Edward
Chapitre 6 : Ses larmes et son sourire
Nous ne nous entendions pas bien, bon c'était clair.
J'avais ma part de responsabilité là dedans, mais elle n'était pas toute blanche non plus. Elle s'était montré si froide et distante avec moi. Ses changements d'humeur d'habitude si visibles sur son visage s'étaient volatilisés au profit d'un air maussade. Vivre avec moi la dérangeait à ce point là ? Je pensais m'être comporté de manière tout à fait correcte avec elle. Mais son attitude m'énervait, elle n'avait même pas cherché à me connaitre un peu, comme s'il était certain que je sois de mauvaise compagnie. De là, lorsqu'elle avait proposé de m'aider pour mon déménagement j'avais vraiment été sur la défensive, ce qui n'avait rien arrangé entre nous.
Ce samedi soir, où nous avions regardé « Casablanca » m'avait semblé être le point de non retour, et j'avais vraiment pensé que nous n'arriverions jamais à nous entendre.
J'adorais vraiment ce film et je m'étais dit qu'un sujet de discussion si sympathique aurait pu nous permettre de nous expliquer, et peut-être même de nous réconcilier. J'engageai donc la conversation. Elle me répondit avec politesse, mais ne chercha pas à approfondir. Elle semblait vouloir se focaliser sur le film et ne s'intéressait pas vraiment à ce que je lui racontais. Ce mutisme permanent m'énervait vraiment, elle gardait toujours la même tête, vaguement mélancolique, au-delà de la colère, cela m'attristait beaucoup. Sourire lui allait tellement mieux ! J'aurais voulu la secouer, lui dire que ce visage triste n'avait plus rien à faire ici, et qu'il fallait qu'elle se reprenne. Mais je n'osais pas et m'astreignais à côtoyer un véritable fantôme. Ce qui me tuais le plus, c'était que j'avais nettement l'impression que cette morosité était là par ma faute. Je voulais donc essayer d'être le plus discret possible, comprenant bien que ma présence ne lui plaisait guère. M'isoler paraissait être la seule chose à faire, comme d'habitude. Je n'en avais pas envie. J'aurais aimé rester avec elle sur ce canapé, en regardant le film, nous aurions pu en discuter après, et passer une très bonne soirée au final. Mais je ne voulais pas lui imposer ma présence, si elle ne la désirait pas, et apparemment c'était le cas.
Je me levai donc, énervé et attristé qu'elle m'ignore à ce point, avec dans l'idée d'aller regarder la fin du film dans ma chambre. Elle ne bougea pas d'un cil. Décidément, j'étais vraiment transparent ! Un « bonsoir » serait sympa quand même ! On ne pouvait pas finir la soirée comme ça enfin, je trouvais cela si désespérant ! Je décidai donc de dire quelque chose, même le premier truc qui me vint en tête, et tant pis si c'est une idiotie.
-Je ne sais pas si tu es au courant, mais je suis pianiste, et demain plusieurs personnes viennent m'aider à monter mon piano, donc ne t'étonne pas si il y a des inconnus dans l'appartement.
Je n'avais vraiment pas réfléchi, et j'avais dis ça s'en même m'en rendre compte, alors que c'était totalement faux. J'étais vraiment pas malin...Ceci dit, là encore elle n'eut aucune réaction. C'était tellement frustrant ! J'attrapais ma poignée de porte quand le son de sa voix me fit me retourner vivement vers elle.
-Edward !
L'intensité avec laquelle elle avait crié mon nom avait rempli la pièce en un instant, cette ferveur me fit plaisir, même si je tentais de le cacher, de peur qu'elle croie que je me moquais d'elle. Je lui rendis un « oui ?» intéressé.
- Euh, je...enfin.
Elle balbutiai, tordant ses doigts dans tous les sens entre ses mains. Le stress semblait l'envahir, et je compris vite qu'elle était inquiète par rapport à moi, elle avait peur de ce qu'elle allait me dire, ou de ma réaction peut-être ? Étais-je si effrayant que ça ? Je la regardais dans les yeux, profitant de chacune des expressions qu'elle prenait sans même s'en rendre compte. Tant qu'elle n'était pas en mode « maison hantée », cela me convenait. Je l'incitais à terminer. Elle respira un bon coup, et reprit.
-Jane, ma petite sœur, voulait absolument voir l'appartement depuis mon emménagement, elle me tanne avec ça et comme elle a quelques jours avant sa rentrée des classes, elle m'a proposé de...Enfin bref, elle arrive lundi.
Elle était vraiment très touchante, et la colère que j'avais en moi disparut presque aussitôt.
-Ok je serai là, de toute façon. Dis-je en tentant de rester impassible.
Quand je pénétrai dans ma chambre, je m'emparai du téléphone, il fallait que j'organise ma journée de demain, mes parents allaient être contents ! Depuis le temps qu'ils me suppliaient presque de reprendre le piano ! Je téléphonai donc à mon père, en prenant soin d'enclencher la télévision, pour couvrir le bruit de mon appel.
-Allo, Papa ?
