de son bloc note puis déchira furieusement la feuille et la roula en boule avant de la jeter sur le sol déjà jonché de brouillons. Il se gratta nerveusement la nuque et, ayant oublié le mégot qu'il tenait à la main, se brûla le cou au passage. Le reste de la Marlboro fut écrasé sur le cendrier déjà plein. Draco parcouru la surface encombrée de son bureau de ses yeux injectés de sang puis attrapa la tasse de café posé sur le volume des « Fleurs du Mal » de Baudelaire et but d'une traite le reste de corsé sans sucre tiède avant de reprendre son stylo pour se pencher sur son bloc-note. Derrière lui, allongée en tenue d'Ève sur le grand lit baldaquin, la couverture rabattue sur les jambes et ses longs cheveux formant une couronne tout autour de sa tête, Astoria était assoupie.

Resserre cette chaîne autour de mon cou

Fais-de moi l'objet de tes caprices

Transforme ma souffrance en délice

Vivre d'amour et d'eau fraîche nous rendra fous

Sommes-nous donc en train de nous perdre ?

Tu détournes les yeux, tu me fuis

Réponds-moi ! …

Draco arracha rageusement son ébauche qu'il scinda en de multiples morceaux avant de faire pleuvoir le tout sur la moquette de la chambre. Ses mains tremblaient à cause des palpitations de caféine. Il se passa nerveusement la main sur le crane et resta un moment à fixer devant lui, ses paumes l'une contre l'autre postée juste devant son nez comme s'il priait. Il avait envie d'exprimer quelque chose, un concentré de sentiments qui le tiraillaient au plus profond de son être, mais lorsqu'il couchait ses pensées à l'écrit, il les trouvaient totalement plates et sans saveurs. Et ça le frustrait comme jamais. Il poussa un profond soupir puis se redressa, à la recherche de son paquet de cigarette. Qu'il trouva vide. Problématique. Il était toujours meilleur lorsque son esprit était ailleurs. Il se retourna. Astoria était redressée sur le lit, affairée à répartir également les lignes de poudreuses sur la petite plaquette de verre. Son bras gauche servait d'appuis sur le matelas et ses boucles tombaient sur sa poitrine, cachant sa semi-nudité. Ses gestes étaient lents, éthérés et graciles. Ses longs cils noirs battaient en rythme, ses yeux baissés concentrés sur son œuvre. Puis, après être sûre d'avoir tout bien réparti, elle attrapa sur la table de chevet le billet de banque roulé en tube, se pencha vers la plaquette, sa chevelure se rabattant sur son épaule gauche et chatouillant les draps de soie du lit, et aspira tout le premier rail d'un trait. Elle releva sa tête vers le plafond, les yeux fermés, et poussa un soupir de contentement en appuyant sur son nez deux ou trois fois puis elle ouvrit les yeux sur le regard enflammé de Draco. Ce-dernier délaissa immédiatement son bureau et vint s'assoir à côté d'elle, son bloc-note sous son bras. Il se pencha lui-aussi vers la plaquette et prit la première ligne. Il inspira ensuite longuement par le nez en se redressant, se sentant déjà presque partir, puis il reprit le billet et aspira un autre rail encore. Il se laissa tomber sur le matelas, totalement plongé dans un second état. Son stylo était dans sa main, Astoria était sur lui. Les idées fusaient à présent librement dans sa tête à vitesse grand V. Il chercha à tâtons son bloc-note et il se mit à écrire sans pouvoir s'arrêter. Il tournait précipitamment les pages, comme si chaque mot qui s'alignait dans son cerveau pouvait à tout moment disparaître. L'inspiration semblait intarissable.

Puis la double dose cocaïne prit entièrement le dessus sur lui et, cloué les yeux ouvert sur le lit, il se laissa complètement aller une bonne fois pour toute.


Astoria ouvrit lentement les yeux. A en juger le soleil qui tapait derrière les stores toujours clos, ils devaient être en plein après-midi. Un jour ou deux avaient peut-être passé ; qui sait ?

Elle se redressa lentement, sentant encore des restes de poudreuses dans son cerveau embrumé. Ses pieds se frayèrent prudemment un chemin parmi l'amoncellement de boules de papiers peuplant le sol puis butèrent contre quelque chose d'assez dur. Le carnet entrouvert de Draco. Astoria le contempla longuement. L'écriture était penchée, hâtive, presque illisible. Elle se pencha vers le sol et cueilli l'énorme bloc-note du bout des doigts et lut la page sur laquelle le livre s'était ouvert. La dernière page. Il n'y était inscrit qu'une simple petite phrase.

