Corrigé le 6 septembre 2015.

Merci pour vos revieeews !


Sora était mort. Et Naminé gisait à ses côtés.

C'est impossible. Elle ne pouvait pas être là. Elle ne pouvait pas rester couchée près de lui.

Larxène semblait choquée. Marluxia, lui, était perplexe.

« Marlux', elle...

– J'ai vu. »

Il s'en approcha, passa une main sous sa nuque.

On aurait pu la prendre pour un cadavre. S'il n'y avait pas son cœur qui battait.

Mais son cœur ne pouvait pas battre. C'était impossible. Elle aurait dû disparaître, retourner au néant, comme les autres. Marluxia avait du mal à en croire ses yeux. Tout ça ne devait être qu'un rêve. Un cauchemar. Une illusion. Tout mais pas la réalité. « Non, je ne peux pas y croire. »

Larxène lisait dans les pensées de son original. Elle posa une main sur son épaule, la pressa légèrement.

« Peut-être qu'on nous a menti. Peut-être que les non-nés survivent...

– On ne nous a jamais menti, Larxène. J'en ai vu mourir. J'en ai vu disparaître sous mes yeux. Elle ne devrait pas être là. C'est tout.

– Elle disparaîtra peut-être plus tard... peut-être que Sora n'est pas...

– Il est mort. Vérifie par toi-même, si tu veux. »

Elle s'exécuta, palpa l'artère, le cœur. Tenta de sentir un souffle, même léger. Un signe de vie.

« Il est vraiment...

– Oui. Aucun doute permis.

– Mais alors, comment...

– Je ne sais pas. Je ne comprends pas. »

Il soupira. La mort de Sora ne l'affectait qu'à peine. Il en avait vu d'autre, il connaissait les risques. La vie de Naminé, elle, le laissait pantois. Larxène s'agitait à ses côtés, mal à l'aise.

« Qu'est-ce qu'on va faire ?

– La ramener.

– On ne peut pas faire ça. »

Il réfléchit. S'il la ramenait, ils l'interrogeraient. Ils la testeraient. Ils se rendraient compte du danger qu'elle représentait pour eux, sans original pour la contenir.

« Tu as raison. Aide-moi à la transporter, on ne peut pas la laisser ici.

– Où est-ce qu'on l'emmène ?

– Au poste de secours. »

Le poste de secours était une petite cave, cachée, inconnue des autochtones. Utilisée pour les cas d'urgence par les duos en difficulté. Mauvaise lumière. Quelques rats couraient par terre, que Marluxia éloigna d'un coup de pied. Il posa Naminé, avec l'aide de Larxène, sur un vieux canapé.

« Il nous faudrait de l'eau. Reste ici, avec elle. Je vais m'en charger.

– Qu'est-ce qu'on peut faire pour elle ?

– Rien pour l'instant. Laisse-la. Elle se réveillera plus tard. »

Enfin, j'espère.

Il s'absenta un quart d'heure. À son retour, Naminé était éveillée, assise, le regard vide. Larxène se précipita sur lui, chuchota rapidement : « Elle est debout depuis dix minutes, elle ne répond pas à mes questions. On dirait un zombie. »

Il s'approcha doucement d'elle, avec précaution. On ne savait pas ce qui lui était arrivé. Elle était peut-être dangereuse. Ne lui avait-on pas appris, le dernier jour, que si le simili ne mourait pas, il fallait l'achever soi-même ? Il s'éclaircit la gorge.

« Naminé. Tu m'entends ? »

Aucune réaction.

« Naminé ? »

Il agita la main devant ses yeux. Elle ne bougea pas. Larxène, au bout de la pièce, s'était installée sur une chaise et lui lançait un regard qui signifiait : « c'est pas la peine, j'ai déjà tout essayé. »

Il exhala. Tant pis. Sa partenaire le regarda. Elle n'avait plus l'air effrayé. Elle avait repris son habituelle expression pincée.

« Bon, qu'est-ce qu'on va faire ?

– Rien. Maintenant, on attend. Pour le reste, on avisera plus tard. »

xxxxx

J'ai avancé, sans un regard en arrière. Guidé par une seule pensée. Il faut que je sorte, ou je serai malheureux toute ma vie.

