Chapitre 8 : Au final...

- Voilà, monsieur le juge, comment tout cela est arrivé.

La cour semblait perplexe. Des élèves et des professeurs assistaient à mon procès, et ils semblaient revivre chaque évènement tragique que j'avais provoqué au château. Et j'en étais assez fière.

- Donc, Miss Granger, vous revendiquez les faits ?

- Exactement. Vous avez les preuves que j'en suis l'auteur, la seule et unique auteur, je ne fais que vous apporter la confirmation de ma bouche.

- Regrettez-vous vos actes ?

La vérité n'est pas toujours bonne à dire, c'est vrai. Mais j'avais choisi, au grand damne de mon avocat, d'être sincère du début à la fin.

- Non.

L'assemblée, juges comme spectateurs, poussa un « oh » outré. Je ne pus réprimer un sourire narquois.

- Vos professeurs vous présentaient comme une élève studieuse, très intelligente et d'une gentillesse remarquable. Que vous est-il arrivé ?

- Mon intelligence m'a fait comprendre que la gentillesse ne menait à rien dans la vie.

Le juge soupira. Il lui semblait difficile de comprendre les raisons de mes actes. Il me savait intelligente, lui ne l'était pas assez pour se mettre dans ma peau.

- Pouvez-vous nous expliquer quels sont les mobiles de chacun de vos meurtres ?

- J'attendais cette question avec impatience... Chaque crime a une symbolique, j'espérai secrètement que quelqu'un ici la comprendrait. Mais apparemment, les autorités excellent quand il s'agit d'arrêter quelqu'un par la force, et frôle le ridicule quand on leur demande un peu d'ingéniosité...

Je sentais que les gens me détestaient de plus en plus. Les quelques uns qui s'étaient dit en arrivant « la pauvre fillette a du être manipulée par un horrible sorcier ! » ne pensaient maintenant qu'à me guillotiner.

- Je commence par le commencement. Colin Creevey est le premier dont j'ai voulu me venger car il semblait la proie la plus facile. Pour me faire la main, il était parfait.

- Mais pourquoi lui en vouliez-vous ?

- J'y viens, laissez-moi le temps de vous expliquer. Mes crimes sont des œuvres d'art, il faut que je puisse m'exprimer calmement pour que vous en appréciiez la portée. Bien, je disais donc qu'il m'avait servi de cobaye. Colin m'horripilait. Il ne pouvait pas sortir sans son appareil photo. Il se cachait derrière cet objet de métal et de plastique.

- Ce n'était pas une raison pour le tuer...

- Il ne méritait pas de vivre. Si on est incapable de vivre sans mettre ses désirs derrière une machine, si on est incapable de se construire sans être faible devant des idoles qu'on admire, notre vie ne mènera jamais à rien. Je lui ai rendu service, comprenez ça ! Sans moi, il aurait continué à survivre au lieu de vivre. C'était un acte juste.

Je choquais de plus en plus de monde. Et j'aimais ça.

- Et puis, de façon personnelle, Colin n'avait toujours eu d'yeux que pour Harry Potter. Il n'avait que ce mot à la bouche. Sans moi, Harry n'aurait rien fait. Rien. J'étais toujours là, et personne ne parlait de moi. Je ne voulais plus être une héroïne de l'ombre.

- On peut dire que c'est réussi...

Je décidai de continuer sans tenir compte de sa remarque.

- Quoi de mieux pour faire payer quelqu'un qu'utiliser sa passion, sa raison de vivre ? C'est donc ce que j'ai fait. Il est sorti, comme souvent pour prendre la Lune en photo. Je le savais. J'ai profité de ma ronde de préfète pour le suivre. Il m'a vue, m'a souri. Je l'ai immobilisé avec ma baguette, j'ai enroulé la pellicule autour de son cou, et je lui ai rendu sa mobilité. Il ne pouvait de toute manière plus rien faire. J'ai serré du plus fort que j'ai pu, et j'ai fini pour lui faire bouffer ses pellicules. Il n'a pas tenu longtemps. Faible même physiquement...

- C'est bon, tout le monde a compris... Continuez...