Aimez mourir !... Tant qu'il s'agit de mourir d'aimer. Comme les diamants, les Amours Pures ne sont-elles pas éternelles ? ⁽¹⁾


[1 MOIS PLUS TARD]

« Levez les bras, s'il vous plaît. »

Hermione s'exécuta. Elle suivit des yeux Mme Guipure enrouler le mètre autour de son ventre puis prendre son tour de poitrine, ses yeux plissés derrière ses lunettes en demi-lune, ses lèvres pincées peintes en rouge vermillon. Ses cheveux roux flamboyant – Hermione soupçonnait une teinture – étaient tirés en un chignon coquet et elle portait un pantalon cintré gris perle marié avec une chemise trois-quart blanche et un collier à perles opale. Hermione devait bien avouer qu'en dépit de son insupportable air hautain, la patronne de la grande boutique de haute couture du Chemin des Traverses savait manier l'élégance. Heureusement, d'ailleurs.

« Tournez-vous maintenant. »

Hermione obtempéra une fois encore et la couturière effectua des mesures sur son dos, ses épaules et sa colonne vertébrale. Elles se trouvaient dans l'atelier de l'arrière-boutique de Madame Guipure, là où cette-dernière confectionnait les vêtements sur-mesure. La pièce était en fait un grand standing situé au quatrième étage du magasin éclairé par une gigantesque baie vitrée donnant sur le Chemin des Traverses grouillant de mondes. Les autres murs étaient soit tapissés de modèles de patrons à coudre, soit d'énormes rouleaux de tissus tout textiles, soit de clichés représentant de grandes célébrités que Madame Guipure avait habillé pour de grandes cérémonies. Vers la gauche de la salle, cinq couturières étaient affairées à leurs ouvrages, dos aux fenêtres, les yeux braqués sur leurs machines à coudre.

« Bien ! » fit Madame Guipure en se relevant du tabouret sur lequel elle s'était assise pour prendre les mesures d'Hermione. « J'ai fini jeune fille. »

Draco se retourna de la photographie qu'il regardait sur le mur, les yeux vagues, les sourcils légèrement froncés. Il s'ébouriffa les cheveux en se recentrant sur Madame Guipure qui rangeant son mètre autour de son long cou d'autruche.

« Ah ? Déjà ? » s'étonna-t-il.

« Ce genre de chose ne prend pas beaucoup de temps en général. Bien. Voulez-vous que nous nous asseyions pour discuter plus tranquillement ? » leur demanda-t-elle en désignant l'autre côté de la salle où se trouvait un mini-boudoir consistant en une ronde de quatre grand fauteuil Louis XIV autour d'une table basse en verre où trônaient en éventail les derniers numéro de Guipure Outlook.

« Je ne dirais pas non. »

Hermione suivit les deux adultes jusqu'à l'endroit en question et s'assit à la place que Draco lui indiqua du regard.

« Vous désirez de quoi boire, grignoter..? » s'enquit Madame Guipure en regardant Draco – et il était clair qu'elle ne s'adressait qu'à lui.

« Ça ira. »

« Eh bien moi, une cigarette ne serait pas de refus. Martha ! » hurla-t-elle alors à l'intention d'une des couturière. « Apporte-moi mes Lucky Strike, pronto ! »

La dénommée Martha stoppa net toute activité et courut chercher le sac à main de sa patronne qu'elle lui apporta.

« J'ai dis : mes cigarettes, sombre idiote ! Pas mon sac à main ! » siffla-t-elle. « Donne-moi ça, espèce d'arriérée mentale ! » rugit-elle en lui arrachant son sac des mains tandis que Martha fouillait dedans pour lui donner le paquet.

Hermione lança un regard effaré à la pauvre victime qu'était l'assistante de Madame Guipure puis à Draco. Celui-ci était callé dans son siège et regardait tranquillement les allers et venues du Chemin des Traverses, totalement désintéressé. Il déclina néanmoins avec un sourire poli lorsque Madame Guipure lui présenta le paquet de cigarettes pour qu'il se serve.

« Je ne fume plus. »

« Mon Dieu, comme j'aimerais être comme toi...Moi, ces incapables me poussent tellement à bout chaque heure que Dieu me donne à vivre que je ne peux m'empêcher de finir un paquet par jour. » soupira Madame Guipure avant d'allumer sa cigarette et de rejeter une longue volute grise de fumée. « Tiens, repose-le là où il était et gare à toi si tu le fais tomber ne serais-ce qu'une seule fois. » menaça-t-elle en tendant négligemment son sac à main à sa couturière.

