- Titre : La Fleur du Shinigami
- Auteur : Shinigami's Bride
- Genre : Romance, yaoï
- Couple : 2x1
- Disclaimer : Les personnages de Gundam Wing ne m'appartiennent pas ( malheureusement pour moi TT ), l'histoire appartient à l'auteur Shinigami's Bride ( c'est-à-dire moi si vous avez pas encore tilté xD ).
- Petit mot de l'auteur : Je tiens, une fois de plus, à m'excuser auprès de mes lecteurs pour l'attente. J'ai été pas mal occupé ce mois-ci avec mon travail quotidien et mes deux fics en préparations. Donc je vous demande votre indulgence et espère que ce nouveau chapitre répondra à vos attentes.
Merci à tous ceux et celles qui m'ont laissé une review au chapitre précédent.
Bonne lecture !
Chapitre 8
Ce fut sous une pluie diluvienne et un ciel presque noir que la limousine regagna la demeure de l'arabe. Kyle n'avait pas décroché un mot de tout le trajet, plongé dans une profonde réflexion. Arrivés devant le porche, les trois hommes se dépêchèrent de rentrer, limitant leur exposition à la pluie. Une fois à l'intérieur, ils se débarassèrent de leurs manteaux et prirent le chemin du salon.
Lukas remarqua que son cousin se trouvait dans un état de crispation extrême, ses poings étaient serrés à s'en blanchir les doigts, ses muscles très tendus et il devina que son aîné usait de tout son self-control pour ne pas faire exploser sa colère.
Le connaissant bien, il comprenait les raisons de son comportement. Ils avaient été pris au dépourvu et Quatre avait failli être blessé. C'était le genre de chose que Kyle Whitemore ne pouvait pas supporter et ça le mettait dans un état de rage dont il valait mieux ne pas être témoin.
Il le vit lever une main lasse sur son visage et des murmures lui parvinrent. Il tendit l'oreille pour les entendre et se retint de rougir en les comprenant.
Quatre, qui se trouvait à ses côtés, les entendit lui aussi mais ne comprit pas leurs sens. L'homme parlait dans une langue qu'il ne connaissait pas. Intrigué, il se tourna vers le cadet et lui chuchota :
- Que dit-il ?
- Désolé Quatre mais les règles de la décence m'interdisent de te traduire ce qu'il est entrain de dire. Même moi j'oserai pas penser la moitié de ce qu'il dit.
Quatre écarquilla les yeux en entendant la réponse de son garde du corps.
En effet, Lukas ne pouvait pas lui dire que son cousin était entrain de proférer des insultes toutes plus indécentes les unes que les autres dans au moins sept langues différentes en évitant bien-sûr l'anglais, le français et l'arabe pour que leur client ne puisse pas les comprendre.
Kyle s'en voulait et se traitait de tous les noms. Il maudissait le monde entier qui semblait s'être ligué contre lui. D'abord il devait maintenir une barrière constante sur ses émotions pour que Quatre ne ressente rien venant de lui, ensuite il avait du faire face à l'homme responsable de sa déchéance passée et enfin il avait manqué de perdre le contrôle de la situation pendant la prise d'otage. Ca faisait trop pour lui et il sentait ses barrières commencer à se fissurer de plus en plus à mesure que s'écoulaient les minutes.
Il en était encore à ruminer contre la Terre entière, prêt à exploser, quand un son métallique retentit près de son oreille. Il enleva sa main et regarda en direction du son. La première chose qu'il vit fut un trousseau de clé qu'il reconnaissait lui appartenir tenu par son cadet qui le regardait avec un air compatissant.
Le jeune homme lui prit la main et y glissa les clés en lui disant :
- Vas-y ! Je sais que tu en as besoin.
Un sourire reconnaissant vint illuminer le visage du brun. Son équipier savait toujours être au petit soin avec lui et il en remerciait le ciel tous les jours. Acquiesçant d'un hôchement de tête, il partit à l'étage se changer. Il revint deux minutes plus tard vêtu d'une tenue de motard et sortit sans un mot.
Quelques secondes plus tard, les deux hommes restés à l'intérieur entendirent le vrombissement d'une moto et Lukas eut un sourire nostalgiqure en imaginant son fier cousin chevauchant sa fidèle Deathwings.
Une remarque de l'arabe le sortit de sa rêverie :
- Où va-t-il ?
- Se changer les idées, répondit-il simplement.
- C'est dangereux de rouler avec cette pluie, lui dit Quatre en regardant la pluie par la baie vitrée avec une lueur d'inquiétude.
- Ne t'en fais pas, le rassura-t-il. Je connais Kyle et il ne risque absolument rien.
- J'espère que tu as raison, soupira l'héritier Winner, le regard toujours fixé sur les trombes d'eau.
Lukas lui tapota l'épaule avec un sourire encourageant avant de partir à son tour en direction de l'étage.
Quatre resta là encore quelques minutes à contempler les dessins de l'eau sur les vitres. La réaction du brun l'intrigait. Pourquoi se retenait-il de montrer la moindre émotion en sa présence ? Quelle était la raison de ce blocage ? Il voulait tellement l'aider, ne serait-ce que pour le remercier de veiller sur sa vie au quotidien.
Il joignit les mains en une prière muette à l'intention de ses ancêtres. Puissent-ils lui donner les moyens d'accomplir cette mission au plus vite.
-
Roulant à vive allure sur les routes presque innondées, la Deathwings et son pilote se frayèrent un chemin à travers les retombés glaciales. Le pilote, coiffé d'un casque de moto avec les mêmes flammes que sur sa monture, menait sa machine avec la technique et la précision d'un vrai champion de course. Lui et l'engin semblaient ne faire qu'un et inspiraient aux quelques passants assez courageux pour affronter la pluie un sentiment de crainte mêlé à de l'admiration et du respect.
Contrairement à ce que pensait son cadet, Kyle ne roulait pas sans but précis cette fois. Il se dirigeait vers un lieu qui avait une signification particulière pour lui. Et à mesure que la distance entre lui et ce lieu si cher à son coeur s'amenuisait au fil des secondes, il sentait son coeur battre de plus en plus vite, le faisant craindre de le voir sortir de sa poitrine avant d'arriver à destination.
Ce ne fut que quelques minutes plus tard que l'homme et sa machine stoppèrent leur course devant le lieu tant recherché. Kyle descendit de sa monture d'acier et releva la visière de son casque pour mieux profiter de la vue. Devant lui, fidèle à ses souvenirs, se tenait une belle petite chapelle au milieu de l'ancien cimetière de la capitale de Sank.
Depuis près d'un siècle, plus personne n'était enterré dans ce lieu et beaucoup de familles avaient transféré les dépouilles de leurs défunts dans la nouvelle nécropole consacrée. Cependant, beaucoup de tombes étaient restées intactes, n'ayant aucun parent encore vivant pour les transposer.
Kyle retira son casque, le posa sur le siège de sa moto et réajusta son col avant de faire un pas en direction de la chapelle. Il passa la lourde grille fermant le cimetière, la faisant grincer sur ses gonds rouillés. Empruntant l'allée peu entretenue le séparant de son but, le jeune homme passa devant les sépultures de pierres avec un sourire triste. Certaines d'entre elles, datant de bien avant la colonisation, étaient fissurées de toute part et les noms étaient presque totalement effacés.
En les voyant, Kyle se sentit très nostalgique. Combien de temps avait-il passé à se promener au milieu de ce champ de croix de pierre, parlant aux tombes comme à des êtres doués de parole et leur racontant ses états d'âme à chaque retour de mission ? C'était si loin et pourtant il avait l'impression que c'était hier, le temps où il était fier de porter le nom de Duo Maxwell.
Ses pas le conduisirent machinalement jusqu'aux portes de la chapelle. Poussant les lourds panneaux de bois, il pénétra dans la petite église. A l'intérieur, quelques candélabres éclairaient le lieu de reccueillement d'une lumière feutrée. Au bout de deux rangées de bancs en bois massif, joliment ornés de gravures, se trouvait l'autel de marbre blanc. Sur le mur du fond, un immense crucifix trônait fièrement, la figure du Christ grisée par les années. Des deux côtés de l'autel, des bougeoirs étaient allumés, preuve que des fidèles venaient encore se reccueillir dans ce lieu saint.
Dans l'entrée, Kyle trempa deux de ses doigts dans le bénitier près de la porte et se signa. Ensuite il remonta l'allée centrale et se posa devant l'autel. Là, il prit un cierge et l'alluma. Puis il le posa au milieu des autres bougeoirs avant d'aller s'asseoir à sa place favorite : milieu du banc, troisième rang de gauche. Une fois installé, il adressa un dernier regard au crucifix puis il baissa la tête. Les mains jointes devant lui, il se mit à prier.
Combien de temps il resta dans cette position ? Il ne sut le dire. Ce lieu dégageait tant de paix que les fantômes de son passé semblaient lui avoir accorder une trève, le libérant brièvement de ses tourments. Cependant, le bruit d'une porte claquant l'arracha à ses prières. Il leva légèrement les yeux et vit apparaître un prêtre devant l'autel. L'homme d'Eglise ne l'avait pas encore vu et s'avança lentement vers l'autel. Devant lui, il s'inclina respectueusement en se signant et récita une prière en latin. Ce n'est que lorsqu'il se retourna pour partir que l'écclésiastique le vit et se figea.