Le vent se faisait de plus en plus violent. Son murmure m'embrumait l'esprit.

Soudain, mes jambes sont devenues lourdes, pesantes. Mes pensées se sont faites vagues. Mes yeux ne voyaient plus grand chose.

Qu'est-ce qui m'arrive ?

Je me suis agenouillé dans une vaine tentative de reprendre mes esprits. J'avais le souffle court, la respiration saccadée, comme si l'oxygène se faisait rare. Je me suis souvenu. Du jour où ils avaient remarqué que je n'étais pas comme les autres.

« Dis-moi, Vanitas, as-tu déjà essayé de partir ? Et tu n'as pas une seule fois pensé à le faire ?Pourquoi ? »

J'avais répondu que je ne voulais pas avoir mal. Quelque chose d'inné, sans doute. J'ai compris.

Je ne peux pas m'éloigner de lui.

Encore une de ces règles stupides. J'aurais voulu hurler. Allait-il m'empêcher jusqu'au bout de prendre mes décisions ?

Je me suis couché, dans la neige, atterré. J'ai souri.

Il est arrivé quelques minutes après, le visage rongé par l'inquiétude.

« Mais qu'est-ce que t'as foutu ? T'es pas bien dans ta tête, ou quoi ? »

Il m'a secoué. Je n'ai pas bougé. J'ai fermé les yeux, souriant.

« Idiot ! T'es vraiment qu'un putain de con... Lève-toi, je pourrai pas te soulever tout seul. »

Sans m'en rendre compte, j'étais debout. Il a passé un bras dans mon dos, m'a soutenu jusqu'à la station. Encore un rêve brisé. Je ne pourrai jamais m'échapper de cet endroit. Jamais.

Il m'a emmené dans notre chambre, a fait les cents pas. De temps en temps, il s'approchait de moi, me regardait dans les yeux, me laissait, recommençait à marcher. J'étais calme. Il fulminait. Il s'est assis, agité.

« Assieds-toi. »

Je me suis redressé.

« Je suis très en colère. »

Je n'ai pas répondu, je le savais déjà. Je l'ai regardé. Mon sourire a disparu.

« Tu aurais pu mourir. »

Je m'en fichais.

« Quand tu t'éloignes, il n'y a pas que toi qui souffre, Vanitas. Il y a moi aussi. T'as pas intérêt à recommencer. T'as compris ? »

J'ai hoché la tête et il est parti, me laissant seul avec mes pensées.

Je ne m'étais jamais rendu compte alors à quel point j'étais enchaîné au centre. Ligoté à Ven. Tout ça à cause de quelques règles à la con.

Je ne pouvais pas m'éloigner sans lui, sous peine de souffrir le martyr. Il m'était impossible d'échapper à un de ses ordres, quel qu'il soit, du moment qu'il n'entrait pas en conflit avec l'ordre des choses. Je devais le surveiller, toujours, éviter qu'il lui arrive du mal, ou c'est moi qui en pâtirait. Toute ma vie, il faudrait que je sois à ses côtés pour me préserver de la mort.

Une vie d'esclave.

Est-ce que j'avais vraiment mérité ça ?

Soudain, je me suis mis en colère. Une rage sourde s'est emparée de moi.

Tout était de sa faute. Je ne vivrai jamais tant qu'il sera là. Et quand il ne sera plus là, je ne pourrai même pas en profiter. Cet emportement ne m'a pas quitté pendant des jours. Aucun moyen de me calmer. Axel avait essayé, en vain. Il ne pouvait rien y faire.

Je ne pensais plus qu'à Ven, à ce qu'il m'avait fait. Inconsciemment, peut-être. Sans doute n'avait-il pas voulu de cette vie-là. Mais il s'était laissé avoir, comme un idiot, il était entré dans ce train, il avait survécu. Pourquoi avait-il survécu ?

Et chaque heure, chaque minute, chaque seconde, une affirmation. Je te déteste. Je te hais. Et jamais ça ne changera, quoiqu'ils en disent.

Je ne pouvais plus faire semblant.

Je ne pouvais plus me calmer.

Il fallait que je le lui dise. Que je le lui montre. Que je lui fasse du mal.