-Bonjour Edward ! Ça me fait plaisir que tu nous appelles ! Comment vas-tu ?
-Ça va bien Papa, merci. Dis-moi, je pensais que demain, tu pourrais venir à l'appartement avec Emmett et Jasper pour m'aider à monter mon piano, comme ça ce sera fait.
-Ah enfin ! Ta mère et moi on y croyait plus ! C'est une très bonne décision mon fils, ton talent ne doit pas se perdre à cause d'une fille. Me répondit-il, visiblement ravi. J'entendis des paroles, presque inaudible derrière le combiné, et je compris vite, Carlisle annonçait la nouvelle à Esmée. Il reprit ensuite la conversation.
-Ta mère est ravie !
-Sans blague...
-Emmett voulait passer manger à la maison demain, il sera surement content de voir ton appartement. Jasper ne pourra pas, il est encore en Australie, tu sais bien. Je dirais à Emmett de venir avec des amis à lui, parce que ton piano est vraiment très lourd, nous n'y arriverons pas à trois.
-Si il ramène les quatre mecs qui le collaient tout le temps au lycée, je ne sais pas si je vais les supporter.
-Ils sont un peu envahissants, c'est vrai, mais ils ne sont pas méchants.
-Envahissants ? Papa, la dernière fois qu'ils ont mis les pieds à la maison, c'était pour regarder le football sur notre grand écran. Outre le fait qu'ils ont passé la soirée à insulter les joueurs et à très largement complimenter les fesses de leurs épouses, le lendemain, il nous a fallu une demie journée pour ramasser les canettes de bières, les paquets de chips éventrés et les parts de pizza oubliées.
-Bon, c'est vrai, tu as raison. Esmée me parle encore du canapé qu'ils ont taché de sauce tomate, mais en même temps, tu nous prévients au dernier moment !
-Oui, je sais, désolé. Bon, qu'ils viennent, je m'arrangerais avec eux.
-Et avec ta colocataire, Bella, c'est ça ? Comment ça se passe ?
-Oui, c'est ça. Eh bien je...
Des bruits dans la chambre de la dite personne me firent m'interrompre, je baissai le son de la télévision, et écoutai plus attentivement. Une respiration, très haletante ponctuait des sanglots qui montaient en intensité. Bella était en train de pleurer.
-Edward ? T'es toujours là ? Dit mon père, me forçant à revenir dans la conversation.
-Oui, papa, mais là il faut que je te laisse, je viendrai à neuf heures et demie demain, Embrasse maman pour moi, bisous.
Je raccrochai, n'attendant même pas sa réponse. Tout en m'approchant du mur, j'arrêtai la télévision. J'entendais de plus en plus distinctement les pleurs de Bella dans l'autre pièce. Pourquoi était-elle dans cet état ? Ces larmes avaient-elles un rapport avec notre relation si chaotique ? Peut-être qu'elle ne supportait plus de vivre ici, peut-être qu'elle ne me supportait plus ? A cette pensée, une vague de tristesse m'envahit, ma force me quitta, et je me laissai tomber au sol, adossé au mur de sa chambre. Non ! Ça ne pouvait pas être ça, j'étais sur, au fond de moi, qu'elle ne me haïssait pas à ce point. Au point que je la fasse pleurer. Je ne pouvais pas supporter cette idée, la faire pleurer me dégoutait de moi-même comme jamais auparavant. Les larmes des femmes en général me donnaient le cafard, celles de Rosalie m'avaient fendu le cœur, mais celles de Bella, me déchiraient totalement, de toutes parts, chose que je ne comprenais pas vraiment. Je ne savais pas quoi faire, devais-je aller l'aider, la soutenir, au risque qu'elle me rejette en bloc ? Ou rester là, impuissant, à me torturer l'esprit. Pendant ce qui me parut être une éternité, j'écoutais sans bouger, dans un état quasi catatonique.
Au bout d'un certain temps, les sanglots cessèrent, et un silence religieux s'installa dans l'appartement. La curiosité et l'inquiétude me firent enfin me lever, je me dirigeai vers sa chambre et m'arrêtai devant la porte pour écouter. Aucun bruit, hormis son souffle régulier. Après une longue hésitation, j'ouvris sa porte le plus doucement du monde. Bella se trouvait sur son lit, à moitié couchée sur le coté, les mains recroquevillées sous sa tête. La lumière de sa chambre était allumée, mais elle dormait profondément. Ses joues étaient encore rouges, du fait de ses trop nombreuses larmes. J'entrai dans la pièce, avec tout autant de discrétion, et me rendis compte que c'était la première fois que je mettais les pieds dans sa chambre. Elle était plus grande que la mienne, mais pas immense non plus, Bella l'avait joliment décorée, avec des grands rideaux en velours, un petit fauteuil à l'air confortable et un miroir richement orné. De plus, en face du lit aux draps mauves, se trouvait un bureau où était posées des piles de photos. Par curiosité je jetai un coup d'œil aux clichés, et restai totalement bouche bée. Ils étaient magnifiques, vraiment, je n'y connaissais pas grand-chose, mais certains visages figés dans le papier glacé me bouleversaient. Était-ce elle qui avait pris ces photos ? Peut-être était elle photographe ? Bon sang, je ne savais même pas quel travail elle avait ! C'était vraiment navrant !