Au vue de son expression, Kyle en conclut qu'il ne devait pas voir beaucoup de jeunes gens venir en ces lieux, ses ouailles pour la plupart étant de vieilles personnes. Passée sa surprise, l'aumônier lui sourit et vint à sa rencontre. Se tenant debout à ses côtés, le prêtre lui parla d'une voix claire et chaleureuse :
- Bonjour à vous, mon Fils.
- Bonjour mon Père, lui répondit le brun sans changer de position.
- Que venez-vous rechercher en ces lieux ? Il est fort probable qu'il ne s'agit pas d'un simple abris contre la pluie qui fait rage dehors.
- Vous pensez fort bien, mon Père. Je suis venu avec un but précis.
- Et quel est-il ?
- Je suis venu confier les tourments de mon âme à notre Seigneur et lui demander pardon pour tous mes péchés.
- Le Seigneur, dans sa grande sagesse, accorde son pardon à celui qui reconnait ses torts et recherchent la paix de l'âme.
- Mais j'ai beau me repentir chaque jour, je ne trouve pas la paix dont vous me parlez.
- Souhaitez-vous que nous en parlions en confession ? lui demanda-t-il en désignant le confessionnal. Après tout, n'êtes-vous pas venu pour cela ?
- Il y a longtemps que je ne me suis pas confessé à un homme d'Eglise, soupira le garde du corps. J'ai peur d'avoir beaucoup trop de choses à dire et pas assez de temps pour le faire. Je ne voudrais pas vous retenir ici alors que d'autres ont peut-être besoin de vous.
- N'ayez crainte, mon Fils, le rassura le moine. Personne ne m'attend et je ne partirai pas d'ici avant d'avoir accompli le souhait de notre Père tout puissant. Car je suis sûr que c'est lui qui a guidé vos pas jusqu'à moi.
Kyle voulut croire les paroles du prêtre et lui adressa un sourire amical. L'homme l'invita à le suivre et tous deux se dirigèrent vers la loge des confessions. Le brun entra dans la cabine et tira le rideau de velour pourpre, le plongeant dans la solitude. Il s'assit sur le banc et souffla pour se détendre. L'instant d'après, le prêtre ouvrit le volet séparant les deux loges et, à travers la grille, convia le jeune homme à se confier.
Kyle lui parla de tout. De son enfance bercée par la mort des êtres chers à son coeur, de son adolescence passée à vagabonder et à voler, de sa vie de pilote et des massacres qu'il avait commis, de la peine qu'il avait ressenti face à la froideur de la personne qu'il aimait, enfin de ses retrouvailles avec sa famille et sa "disparition ".
Le prêtre l'écouta d'une oreille attentive, sans l'interrompre. Dans son fort intérieur, il se demanda comment une âme aussi pure que celle de ce jeune homme avait pu connaître autant de malheur. La voix quelque peu étouffé par l'émotion de ce dernier l'informait de sa détresse et de son besoin vital de trouver la paix. Et la voie qu'il avait choisi présager encore bien d'autres tourments pour son âme déjà meurtrie.
Au bout de deux heures, la confession prit fin. Après avoir accorder son pardon, le prêtre sortit de sa loge, suivi quelques secondes plus tard de Kyle. Celui-ci arborait un air sombre, éteint, sans vie. S'inquiétant de son état, le révérend posa sa main sur son épaule dans un geste amical. Le jeune homme tourna le tête dans sa direction et là, il le vit. Le garçon avait les yeux emplis de larmes qui menaçaient de couler à tout moment.
Et comme pour ajouter à son état de grande faiblesse, ses jambes ne le portèrent plus et il s'écroula à genoux face au prêtre. Là, il n'en put plus. Les larmes commencèrent à couler, commençant à joncher le sol de la chapelle. Le prêtre se mit à son niveau et le prit dans ses bras pour une étreinte qui se voulait réconfortante. Le brun craqua et se laissa aller dans les bras de son confesseur. Entre chaque sanglot, il ne cessa de demander la même chose : "Pourquoi ?". L'homme d'Eglise ne sut lui répondre que les Voies du Seigneur sont impénétrables et qu'il fallait s'en remettre à lui.
Intérieurement, Kyle bouillonnait de rage contre ce Dieu qui lui faisait endurer tout ça. Ne lui restait-il aucun espoir d'échapper à sa malédiction ? Etait-il né avec cette destinée immuable ?
Après avoir endigué les dernières larmes qu'il lui restait, Kyle se releva, s'inclina légèrement en remerciant son confesseur et s'en alla, le coeur plus léger mais toujours tourmenté.
Une fois dehors, il laissa la pluie laver les dernières traces des sillons sur ses joues avant de retourner à sa moto et de repartir aussi vite qu'il était venu.
22h, Kyle regagna la résidence. Il n'aurait jamais cru s'absenter aussi longtemps et ne s'étonna pas de ne voir aucune lumière dans la maison. Il enleva sa veste et voulut monter à l'étage quand la vue du piano de loin l'en empêcha. Mû d'une volonté propre, ses jambes le conduisirent jusqu'à l'instrument. Une de ses mains vint caresser sa surface laquée et il en ressentit un sentiment de bien-être. Puis son regard se porta sur la pluie glissant sur les vitres. A la faible lueur du soir, l'ombre des gouttes caressant les fenêtres barrèrent son visage, donnant l'illusion d'être des larmes sillonnant les joues du garde du corps.
Puis, ne se contrôlant plus, Kyle prit place sur le banc du piano. Il souleva le couvercle et laissa ses doigts entrer en contact avec les touches ivoires. Tout doucement, il ferma les yeux et composa une mélodie, lente et mélancolique. Tout à sa musique, il exprima ce qu'il restait de son amertume, ignorant le regard perçant d'un spectateur inattendu. Ce fut le bruit du plancher grinçant qui le sortit de sa léthargie et qu'il s'arrêta, refermant brusquement le couvercle comme un enfant pris en faute (1). Ses yeux paniqués se posèrent sur le responsable du bruit et il se décontracta en reconnaissant son hôte, vêtu d'une robe de chambre bleu ciel.
Contrairement au jeune Whitemore qui avait émi le souhait de se coucher tôt, Quatre ne dormait pas encore. Il lisait tranquillement sur son lit à la lueur de sa lampe de chevet, l'esprit torturé par le départ de Kyle et son absence inquiétante à cette heure tardive. Il avait poussé un soupir de soulagement en entendant le moteur de la moto du brun. Néammoins, voulant s'assurer qu'il s'agissait bien de lui, il s'était levé, enfilant sa robe de chambre, et s'était faufilé jusqu'à l'escalier. Là, il vit l'aîné des Whitemore franchir le seuil de la demeure et enlever sa veste pour l'agripper au porte-manteau.
Il avait voulu l'appeler et l'informer de sa présence mais il s'en était empêché en le voyant fixer allégrement quelque chose devant lui. Intrigué, il l'avait suivi et observé en silence. Il l'avait vu se mettre au piano et, quand la musique avait débuté, il l'avait enfin senti. Ce flot d'émotions qu'il cherchait en vain à trouver chez cet homme taciturne, il l'avait enfin ressenti. Et cela ne fut pas des plus agréables.
Jamais, au grand jamais, il n'avait ressenti autant de tristesse, de désespoir, de mélancolie et de douleur dans une seule et même personne. Il crut s'étouffer tant la pression de tous ces sentiments était énorme. Comment cet homme faisait-il pour supporter un pareil éventail émotionnel ? Cela tenait du miracle qu'il ne soit pas tomber en dépression ou qu'il n'ait pas sombré dans la folie.
A un moment donné, il se sentit pris d'un vertige et avait fait un pas pour rétablir son équilibre. Sa manoeuvre provoqua le grincement du parquet sous son pied. Aussitôt, la musique avait cessé et il avait rencontré le regard perdu de son garde du corps. En le voyant, ce dernier s'était reprit et l'étau autour de son coeur avait disparu comme par magie.
Quatre ne comprenait pas ce comportement. Pourquoi cet homme s'obstinait-il à ne montrer aucune émotion en sa présence ? Qu'est-ce qui l'empêchait de se montrer sous son véritable jour avec lui ? Il voulait plus que tout connaître cette réponse.
De son côté, le garde du corps se fustigia de s'être laisser aller alors que Quatre était tout près. Maintenant il devait avoir senti ce qu'il cachait au fond de son coeur, il en était sûr. Mais jamais il ne voudra lui en parler. Se reprenant, Kyle reforma ses barrières et se leva du banc. Il s'approcha du blond et lui dit, la tête basse en signe d'excuse pour éviter de croiser le regard qu'il devinait empli de compassion de l'arabe :
- Pardon, je ne voulais pas te réveiller.
- Ce n'est pas grave, je ne dormais pas, lui répondit Quatre en cherchant à rencontrer son regard. Est-ce que tout va bien Kyle ?
- Oui, mentit-il, tout va à merveille. Excuse-moi encore, je vais maintenant me coucher, lui dit-il en se dirigeant vers l'escalier.
- Kyle ? le retint l'arabe.
- ...? fit le brun en se retournant.
- Non rien, murmura-t-il en baissant tristement la tête.
Kyle comprit ce qu'il voulait lui demander et soupira. Il savait que son ami devait chercher à le comprendre. Malheureusement, il ne pouvait lui donner les réponses qu'il attendait sans se trahir. Il se contenta de lui adresser un petit sourire désolé et de lui souhaiter une bonne nuit.