- Ensuite, j'ai crié pour alerter quelqu'un et passer pour celle qui avait découvert le corps. Ca a marché. Plus que je ne l'imaginais. Je suis donc passée à mon second meurtre, après avoir bien profité de la terreur répandue à Poudlard. Vincent Crabbe ne valait pas mieux que Colin Creevey. C'était un crétin, un idiot de la première espèce. Les gens ont commencé à le trouver intelligent une fois mort, comme trop souvent... Son principal défaut, la gourmandise, lui fut capital !

J'étais assez fière de mon jeu de mot, mais personne ne semblait le trouver à son goût. Tant pis, je continuais, un peu blessée dans mon estime.

- Il a toujours essayé de me pourrir la vie, avec son joyeux acolyte : feu Draco Malfoy. Mais surtout, je le trouvais tellement stupide qu'il m'en devenait insupportable. Je lui ai, à lui aussi, rendu un grand service. J'ai préparé un poison que j'ai glissé dans un gâteau, qu'il a mangé à son réveil. Quand je vous dis qu'il était stupide...

Je marquai une pause et demandait un verre d'eau. Parler me donnait soif. Une fois réhydratée, je recommençais mon récit.

- Ensuite, j'ai choisi de m'en prendre à Neville Londubat. Le pauvre avait déjà vécu tellement de drames... Il aurait passé sa vie à pleurer les tragédies qui avaient jonché son existence. Sa naïveté et sa lenteur me rendaient dingue. Il était destiné à mourir jeune, d'une façon stupide. Je lui ai au moins offert une mort digne et dont on se souviendra. S'il pouvait parler, je suis sûre qu'il me remercierait ! J'ai mis fin à sa souffrance, et je lui ai assuré une postérité post-mortem.

- Venez-en à l'acte en lui-même, s'il vous plait.

- J'y viens, j'y viens... Une fois de plus, j'ai choisi d'utiliser sa principale passion pour l'amener à la mort. C'est recherché, non ? Ce qui auparavant apportait du plaisir à ces adolescents les a amené à leur perte. Enfin, la perte de leur vie. La mort vaut mieux qu'une vie sans intérêt. J'ai eu du mal à trouver comment pousser la Marguerite à le lacérer, mais une fois les informations trouvées, ce fut très facile. Il est mieux où il est maintenant...

J'avais envie d'expliquer aux gens mon point de vue. Je les provoquais un peu aussi. J'étais là pour ça, non ? Le juge me demanda de continuer mon récit. C'est ce que je fis, après une minute de silence. J'aimais me faire attendre. Il paraît que c'est à cela que l'on reconnaît les gens importants.

- Quant au meurtre suivant... Hum... Celui qui a, sans nul doute, fait le plus de bruit dans le château ! Malfoy en personne, retrouvé mort, assassiné par on ne sait qui. Ce ne fut pas difficile. Je suivais Malfoy depuis quelques temps, et j'avais remarqué son petit manège. Il se tapait Pansy dans la salle sur demande, plusieurs soirs par semaine. Quand je l'ai découvert, ça m'a mis hors de moi.

- Aviez-vous... des sentiments envers Draco Malfoy ?

- Enfin une constatation intéressante ! Oui, j'en avais. Sa cruauté me subjuguait. Il était ingénieux, indépendant... Mais il se faisait une fille perfide, stupide. Il était tombé bien bas avec Pansy Parkinson... Plus bas que je ne l'aurais imaginé. Alors que moi, j'avais l'intelligence, la cruauté à une échelle supérieure, j'avais tout pour lui plaire, tout ! Il fallait que je me débarrasse de Pansy Parkinson. Et puis, Draco m'a déçue. Il n'était finalement pas aussi mauvais intérieurement que je le pensais. Il ne m'intéressait plus. Il lui fallait une punition exemplaire ! Et lui, qui était si attiré par le sexe, a payé. Ils sont morts en se regardant dans les yeux. C'est romantique, non ?

- Tout est relatif...

Les teints livides des personnes qui assistaient à mon procès me donnèrent encore plus l'envie de revendiquer ce que j'avais fait. J'étais fière de mes actes, et je voulais que tout le monde le sache.

- Je peux continuer ?

- Faites, Miss Granger, faites...

