Ok … dans quel univers était-ce une bonne idée ? Mais qu'est ce qui ne tournait pas rond chez elle ces derniers jours ? Elle se retrouvait, dans une robe de soirée noire toute en dentelle et transparence, perchée sur des talons qui lui donnaient au moins trente centimètres de plus. Et elle s'ennuyait comme un rat mort … La musique était rasante et elle n'avait aucunement l'intention d'approcher la piste de danse, elle avait aperçu son cousin au loin en arrivant et surpris des regards dégoûtants sur elle chez plusieurs jeunes hommes croisés dans la salle pendant l'obligatoire tour de table avec sa mère. Ohlala ça n'allait pas s'arranger … cousin envahissant à douze heures !

« Chère cousine, mais cela devient une charmante habitude que de vous retrouver aux soirées familiales, vous seriez-vous réconciliée avec votre père ? »

Elle serra les dents, celui-là alors ! Il avait vraiment le chic pour la mettre hors d'elle en une seule phrase. Mais qu'il se trouve une comtesse ou une marquise et qu'il lui fiche la paix !

« J'avais du temps à tuer, considérez ça comme ma BA du mois… » Elle était coincée en plus, derrière un stand où elle vendait des billets de tombola à un prix d'or aux riches désœuvrés du coin qui s'achetaient ainsi une conscience sociale à moindre prix.

« Si vous revenez aussi souvent dans notre petite société, prévenez-moi, que je libère mon agenda. Nous pourrons passer beaucoup plus de temps ensembles. » Beurk beurk beurk beurk beurk mais ses insinuations étaient dégoûtantes !

« Ah Léa tu es là ! » fit une voix qui la fit frissonner. Mais là, ce n'était définitivement plus du dégoût… Il était là ? Mais enfin, d'où débarquait-il ? La suivait-il donc ? Il s'approcha d'elle et à son immense surprise, passa son bras autour d'elle, possessif. Mais qu'est ce qui lui prenait ? Elle était sur le point de vertement le remettre en place lorsqu'elle sentit sa main dans le creux de la taille la serrer rapidement, comme s'il voulait lui transmettre un message. Il enchaina immédiatement, comme s'il avait deviné l'orage sur le point d'éclater.

« André Grandier, avocat au barreau de Versailles, et vous êtes ? » demanda-t-il à son cousin tout en lui tendant la main afin de le saluer.

« Je suis le cousin de Léa, Clément de Saintonge, nous avons passé toute notre enfance ensembles, vous savez dans notre monde, nous sommes très famille, très TRES proches, » tenta-t-il de se défendre.

« Oui, et fort heureusement pour nous, très cher cousin, les mariages consanguins sont interdits de nos jours, » pipa Léa, finalement ravie de la diversion. « Allez viens André, j'ai terminé ma vacation, nous pouvons partir ! » Elle lui prit la main, à sa grande joie, et l'entraina vers la sortie.

Il était bien entendu enchanté de la tournure des événements, mais il s'agissait de ne pas trop lui laisser comprendre. Une fois dehors, elle se retourna vers lui, lâchant sa main à son grand regret. Elle le jaugeait du regard et il ne put s'empêcher de la taquiner. Il voyait pratiquement les rouages tourner dans sa jolie tête.

« Dites voir, j'ai clairement l'impression que je vous ai un peu sauvé la mise là, non ? » Elle sourit finalement, de bonne grâce. Il avait raison, et en prime elle avait pu dire ce qu'elle avait à dire à son cousin. Leur main étaient toujours très proches, il aurait suffi d'un rien pour qu'elle se frôlent. Elle ressentait comme une attraction physique vers cet homme, comme si leurs corps se reconnaissaient. Il ressentait le même magnétisme de sa part, mais lui, il connaissait définitivement le pourquoi du comment. Il décida de se jeter à l'eau.

« Je vais vous sembler sans nul doute d'une incroyable audace mais je me lance tout de même. » commença-t-il. « Accepteriez-vous de diner avec moi ? »

Apeurée, elle jeta un rapide coup d'œil autour d'eux afin de vérifier que personne n'avait entendu la proposition incongrue du bel avocat. Mais il n'y avait personne autour d'eux, personne pour les interrompre … Même pas un cousin aussi pénible soit-il. Mais pourquoi paniquer ainsi ? Si elle était sincère avec elle-même, c'est ce qu'elle voulait non ?

« Si vous avez envie que ça arrive un jour, je vous conseille de ne plus faire ce genre de demande devant tout le monde !» protesta-t-elle le plus bas possible, pour la forme.

Il sourit. Elle n'avait pas accepté, mais surtout, elle n'avait pas refusé !