Quatre le regarda monter les marches en silence puis disparaître à l'étage. Il le suivit quelques secondes plus tard et passa devant sa chambre avec un sourire triste avant de pénétrer dans la sienne, le coeur déchiré de ne pouvoir rien faire pour l'aider.
-
Le lendemain matin, le temps redevint calme et le soleil éclaira de ses timides rayons la maison Winner. Comme à son habitude, Kyle se leva aux aurores, enfila sa tenue de sport et partit faire son jogging matinal. Une petite brume blanche enveloppait le jardin, les arbres et les fleurs encore humides de la rosée du matin. Kyle respira goûlument l'air de cette nouvelle journée, apaisé.
Après sa petite course, Kyle rentra pour prendre son café. Mais en passant dans le couloir, il remarqua une enveloppe sur le sol devant la porte d'entrée. Intrigué, il alla la ramasser et vit le nom de Quatre inscrit au dos. Le facteur ne passait pourtant pas avant 10h normalement et l'absence de timbre lui confirma que cette missive n'était pas passé entre les mains des services postaux. Sans préambule, il l'ouvra et lut la lettre.
Ses yeux s'écarquillèrent avant de passer à une expression de colère pure. Sans attendre, il monta à l'étage et se dirigea vers la chambre de son cousin. Il entra en évitant de faire le plus de bruit possible et, une fois devant le lit de son cadet, il l'empoigna par les épaules et le secoua légèrement pour le réveiller. Le blond papillonna des yeux avant de les ouvrir sur le visage inquiet de son cousin. Cela acheva de le réveiller entièrement, n'étant pas habitué à voir cet air sur ce visage d'ordinaire impassible.
- Qu'est-ce qui se passe ? s'empressa-t-il de lui demander.
- Lis-ça, lui répondit-il en lui tendant la lettre.
Lukas se redressa et prit la lettre pour en commencer la lecture. Ce qu'il y lit ne lui plut pas du tout :
Demain est votre dernier jour sur terre.
- C'est assez éloquent, tu ne trouves pas ? lui dit le brun.
- C'est original mais le style laisse encore à désirer, plaisanta le plus jeune.
- Au moins un qui fait l'effort de faire une phrase correcte sans utiliser d'insulte, c'est déjà ça.
- Sérieusement, qu'est-ce que tu en penses ?
- Je n'en pense rien, seulement qu'il faudra faire preuve de plus de prudence à partir de demain.
- Il faut prévenir Quatre de...
- Non ! l'interrompit son aîné. Je préférerai qu'il ne soit pas au courant pour l'instant.
- On a pas le droit de le lui cacher. N'oublie pas que c'est justement à cause de "ça" qu'il nous a engagé.
- Peut-être mais mon instinct me crie qu'il doit rester ignorant de cette menace. J'ai déjà disposé des détecteurs dans toutes les pièces de la maison, il ne risque rien pour l'instant. J'en rajouterai tout autour de la demeure pour être sûr.
A ces mots, son équipier le regarda, éberlué.
- Quand as-tu fait ça ?
- Le premier jour de notre arrivée ici, lui répondit-il, sur un ton neutre.
- Et tu ne m'as rien dit ? s'offusqua le blond.
- Je croyais que tu me connaissais assez pour savoir comment je fonctionne, me serais-je trompé ? ironisa l'aîné.
Son jeune cousin gonfla les joues et afficha une mine boudeuse des plus craquantes. Il était si facile de le vexer, lui qui se targait de le connaître comme personne. S'il savait tout ce qu'il lui cachait encore sur lui, il doutait que son petit frère de coeur le lui pardonnerait un jour.
Après avoir mis les dernières dispositions au point sur l'attitude à adopter, le brun sortit de la chambre de son cadet pour le laisser se préparer. En son coeur, il ne pouvait s'empêcher d'être inquiet mais, foi de Kyle Whitemore, il ne laisserait rien de grave arriver à son ami. Plutôt mourir que de permettre cela.
La journée débuta dans le calme le plus complet, le propriétaire des lieux ignorant la menace qui pesait sur sa tête comme une épée de Damoclès.
Cependant, les trois hommes ignoraient que quelque part, dans un petit café de la capitale, trois de leur connaissance s'étaient donné rendez-vous pour parler d'eux.
-
En effet, comme il se l'était promis, Heero contacta Wufei quelques minutes après le départ de Quatre et de ses gardes du corps. Celui-ci ne parut pas surpris de son appel et lui demanda de le retrouver dans un endroit de sa connaissance.
Suivant ses consignes, Heero se rendit à leur entrevue et fut surpris de se retrouver face à Trowa. Celui-ci lui dit que lui aussi avait été contacté par le chinois et était tout aussi surpris que lui de le voir ici. Ils n'eurent pas le temps de se poser plus de question car leur ami entra à son tour dans le café, un sacoche à la main, et leur fit signe.
Ils prirent place dans le fond de la salle, une serveuse vint prendre leur commande et, une fois servi et quelques civilités échangées, ils entrèrent dans le vif du sujet.
- On t'écoute, dit Heero, encourageant le chinois à commencer.
- Je n'irais pas par quatre chemins, débuta-t-il sérieusement, vous avez sûrement fait, comme moi, la connaissance des nouveaux gardes du corps de Winner.
- Ca pour avoir fait connaissance, j'ai encore quelques bleus qui le prouvent, commenta Trowa en se massant le bras.
- Si je vous ai convoqué tous les deux, reprit Wufei, c'est justement pour vous en parler. Que pouvez-vous me dire de ce que vous avez remarqué ?
-De toute évidence, c'est ce Kyle le meneur, commença Heero. Il semble avoir une parfaite maîtrise des armes à feu, possède un calme à tout épreuve et est capable de faire face à toute sorte de situation en évitant au maximum les dégâts potentiels.
- Il a également une excellente aptitude pour les armes blanches, ajouta le français. De plus, il possède une technique de combat au corps à corps redoutable. Je n'avais jamais rencontré d'adversaire aussi fort auparavant.
- Vos informations rejoignent ce que je sais déjà, dit Wufei. En outre, je pense que son cousin ne doit pas être en reste pour faire équipe avec un homme de son niveau. Ce qui m'amène à la question suivante : n'y a-t-il rien qui vous dérange chez eux ?
Les deux hommes assis en face de lui ne comprirent pas tout de suite où il voulait en venir et, devant son air grave, se mirent à réfléchir à la question. Après un temps de réflexion, ce fut Heero qui reprit la parole :
- Ils sont trop forts.
A cette remarque, un sourire satisfait illumina le visage du chinois.
- Bien, je vois que tu n'as rien perdu de tes qualités de Soldat Parfait, Yuy.
- Ex-Soldat Parfait, le corrigea le nippon qui n'appréciait plus qu'on utilise ce surnom.
- Que voulez-vous dire par "ils sont trop forts" ? les questionna le méché, pas sûr d'avoir compris.
- Winner m'a dit qu'il avait engagé ces deux hommes parce que le conseil d'administration de son entreprise lui avait mis la pression pour qu'il le fasse. Hors pourquoi engager des spécialistes de la protection rapprochée d'un tel niveau quand on en éprouve pas le besoin ? Pourquoi ne pas se contenter de simples gorilles bon à jouer les gros bras au lieu de deux hommes surentraînés ?
- Tu sous-entends que la pression de ses conseillers n'était qu'un prétexte pour les engager et qu'il existe une autre raison à leur recrutement, résuma Trowa, comprenant les interrogations de ses anciens équipiers.
- Exactement et je peux affirmer que Winner doit sûrement être dans l'incapacité de se défendre seul pour avoir engager des membres de la plus grande organisation de garde du corps du monde.
- Comment ça ? demanda Heero, intéressé.
Wufei sortit un dossier de sa sacoche et l'étala devant ses compagnons.
- J'ai fait des recherches sur la famille Whitemore et il s'est avéré qu'en plus d'être l'une des familles les plus riches à ce jour, les Whitemore sont réputés pour former des gardes du corps au sein même de leurs membres et d'assurer la protection de gens influents. Selon les données que j'ai trouvé sur cette famille, personne ne sait réellement combien de membres la composent mais, apparemment, chacun d'entre eux est entraîné dés le plus jeunes âges à remplir leur futur fonction. Ils possèdent leurs propres réseaux d'information à travers le monde et ont des relations avec des gens très haut placés dans tous les pays du globe et les colonies. D'après les rumeurs, quand ils acceptent un contrat, ils le mènent jusqu'au bout et leur devise est de protèger leurs clients même au prix de leur propre vie.
Cette révélation laissa songeur les deux anciens pilotes.
- En d'autres termes, conclut le japonais, s'ils sont là, c'est que Quatre est en danger de mort.
- Malheureusement, approuva le chinois.
Cette nouvelle jeta un froid sur la table des trois amis. Trowa encaissa l'information comme il put, le coeur battant de savoir son amour en danger loin de lui. De son côté, Heero semblait réfléchir et paraissait ennuyé. Wufei le remarqua.
- Tu t'inquiètes pour Winner, Yuy ?
A son nom, le japonais refocalisa son attention sur le chinois.
- Il y a de ça mais quelque chose me dérange et je ne sais pas pourquoi.
- Quoi ?
- Cela va vous paraître stupide mais j'ai ressenti une drôle d'impression en rencontrant ce Kyle.
- Toi aussi ? s'écria Trowa à ses côtés.
Heero le regarda, très surpris et l'invita à s'expliquer.