Je dormais encore quand il est rentré.

J'étais très en colère, à nouveau. Laisse-moi tranquille.

Il s'est approché de moi doucement. Je me suis tourné pour être sûr de ne pas voir son visage. Laisse-moi tranquille, pitié. Ne me provoque pas.

Sa vue seule suffisait à attiser ma rage. Je n'avais pas envie d'y être confronté. Malheureusement, il le voulait, lui. Il voulait même me parler.

Après m'avoir forcé à revenir comme il l'avait fait. Il aurait pu partir avec moi. Mais il avait fallu qu'il me ramène. Ouais, je l'avais mauvaise.

Je faisais semblant de dormir. Je l'ai pourtant senti juste devant moi. Son souffle sur ma peau.

« Je t'aime. »

J'ai ouvert les yeux. Je ne pouvais plus l'ignorer. Pas dans un moment pareil. Non, Ven, laisse-moi. Arrête. Tu vas te faire du mal pour rien. Je lui ai posé la seule question qui me brûlait les lèvres.

« Pourquoi ?

– Parce que. C'est comme ça.

– Ce n'est pas une réponse.

– Tu sais bien. C'est normal pour quelqu'un comme moi. »

J'en avais marre. J'ai fermé les yeux, encore. L'ignorer. Peut-être qu'il arrêterait. Peut-être qu'il irait se coucher, qu'il comprendrait à quel point j'avais envie de le frapper, de le blesser, de toutes mes forces. Qu'il aille se faire foutre.

« Je suis tellement désolé, Vanitas. Je n'aurais pas dû hésiter (comme quoi il y a réfléchi le con). Je sais ce que tu ressens. Je sais que tu es en colère après moi. Mais je veux la même chose que toi. Je t'aime. »

Mes paupières se sont soulevées contre mon gré. Je ne savais pas feindre l'ignorance quand il me disait ça. Il mettait sur le tapis toutes ces choses qu'on s'était tues. Son hésitation stupide lors de ma création. Peut-être que s'il ne l'avait pas eue, j'aurais été normal ? Le lien qui nous unissait. Il savait ce que je ressentais, parce que lui même ressentait l'inverse. Ma colère à son encontre. « Je t'aime. » Je le haïssais tellement que ces trois simple mots brisaient toutes mes espérances. Je pouvais lire dans ses yeux qu'il disait la vérité. Il n'avait jamais été plus sincère.

Il avait peur de ma réaction. Mon corps, mon cœur, ma conscience étaient séparés en deux. D'un côté, l'envie de réaliser ses craintes, de lui faire du mal, de le faire pleurer, de le faire partir. De l'autre celle de ne pas envenimer les choses plus qu'elles ne l'étaient déjà, de satisfaire ma parole envers Axel, de « sécher ses larmes », comme l'avait dit Epsilon. J'étais en pleine réflexion, en bataille intérieure. Laisse tomber, Ven. Laisse tomber.

Il s'est approché de moi, encore.

« Embrasse-moi. »

Je l'ai regardé, feignant l'indifférence, tandis que la guerre faisait rage dans mon âme. Qu'est-ce que tu choisis, Vani ? Sincère ou hypocrite ?

Une voix en moi chuchotait : Allez, de toute façon, il est au courant. Casse-le une bonne fois pour toute. Une autre annonçait : Tu sais que s'il est trop mal, il va finir par faire des conneries. Et c'est toi qu'on va punir. Toi et seulement toi. Accède à sa requête. Au pire, qu'est-ce qui peut se passer ?

J'ai choisi d'emprunter la voie du milieu. Posons-lui directement la question. Oui, c'est la solution.

« C'est quoi ça ? Un ordre ?

– Non. » Il m'a répondu dans un souffle inquiet. Terriblement stressé. Il avait l'air angoissé. Il a repris :

« Non. C'est une demande... une prière. Je t'en supplie, Vanitas... »

Qu'il crève. Tant pis. Je ne peux pas faire face à ma haine. Je ne peux pas. J'ai refermé les yeux et lui ai tourné le dos.

« Vanitas... s'il te plaît... »

J'ai souri. J'avais envie de rire. Il ne fallait pas qu'il pleure encore.