« Je le note précieusement pour ma prochaine demande alors, » promit-il, ravi d'avoir osé. Elle en resta bouche bée. « En attendant, il me semble que vous vouliez rentrer ? Vous avez un véhicule ou l'on vous a déposée ? »

« Je vais commander un uber, » esquiva-t-elle. Il lui proposa néanmoins de rester à ses côtés jusqu'à l'arrivée du véhicule et ils en profitèrent pour discuter un peu. Il lui jura qu'il allait laisser tomber l'affaire Borelli. Elle lui demanda quelle était sa spécialité et ce qui l'avait amené à devenir avocat. Elle sourit devant sa réponse. Il souhaitait combattre l'injustice, mais se retrouvait souvent désarmé lorsqu'il était engagé pour des crapules du genre de Borelli. La commission d'office ne pouvant se refuser, cela lui arrivait de temps en temps. Cependant il avait bien conscience du cas particulier de ce dernier.

Léa était détendue à ses côtés et elle se surprit à regretter l'arrivée du uber. Elle lui fit un sourire et un signe de la main lorsqu'elle monta à l'arrière du véhicule. La soirée s'était terminée, bien mieux qu'elle n'avait commencée.

Comme il le lui avait promis, Maître Grandier s'appliqua à ne rien tenter pour faire libérer Borelli et celui-ci se retrouva emprisonné dans l'attente de son procès. Maître Grandier lui conseilla de se trouver un nouvel avocat afin de préparer son dossier et lui signifia la fin de sa commission d'office.

Léa le vit moins souvent depuis la conclusion de l'affaire suite à la mise en examen. Elle ne savait dire si le fait de s'en faire la remarque était du soulagement ou du manque. Un soir qu'elle quittait son bureau, fatiguée et en étant au point de se dire que des vacances lui feraient du bien, elle le trouva sur le trottoir, clairement en train de l'attendre.

« Vous voyez, j'ai suivi vos instructions à la lettre, nous sommes en dehors du commissariat, en dehors de votre cercle familial, je ne défends aucun brigand que vous avez pourchassé et attrapé et il n'y a pas grand monde autour de nous ! » Amusée malgré elle, elle roula les yeux au ciel, mais sourit doucement.

C'est ainsi qu'il réussit à lui faire accepter de dîner un soir avec lui. Il exultait, sachant bien entendu qu'elle l'aimait déjà. Il lui fallait juste le lui faire admettre et c'était loin d'être la chose la plus aisée au monde. Oscar de Jarjayes était têtue comme une mule et il lui avait fallu vingt ans pour réaliser ses sentiments. Qu'en serait-il de Léa de Bellenay ? Il espérait sincèrement ne pas avoir à attendre vingt ans de cette vie !

Léa était sur la défensive au début, mais fondit comme neige au soleil en constatant qu'il était un parfait gentleman et qu'il ne tenta rien de malvenu lors de leur premier rendez-vous.

Clairement il lui laissait l'initiative et elle appréciait cela. Il s'avéra être un homme cultivé et elle adora leur conversation. Ils étaient capables de parler de tout. Elle osa même lui demander ce qu'il faisait à la soirée de charité de sa mère l'autre jour. Cela le fit rire et il lui avoua que c'était réellement une totale coïncidence. Il lui arrivait de temps en temps d'assister à ce genre de soirée. D'une part car il trouvait que c'était une bonne idée pour récolter des fonds pour de bonnes causes, et d'autre part, cela lui permettait de rencontrer d'éventuels clients. Elle aima ces échanges durant lesquels il apprit de son côté qu'elle avait elle aussi fait du droit avant d'arriver à l'école des commissaires. Il la fit rêver lorsqu'il lui parla des voyages qu'il avait fait à travers le monde et il lui promit, si elle le souhaitait, de faire un jour un beau voyage avec elle un jour.

Lorsqu'ils sortirent du restaurant, le cœur de Léa s'affola, c'était à ce moment que les choses pouvaient s'accélérer ou rester définitivement au point mort. Et c'était visiblement à elle de décider si premier pas il y aurait ce soir. Il était venu la chercher à la sortie du bureau et elle avait donc le choix, soit il la déposait chez elle, avec tout ce que cela pouvait sous-entendre, soit elle prenait un taxi et le laissait en plan devant le restaurant.

Restait ensuite la façon de le saluer pour la nuit … Si elle était honnête avec elle-même, elle savait qu'elle mourait d'envie de l'embrasser depuis des jours. Mais cela risquait d'ouvrir la boite de Pandore. Que ferait-elle ensuite ? Cet homme avait un effet bien trop fascinant sur elle pour qu'elle prenne le moindre risque. Mais n'en avait-il pas pris de son côté en lui proposant ce dîner ? Ne méritait-il pas un minimum de reconnaissance ? Oh et puis zut ! OUI, elle mourait d'envie de l'embrasser, et sans la moindre excuse valable d'ailleurs, point à la ligne. Pour le reste, elle était assez grande pour décider et choisir.

Il l'observait débattre avec elle-même. Qu'allait-elle faire ? Dans cette autre vie qu'ils avaient vécue ensembles tous les deux, elle s'était déclarée et donnée à lui durant la même soirée. Que ferait-elle aujourd'hui ?