- La première fois que je l'ai rencontré, ce type m'a fait froid dans le dos. Je n'arrivais pas à croire que Quatre s'était entouré d'un homme aussi louche. Puis j'ai vu de quoi il était capable avec des couteaux, là j'ai eu un choc. Il a fait preuve d'une telle adresse que je suis resté sans voix. Et pendant une seconde, j'ai cru que..., s'interrompit-il, craignant d'aller plus loin.
Ses deux amis ne comprirent pas la raison de son silence et l'encouragèrent à continuer. Trowa finit par avouer.
- Pendant une seconde, j'ai cru que c'était Duo que j'avais devant moi.
A ces mots, son oeil visible se tinta de tristesse. Le coeur de Heero manqua un battement à cette révélation.
- Moi, intervint le chinois, c'est chez ce Lukas que j'ai cru retrouver Duo. Ce gamin s'est permis de me tenir tête et s'est amusé à écorcher mon prénom sans vergogne. A un moment, j'ai explosé et j'ai hurlé le nom de Maxwell à la place du sien. Ca m'est venu naturellement et, pendant une seconde, je ne sais pas pourquoi mais j'étais heureux. Heureux comme je ne l'avais plus été depuis longtemps.
Il eu un sourire rêveur en se souvenant des batailles qu'il partageait avec le natté. Leurs joûtes verbales lui manquaient énormément car aujourd'hui, maintenant qu'il avait un poste élevé, personne n'osait réellement le contredire. Il ne ressentait plus se plaisir de se retrouver face à un adversaire à sa hauteur et le jeune Lukas lui avait de nouveau fait ressentir l'exaltation du combat. Après cela, il avait été envahi d'une telle amertume qu'il ne trouva rien d'autre pour se défouler que d'aller dans la salle d'entraînement et de se battre contre tous ceux qui avaient eu le malheur d'être présent. Juste après, il avait commencé ses recherches sur la famille Whitemore sans pour autant obtenir les informations qu'il voulait : celles sur les deux cousins.
- Après cela, reprit-il, j'ai cherché à tout connaître de ces deux individus mais je n'ai rien trouvé de concluant. Je sais seulement que le plus jeune est le fils de l'actuel chef de famille. En ce qui concerne l'aîné, je n'ai rien trouvé. Ce type a dû être l'homme invisible dans une autre vie car il n'y a aucun fait le concernant au delà de ces deux dernières années. C'est un vrai fantôme.
- Fantôme... ce mot lui va comme un gant, pensa Heero, se rappellant des mouvements grâcieux et immatériels du brun en pleine action.
Il n'en est pas moins que son intérêt de Soldat Parfait avait été titiller par les révélations qu'il avait entendu. Qui en voulait à Quatre, qui était réellement ce Kyle Whitemore et, surtout, de quoi était-il vraiment capable ? Un sentiment d'exitation s'empara de lui et un sourire prédateur se dessina sur son visage. Ses amis le remarquèrent et se demandèrent ce qui pouvait bien lui traverser l'esprit à cet instant. Le voyant, Heero se reprit et enchaîna de sa voix grave et autoritaire :
- En conclusion, même si on ignore encore les véritables motifs de leur recrutement, une chose est sûre : Quatre est en danger et nous devons agir en conséquence. Alors tenez-vous prêt !
Dans cette tirade, les deux autres reconnurent l'intonation et l'inflexibilité dont faisait preuve Heero en temps de guerre. Le Soldat Parfait était-il de retour ?
-
Pendant ce temps, à la résidence Winner, assis à son bureau, un blond était très embêté. En effet, alors que ce n'était pas planifié, Quatre reçut un appel d'un de ses collaborateur l'informant qu'il devait participé à une téléconférence qui promettait de durer un certain moment. Ayant prévu de se rendre dans le centre ville pour récupérer une commande, l'arabe ne voyait pas comment faire pour régler le problème.
C'est dans cet état d'inquiétude que le trouva Kyle. Venant lui demander de ses nouvelles pour ne pas l'avoir encore vu de la journée, il fut supris de le voir dans cet état.
- Quelque chose ne va pas, Quatre ? lui demanda-t-il, cachant tout de même son inquiétude sous son masque d'indifférence.
- Ah Kyle ! s'écria l'arabe. En effet, quelque chose ne va pas. Je dois aller au centre ville récupérer une commande chez le fleuriste mais un de mes collaborateurs vient de m'informer qu'une téléconférence allait commencer dans vingt minutes alors que je n'étais pas au courant. Je ne sais pas combien de temps elle va durer et j'ai peur de ne pas avoir fini avant la fermeture du fleuriste.
- Ce n'est que ça ! jura intérieurement le brun. Il est fou de me faire peur comme ça... Si ça peut t'aider, je peux aller récupérer ta commande.
Suite à cette proposition, le visage de Quatre s'éclaira d'un merveilleux sourire et il s'empressa de venir prendre dans ses bras son sauveur.
- Merci Kyle ! Tu ne peux pas savoir à quel point tu me rends service en faisant ça ! Je t'en serais reconnaissant à vie !
Kyle, qui ne comprenait pas cet élan de condescendance, ne fit rien pour se défaire de l'étreinte du blond. Cependant, intrigué, il se reprit.
- Je veux bien croire que ma proposition te rende service mais je ne comprend pas pourquoi je gagne ta reconnaissance éternelle pour un simple bouquet de fleurs. Qu'a-t-il de si important ?
A ces mots, Quatre se détacha de lui et lui expliqua, son visage devenu sérieux :
- Il est important pour moi car je dois, demain, l'apporter à une personne qui m'est très chère. Je me suis toujours arrangé pour lui en apporter un chaque année à la même date et je ne veux pas déroger à la règle cette fois-ci.
- Vraiment et qui est cette personne ? Je ne crois pas me souvenir d'un quelconque rendez-vous au jour de demain.
Le brun vit alors l'arabe prendre une expression triste avant qu'il ne lui réponde.
- Cette personne, je t'en ai déjà parlé. C'est l'ami que j'ai perdu, il y a quatre ans. Demain, je me rend sur sa tombe en compagnie de Trowa, Heero et Wufei.
Le coeur de Kyle rata un battement en entendant cette réponse. Il cacha comme il put son trouble et demanda, même si sa tête lui hurlait de ne pas le faire :
- Quel est son nom ?
- Il s'appelle Duo Maxwell. Il était lui aussi un pilote de gundam mais il est mort après la signature de la paix dans un accident de la circulation.
Là, Kyle crut que son coeur avait arrêté de battre. Ne voulant pas risquer de craquer devant lui, il préféra couper court à la discussion.
- Bien, dans ce cas, je vais m'y rendre tout de suite. Tu peux te préparer tranquillement pour ta conférence, je m'occupe de tout.
Quatre le remercia d'un sourire chaleureux et retourna s'installer à son bureau, apaisé. Kyle s'empressa de sortir, le laissant à ses occupations. Très rapidement, il trouva son cadet et le prévint qu'il se rendait en ville et qu'il lui confiait le château-fort en son absence. Deux minutes plus tard, il quitta la résidence sur sa moto.
Il ne lui fallut que quelques minutes pour rejoindre la boutique de fleurs. Il gara sa machine devant la porte d'entrée, enleva son casque et réajusta sa veste avant d'entrer dans l'échoppe. Là, une jolie jeune fille en tablier vert l'accueillit, très souriante. Kyle lui expliqua qu'il venait récupérer la commande de Mr Winner. La vendeuse acquiesça et partit dans l'arrière-boutique chercher la commande. Kyle en profita pour jeter un coup d'oeil à la marchandise autour de lui. Son regard s'égara sur une multitude de fleurs, toutes plus colorées les unes que les autres, aux parfums exotiques et entêtants. Soudain, son regard accrocha une corbeille de roses blanches.
Il s'en approcha et en saisit une, la plus belle du lot. Il en respira les effluves en soupirant d'aise. Avec toute cette histoire, il avait oublié son petit rituel à lui aussi. Cette imersion dans son passé lui faisait perdre tous ses repères. Quand la vendeuse revint, elle portait à bout de bras un magnifique bouquet de lilas couleur parme accompagnés de petites fleurs blanches dont il ignorait le nom. En le voyant, il eut soudain chaud au coeur. Puis, retrouvant son assurance, il demanda que le bouquet soit bien emballer, car il serait dommage qu'il soit abîmé pendant le trajet à moto, et le réceptionna non sans un regard d'émerveillement. Il demanda qu'on ajouta la rose blanche à la commande et, si possible, de nouer la tige avec un ruban noir. Bien que surprise par cette demande, la fleuriste alla chercher un ruban sous son comptoir et le noua comme voulu autour de la tige de la fleur.
Puis, avec son sourire rayonnant, elle la tendit au jeune homme en lui disant : "offert par la maison". Kyle la remercia de l'un de ses rares sourires qui laissa la vendeuse sous le charme. Il ressortit de la boutique, l'air content. Il s'installa sur sa moto, le bouquet contre lui. En un tour de clé, la machine s'éloigna à une vitesse convenable.
Sauf qu'au lieu de retourner directement à la résidence, Kyle fit un détour par le nouveau cimetière. Il prit soin de se garer non-loin des grilles d'entrée, puis, d'un pas léger, il pénétra dans la nécropole, la rose blanche à la main. S'insinuant entre les sépultures telle une ombre silencieuse, il marcha en regardant droit devant lui, connaissant parfaitement le chemin jusqu'à sa destination. Après quelques pas, il arriva en vue de la tombe qu'il voulait voir.