Elle porta à nouveau sa cigarette à sa bouche, du bout de ses doigts, puis, croisant les jambes, les coudes sur les accoudoirs confortables de son fauteuil, elle adressa un sourire éclatant au chorégraphe.

« A nous ! Explique-moi le concept. »

« Willemina, tu sais que si je te prends toujours comme costumière, c'est parce que tu sais toujours interpréter sur tissu précisément ce qui se trame dans mon imagination. »

« Accouche, mon chou. »

Draco se redressa et noua ses mains entre elles puis ancra ses yeux dans ceux de la couturière qui parut si hypnotisée à la seconde qu'elle ne sembla pas remarquer la cendre qui coulait librement sur le parquet.

« Cette fois-ci, je veux quatre robes, toutes aussi différentes les unes que les autres... »

« Comment les veux-tu ? »

« J'y viens, j'y viens...donc, je veux quatre robes différentes. Je veux aussi des accessoires, mais c'est secondaire, nous verrons tout cela après. Mon ballet est entrecoupé en quatre phases et chacune des robes représentera la transition du personnage. La première, je la veux blanche. Toute blanche, aucun artifice, simple, inaltéré. La seconde, je... »

« Dray, mon chou, excuse-moi une toute petite seconde...Martha ! Ramène-toi par ici avec de quoi écrire et que je n'ai pas à le répéter ! »

Draco ferma brièvement les yeux, assez frustré d'avoir été coupé dans son élan, et se redressa dans son siège en serrant des lèvres. Il tourna brièvement la tête vers Hermione. Cette-dernière fixait avec pitié Martha courir vers Madame Guipure avec un lot de feuille et tout un bocal de stylos. Sentant le regard du chorégraphe, elle détourna les yeux vers lui et lui rendit son regard sans faiblir.

« Ok...je note juste ce que tu viens de me dire...quatre robes : 1) robe blanche simple...ok. Continuons. »

« Je reviendrais sur chaque robe après. Là, je te fais juste une vue d'ensemble afin que tu ne t'y perde pas. »

« Je suis toute ouïe. »

« Je disais donc : la seconde robe, je la veux blanc cassé par contre. Blanc cassé avec quelques ornements – nous verrons lesquels au fur et à mesure – mais pas beaucoup. Je vois ensuite une robe grise pour le troisième acte. Grise avec une couture assez floue et indécise. Comme si ce n'était qu'une ébauche. »

« Grise ? » répéta Madame Guipure en s'arrêtant d'écrire, intriguée. « Comment peux-tu passer du blanc au gris ? »

« Je sais ce que je fais Willemina. Cette robe là doit être grise. »

Cette-dernière détailla Hermione des pieds à la tête comme pour déterminer quelle allure elle aurait en portant un tutu gris puis haussa des épaules en revenant à ses notes.

« Va pour la robe grise dans ce cas. Tu es le chef. Quelle sera la couleur de la dernière robe dans ce cas ? »

« Rouge. Rouge sang. Elle sera courte, coupée en bustier, et aura beaucoup de dentelle sur les volants. Je veux qu'elle soit provocante et qu'elle donne à la danseuse une prestance, une véritable emprise sur les spectateurs. Je veux que lorsque l'on apercevra cette robe, on soit immédiatement hypnotisé par la danseuse. »

Willemina le regarda pensivement, hochant la tête, un sourire au lèvres.

« Et tu sais quoi ? J'ai un petit accessoire qui siérait à merveille avec ce costume et qui pourrait faire ton bonheur... Ne bouge pas une seule seconde ! »

Et elle trotta en direction de l'étage du bas. Hermione, qui jusque là n'avait fait figure que de décoration, se permit alors de prendre la parole :

« Comment aurais-je le temps de me changer chaque scène ? J'ai tout de même quatre costumes à porter et je n'aurais... »

« Il y a toujours des transitions d'au moins dix minutes entre chaque phase dans lesquels tu as amplement le temps de passer d'un habillement à un autre. C'est pour cela que le reste de la troupe sert. Pour assurer le fond, les ensembles et les transitions. Mais...j'ai comme la vague impression de me répéter. » soupira-t-il en lui coulant un regard agacé.

Hermione se tassa dans son siège tandis qu'au même moment, Willemina remontait les escaliers avec une boîte à chaussure dans les mains, toute excitée.

« Dis-moi ce que tu pense de cette trouvaille... » fit-elle en posant précautionneusement la boîte sur la table avant de l'ouvrir lentement du côté de Draco.