- Bien... Après ce coup de maître, l'envie de me venger du grand Harry Potter était à son comble. Mais avant de le détruire en personne, je voulais le détruire de l'intérieur... J'avais appris juste après la mort de Malfoy et Parkinson que mon « meilleur ami » était attiré par son pire ennemi depuis plusieurs mois. Ce meurtre l'avait donc profondément affecté. Je voulais qu'il continue à perdre ce qu'il avait de plus cher. Tuer Cho Chang, c'était lui retirer deux choses : une fille qu'il avait aimée et qu'il appréciait toujours, et sa crédibilité, puisque les soupçons risquaient de tomber sur lui. Et c'est exactement ce qui s'est passé...

- Et vous n'avez tué Cho Chang que pour vous venger de Harry Potter ?

- Non, pas seulement. Elle représentait aux yeux de tous la fille belle, gentille et sociable par excellence. Elle était lisse, sans intérêt. Mais tout le monde l'adulait. Il fallait que les regards sur elle cessent. Je ne comprenais pas pourquoi tout le monde était attiré par elle. Encore aujourd'hui, je ne comprends pas... Si il avait vu après mon passage, plus personne ne l'aurait trouvé charmante !

- Vous êtes odieuse, Miss Granger...

- Appelez cela comme vous voulez. Peu m'importe. Cho adorait avoir ses longs cheveux impeccablement coiffés, lissés... Sa brosse à cheveux s'est retournée contre elle. Un petit enchantement, et hop, elle a été rouée de coups. Elle n'avait aucune chance d'y survivre. Aucune...

J'entendais quelques pleurs dans l'assemblée. Certainement des amies ou des parents de ma victime. Mais les pleurs ne la feraient pas revenir.

- Et enfin, le clou du spectacle : Harry et Ron embrochés ! Au début, j'avais envisagé de tuer Ron pour faire du mal à Harry, puis de l'achever. Mais quand je les ai surpris en train de coucher ensemble dans le dortoir, je me suis dit que faire découvrir leur homosexualité au monde des sorciers le même jour que leur mort était la meilleure chose à faire.

- Quel était le mobile de ce meurtre ?

- Mais enfin, c'est évident ! Tous les honneurs retombaient sur Harry. Harry, le sauveur. Harry, le survivant. Harry, le gentil. Harry, Harry, Harry ! Peu importe ce que je faisais, peu importe à quel point ma vie se retrouvait en danger, seuls les exploits du grand Harry Potter étaient reconnus. Il fallait que je mette fin à cette injustice. Il m'horripilait, encore et toujours.

Les gens retenaient leur souffle.

- Alors, j'ai suivi Harry et Ron dans les vestiaires. J'y suis restée tout l'entraînement, prête à frapper. Quand ils sont revenus, je savais qu'ils allaient en profiter pour coucher ensemble. Alors j'ai encore attendu. Et quand leur copulation a commencé, j'ai lancé avec hargne le balai dans leur direction. Ron est mort sur le coup. Harry a survécu quelques secondes, juste assez pour voir qui lui avait ôté la vie. Et quand il m'a vu, il a été surpris. S'il n'était pas déjà plus mort que vivant, je suis sûre que son cœur aurait lâché de lui-même !

Les gens étaient surexcités. Ils voulaient ma mort. Ils la désiraient comme on désire le corps de la personne que l'on aime et que l'on observe de la porte de la salle de bain, nue sous sa douche, l'eau ruisselant sur sa peau.

- Bien, la séance est levée.

J'attendais de longues minutes dans une petite pièce adjacente au tribunal en lui-même. Des gardes me surveillaient, craignant une fuite. Mais j'avais atteint mon but, celui de mon existence. Ma mort ne pourrait pas effacer celles que j'avais semées. Et on parlerait de moi, encore et toujours, pendant des années.

On vint me chercher pour m'annoncer ma sentence. Je la devinais déjà.

- Miss Granger, levez-vous s'il vous plait. La cour vous condamne à subir le Baiser du Détraqueur. Votre sentence aura lieu demain à l'aube.

Je souris. Mourir dans un baiser... C'était digne d'un drame romantique. Surtout pour moi, qui n'avait jamais eu de petit ami.

Je m'en foutais de mourir. Je m'en foutais vraiment. Mes actes demeureraient, même après ma mort. Je ne regrettais rien, bien au contraire.

Mais tout de même, mourir dans un baiser...

Mon premier baiser.

Et mon dernier.

FIN