Il était de retour devant cette tombe, SA tombe. Même s'il revenait pratiquement tous les ans à la même date, se l'entendre penser lui faisait toujours un drôle d'effet. Le monument n'avait pas changer depuis sa dernière visite, preuve qu'elle était bien entretenue. L'ange aux ailes repliés lui inspirait toujours autant de respect que de crainte et son ancien nom inscrit dans le marbre lui arrachait toujours un petit pincement au coeur. Il déposa délicatement la rose aux pieds de l'ange, puis se mit à observer la sépulture, le regard fixé sur le nom.
POV Kyle
Comment aurais-je pu le savoir ? Si vraiment ils viennent sur ma tombe tous les ans, exactement le même jour, pas étonnant que je ne voyais jamais de fleurs la décorer.
Je viens pratiquement chaque année à cette date, véritable jour de ma mort puisque l'accident a eu lieu peu de temps avant minuit.
Je ne sais pas comment je dois me sentir en sachant que mes amis m'ont toujours dans leurs coeurs après tout ce temps.
Dois-je en être content ou me sentir mal ?
Je ne peux m'empêcher de ressentir un soulagement de savoir que j'étais important aux yeux de Quatre et que Wufei me respectait plus qu'il ne voulait me le montrer à l'époque.
Cependant, un fait me dérange. Pourquoi Heero vient-il lui aussi sur ma tombe à cette date ?
Lui qui avait juré que je ne serai jamais un ami pour lui alors pourquoi le fait-il ?
Quand j'y pense, je me souviens des raisons qui m'ont poussé à disparaître et je ne regrette pas de l'avoir fait. Je suis avec ma famille, j'ai un oncle très attentionné que je considère comme mon père, j'aime Lukas comme mon frère et grâce à Shadow, je ne me sens jamais seul. Je suis heureux, que demander de plus ?
Et bientôt, je vais revoir ma petite fleur. Il me tarde déjà d'y être.
Fin du POV
Cette pensée lui arracha un sourire. Le carillon d'une église le sortit de ses réflexions. Avisant l'heure déjà bien avancée, il ne s'attarda pas davantage. Il fit un signe de croix puis, sur un dernier regard sur le mémorial de son ancienne vie, il quitta le cimetière et rentra à la résidence.
Son retour fut accueilli par un grand sourire de Quatre qui réceptionna le bouquet, heureux et soulagé. Les voyant, Lukas s'enquit de la raison de cet achat. L'arabe lui expliqua leur visite du lendemain et vit bien l'expression peinée du cadet Whitemore à l'entente de la mort du dernier pilote de gundam qu'il ne connaissait pas encore. Quatre le consola en lui disant que si ce dernier était toujours de ce monde, il l'aurait sûrement beaucoup apprécié.
-
Le lendemain, c'est dans une ambiance sombre que les trois hommes se préparèrent à cette journée. Quatre avait donné rendez-vous à ses amis vers 14h, ils devaient arriver d'une minute à l'autre. Il avait revêtu un costume gris perle sous un long manteau marron clair. Il fut agréablement surpris en voyant la tenue que ses garde du corps avaient décidé d'adopter pour l'occasion.
Abandonnant leurs costumes noirs trop strictes, les deux cousins avaient opté pour des vêtements plus "habillés". Lukas portait un magnifique costume blanc sans cravate, la chemise ouverte sur ses clavicules opalines, sous une longue veste blanche et une écharpe noire sur ses épaules. Il avait soigneusement coiffé ses cheveux et ramené sa frange sur le côté droit de son visage.
Pour Kyle, c'était définitivement le contraire. Fidèle à lui-même, il était vêtu d'un col roulé et d'un pantalon de cuir noir où s'entrelaçaient deux ceintures fermées d'une boucle argentée, sous une longue veste en cuir noir fermée par des boutons en argent et portait une écharpe blanche renforçant la couleur de sa tenue.
Le Blanc et le Noir, le Jour et la Nuit, le Ying et le Yang... Tant de comparaisons avaient traversé l'esprit de l'arabe en les voyant habiller de cette manière. Les deux hommes lui avaient dit que c'était pour rendre hommage à son ami défunt et il en fut extrêmement touché.
Mais ce qu'il ignorait, c'était la véritable raison de leurs tenues. Les deux cousins avaient une autre devise qu'ils respectaient scrupuleusement : s'ils devaient mourir aujourd'hui, ils le feraient avec classe ! Ca avait l'air stupide mais c'est comme ça qu'ils voyaient leur fin.
Comme promis, à 14h précise, les détecteurs de Kyle le prévinrent de l'arrivée de trois voitures et, quelques secondes plus tard, la sonnerie de l'entrée retentit dans la maison. Comme tout bon hôte qui se respecte, Quatre vint leur ouvrir. Les deux gardes du corps se tinrent derrière lui, prêt à toute éventualité.
Le premier à entrer fut Trowa. Elégant dans son beau costume marron sous un manteau gris, le français salua le maître des lieux d'un sourire qu'il ne lui avait plus vu depuis fort longtemps puis les deux cousins d'un hôchement de tête qui lui fut rendu.
Ensuite vint Heero. Il n'avait rien à envier à son camarade dans son ensemble gris sous un blaser noir qui lui donnaient une classe folle. Il salua les trois hommes brièvement pour laisser la place à son compagnon.
Wufei suivit le japonais, fier et droit dans son costume traditionnel chinois d'un blanc immaculé. Il s'inclina respectueusement devant son hôte et ses gardes du corps.
Cependant, à la surprise des deux cousins, le chinois n'était pas venu seul. En effet, il s'écarta de l'entrée pour laisser le passage à une personne que Kyle ne s'attendait pas du tout à revoir.
Se tint devant eux, belle et rayonnante comme dans ses souvenirs, l'ancien officier de l'Alliance et membre assidu de la résistance, mais aussi et surtout médecin en chef des Preventers, Sally Pô. Elle était vêtue d'une robe simple vert d'eau, d'un manteau de laine noir avec un foulard rouge autour du cou. Ses cheveux étaient toujours coiffés en deux tresses reposant sur ses épaules. Ses yeux bleu-gris aussi perçant que ceux d'un faucon avaient toujours cet éclat de malice qu'il lui avait toujours connu ainsi que son sourire tendre et maternel.
Wufei la présenta comme sa fiancée. Intérieurement, Kyle se réjouit de cette nouvelle, sachant que son ami avait toujours été hanter par le souvenir de sa défunte femme, le voir s'engager était ne bonne chose.
Quatre offrit à chacun de les emmener dans sa limousine pour le trajet jusqu'au cimetière. Wufei déclina l'offre, préférant utiliser sa propre voiture.
Ce furent donc les trois autres pilotes et les deux cousins qui prirent place à bord du véhicule qui démarra sitôt ses passagers installés, immédiatement suivi par la voiture du chinois et de sa fiancée.
Le trajet fut très silencieux, presque "mortellement" silencieux. Trowa et Heero étaient assis de chaque côté de l'arabe et observaient le paysage calmement. Quatre avait baissé la tête et avait un sourire rêveur, sûrement provoqué par la proximité de son bien-aimé à ses côtés.
En face d'eux, les deux cousins ne disaient mot, le regard fixe et n'affichant aucune émotion. Sachant la menace qui pesait sur leur client, les deux hommes avaient tous leurs sens en alerte, prêt à agir au premier signe annonciateur de danger.
Leur arrivée au cimetière se fit de façon très royale. Quatre ouvrit la marche avec le bouquet entre les mains, suivi des deux Whitemore, puis Heero et Trowa marchant côte à côte et enfin Sally au bras de Wufei tenant un long paquet dans sa main droite. D'un pas cérémonieux, le cortège se dirigea vers l'emplacement de la tombe du défunt.
Puis le groupe arriva enfin devant le monument. Les quatre anciens pilotes et la médecin s'avancèrent et se tinrent les uns à côté des autres, observant la tombe dans un silence quasi religieux. Les deux cousins se tinrent un peu en retrait, ne voulant pas interférer dans ce moment qui ne leur appartenait pas.
Très lentement, avec douceur, Quatre déposa son bouquet aux pieds de l'ange. D'un geste tendre, il caressa l'inscription gravée dans le marbre.
- Tu me manques, mon ami... murmura le blond, sa voix altérée par l'émotion.
De leur point de vue, les deux gardes du corps virent les épaules de leur client être secoué par des sanglots muets. Trowa, qui se trouvait prés de lui, posa sa main sur son épaule dans un geste de réconfort. Quatre releva la tête et le regarda, les yeux au bord des larmes. Le français lui accorda un sourire affectueux qui réchauffa le coeur de l'arabe.
Au moment de se relever, Quatre remarqua la présence d'une rose blanche nouée d'un ruban noir. Il se tourna vers ses amis qui étaient tout aussi surpris que lui. Depuis quatre ans que le drame était arrivé, à chaque anniversaire, ils trouvaient cette même rose lorsqu'ils venaient se reccueillir. Qui en était l'instigateur, ça ils ne le savaient pas. Ils avaient pourtant vérifier dans leur entourage et celui de Duo mais personne ne l'avaient revendiqué.
Passé l'instant de surprise, Quatre céda sa place à Trowa. Le méché sortit de sa poche une bougie. Il l'alluma à l'aide d'un briquet et, mettant un genou à terre, il la posa devant la stèle, à distance résonnable du bouquet.