Le couvercle soulevé de la boîte dévoila tout un amoncellement de dentelles multicolores entremêlées ensemble. Madame Guipure se mit alors à fouiller dans le tas et ressorti une longue bandelette de dentelle rouge vive. Draco haussa lentement des sourcils, ne voyant pas où elle voulait en venir.

« Que va-t-on faire avec ça ? Le coller à la robe ? »

Willemina chassa sa remarque sarcastique d'un geste et fit signe à Hermione de s'approcher. Cette-dernière se tourna brièvement vers Draco qui lui indiqua d'obtempérer, curieux de voir ce que Madame Guipure allait accomplir comme miracle. Le résultat le fit tout de même se redresser. Willemina mit la banderole dentelée sur les yeux d'Hermione et la noua à l'arrière de sa tête. Hermione sentit comme un courant glacé la parcourir lorsqu'elle réalisa ce que faisait la couturière.

Elle était masquée comme cette Hermione hallucinatoire qu'elle avait vue dans son reflet, plus d'un mois auparavant, et qui revenait certaines nuits la hanter. C'était comme un cauchemar, une vision terrible qui se réalisait peu à peu.

Elle ne fit cependant aucun geste pour arrêter Madame Guipure et tourna la tête vers Draco, les lèvres tremblantes. Ce-dernier fixait la jeune danseuse voilée, comme fasciné. Il se permit même de toucher le bout du nœud brodé rouge sang en secouant lentement la tête. Puis sa main remonta la bandelette dentelée jusqu'au cheveux d'Hermione qu'il survola pour arriver devant ses yeux. Là, sa main resta en suspens puis revint se percher sagement sur l'accoudoir de sa chaise. Un sourire satisfait s'étira sur les lèvres de Draco.

« Willemina, c'est parce que nos deux esprits sont connectés que je t'admire. Réserve-moi cet accessoire, il est hors de question que le ballet ne se fasse sans lui. »

Hermione fut soulagée – le mot même était faible – de se retrouver les yeux à découvert. Elle se hâta de se poster au garde-à-vous dans son fauteuil jusqu'à la fin du rendez-vous. Il fut encore question d'accessoires, puis encore de dentelles, puis de soie, de résille, de strass, de voile...bien qu'Hermione soit censée revêtir tout cela lors de la représentation finale, elle se sentit presque étrangère à la conversation.

Il faisait assez beau dehors. Elle regarda le flot de personnes cheminer sur le grand passage marchand. Son regard accrocha deux filles, ayant à peu près le même âge qu'elle, qui descendaient la rue, bras-dessus bras-dessous, et riaient à gorge déployé, des sacs de vêtements encombrant leurs mains libres. Hermione se surprit à les envier.

Depuis presque deux mois, elle travaillait comme une acharnée sur ce ballet et n'avait eu aucun jour de repos, sinon chaque dimanche après-midi – où elle en profitait pour améliorer ses pas. Ils abordaient actuellement la troisième partie d' « Amours Pures » et Hermione, en plus des sept heures de répétitions par jour, se voyait obligée de s'entraîner trois heures de plus chaque soir pour maintenir son avance sur Chang. En plus de cela, elle devait s'avérer à la hauteur à chaque cours afin que le chorégraphe ne revienne pas une énième fois sur sa décision. Autrement dit, elle avait une énorme pression sur les épaules qu'elle ne savait pas comment évacuer sinon en travaillant plus pour récolter plus et maintenir fermement sa place de danseuse principale. Quelque fois, elle rentrait même à minuit passé chez elle et débarquait le lendemain en salle de répétition totalement lessivée. Mais il fallait danser, il fallait satisfaire Malfoy, il fallait garder sa place. De plus, elle suivait un régime très stricte afin de maintenir sa ligne. Draco, comme toujours, avait eu raison. Ses gestes étaient plus légers et plus fluides avec quelques kilos en moins. La vie n'était donc pas de tout repos pour la talentueuse ballerine de haut-niveau.

Et il y avait ces deux filles, souriantes, insouciantes, qui passaient juste en-dessous d'elle.

Hermione eut, pendant une fraction de secondes, envie d'échanger de vie avec elle. C'est vrai ! Leur seul souci du moment consistait à ne pas dépasser le plafond de leurs cartes bleues et rentrer suffisamment tôt chez elle. Mais ce ne fut que pendant une petite fraction de seconde. Car, au fond, Hermione ne se plaignait pas tellement de ce qui lui arrivait. Elle savait que Malfoy la faisait travailler dur, qu'elle devait donner même plus que le meilleur d'elle-même chaque jour, qu'elle n'avait aucun répit à aucun moment...mais que cela allait payer lorsque le public les ovationneraient.

