Disclaimer : Les personnages de Saint Seiya ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : DM/Camus.

Rating : M.

Salut les gens !! :-)

Lys : Hello !

Nouveau chap, très très gai...

Lys : Traduction : Bah c'est pas très joyeux :p

Je pars dans le HS : pour éditer les fics, c'est une nouvelle version, j'aime pas du tout. Je sais pas pour vous, mais quand je tape après avoir posté mon document, bah ça me retire les soulignés (mais il me laisse les gras...), me mets mon texte à la fin... Po juste T.T

Lys : Ah, ça... :p

Bref, passons ! Merci à tous pour les commentaires que vous me laisser !!

Lys : Ouais, parce que en passant, y'a Camus qui est pas heureux, là, et DM non plus :p

:p

Bonne lecture !


Chapitre 8

Des voix. La voiture qui roule. Le restaurant, on l'a loupé. Camus a raison. Ludivine, faut revenir en arrière. C'est quoi, ces bruits ? Pourquoi elle a arrêté de parler ? Pourquoi… y'a cette voiture blanche, là, devant nous ?

Aurélia se réveilla se réveilla en sursaut. Haletante, elle chercha des yeux une présence connue, et vit, presque soulagée, Joanne qui dormait dans un lit près du sien. Elle poussa un soupir, se trouvant ridicule de s'effrayer pour un tel rêve. Mais… il avait semblé si réel… Elle n'était pas prête d'oublier cet accident, ça, non ! Elle imaginait bien la blonde, à l'avant, écraser le frein, incapable de tourner le volant, incapable de changer de direction. Oh oui, elle l'imaginait très bien…

Il faisait jour. Le soleil s'était levé il y avait peu de temps. La lumière avait du mal à passer entre les rideaux pour entrer dans la chambre. Il ne devait pas faire très beau, elle se demanda s'il neigeait. Peut-être. De toute façon, elle n'était pas vraiment en mesure d'en profiter, clouée à son lit, ou du moins enchaînée à cet hôpital qui refusait de la laisser partir.

La brune se redressa, tira un petit tiroir de ta table de chevet et en sortit son portable. Elle l'alluma tranquillement, s'attendant à ce que son chéri l'ait appelé, ce qui ne fut pas le cas. Mais il lui avait laissé un message, il viendrait la voir dans la journée, en fin d'après-midi. Aurélia eut un sourire, sa maison et son chat lui manquait. Son travail aussi, ou plutôt, son habitude de voir Angelo tous les jours pour diverses affaires lui manquaient. Rendre visite à Camus et Ludivine le soir lui semblait bien lointain.

La secrétaire pensa à la blonde, qui devait encore dormir. Il n'était que huit heures et demi du matin, et vu le temps qu'elle passait à roupiller, elle n'aurait les yeux ouverts que vers dix heures. Aurélia était rassurée de la voir en bonne santé, tout comme Joanne, qui sommeillait près d'elle, dans le lit d'à côté. Camus aussi. Mais pour lui, c'était un peu différent.

Des interrogations s'imposaient dans son esprit. Son rétablissement rapide et ce manque flagrant de blessures était stupéfiant. Elle n'allait pas se plaindre ou l'envier, la question n'était pas là, c'était juste que ce n'était pas normal d'être en aussi bonne santé après un tel accident quand on voyait dans quel état se trouvait la conductrice. Elle n'avait pu le questionner, pas assez de courage. Le français n'était pas venu les voir, la veille, mais la brune avait reçu un coup de téléphone, il devait venir dans la journée, Angelo allait le déposer pour le récupérer un peu plus tard.

En parlant d'Angelo, elle pensa que, décidemment, il n'était pas aussi neuneu que ça. Il n'était enfin débarrassé de ce chauffeur. Elle avait pensé à le faire, mais par manque de temps, elle avait laissé traîné. Il prenait maintenant le taxi, ce qui ne l'arrangeait pas trop car il devait appeler à chaque fois qu'il voulait se déplacer. L'italien attendait le retour de sa secrétaire pour se charger de lui en retrouver un autre. Comme d'habitude. Elle ne savait pas exactement pourquoi il l'avait renvoyé, mais d'après ce qu'elle avait compris, il n'était pas fichu d'arriver à l'heure, et il commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs.