- On ne t'oublie pas, petit frère, déclara-t-il avant de se redresser et de laisser la place à Wufei.
Le chinois s'avança vers la tombe et s'inclina humblement en joignant les mains devant lui. Puis il se mit à genoux. Il déballa son paquet et révéla aux yeux de tous son contenu : son sabre. Il sortit la lame du fourreau et la présenta en la tenant du bout de doigts à chaque extrémité de la lame comme une offrande. Ensuite il agrippa la poignée et pausa son autre main sur le tranchant de la lame. D'un geste vif, il se coupa la paume et tendit le bras en serrant le poing, laissant s'écouler son sang sur le marbre.
- Sur mon honneur, dit-il sur un ton solonnel, je jure de continuer à maintenir cette paix que tu as contribué à donner. Tu as ma parole, Duo.
Sur ces mots, Sally le rejoignit et bandit sa main avec son foulard. A son tour, elle se posta devant la tombe puis elle sortit deux bâtons d'encens de son sac à main qu'elle alluma grâce à la bougie de Trowa. Elle fit les mouvements d'usage avant de laisser les bâtons se consumer dans un petit pot, près des fleurs, et s'inclina une dernière fois.
De son côté, Kyle ne savait plus quoi penser. Ce qu'il voyait le touchait tellement. Quatre pleurait encore sa mort, Trowa l'avait appelé petit frère et Wufei par son prénom et non par son nom comme il en avait l'habitude. S'il n'avait pas l'habitude de cacher ses sentiments, ses barrières seraient tombés qu'il ne s'en serait même pas rendu compte sous le coup de l'émotion. Malgré tout, vu de l'extérieur, il renvoyait une image plutôt stoïque, presque indifférente, aux personnes qui le regarderaient en cet instant. Mais il n'était pas au bout de ses peines car ce fut au tour du japonais de s'avancer.
Heero avait calmement attendu son tour, son coeur ému par les gestes de ses compagnons. Quand son tour vint, il s'efforça de ne pas montrer ses émotions de peur de craquer à tout moment. Comme ses amis, il s'abaissa respectueusement puis il porta ses mains à son cou. Il décrocha la chaîne en argent qu'il portait toujours sur lui et révéla un crucifix en argent un peu bruni.
Le coeur de Kyle rata un battement en reconnaissant l'objet et, par réflexe, il porta sa main à son cou.
- My God ! C'est ma croix ! Je croyais l'avoir perdu dans l'explosion, c'était donc lui qui l'avait depuis tout ce temps. Je ne comprends plus rien... Pourquoi ?
Il vit Heero serrer le pendentif dans sa main droite et la porter jusqu'à ses lèvres. Il l'entendit prononcer quelques mots dans sa langue natale mais les sons étaient trop indistincts pour qu'il les comprenne et il ne put lire sur ses lèvres de son point de vue.
Quelques secondes plus tard, le japonais remit le collier autour de son cou et s'inclina une dernière fois devant la tombe de Duo. Ce dernier hommage accomplit, les cinq amis s'accordèrent une dernière minute de silence avant de prendre le chemin du départ.
Cette fois, Quatre ouvrit la marche avec Trowa, suivi de Heero puis de Sally et Wufei. Les deux cousins fermèrent la marche.
Kyle était très perturbé. Tout ce qu'il avait vu et entendu, c'était beaucoup trop pour lui. Son oncle avait raison, il n'aurait jamais du prendre cette mission et il sentait qu'il lui faudrait beaucoup de temps pour s'en relever. Cependant, tous ces évènements n'altérèrent en rien ses sens hyper-développés et il sentit que quelque chose clochait. Il saisit le bras de son cadet et lui glissa tout bas à l'oreille :
- On nous observe.
Agissant en professionnel, Lukas ne changea rien à son attitude et continua d'avancer. Kyle jeta un rapide coup d'oeil discret dans l'espoir d'apercevoir quelque chose mais ne trouva rien. Celui qui les observait était tout sauf un amateur. Mais contrairement à ce qu'il croyait, il ne se passa rien jusqu'à ce qu'ils montent tous en voiture. Leurs ennemis semblaient avoir quelques scrupules à les attaquer dans un lieu saint.
Les deux véhicules quittèrent le cimetière sans encombre et prirent le chemin de la résidence. Quatre proposa à tous de dîner à la maison pour s'échanger des souvenirs. Pendant ce temps, les deux cousins se tenaient sur leurs gardes. Si leurs agresseurs voulaient les avoir, nul doute qu'ils allaient les attaquer pendant le trajet.
Au bout d'un moment, les deux voitures s'engagèrent sur un pont surplombant le fleuve de la capitale. Là, l'instinct des deux gardes du corps les prévint d'un danger imminent. Ce qui se vérifia quand le chauffeur de la limousine donna un violent coup de frein.
Les autres passagers ne comprirent pas ce qu'il se passait avant d'entendre des crissements de pneus suivi aussitôt d'une pluie de coups de feu. En effet, les deux véhicules étaient bloqués sur le pont, les accés fermés par deux camions en travers des deux voies.
Par réflexe, Trowa fit pencher Quatre en avant et le protégea de son corps, imité par Heero.
Mais au bout de quelques secondes, se rendant compte qu'aucun dégât n'était à déplorer, les trois hommes se relevèrent et furent étonnés de trouver les deux cousins incroyablement calmes. Remarquant leur surprise, Lukas se permit de leur expliquer sur un ton enjoué :
- Ne craignez rien, cette limousine a été renforcé avec un alliage en Gundamium et les vitres sont pare-balles. Rien ne peut nous atteindre.
- Mais Sally et Wufei ! paniqua l'arabe. Ils n'ont rien pour se protèger, il faut aller les aider !
- Il faut sortir et répliquer, déclara le japonais.
- Croyez-vous que ce n'était pas notre intention ? répliqua durement Kyle, envoyant au nippon son regard le plus glacial.
- Je n'ai jamais dit ça, se défendit Heero.
- Alors ne me dites pas ce que je dois faire, vous n'avez aucun ordre à me donner.
Heero serra les dents sous la colère qui montait en lui devant l'arrogance du garde du corps. Faisant fi du regard noir du japonais, Kyle se tourna vers son cousin.
- D'après toi, ils sont combien ?
- Je dirai facilement 20, peut-être plus.
- C'est aussi ce que je pensais. Dans ce cas, ce sera un jeu d'enfant.
Sur ces mots, les deux cousins se levèrent de leur siège. Kyle actionna un bouton dissimulé sous la banquette et un mécanisme révéla une véritable arsenal sous le siège en cuir. Les deux hommes prirent leur nécessaire : armes à feu, munitions, et pour Kyle ses poignards. Il les rangea sous sa veste et chargea son gun.
- Lukas, tu t'occupes de récupérer le major et sa fiancée. Moi je te couvre.
- Ok, grand frère !
- Gilles ! dit-il à l'intention du chauffeur. Dés que nous serons sortis, fermez toutes les portes. Ne les ouvrez que lorsque Lukas vous le demandera, est-ce clair ?
- Oui, monsieur.
- Très bien, et vous ! fit-il en se retournant vers les trois pilotes. Vous ne bougez pas de là. Mr Barton, je vous confie Quatre. Prenez soin de lui.
Ils n'eurent pas le loisir de lui répondre car le brun se saisit d'un petit extincteur et après un "à la vie, à la mort" pour son cadet, les deux hommes sortirent en trombe de la voiture et se jetèrent sur les côtés pour éviter les balles.
Kyle, pour faire diversion, lança l'extincteur en l'air et lui tira dessus. L'extincteur explosa et répandit une brume blanche sur la totalité du pont, brouillant la vue des tireurs. Lukas put se rendre sans être vu jusqu'à la voiture des fiancés quelques mètres plus loin.
Wufei et Sally avaient la tête baissée sur leur siège, le chinois protégeant sa bien-aimée de son corps. Rapidement, Lukas ouvrit la portière côté conducteur et hurla aux deux passagers de descendre en gardant la tête baissée.
Les deux chinois ne se le firent pas dire deux fois et suivirent les ordres du jeune homme. Lukas les mena jusqu'à la limousine sous le couvert de son cousin qui tirait sur leurs ennemis en se fiant aux bruits des détonations. Il tapa ensuite sur la carrosserie de la voiture et la porte côté gauche s'ouvrit. Aussitôt, il fit entrer ses protégés et, après avoir refermé la portière, il repartit donner un coup de main à son cousin.
Les choses sérieuses pouvaient maintenant commencer. Se protégeant derrière la limousine, les deux cousins abattèrent un à un leurs ennemis qui tombèrent comme des mouches sous la mitraille. Au bout de quelques minutes, plus aucun coup de feu ne retentit.
Pensant en avoir fini, les deux Whitemore se relevèrent en rangeant leurs armes à présent déchargées. Mais une fois la brume complètement dissipée, quelle ne fut pas leur surprise de découvrir qu'un autre groupe d'une vingtaine d'hommes s'avançait dans leur direction, vêtu de tenue de commando, avec la ferme intention de terminer le combat au corps à corps.
Les deux cousins échangèrent un sourire avant de s'élancer chacun de leur côté dans la bataille.
Pendant ce temps, les passagers de la limousine se questionnaient sur le déroulement de l'attaque. Le silence qui venait de s'étendre n'avait rien de rassurant. N'en pouvant plus, Heero fulmina :
- J'en ai assez ! Je ne peux pas rester ici à ne rien faire, je dois aller voir ce qui se passe !