Chaque ballet de Malfoy était ovationné.

« Willemina, comme toujours, ce fut un plaisir de travailler avec toi ! »

Cette-dernière se pencha pour saluer Malfoy sans que leurs joues ne se touchent, embrassant l'air juste à côté d'eux.

« Mon chou, tu sais que tu es toujours le bienvenu ici. » roucoula-t-elle.

Hermione adressa un sourire timide à Willemina qui lui répondit par un rictus froid pouvant être apparenté à une grimace, puis elle suivit Draco qui se dirigeait vers les escaliers. Il marchait lentement, comme pensif, puis soudain, il s'arrêta, manquant de percuter son élève juste derrière lui.

« Oui ? » fit Willemina qui avait suivit son mouvement.

Draco ouvrit la bouche et resta un moment en suspens.

« Je...me disais...en fait, je me demandais...de quand date cette photo sur le mur, juste là-bas ? » demanda-t-il en pointant du doigt le cadre qu'il avait contemplé auparavant lorsque Hermione prenait ses mesures.

Willemina se retourna en direction de l'endroit que pointait le chorégraphe.

« Ah, celle de Mrs... »

« Oui, celle-ci. Je peux la voir juste deux secondes ? » l'interrompit d'une voix précipitée Draco.

« Ah oui, oui, il n'y a pas de problème, venez ! »

Hermione suivit le chorégraphe jusqu'au mur où la photo en question était exposée. Elle était grande comme une feuille A4. La femme en question devait être très jeune, Hermione ne lui donnait même pas vingt ans. Sur le cliché, elle était de dos mais tournait la tête en direction de l'objectif, ses yeux gris soulignés par un trait de khôl et rehaussé par une touche d'eye-liner. Ils étaient intenses et Hermione se surprit à les comparer à ceux de Draco car il semblait y danser une lueur mystérieuse et profonde, comme si elle était détentrice de la clé du secret de l'Univers. Ses lèvres roses étaient très légèrement entrouvertes et sa chevelure chocolat, sans doute longue, avait été rabattue sur son épaule. Elle était revêtue d'une robe dos-nu plongeante noire qui dévoilait toute sa colonne vertébrale. En fait, on ne pouvait voir que ça. Son dos. Ce tatouage. Une longue tige prenait racine au creux de ses reins et s'épanouissait tout autour de sa colonne vertébrale en un tourbillon de feuilles, d'épines et de bourgeons pour enfin aboutir, au niveau de la nuque, à une rose rouge éclatante, les pétales largement ouvertes, brillant d'un rouge sanguinaire. Ce motif frappa Hermione de pleins fouets. Elle l'avait déjà vu quelque part. Quant à savoir où...sa mémoire lui faisait défaut.

« ...je lui ai faite cette robe sur-mesure pour le cocktail que donnait Bellatrix Lestrange avant de partir avec l'Opéra de Paris en tournée fin 2006. Elle lui allait si bien...il n'y a eu aucune retouche à faire, comme si cette robe avait été conçue pour lui aller. Bon, bien évidemment, il a fallut qu'elle se tatoue cette horrible rose dans le dos une semaine avant... »

« Moi je la trouve magnifique... » ne put s'empêcher de dire Hermione, les yeux toujours fixés sur le cliché.

Elle se ressaisit en sentant le regard cuisant de Madame Guipure puis baissa la tête, penaude.

« Je le trouve également magnifique. » renchérit la voix de Draco.

Hermione leva le nez vers le chorégraphe, étonnée. Il était concentré sur la photo. Ses yeux étaient cachés derrière quelques mèches blondes et sa figure, levée vers le cliché, n'avait pas bougé d'un iota.

« Eh bien soit ! Moi, je trouve les tatouages d'un vulgaire...Martha s'est faite tatouer le nom de son fiancé de l'époque, juste deux semaines avant que celui-ci ne la trompe. Ça l'apprendra, à cette sotte. » siffla bien haut Madame Guipure en lui coulant un regard mauvais.

Draco secoua énergiquement la tête avant de décrocher son regard de la jeune fille du mur.

« Bien, nous n'allons pas nous imposer encore longtemps. Il est temps de partir. Merci de nous avoir reçu en tout cas. Je t'appelle pour convenir des dernières précisions. » fit Draco d'une traite en se dirigeant vers la porte.

« Repasse quand tu veux ! » lui cria Willemina tandis qu'il dévalait l'escalier.

