Chapitre 8 - Liberté empoisonnée

Le reste du Procès se déroula dans un climat acquis à la cause de Draco Malfoy. Firmin Walter, à la surprise de Harry, avait fait basculer le procès en rendant à l'ancien Serpentard un visage humain, en brisant le masque dans le lequel s'était toujours retranché le jeune homme.

- Il va s'en sortir ! clama Hermione.

Mais Harry ne lâchait pas Draco des yeux. Il avait l'air perdu. Sans son arrogante assurance, il semblait quelqu'un d'autre. Ce fut pire encore lorsque le verdict final fut donné.

- Moi, Ministre de la Magie, déclare l'accusé Draco, Lucius Malfoy, non coupable. Il sera remis en liberté après un entretien qui permettra d'identifier le ou les autres personnes concernées dans cette histoire. Toutefois, en raison de son acte, le prévenu sera assigné à résidence et ne pourra utiliser la magie dans une période probatoire de 1 an à daté de ce jour.

A ce moment précis, le blond chercha le regard de son ennemi de toujours, leurs yeux s'accrochèrent remplis de non-dits, mais à la supplique qu'il lisait dans les prunelles grises, Harry ne savait pas comment répondre. Cela aurait du être une victoire alors pourquoi avait-il l'impression que Draco était désemparé par ce verdict ?

Les trois amis quittèrent le tribunal par la force des choses, laissant Draco aux mains des juges et des Aurors chargés des crimes de guerre et malgré le soulagement affiché par Hermione et Ron, Harry avait l'impression tenace d'avoir abandonné celui qui était accusé.

- Ouf, une bonne bieraubeurre nous ferait tous du bien, lâcha Ron pour mettre fin à la gêne ambiante.


Plusieurs jours passèrent avant que Harry ne se décide à aller voir Draco après sa libération. C'était une confrontation qu'il redoutait sans se l'expliquer. Mais ne pas y aller lui laissait un arrière-goût d'inachevé... comme la conscience diffuse que tout ne s'arrêtait pas là...


Lorsqu'il parut devant ce que l'on appelait jadis le Manoir Malfoy, Harry ne put que constater à quel point tout ce qui touchait à la famille Malfoy avait perdu de sa grandeur. Avec Lucius qui n'était plus et Narcissa à Sainte Mangouste, Draco était seul héritier des lieux et de la prétendue fortune de cette éminente lignée de sangs purs. Le Sauveur n'était plus revenu là depuis plus d'une dizaine d'années. Il se rappelait pourtant encore d'une « belle bâtisse » entourée d'un grand domaine.

La grande haie d'ifs impeccablement taillés de ses souvenirs qui longeaient l'allée de chaque côté n'avait plus rien de l'allure solennelle d'antan. Cela faisait longtemps que les conifères étaient à l'abandon et le chemin toujours aussi rectiligne s'était couvert de ronces. Au milieu de cette flore en plein essor, l'imposant portail en fer forgé, légèrement rouillé à présent, affichait toujours le Grand "M" entrelacé de serpents des armes de la famille Malfoy.

Après quelques appréhensions et l'impression bizarre de pénétrer dans un château hanté, Harry se décida à sonner. Le portail grinça légèrement et s'entrouvrit sur l'allée. Il fut surpris qu'aucun sort de protection n'entoure les lieux mais dans le même temps, il se rappela que le tribunal avait retiré sa baguette à Draco. A la seconde porte, il attendit plus longtemps, un elfe vint lui ouvrir avec un air craintif.

- Le Maître ne veut voir personne.

- Laisse... répondit une voix lointaine.

L'elfe s'effaça devant l'invité et celui-ci entra d'un pas hésitant.

Harry pénétra dans le grand hall d'entrée qu'il traversa afin d'accéder au salon. Tout dans ce manoir lui rappelait d'anciens souvenirs qu'il aurait préféré laisser enfouis dans sa mémoire. C'était le lieu où Voldemort et ses Mangemorts se réunissaient, le lieu encore où lui et ses amis avaient été interrogés et torturés après leur capture... le lieu enfin, où Draco leur avait offert un sursis inespéré en ne le dénonçant pas...

La pièce était somptueuse, meublée de magnifiques meubles soigneusement briqués par les elfes de Maison et habillée d'un immense lustre scintillant. Le contraste avec le Salon n'en fut que plus saisissant.

Le salon était sombre et désordonné et Draco allongé de tout son long sur un canapé en cuir noir ajoutait à cette curieuse impression de décadence.

- Ce cher Sauveur...

La voix était plus perchée que d'ordinaire, les yeux plus brillants et à l'intensité dérangeante. Draco était vêtu d'une chemise blanche en satin froissée et retroussée aux manches, laissant la marque noire bien en vue. Ses cheveux en bataille donnait un look négligé bien différent du Draco de jadis tiré à 4 épingles.

Du sang Black, pensa Harry malgré lui. Car oui, il ne subsistait pas grand chose de "Malfoy" dans l'attitude globale de l'héritier des lieux. Ce côté sauvage, écorché vif, tourmenté et fortement charismatique... c'était bien la marque des Black. De Sirius. De Narcissa sans doute. Achevant le tableau, une bouteille de whisky Purfeu trônait sur la table basse à moitié vide. Harry resta sans voix.

- Et bien quoi, Potter ? Te voilà moins bavard que d'ordinaire !

Comme Harry persistait à se taire, le blond reprit :

- Tu croyais quoi ? Que j'allais te sauter au cou pour ma liberté retrouvée ? Liberté ! Elle n'a de réalité que le nom. Plus de magie, plus d'avenir, plus d'amis ni de famille, les gens me craignent ou me crachent au visage et je devrai trinquer à cette amère solide retrouvée ?

- Tu es en vie, Draco... commença piteusement le sauveur du monde Sorcier.

- Et à quoi bon ?

L'ancien Serpentard se redressa, plantant son regard orageux dans celui de son ennemi et Harry se laissa déstabiliser par les feux contraires qui s'y reflétaient.

- Pourquoi m'as-tu demandé de l'aide si tu ne voulais pas sortir d'Azkaban ? demanda finalement le garçon à la cicatrice.

- Parce que...

Draco s'approcha dangereusement, avec une rapidité féline, rappelant à Harry que c'était la première fois qu'ils se trouvaient seuls face à face, sans gardiens. Il se planta face à lui, proche, terriblement proche et rendant l'ambiance curieusement électrique.

- J'ai voulu te croire quand tu disais ...

- Oui ? encouragea Harry pourtant extrêmement mal à l'aise du fait ce cette proximité soudaine.

Draco avança son visage pour murmurer la fin de sa phrase du bout des lèvres tout prêt de l'oreille de Harry qui avait cessé de respirer sans même s'en rendre compte. Il sentait les boucles blondes effleurer légèrement sa peau comme un contact infime et soyeux et tout son corps était figé.

- Quand tu disais que tu ne voulais pas d'un monde dans lequel je n'étais pas.

A suivre