- Moi non plus, je ne peux plus rester les bras croisés à attendre, soutint Wufei au comble de la rage.
- Kyle nous a dit de ne pas bouger, intervint Quatre.
- Je me moque de ce qu'il a pu dire, je n'ai pas non plus à lui obéir. C'est décidé, j'y vais ! dit-il en s'emparant d'une arme dans l'arsenal des Whitemore.
- Je viens avec toi ! ajouta Wufei.
- Wufei, non ! le pria Sally en le voyant prendre une arme à son tour.
- Ne t'en fais pas, il ne m'arrivera rien, la rassura-t-il. Ouvre la voie, Yuy. Je te suis.
Sur cet accord, Heero demanda au chauffeur de déverrouiller les portières. Ce dernier obéit et laissa les deux anciens pilotes sortir de la limousine.
Dehors les combats faisaient rages. Les deux cousins étaient aux prises avec un grand nombre d'adversaires. En paiement de sa dette, Wufei décida de prêter main forte à Lukas à l'extrême droite du pont pendant que Heero se dirigeait vers Kyle à l'opposé. Celui-ci semblait parfaitement contrôler la situation et, avec une facilité déconcertante, balayait ses adversaires à la force des poings, dévoilant une incroyable technique de corps à corps digne des grands maîtres en arts martiaux. Plus encore, il semblait s'amuser et affichait un sourire heureux. Son cadet était dans le même état et montrait un enthousiasme déroutant.
Voyant arrivé un autre attroupement se diriger vers le brun, Heero leur fit barage en vidant son chargeur sur les mercenaires qui s'écroulèrent sous ses balles. Le bruit attira l'attention de Kyle qui l'aperçut en relevant la tête.
- Mais qu'est-ce qu'il fait là ? Je lui avais dit de rester dans la voiture. Baka ! jura mentalement le brun.
Il redoubla d'effort pour se débarasser au plus vite de ses agresseurs et aller dire sa façon de penser à son obstiné d'ancien coéquipier. Il en était à son dernier quand il remarqua un homme posté au sommet de la remorque du camion lui faisant face. Celui-ci avait une arme à la main et la dirigeait en direction du gêneur.
Le sang de Kyle se glaça d'effroi en réalisant ce qui allait se produire. Sans plus attendre, d'un bond impressionnant, il fit un saut périlleux au dessus de ses agresseurs puis courut en direction du japonais.
- ATTENTION ! cria-t-il à son intention.
Le nippon eut à peine le temps de se retourner et le coup partit. Tentant le tout pour le tout, Kyle se jeta sur Heero et reçut la balle dans son épaule droite. Ignorant la douleur et le regard perdu du japonais sur lui, il se retourna attivement et d'un geste vif, il décrocha un de ses poignards de sa veste et l'envoya de toutes ses forces sur le tireur. Ce dernier reçut la lame en pleine gorge et s'écroula, du sang giclant de sa blessure.
Kyle se releva, sa main sur sa blessure pour endiguer le saignement. Au sol, Heero le regarda avec une expression choquée, incapable de bouger.
- Kami-sama... Je serais peut-être mort s'il n'était pas intervenu, pensa-t-il.
Le garde du corps se tourna vers lui et lui lança rageusement :
- Quand je vous dis de ne pas bouger, j'attend de vous que vous obéissiez, Mr Yuy. Vous avez bien failli vous faire tuer et je n'ai pas le temps de vous chaperonner.
Piqué au vif, Heero retrouva son aplomb et répliqua :
- Je n'ai pas besoin de votre aide !
- Alors ne restez plus dans mes pattes ! lui répondit Kyle en s'éloignant pour retourner à l'attaque.
Rageant, Heero s'apprêta à le suivre quand une volée de projectiles s'abattit sur eux. Les deux hommes ne durent leur survie qu'à leur réflexe.
Kyle chercha du regard le coupable mais ne trouva personne, ce dernier avait disparu. Intrigué, il jeta un oeil aux projectiles et écarquilla les yeux en les reconnaissant. Il s'empara de l'un d'eux et l'examina sous toutes ses coûtures pour être sûr de son appartenance. Celle-ci confirmée, il jura de régler son compte au responsable dont il connaissait maintenant l'identité. Il rangea l'objet dans la poche de sa veste et voulut partir vers le camion pour le déplacer et permettre à la limousine de s'enfuir.
Mais à peine fit-il deux pas qu'il surprit un des ninjas entrain d'allumer une bombe artisanale. Cette fois-ci, il n'eut pas le temps de prévenir le japonais, l'homme la lança et la bombe explosa presqu'aux pieds de ce dernier.
Heero fut assommé par le souffle de l'explosion et projeté par dessus la rambarde du pont.
- HEERO ! Shit ! Lukas, déplace le camion et barrez-vous d'ici ! s'écria Kyle à l'intention de son cousin.
- Quoi ! Mais qu'est-ce que... Kyle ! cria Lukas en voyant son aîné courir vers le rebord du pont.
Le brun ne prit pas le temps de lui répondre. Il enleva sa veste à l'arrache et se jeta à l'eau, là où il avait vu tomber le japonais. Dans l'eau, il se débattit comme il put avec le courant pour retrouver Heero. Au bout de quelques secondes de recherches, il entrevit sa silhouette coulant à pic. Il brassa l'eau de toutes ses forces et arriva à sa hauteur. Là, il l'agrippa et le remonta à la surface. Quand sa tête sortit de l'eau, il vit que le courant les avait emporté à plus de trois cent mètres du pont.
Il ramena le japonais jusqu'à la berge et l'étendit sur le sol. Là, il contrôla ses fonctions vitales et ne sentit aucun pouls.
- Merde ! Heero, tu vas pas claquer dans mes bras, pas maintenant !
Kyle n'eut pas le choix sur l'attitude à adopter. Il pencha la tête du japonais en arrière et lui ouvrit la bouche d'une pression sur son menton. Ensuite, il prit une grande bouffée d'air avant de sceller ses lèvres aux siennes et lui transmettre l'oxygène. Puis il lui fit un massage cardiaque avant de renouveler le bouche à bouche.
Il reproduisit l'opération plusieurs fois sans obtenir de résultat.
- Je t'en prie, Heero, dit-il à chaque impulsion. Ne meurs pas... Pas comme ça... Pas toi aussi... Ne me laisses pas... Hee-chan...
Kyle lui insuffla encore une fois de l'air par la bouche et eut le bonheur de sentir les lèvres du japonais frémir avant de le sentir recracher l'eau qu'il avait avalé. Il le tourna sur le côté pour lui permettre de se purger et reprendre calmement sa respiration.
- Merci mon Dieu...
Lorsqu'il eut vider ses poumons, Heero se remit sur le dos et fixa le garde du corps penché au dessus de lui. A ce moment, les deux hommes eurent l'impression que le temps s'était arrêté. Rien n'existait pour eux à part le regard de l'autre où ils pouvaient lire tant de sentiments.
En cet instant, Heero crut avoir un ange penché sur lui. Le brun n'avait plus cette expression froide qu'il arborait d'habitude. Son visage exprimait tant de soulagement et de bonheur qu'il en était transfiguré. Et ce sourire qu'il avait, le japonais n'en crut pas ses yeux. Ce sourire et ce regard, il les avait déjà vu sur une autre personne. Sur Lui.
Flash-back
Heero et Duo couraient à travers les couloirs de la base d'Oz de Chichen Itza, au milieu de la plaine mexicaine. Ils venaient de mettre la main sur les derniers plans visant à produire du Gundamium en grandes quantités pour les usines d'assemblage de MS.
- Tsss ! Ces mecs sont vraiment stupides ! ricana Duo. Un petit virus du Soldat Parfait et quelques bombes de ma fabrication et les voilà qui appellent leurs mères.
- Hn !
- Tu pourrais au moins montrer un peu plus d'enthousiasme, Hee-chan ! rouspéta le natté. La mission est réussie.
- Elle ne le sera qu'une fois qu'on sera loin d'ici.
- Rabas-joie !
Ils tournèrent dans un énième couloir et, à mi-chemin, ils sentirent le sol se dérober sous leurs pieds. Duo eut juste le temps de jeter sur le côté pour se rattrapper à la bordure. Puis il attrappa la main de Heero et tous les deux se retrouvèrent suspendus au dessus d'une fosse à serpents.
- Putain mais c'est quoi ça ?! C'était pas sur les plans qu'on a reçu ! s'écria Duo, mistifié.
- Cette base a été construite dans un ancien temple Maya, expliqua Heero. Ils étaient réputé pour être de grands bâtisseurs mais aussi des maîtres dans l'art de poser des pièges mortels.
- Et tu pouvais pas le dire avant !
Duo essaya de remonter le japonais en le hissant à la force de son bras mais celui-ci était trop lourd. Il fit comme il put pour affirmer sa prise sur la bordure mais il sentit ses forces l'abandonner peu à peu. En dessous, les reptiles s'agitaient et cherchaient à atteindre les jambes du japonais. D'un oeil critique, Heero fit le bilan de la situation et trouva une solution qui, il le savait, ne satisferait pas son coéquipier.
- Duo, tu n'as pas le choix. Tu dois me lâcher.
- T'es fou, Heero ! Je vais pas te lâcher et te laisser te faire dévorer par ces sales bêtes. On est entré ensemble, on en sortira ensemble.
- Baka, marmonna Heero. Le plus important est de réussir la mission à tout prix.