Le soleil les accueilli chaleureusement. Hermione ferma la porte de la boutique derrière elle et plissa des yeux. Draco leva la figure au ciel, sa main en visière sur son front. Puis il se tourna vers Hermione qui s'était adossée contre la vitrine du magasin et regardait patiemment la foule défiler, attendant la marche à suivre du chorégraphe.

« Hermione. »

La jeune fille leva la tête vers lui. Ses yeux bleus limpides étaient brillants et – chose qui étonna grandement la jeune fille – il y flottant un voile d'incertitude.

« Oui ? »

« Est-ce que tu aime ce que nous faisons ? »

Hermione fronça des sourcils, ne comprenant pas tellement ce que voulait dire par là le chorégraphe.

« C'est à dire, 'ce que nous faisons' ? »

« Mais le ballet ! La chorégraphie ! Tout ! » s'exclama alors Draco, impatienté. « Est-ce que, honnêtement, tout cela te plaît ? »

Il avait à présent l'air paniqué, prêt à secouer Hermione pour obtenir d'elle une réponse. Une veine bleue palpitait nerveusement sur son front tandis que ses traits s'étaient contractés. Ce n'était plus le Draco impassible et froid, et cela faisait peur à voir.

« Je...oui, bien sûr que ça me plaît ! Sinon, je ne me serais jamais battue pour rester là où je suis ! » s'empressa-t-elle d'acquiescer. « Bien sûr que tout ça me plaît. »

Draco sembla se calmer, sa respiration redevenait peu à peu régulière, puis il inspira fortement comme pour inhaler une bouffée de paix.

« On en a finit pour aujourd'hui. Tu peux rentrer chez toi. » fit-il en se passant la main dans les cheveux.

Hermione suivit son mouvement, encore stupéfaite de cette toute nouvelle facette angoissée de Draco qu'elle venait de découvrir. La main de ce-dernier grimpait nerveusement dans sa chevelure dorée. Les yeux d'Hermione bloquèrent sur son poignet. Puis il tourna des talons et disparut d'un pas rapide dans la cohue.

Tandis que ses pieds la guidaient vers le métro, l'esprit d'Hermione était ailleurs. Elle n'aurait jamais cru Draco aussi lunatique. Imprévisible, oui, il l'était, elle en avait eu maintes fois la preuve. Mais pas aussi versatile, pas aussi brusquement changeant. Ça en était déroutant. Quelques minutes avant, il souriait...Attendez. Souriait-il ? Hermione ralentit tout en creusant dans sa mémoire. Non, il ne souriait même pas. Son humeur avait commencé à changer, a devenir plus électrique, lorsqu'il avait observé le cliché de la jeune fille sur le mur de Madame Guipure. Cette longue rose épineuse...Immédiatement, l'esprit d'Hermione fut ramené au geste du chorégraphe, lorsque celui-ci s'était passé la main dans les cheveux. Puis on la ramenait à nouveau à la photographie. Le tatouage. Et à nouveau Draco, ses cheveux, son poignet. Et la jeune fille. Hermione en avait la tête qui tournait. Elle poussa la porte de sa maison et la referma à clé derrière elle. Lorsque son cerveau était aussi obstiné, c'était qu'il y avait quelque chose derrière à découvrir. Quelque fois, Hermione avait presque l'impression d'être possédée par l'esprit d'Agatha Christie tant ses neurones harcelaient ses nerfs pour trouver le sens caché de toutes ces images. Hermione se lava, dîna, puis se mit au lit avec le même sentiment dérangeant de passer à côté de quelque chose de réellement crucial. Lorsqu'elle ferma les yeux pour dormir, l'image très nette du poignet droit apparut devant Hermione. Le petit tatouage qui l'ornait se dessina avec précision sous les paupières de la jeune fille. Une rose rouge vermeille. A nouveau, le tatouage de la jeune femme de la photographie. Une rose rouge sang. Hermione ouvrit brusquement les yeux, mettant enfin la main sur la clé de l'énigme.

Car lorsque l'on superposait les deux tatouages au même format, ils s'avéraient être exactement les mêmes.


« ...ils sont identiques, Ron, je te jures, c'est hallucinant ! Je n'arrivais pas à y croire, je n'ai presque pas dormi de toute la nuit dernière. J'ai cherché les motifs sur le Net – forcement, c'était des motifs personnalisés donc il n'y était pas. Et puis il avait l'air si bizarre lorsqu'il regardait cette photo chez Madame Guipure...comme s'il venait de voir un fantôme ou je ne sais quoi. Et puis il a commencé à me questionner en sortant, tu aurais dut le voir, c'était le jour et la nuit. Peut-être qu'il souffre de bipolarité, ou quelque chose dans ce genre...mais pour le coup, ces deux tatouages identiques, ça m'a scotché. Il y a forcement quelque chose derrière tout ça. Peut-être que Malfoy ne... »

« STOP ! » craqua Ron en se levant d'un bond.