Un mouvement dans mon dos me fit presque sursauter, je me retournai vers elle et me figeai. Elle se tournait simplement dans l'autre sens. J'étais vraiment très culotté de venir dans sa chambre comme ça, quand même, mais je caressais l'idée de l'être encore plus. Je me rapprochai du lit, et la soulevai pour la placer au centre, en enlevant d'abord les draps de sous son corps. Elle était légère comme une plume, c'était la première fois que je la touchais de si près, je rougis presque à cette pensée. Elle se laissa docilement faire. Je la reposai donc entre les draps et déboutonnai son pantalon, tentant de regarder ailleurs. Si elle venait à se réveiller à ce moment précis, je ne pensais pas être capable de fournir une explication plausible qui expliquerait ma présence dans sa chambre en train de la déshabiller. Bella gémit légèrement mais heureusement elle ne broncha pas. Je recouvrais ensuite le drap sur elle. Elle était vraiment très belle, ses longs cheveux brun entouraient son visage avec simplicité, et l'ensemble me donna l'impression d'un véritable tableau. Après avoir éteint la lumière, je refermai la porte, retournai dans ma chambre et allai me coucher.
Je me levai tôt, me douchai, m'habillai, et avalai mon petit déjeuner en un temps record. Je quittai l'appartement vers neuf heures me rendant chez mes parents.
La matinée se déroula rapidement, Emmett et ses amis arrivèrent en retard, mais malgré cela, nous fûmes efficace et vers 11h00 je me garai dans l'allée devant mon appartement, suivi des autres. Emmett voulait à tout prix voir à quoi ressemblait mon chez moi, je lui laissai donc la clé, lui précisant que Bella devait certainement être là, il monta, suivi de près par ses amis. Quant à moi je préférai commencer à vider la voiture des quelques affaires qu'il me restait chez mes parents, et que j'avais embarquées, profitant de l'occasion. Mon père était au téléphone avec Esmée. Au bout d'une dizaine de minutes Emmett revint, seul.
-Il est très sympas ! Me dit-il
-Oui, il est agréable. T'es tout seul ? Le questionnai-je
-Les garçons sont encore en haut.
-Tu leur as bien dit que Bella était là ?
-Bah euh...non.
-Emmett, ils vont faire un boucan pas possible, tu les connais ! Bon tu peux t'occuper de ces cartons là, je vais aller les chercher.
-Ok, ok ! Mais tu t'inquiètes vraiment trop toi ! T'es amoureux ou quoi ? Ricana-t-il de son rire tonitruant. Je baissai la tête.
-Enfin, Em', tu sais bien que je...
-Mais oui, Rosalie ! Je sais Ed', mais bon, un flirt ça n'est pas mal aussi, non ?
-T'es trop con ! M'écriai-je en pénétrant dans l'immeuble.
Arrivé au pas de la porte, j'entendis les garçons jurer comme des charretiers, je compris bien vite qu'ils parlaient de Bella. Comment pouvaient ils être si irrespectueux envers elle ? Ça me dépassait. Je m'apprêtais à entrer et à intervenir lorsqu'elle fit irruption dans le salon.
-Je suis juste la colocataire d'Edward, pas sa copine ni son sex toy, alors oui la voie est libre mec, mais c'est même pas la peine d'essayer, t'as aucune chance ! Balança-elle.
Les quatre lourdauds restèrent bouche-bée. Et je ne pus m'empêcher de rire devant les têtes de crétins qu'ils arboraient. Tous se retournèrent vers moi, mais c'est Bella qui parut la plus surprise.
-Je vois que vous avez fait la connaissance de Bella.
-Oui, on a eu ce plaisir, répliqua sèchement Paul.
-Ne soyez pas rancunier, après tout vous l'avez bien cherché, et puis Bella n'est pas le genre de fille à se laisser marcher sur les pieds...Mais ça, je crois que vous vous en êtes aperçu tout seul. Dis-je en riant de plus belle.
-T'es trop drôle Ed...ironisa Tyler.
-Je sais, je sais ! Bon allez les mecs, on se bouge là, mon « Bohemia » va pas monter tout seul !
Les quatre garçons passèrent la porte en silence, visiblement refroidis par la discussion. Je regardai Bella, elle souriait légèrement ! Cela la rendait tellement différente ! Remonté par ce sourire, je me décidai à être plus ouvert avec elle.
-Bella, désolé pour leur manque de finesse.
Elle parut tout d'abord très surprise par ma réflexion, mais finit par m'adresser un sourire, qui me donna l'impression qu'une brise légère emplissait la pièce.
-Je survivrai ! Dit-elle
Je me sentais bien, heureux, confiant. Alors que je passais la porte, je me retournai vers elle.
-Au fait, pas mal la répartie !
Je descendis les marches quatre à quatre, le sourire aux lèvres.