« Laisse-moi dormir, Ven. Tu me fais chier. »

Il allait pleurer. Je le savais. J'ai prié toutes les divinités connues et inconnues pour qu'il réussisse à se contenir. Mes prières furent exaucées facilement, d'ailleurs. Il avait repris contenance quand il m'a lancé sèchement.

« Très bien. Vanitas, embrasse-moi. C'est un ordre. »

Excédé, je me suis tourné vers lui, j'ai passé ma main dans sa nuque et l'ai attiré vers moi pour sceller mes lèvres aux siennes.

Trois milliards de pensées en même temps.

Pense à autre chose, Vani, ça va passer, c'est rien d'autre qu'un contact de visage à visage, c'est pareil que lorsqu'on prend une main, que quand on frappe quelqu'un, tu vois. N'y pense pas, ne pense pas qu'il adore ça. Contiens ton dégoût. Contiens-le.

Il a eu un sursaut suivi de près par un tremblement bizarre. Je l'ai relâché et l'ai regardé dans les yeux. Il était perdu. Moi aussi, sans doute.

« Encore. »

J'ai levé les yeux au ciel. Quel gamin. Il n'avait donc rien d'autre à foutre ?

J'ai recommencé l'opération, en prenant bien soin de penser à la neige dehors. Pleins de flocons. C'est joli, c'est froid, un flocon. Pense au flocon, Vani. Tu n'es pas là, tu es dehors, n'est-ce pas ?

« Encore... ne t'arrête pas tant que je ne te l'aurai pas dit.

– Mh. Bon... et tu veux juste le classique ou je dois y mettre la langue ? »

Il a rougi comme si je lui avais dit le truc le plus gênant du monde. Mais qu'est-ce qui me prend de dire ça. Pourquoi j'y pense ? Je ne devrais pas. Je devrais ignorer, fermer mon esprit, réagir comme un zombie. Pourquoi je ne le fais pas ?

Il a cillé avant de répondre timidement :

« Je... si tu veux... »

J'ai soupiré. Au point où j'en étais...

« C'est oui ou c'est non. Moi, je m'en fous. J'ai pas le choix de toute façon.

– Ah... oui alors...

– D'accord. »

Il s'est arrêté de respirer lorsque j'ai approché mon visage du sien. Il avait peur.

Pourquoi ? N'était-ce pas lui qui m'en avait donné l'ordre ?

Tant pis. Je me fichais de sa crainte. J'ai senti un élan de confiance et ça me suffisait. Dieu merci, c'était lui qui avait peur, pas moi.

J'ai caressé doucement sa joue de la main avant de continuer jusque dans sa nuque. Il respirait par saccade et a fermé les yeux en attendant que j'exécute son souhait. Bien. Puisqu'il le voulait tant que ça, j'allais le lui donner, son baiser. Et promis, il n'allait pas l'oublier de sitôt. Moi non plus, d'ailleurs...

Je me suis agenouillé par terre à ses côtés. Il m'a fallu une énorme dose de volonté pour accéder à sa requête. Oublier la colère, oublier la haine, faire comme si j'étais un autre. Pas moi.

J'ai frôlé ses lèvres des miennes avant de continuer plus avant. Je l'ai senti frissonner, encore. Le pauvre, c'est la première fois. Je pense.

Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés comme ça. Un sourire qui contrastait avec son air attristé flottait sur mon visage, provoquant.

Je n'ai jamais su ce qui m'avait pris ce soir-là. Toujours est-il qu'ensuite j'avais passé mes deux bras dans son dos et que je l'avais attiré vers moi. Sa tête posée contre mon cœur, il n'a rien dit. Il a compris qu'il ne fallait pas. Il a fermé les yeux et nous sommes restés ainsi, immobiles pendant ce qui m'a semblé une éternité.

Jusqu'à ce que cet enfoiré d'Axel ne se décide à entrer.

Je lui aurais craché à la figure si je n'avais pas été si loin.

Il m'a regardé, a regardé mon partenaire. Ses yeux passaient de moi à lui sans arrêt. L'air abasourdi, il m'a interrogé du regard.