Hermione leva les yeux vers lui, hébétée. Ils étaient actuellement dans la chambre du jeune homme et ce-dernier faisait les cent pas devant sa commode en se passant la main sur le visage.

« Mais...mais qu'est-ce qui t'arrive ? »

Ron s'arrêta brusquement de marcher puis se tourna vers elle, furieux comme jamais.

« Ce qui m'arrive ? Vraiment Hermione ? Ça fait plus de deux semaines que nous ne nous sommes pas retrouvés seuls à seuls à cause de tes horaires de POUDLARD et tu accapares tout ce moment pour parler de ton foutu ballet ! Il n'y en a que pour ça, que pour toi, rien que pour toi ! Est-ce que ça t'ai déjà venu à l'idée que je voulais, moi aussi, parler ? »

« Très bien ! » s'exclama Hermione en levant les mains au ciel. « Alors parle ! Je suis toute ouïe. Je me tais. Puisque, apparemment, je suis censée passer pour l'égoïste dans l'histoire, je t'écoute. »

Ron secoua la tête en poussant un juron.

« Et voilà, il faut toujours que tu te mette en position de victime. Chaque fois, c'est la même chose. J'essaie vainement de t'ouvrir les yeux sur la place qu'a pris ce ballet pour toi... »

« Mais Ron, c'est parfaitement normal ! Je ne vais pas prendre à la légère la chance de ma vie ! »

Ron prit une profonde inspiration et continua d'un ton plus calme :

« Ok, soit, je ne te dis pas de foutre en l'air cette opportunité. Je suis d'ailleurs de tout cœur avec toi, 'Mione. Le seul truc, c'est qu'il faut que tu apprenne à prendre du recul avec la danse. Parce que moi, ça ne me passionne pas forcement d'entendre parler non-stop de ton chorégraphe les rares fois que l'on se voit. On dirait que tu es presque amoureuse de lui ! »

« Ne dis pas de bêtises. » soupira Hermione malgré que son rythme cardiaque se soit brusquement accéléré.

« Eh bien alors apprends à faire la part des choses. Lorsque tu es à POUDLARD, tu y est à fond. De même lorsque tu es avec moi. »

« Je pense avoir comprit, depuis le temps que tu me rabâche ces paroles, Ron ! A-t-on fini cette conversation ? » siffla-t-elle, agacée.

Ron la regarda longuement, puis recommença à faire les cent pas et s'arrêta à nouveau devant Hermione.

« Puisqu'on aborde le sujet – non, pour une fois que l'on aborde le sujet – non. Nous n'avons pas fini cette conversation. »

« Quoi encore ? »

« Lève-toi. »

Hermione fronça des sourcils.

« Et pourquoi est-ce que je devrais me lever ? »

« Hermione, lève-toi ! Je veux juste te montrer quelque chose. »

La ballerine soupira en se mettant debout. Puis Ron se plaça devant la grande glace de la porte de sa chambre et lui fit signe de la rejoindre. Il se plaça juste derrière elle. Hermione haussa des épaules en tentant de ses retourner mais Ron l'en empêcha en lui tenant, sans forcer, le bras.

« Regarde-toi. »

Hermione roula des yeux et se détailla de la tête au pied. Elle avait attaché ses cheveux en une queue de cheval serrée crachant toute une jungle de boucle brune à l'arrière de sa tête et portait un sweat manche longue Mango marron chocolat avec un jean dont elle avait retroussé les bout jusqu'au cheville et de simple ballerines marron foncé.

« J'ai une tâche ? » ironisa-t-elle en plaçant ses mains sur ses hanches.

Ron roula des yeux, exaspéré.

« Tu ne remarque rien de changé ? »

« Ron, à quoi est-ce que tu joues ? » s'impatienta Hermione en réussissant cette fois-ci à se dérober l'étreinte du jeune homme.

« Non, toi, à quoi est-ce que tu joues ! » lui retourna-t-il. « Depuis que tu as commencé ce ballet, tu ne ressemble plus qu'à l'ombre de toi même ! Regarde-toi ! Tu étais mince avant, maintenant tu es carrément maigre ! Tu as perdu de la poitrine, des cuisses, tes joues deviennent creuses...qui es-tu Hermione ? »

Les larmes piquèrent les yeux de la jeune fille tandis que son petit copain lui balançait toutes ces paroles à la figure. Elle resta sur le lit, immobile, sans bouger, tentant de garder ses yeux aussi intact que possible. Ron recommençait à sillonner la chambre en longueur et ça lui donnait le tournis.