- Pas question ! Je ne te lâcherai pas !
- Dans ce cas, tu ne me laisses pas le choix.
Heero sortit la disquette des plans de sa poche et la glissa dans la botte du pilote 02. Puis il agrippa la main qui le tenait et la força à lâcher prise. Duo tenta de résister mais la poigne de fer du Soldat Parfait eut raison de lui. Heero sentit la main le lâcher et il se sentit tomber en arrière. Il adressa un sourire ravi au natté avant de fermer les yeux et d'attendre le choc.
- HEERO !!
Ce fut la dernière chose qu'il entendit avant de perdre connaissance puis tout devint noir.
C'est une douleur fulgurante dans tous le corps qui le réveilla. Il tenta d'ouvrir les yeux pour en connaître les raisons mais une lumière intense l'éblouit. Il referma les yeux en grognant. Tout à coup, une ombre le surplomba, le protégeant de la lumière. Il retenta l'expérience et aperçut une personne penché sur lui. Il fallut un temps pour que sa vue se fasse plus net et ce qu'il vit le bouleversa.
Un magnifique visage auréolé de lumière le regardait avec des yeux améthystes troublants respirant le bonheur et un sourire resplendissant de joie. Il voulut parler, dire quelque chose mais ne fut capable de sortir aucun son hormis un autre grognement.
C'est là qu'il entendit une voix qu'il connaissait si bien.
- Hee-chan ! Ca y est, tu es réveillé ! On peut dire que tu nous auras fait peur. Quat-chan ! Ca y est, il est réveillé !
Duo, c'était Duo qui se tenait au dessus de lui. Il ne comprenait plus rien. Il était à la planque, allongé sur son lit mais il ne se souvenait pas comment il y était arrivé. Il voulut se relever mais la main de son coéquipier l'en empêcha.
- Restes allongé, Hee-chan ! Tu ne dois pas faire de gestes brusques. Je vais aller chercher Sally. Quatre, tu le surveilles !
- Compris, Duo ! lui répondit la voix de l'arabe.
Aussitôt Duo disparut de sa vision et Quatre vint prendre sa place. Celui-ci lui adressa un sourire tendre et lui dit, visiblement soulagé :
- Bienvenue parmi nous Heero. On peut dire que tu reviens de loin.
- Co... Com... essaya-t-il d'articuler mais sa gorge était trop sèche et le brûlait.
Le voyant, le blond lui releva la tête et lui versa le contenu d'un verre d'eau dans la bouche. Il dut boire trop vite car il fut aussitôt pris d'une quinte de toux.
- Doucement, Heero, lui intima l'arabe. Ton corps est encore très affaibli.
- Comment suis-je ici ? Que m'est-il arrivé ? réussit-il à demander.
- Tu ne te souviens de rien ?
- Je me souviens qu'on était en mission au Mexique et qu'on avait récupéré les plans. Puis je me rappelle qu'on est tombé dans un piège et qu'il y avait des serpents partout. La dernière chose qui me revient est la voix de Duo criant mon nom, ensuite c'est le trou noir.
- En effet, Duo et toi êtes tombé dans un piège, expliqua Quatre. Vous menaciez de tomber dans une fosse à serpents et, d'après Duo, tu aurais choisi de te sacrifier pour lui permettre de remonter et de s'échapper.
- Hai, je me souviens maintenant. Mais comment suis-je revenu à la planque ? Je devrais être mort.
- Ca, tu le dois à ton baka de coéquipier, lui répondit l'arabe avec un sourire amusé.
- Nani ? questionna-t-il, complètement perdu.
- Tu es bien tombé dans la fosse mais Duo n'est pas parti. Dés qu'il t'a lâché, il a saisi son pistolet-grappin qu'il avait à sa ceinture et s'est jeté de lui-même dans la fosse. Tu n'es resté dedans que quelques secondes, le temps pour lui de te rattrapper et de vous sortir de là. Aussitôt hors de la fosse, il t'a porté hors du temple et l'a fait exploser. Une fois en sécurité, il s'est occupé de tes blessures. Tu souffrais de plusieurs morsures et il a été obligé d'aspirer le poison de chacune d'elles, manquant de s'empoisonner à son tour. Il t'a prodigué les premiers soins et c'est Sally qui a fait le reste avec de l'anti-poison. Tu as souffert d'une très forte fièvre et de convulsions pendant plusieurs jours mais tout est fini maintenant. Tu ne dois ta survie qu'à son intervention et ton incroyable résistance mais une chose est sûre : Duo t'a sauvé la vie.
Heero était abasourdi. Duo, son baka de coéquipier, lui avait sauvé la vie presque au détriment de la sienne et de la mission. Il aurait dû être en colère, lui qui lui avait ordonné de continuer sans lui. Mais au lieu de ça, il sentit une drôle de chaleur lui étreindre le coeur à la pensée que le natté l'avait soigné avec attention. Aussitôt, une inquiétude le prit :
- Et lui, il n'a pas été blesser ?
- Non, le rassura l'arabe. Sa combinaison l'a protégé des morsures. Il se porte comme un charme, ne t'inquiète pas.
Sur ces mots, Sally entra dans la chambre, suivi du natté. Celui-ci resta adossé à la porte pendant que leur médecin l'auscultait, et le regardait avec un regard empli de tendresse.
Fin du flash-back
Oui, Kyle arborait la même expression que celle de Duo lorsqu'il s'était réveillé cette fois-là.
Les deux hommes continuèrent de s'observer, leurs visages et leurs cheveux dégoulinant d'eau, sans réussir à prononcer un seul mot jusqu'à ce qu'un cri les fit réagir.
- Kyle ! Heero ! Vous êtes là !
Kyle releva la tête et aperçut la limousine garée non-loin et Lukas arriver sur eux avec Quatre, Trowa, Sally et Wufei. Aussitôt, le visage du brun redevint dur et il se redressa, prêt à recevoir son cousin. Celui-ci lui tomba dans les bras et le serra fortement.
- Kyle ! Dieu merci, tu n'as rien.
- C'est bon, Lukas. Je suis entier alors tu peux me lâcher, lui dit son aîné, visiblement agacé.
Quatre arriva à son tour et s'enquit de la santé de Heero.
- Heero, tu vas bien ? lui demanda-t-il en se tenant à son chevet.
- Oui, Quatre. Ca va, j'ai juste avalé un peu trop d'eau sinon je vais bien. Grâce à Kyle.
- Cela ne serait pas arriver si vous m'aviez écouté, gronda le garde du corps avec un regard méprisant.
- Kyle ! le réprimanda son cadet.
- Non, il a raison, intervint Heero en se relevant. Je vous dois des excuses, Kyle. Je vous prie de bien vouloir pardonner mon entêtement et d'accepter mes excuses.
Le japonais lui tendit la main droite. Les yeux du brun passèrent de la main à son propriétaire et Heero fut pétrifié par le regard glacial du garde du corps. Puis celui-ci consentit à lui rendre son geste et lui serra la main vigoureusement.
Mais au moment de s'en détacher, Heero sentit un liquide rugueux sur sa main et s'aperçut qu'elle était couverte de sang. Les autres le remarquèrent et Lukas s'écria.
- Kyle ! Tu es blessé !
- Ce n'est rien, dit le brun en appuyant sa main sur son épaule droite.
- Il a reçu une balle dans l'épaule en me protégeant, expliqua le nippon, se rappelant sa blessure qu'il avait remarqué sur le pont.
- Je suis médecin, intervint Sally en s'apprichant de Kyle. Laissez-moi voir !
- Ne me touchez pas ! s'écria Kyle en la repoussant violemment.
La jeune femme fut tellement surprise par son geste qu'elle en tomba par terre. Wufei accourut immédiatement près d'elle et lança un regard noir au garde du corps qui le soutint sans ciller.
- Vous êtes fou ! Elle voulait juste vous aider.
- Je n'ai pas besoin d'elle, ni de personne ! répliqua Kyle avec rage.
Sentant la tension montée entre les deux hommes, Lukas se mit entre eux.
- Excusez-le ! Il ne supporte pas que des inconnus le touchent quand il est blessé. C'est moi qui vais m'en occuper.
Sur ces mots, il remit la veste qu'il avait récupéré sur le pont sur les épaules de son propriétaire et l'emmena vers la limousine. Wufei aida Sally à se relever sans détacher son regard des deux cousins entrain de s'éloigner.
Trowa, Quatre et Heero les rejoignirent.
- Pardon, Wufei. Tout ceci est de ma faute, s'excusa l'arabe.
- Non, tu n'y es pour rien. Cependant, tu nous dois une explication sur ce qui c'est passé.
- Qui étaient ces hommes ? Pourquoi veulent-ils te tuer ? ajouta Trowa.
- Je vous promets de tout vous expliquer quand nous serons rentrer à la résidence. En attendant, dépêchons-nous de les rejoindre. Je ne veux pas être encore là quand la police arrivera et Heero a besoin de vêtements secs.
Alliant le geste à la parole, Quatre partit à la suite des deux cousins, les autres sur ses talons. La limousine s'éloigna doucement alors qu'au loin résonnaient les sirènes des voitures de police et celles des pompiers.
Tsuzuku...
(1) scène inspirée du film "Les Noces Funèbres" de Tim Burton
Voilà pour cette fois. J'espère que ça vous a plu. J'essaierai de faire plus vite pour le prochain chapitre. En attendant, une petite review, si vous en avez le temps, est toujours la bienvenue. Bye !
