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Trop de jours passèrent sans qu'il ne se décide à agir de quelque manière que ce soit. Devant son silence et ses moments d'absence, Ginny se sentait impuissante et exclue et les tensions devenaient de plus en plus manifestes. Ses cauchemars étaient revenus plus sombres que d'accoutumée et la fatigue s'ajoutait à son incertitude.

Et puis un jour, las de trop y réfléchir, il se retrouva devant la porte du Manoir Malfoy, avant même de savoir ce qu'il dirait. Il resta prostré dans l'embrasure de la porte, alors que l'elfe de maison l'annonçait et l'ancien Prince Serpentard parut enfin, encore plus fier que d'ordinaire, et au regard glacial qu'il posa sur lui, Harry comprit qu'il avait trop tardé avant de venir.

- Tu n'as rien à faire ici, gronda-t-il, l'œil mauvais et sans l'inviter à entrer.

- Draco, attends ! répondit-il malgré tout en forçant le passage.

Le maître des lieux mit instinctivement sa main sur sa baguette. Percevant ce réflexe, Harry se dit une fois de plus que le blond devait être habitué aux réactions sur le qui-vive, on ne gommait pas aisément vingt ans de peur et de réunions nocturnes.

- Tu peux te montrer plus teigneux qu'un Scroutt à pétard quand tu t'y mets !

L'insulte saugrenue fit son effet et détendit imperceptiblement l'intéressé, bien que l'image ne fût pas vraiment flatteuse.

- Et toi, aussi collant qu'un veracrasse, répondit-il vaguement amusé.

Ils échangèrent un sourire entendu puis un silence gênant s'installa doucement. Le non-dit était là, palpable et Harry prit son courage à deux mains :

- L'autre soir…

Draco, mal à l'aise cherchait déjà un faux-fuyant typiquement Serpentard, mais ses joues s'empourprèrent légèrement discréditant d'avance les prétextes qu'il aurait pu trouver. Il laissa quelques unes de ses mèches blondes retomber sur ses yeux pour éviter de montrer son trouble passager, puis reprit son ton un peu cynique pour murmurer d'une voix tout juste audible :

- Oublie ça.

Le brun soupira légèrement et s'approcha un peu plus près de lui.

- C'est ce que tu veux ?

Harry était suffisamment proche pour que Draco sente son souffle tiède sur sa peau, son parfum de cannelle semblait également flotter dans l'atmosphère et il était difficile d'ignorer sa proximité. Il tressaillit légèrement, détestant montrer à son ancien ennemi une faiblesse supplémentaire.

- Toi et moi, articula-t-il finalement, ça n'aurait aucun sens…

- Rien n'a de sens Draco, ni cette prophétie qui m'a volé ma jeunesse, ni ton éducation qui sacralise les Sangs Purs, on était des enfants, nous n'avions pas le choix… Aujourd'hui on est libres de choisir une autre voie…

L'héritier Malfoy releva la tête et perçut de la colère et la désillusion dans les yeux du Sauveur.

- De quoi suis-je libre, Potter, tu peux me le dire ? Aux yeux de tous, je suis et je resterai le sale Mangemort promis à rejoindre les rangs du seigneur des Ténèbres ! On ne me verra jamais autrement !

- Moi, je te vois autrement, répondit le brun sans hésitation, le regardant droit dans ses yeux acier.

Draco sentit sa poitrine se serrer à ses mots et l'espace d'une seconde, il se demanda s'il était vraiment possible d'échapper à son destin, puis il se reprit mais ne se renferma pas complètement, il murmura juste :

- Pourquoi ?

Harry soupira. Il avait toujours été un peu trop prompt à juger et cataloguer les personnes. Tout Sauveur qu'il était, il avait compris trop tard que les gens ne sont pas toujours ce qu'ils paraissent. Il avait eu confiance en Dumbledore mais pas suffisamment pour le croire lorsqu'il lui assurait qu'il ne fallait pas juger Rogue. Ni Draco. Et il en avait payé le prix.

Pourtant aujourd'hui, il s'était assagi, il avait appris à lire au-delà des apparences et il voyait autre chose que du mépris dans les yeux gris du jeune aristocrate en face de lui. Il y avait beaucoup d'amertume mais une petite lucarne d'espoir. Cependant, comme il tardait à lui répondre, le blond se détourna.

- C'est toi qui m'as embrassé, Malfoy !

Et en disant ces mots, il lui saisit le bras. Ce contact leur procura à tous deux un léger frisson qu'ils ne parvinrent pas à cacher. Sous la chemise soyeuse et probablement horriblement onéreuse du blond, Harry sentait une musculature fine et ferme, il desserra les doigts presque immédiatement.

- Je t'ai toujours détesté, Harry.

Il se rendit vaguement compte qu'il avait à nouveau employé son prénom, dans la phrase qui se devait de clore cet échange qui ne rimait à rien. Il voulait être seul, il n'avait besoin de personne. Évidemment, la lueur particulière dans les yeux trop verts du Sauveur, lui indiqua que celui-ci avait perçu cette inexplicable familiarité. Une faiblesse d'autant plus blâmable pour le blond qu'Harry l'appelait à nouveau par son nom…

- Et moi aussi. Mais notre haine nous a permis d'endurer tout le reste, la guerre, la peur…

- Un Malfoy n'a pas peur, répondit l'autre comme un réflexe.

Et pourtant… Il ferma les yeux. Il revit comme dans un mauvais rêve toutes leurs bagarres d'adolescent, ce désespoir dans les yeux du garçon qui a survécu, sa propre fureur à lui qui décuplait ses coups. Un exutoire. Un combat cathartique pour oublier… une autre haine plus enfouie, plus insidieuse. La haine impuissante contre le mal en personne. Le lord noir.

- Si je ne te déteste plus, à quoi est-ce que je pourrais me raccrocher ? ajouta-t-il finalement bien plus sincère qu'il ne l'avait jamais été.

A nouveau, leurs yeux s'ancrèrent jusqu'à ce qu'un bruit de pas retentisse dans l'escalier et que Draco ne précipite Harry dehors.

- C'est ma mère, va-t-en.

A suivre...