« C'est...c'est lui qui te dis de maigrir comme ça ? Hein ? C'est lui ou pas ? » demanda-t-il d'une voix révoltée.

Lui. Draco Malfoy.

Hermione resta muette, les yeux fixés sur le cadre photo représentant Ron et ses deux grand frères jumeaux posé sur la table de chevet. Ron vint alors se poster à genoux devant Hermione et tourna son visage vers lui. Ses yeux étaient suppliants, comme s'il souffrait d'une maladie dont seule Hermione pouvait garantir la guérison.

« 'Mione, dis-moi, s'il te plaît, je ne veux que t'aider. Est-ce que c'est lui qui te dis de perdre autant de poids ? 'Mione, dis-le moi, je t'en supplies, il faut que ça cesse... »

Hermione secoua négativement la tête, les yeux toujours fixé sur le cadre. Une larme roulait déjà librement sur sa joue et tout un bloc lui bloquait la gorge, signal d'une crise naissante.

« Ron, laisse-moi tranquille... » chuchota-t-elle d'une voix tremblante en le repoussant faiblement. « Laisse-moi. »

« Hermione, je t'en s... »

« ARRÊTE DE SUPPLIER ! LAISSE-MOI TRANQUILLE ! TU M'ETOUFFE ! TU M'ENNERVE ! QU'EST-CE QUE VOUS AVEZ TOUS A VOUS MÊLER DE MES AFFAIRES DANS CETTE FAMILLE ? LAISSEZ-MOI TRANQUILLE ! LAISSEZ-MOI RESPIRER ! J'EN PEUX PLUS ! LAISSEZ-MOI ! » se mit-elle soudainement à hurler, les yeux rougis.

Elle se mit furieusement sur ses pieds, la figure mouillée, et attrapa son sac à main posé sur le bureau de Ron puis se dirigea vers la porte avant de se retourner une dernière fois. Ron était encore en état de choc.

« Ton rôle, Ron, c'est de me soutenir. Jusque là, tu l'as toujours fait. Ce ballet, c'est ma vie entière qui en dépend. Si tu n'en ai pas capable pour cette fois, je ne vois pas ce que l'on a à faire ensemble encore. »

« Att... »

La porte se referma sèchement derrière la danseuse, marquant la conclusion définitive de cette conversation. Et pas que.


¹⁾ Citation de Kappauf lue dans le numéro de l'automne dernier de « Citizen K ». J'en suis immédiatement tombée raide amoureuse. C'est d'ailleurs 50% à cette citation et 50% au chef-d'œuvre Black Swan que vous devez cette fanfiction. Elle sera comme un pilier dans l'histoire donc ne l'oubliez pas de si tôt...

Je parcourais un peu les autres chapitres et je me suis rendue compte que, jusque là, le meilleur chapitre (d'après moi) et celui auquel j'ai prit le plus de plaisir à écrire était le quatrième chapitre, celui de la réception. Et vous, quel a été celui que vous avez préféré le plus ?

Mmh, quel beau soleil ! Ça me donnerait bien envie d'écrire en plein air tout ça...mais je ne garantis rien ;)

Bises ensoleillées...

IACB.

REPONSES AUX REVIEWS :

Em : Adoooooores-tu ce nouveau chapitre alors ? Dis-moi, en tout cas...& merci encore ;)

Love-OneTreeHill : Figures-toi que Le Petit Larousse accepte le terme de « écrivaine » (et mon correcteur Word aussi) alors il faut croire qu'on peut aussi l'employer. Dis-moi tes impression pour ce chapitre (et les autres aussi). Bises !

Sandro : Il faut croire que tu as croisé les doigts très fort car le voici ! Qu'en as-tu pensé ? Ciao !

J'aime toujours Gossip girl : A vrai dire, « Clicker » est un programme d'éducation pour chien. Le vrai terme est « cliquer » :p Merci encore pour ta review ! J'attends ton avis. Ciaao...

En fait, pour être tout à fait honnête avec vous, je ne pense pas poster avant une semaine, voir même deux. Bon, ce n'est pas définitif, que tout le monde se rassure, mais je vous préviens juste. N'oubliez pas de m'indiquer votre chapitre préféré ! & merci pour votre grand soutien.

Ciao ciao,

IACB.