J'ai fermé les yeux et me suis détourné de lui. Je me sentais tellement bizarre. Plus de voix dans ma tête. Plus de pensées. Juste du vide. Ce sentiment ne m'avait encore jamais pris auparavant.

Soudain, le charme s'est brisé. La haine que je ressentais pour Ven s'est remise à me tenailler et me serrais à m'en étouffer. Un rappel à l'ordre. Ne t'approche pas trop de lui, ça ne t'attirera que des ennuis. J'ai repoussé brutalement mon double pour me rasseoir sur le lit.

Axel s'est éclairci la gorge. Ven s'est tourné vers moi, puis l'a observé d'un air indifférent.

« Qu'est-ce que tu veux, toi ? ai-je craché à l'intrus.

– Euh, dit il, Xemnas m'a dit de venir vous chercher...

– Encore ? C'est une blague ! »

Il voulait nous voir de plus en plus souvent, à nouveau.

« Non. Il veut vous poser quelques questions. Zexion est là pour ce soir et le supérieur souhaite que vous lui parliez un peu.

– Crève. »

Je me suis recouché et me suis caché sous les couvertures. Zexion n'avait qu'à attendre. Je n'avais pas besoin de lui et de ses analyses à la con.

J'ai entendu Ven se lever et se diriger vers la porte de la chambre. J'écoutais leur conversation de loin, même s'ils parlaient à voix basse.

« Ven, c'est important. Il faut que vous y alliez.

– C'est toujours nous. Les autres ne l'ont pratiquement jamais vu... Pourquoi est-ce qu'on doit toujours lui parler de ça ? J'en ai marre, Axel. Laissez-nous tranquilles, pour une fois...

– Je ne fais qu'exécuter les ordres. Vous n'êtes pas les autres, c'est tout. Ven, si tu n'y vas pas, tu sais bien ce qui va se passer. Tu ne voudrais pas qu'il lui arrive du mal, n'est-ce pas ?

– Non !

– Alors, tu n'as pas le choix. Oblige-le à se lever et à t'accompagner. »

Il ne s'est pas fait plus prier. Axel connaissait ses points faibles. Le sournois. Une minute plus tard, je marchais dans le couloir en direction du bureau du « supérieur ». Quel nom pourri. Il ne s'étouffait sûrement pas avec sa modestie, lui.

Nous sommes entrés dans la pièce la plus grande de cette aile du bâtiment. Xemnas nous y a accueilli avec un sourire glacial, comme à son habitude, et nous a invité tacitement à nous asseoir.

Il nous a regardé l'un et l'autre avant de demander :

« Alors ?

– Alors quoi ? », lui ai-je rétorqué du tac au tac. Je n'allais pas le laisser dominer la conversation cette fois. Ça ne fonctionnerait plus.

« Alors, a-t-il poursuivi en m'ignorant royalement, comment allez-vous ?

– Super bien. On peut s'en aller maintenant ?

– Pourquoi cet empressement, Vanitas ?

– J'ai rien à faire ici.

– Aurais-tu peur de moi ?

– Bien sûr que non, je n'ai peur de personne. Et ce n'est pas un vieillard croulant qui va m'angoisser.

– Tu ferais mieux de te taire, heartless. Tu n'es pas chez toi, ici.

– Je ne suis nulle part chez moi.

– Tu ne devrais donc jamais cesser de te taire.

– Dans tes rêves, ouais.

– Ven, tu seras le premier à passer... Zexion t'attend dans la pièce à côté. Prends ton temps surtout, ne te presse pas. »

Il a obéi, muet comme une tombe, me laissant seul avec le patron. Celui-ci a soupiré en le voyant partir, et s'est tourné vers moi. Plus la moindre trace de sourire, de faux-semblants. Maintenant que mon partenaire était parti, il n'allait pas se priver.

« Vanitas, Vanitas...

– Xemnas, Xemnas... »

Il a souri. Plus un sourire dégoulinant de fausse amabilité, un sourire tout ce qu'il y avait de plus sournois et calculateur.

« Tu me causes de gros problèmes, en ce moment.

– Ah bon ? Tu m'en vois ravi. »

J'étais un des seuls à le tutoyer. Il ne s'en offusquait pas.

« Je n'en doute pas. Vois-tu... si tu continues à faire l'imbécile, je vais devoir, comment dire...

– M'éjecter ?

– T'éliminer serait plus juste.

– Eh bien, je ne t'en empêche pas, vas-y.

– Je ne doute pas du fait que tu rêverais de cesser d'exister. Ta petite tentative de fuite en est d'ailleurs la preuve... »

J'étais abasourdi. Comment pouvait-il savoir ?

Il a dû remarquer quelque chose, car un sourire tout ce qu'il y a de plus fielleux a traversé son visage.

« Ici, c'est mon domaine. Rien de ce qui s'y passe ne m'est inconnu. Rien.

– Tu te crois grand, hein ?

– J'ai tous les pouvoirs. Je peux te faire détruire comme je veux. Mais pas seulement.

– Mh. C'est ça.

– Si tu te fiches encore de moi, si tu me caches encore des choses importantes... ce n'est pas sur toi que l'Organisation va passer ses nerfs. C'est sur le jeune garçon qui est à côté.

– Tu ne ferais pas de mal à Ven. Je suis certain que t'as besoin de lui.

– Ne prends pas cet air suffisant, tu ne sais pas ce que tu dis. Il ne vaut rien, tu le sais autant que moi. Ses compétences en précision et en combat ne sont pas terribles. Les cours théoriques ne lui vont absolument pas. Et je ne te parle pas de son côté extraordinairement sportif... »

Rire moqueur. Il s'est avancé. Nous nous sommes affrontés du regard.

« En fait, c'est plutôt un élément... inutile. Les autres le détestent. Il est frêle, timide... il ne survivra pas face à de véritables ennemis. Il est si fragile... n'est-ce pas, Vanitas ?

– Arrête.

– Tu la sens, toi aussi, cette fragilité. Je pourrais le briser d'une seule main.

– Tu ne le ferais pas.

– Pourquoi m'en empêcherais-je ?

– Tu as besoin de moi.

– Qu'en sais-tu ?

– Je le sais. C'est tout. »

Un rire guttural a raisonné dans la pièce.

« Tu me fais rire, heartless. Tu es tellement naïf.

– J'ai tort ?

– Non... tu le sais très bien. Mais j'ai une formidable équipe de scientifiques avec moi. Vexen, entre autre. Il est peut-être insupportable, mais ça ne l'empêche aucunement d'être d'une intelligence redoutable.

– Et ?

– Il a découvert quelque chose d'extrêmement intéressant.

– Quoi ?

– Je pourrais tuer Ven et te laisser vivre.

– C'est impossible.

– C'est ce qu'on t'a dit. Mais il existe quelques moyens de contourner la règle. Plus ou moins moraux. Plus ou moins douloureux. »

Je n'ai plus rien dit. Il me disait que j'avais un espoir de survie. Si c'était vrai...

« Tu sais, Vanitas, tout le monde pense que tu le hais. Que tu ne souhaites que le voir disparaître. Mais moi, je sais... Je te connais. Ils ont tort. Tous. N'est-ce pas ? Tu as besoin de lui autant qu'il a besoin de toi.

– Tu délires.

– Il existe un lien entre vous, que tu le veuilles ou non. Le fait que tu t'inquiètes de ce que Zexion est en train de lui dire, de lui faire, à côté, te le confirme. Au fond de toi, tu sais que j'ai raison. Je sais que tu ne le laisseras pas mourir... même si ça te permettait de survivre. »

Ses prunelles dorées, comme les miennes, étaient criantes de vérité. J'ai détourné les yeux.

« Regarde-moi, Vanitas. Regarde-moi et dis-moi ce que tu vois. »

J'ai difficilement fixé son visage. Qu'est-ce que je voyais ?

Un homme. Trop jeune pour être vieux, trop vieux pour être jeune. De l'or. Des idées malsaines, des pensées terribles. Je vois une prison, une cage dans laquelle je suis enfermé. Je vois de la franchise, qui se veut destructrice. Je vois le mal, et je vois qu'il ne plaisante pas. Je ne peux pas laisser Ven avec lui. Pas tout seul. Il va lui faire du mal, c'est certain. Je vois un reflet dans ses yeux. Un monstre, un démon au visage d'adolescent, une quinzaine d'années. Des questions plein la tête, des incertitudes. Un mensonge...

Je lui ai craché au visage. Ça, c'est pour m'avoir menacé. Ça, c'est pour m'avoir compris mieux que moi-même. Je te hais. Je te hais. Je vous hais tous.

Il a ri, rire teinté de méchanceté gratuite. Il se moque de toi. Il se moque de toi et il a raison.

« Je ne vois que le mal et la perversion dans tes yeux.

– Ils sont pareils aux tiens. Nous partageons plus de choses que tu ne veux l'admettre.

– Nous ne partageons rien du tout ! » J'ai crié cette dernière phrase. Il avait l'air ravi.

« Oh si. » Il a regardé sa montre, faussement inquiet. « Ven aura bientôt fini. Je me demande... peut-être qu'il va lui arriver quelque chose une fois que tu auras le dos tourné. On ne sait jamais... Il n'est qu'une brindille. Il suffit d'un coup de vent, d'un orage...

– Qu'est-ce que tu attends de moi ?

– La vérité.

– À quel sujet ?

– Au sujet d'une certaine rencontre que tu as faite.

– Je ne vois pas de quoi tu parles.

– Terra est introuvable depuis plusieurs semaines. Dis-moi où il se cache. Je sais que tu l'as rencontré, Vanitas. L'endroit est beaucoup plus surveillé que tu ne le crois. Et ce gamin semble beaucoup t'apprécier. Je suis certain qu'il t'a montré sa cachette. Dis-moi où elle se trouve.

– Je ne connais pas ce « gamin ».

– Tu ne voudrais pas qu'il lui arrive du mal ? »

La porte s'est ouverte, laissant paraître un Ven calme et légèrement étonné. Je me suis levé. Je me suis apprêté à sortir et à rejoindre Zexion, un peu mal à l'aise. Xemnas avait repris son sourire protecteur et compréhensif. Ses yeux, eux, ne trompaient pas. Il a posé ses mains sur les épaules de Ven, l'a invité à s'asseoir. Et m'a lancé un regard qui ne pouvait être incompris.

Tu ne voudrais pas qu'il lui arrive du mal ?

Réfléchis, Vani. Epsilon ne t'a jamais fait promettre quoi que ce soit. Tu dois protéger Ven. C'est ton devoir.

Tu as besoin de lui autant qu'il a besoin de toi.

Tu ne le laisseras pas mourir... n'est-ce pas ?

J'ai serré les dents. Ce mec était vraiment un salopard agréé.

« Le sous-sol. Une sorte de dépôt. Plein de vieilles caisses et d'autres affaires. »

J'ai senti mon cœur se serrer. Pardon.

Je suis entré dans le bureau de Zexion. J'avais fait ce qu'il fallait. Protéger Ven, c'était mon seul et unique but. C'est pour ça que je suis né. Il avait besoin de moi.

Je suis entré dans la petite pièce, blanche. Zexion m'a regardé, m'a fait signe de m'asseoir. J'ai secoué la tête.

« Pas la peine de faire semblant que tu t'intéresses à moi, mec. Xemnas a eu ce qu'il voulait. »

Il m'a fixé, sans aucune expression. Pas très causant, ce gaillard.

« T'as quel âge, toi ? » Il s'est retourné, s'est occupé de ses petits papiers. « Dix-sept ans, quelque chose comme ça, non ?

– Dix-huit.

– Pfiou, t'es jeune. Qu'est-ce que tu fous dans un truc pareil, au lieu de profiter de ta jeunesse ? »

Il n'a pas répondu. J'ai abandonné la partie.

Nous sommes restés quelques minutes, en silence, le temps de bien faire semblant que je me faisais interroger. Il m'a fait signe de partir. Je lui ai tourné le dos.

« Fais attention à lui. Il est très attaché à toi. »

J'ai haussé les épaules, un semblant de sourire sur les lèvres – le maximum que je pouvais faire.

« T'es au moins la trentième personne à me le dire. J'ai compris, maintenant. »


Hell yeah. Merci pour votre lecture :3. À la prochaine !