Morris avait mal choisi son moment. Avec elles trois à l'hôpital et Camus fragile, sans compter qu'il n'avait plus de secrétaire, le Patron ne pouvait pas être de bonne humeur, elle n'osait imaginer la tournure que prenaient certaines réunions. Aurélia se savait quelque peu précieuse pour Angelo, en oubliant le côté professionnel, mais elle se doutait que s'il avait fait tout ce chemin, de l'Italie à Paris, juste après avoir été informé de leur accident, c'était surtout pour Camus. Cette main qui s'était égarée dans les cheveux du français, ce regard insistant presque tendre, ces petits mots inquiets, Aurélia les connaissait. Son patron était amoureux.

Cette idée la faisait sourire, elle qui connaissait si bien son employeur et sa froideur légendaire envers ces femmes et ces quelques hommes qui avaient traîné dans son lit. Jamais rien de bien sérieux. Angelo était quelqu'un de séduisant et savait être manipulateur quand il le voulait. Des femmes avaient cru lui faire de l'effet, et avaient donc tenté leur chance, pour au final se retrouver jetée hors de la chambre. Ça faisait un petit moment que l'italien n'avait été avec personne, et ce n'était pas Camus qui pouvait vraiment le déranger, prendre une chambre pour y « dormir » ne lui était pas difficile.

Mais son Angelo était amoureux. Elle avait des petits doutes, juste comme ça, mais c'était peut-être elle qui voyait mal les choses, et ce que lui racontait son amie ne faisait pas que arranger les choses. Mais maintenant, elle en avait la confirmation, ce qui la rendait toute contente. Son patron était enfin casé, et avec quelqu'un de bien. Elle n'était pas la seule à l'avoir remarqué, en fait, car Joanne, bien que ne pensant pas du tout à cette possibilité, trouvait le comportement du Patron un peu bizarre vis-à-vis du français, alors qu'il était loin de lui manifester une quelconque affection, avant.

Elle ne se rappelait pas avoir souvent vu cette tendresse dans les yeux bleus et pénétrants de l'italien, ses traits légèrement inquiets, sa main divaguer quelques instants dans des cheveux. Inconsciemment. Son patron était vraiment mignon quand il se laissait aller, même de courts instants, à l'inquiétude qui persistait dans son cœur. C'était un joli couple, qu'elle espérait fait pour duré.

Mais des doutes demeuraient en elle. Quand elle pensait au visage soulagé de Camus, des photos lui revenaient. Des photos qu'on lui avait envoyé, où le jeune homme étaient pris, à la dérobé, vêtu de ces vêtements qui mettaient son corps svelte en valeur. Ces vêtements déchirés, usés, qui dévoilaient des morceaux de peaux appétissants. Son visage un peu maquillé, ses yeux soulignés au crayon noir. Ses longs cheveux tombant dans son dos, ou relevés en une queue de cheval haute. Ou encore… en train de rouler un patin à un client. Une main crispée sur son avant-bras. Comme s'il voulait enfoncer ses ongles dans la veste jusqu'à sa chair.

Ça, c'était avant. Ça, c'était le passé. Aurélia en avait conscience, le Camus qu'elle connaissait n'était pas celui qui se vendait sur ces photos. On l'avait arraché à ce monde trouble où son corps avait traîné, c'était un jeune homme sain d'esprit où de sombres pensées voltigeaient pas instants. La secrétaire oubliait cela, ce n'était pas important. Elle n'avait pas peur que Camus puisse les trahir, une possible tromperie ne lui était même pas venue à l'esprit. Non, ce dont elle avait peur, c'était plutôt que cet homme, à qui il avait appartenu, puisse lui faire du mal.

Sa petite enquête avait été menée dans un secret absolu, Angelo n'était pas au courant. Elle n'avait pas peur de lui, mais plutôt de ce qu'il pourrait faire, surtout maintenant que Camus comptait autant pour lui. Le regard noir qu'il lui avait lancé, quand elle l'avait surpris tripoter une mèche de cheveux bleus de Camus, était significatif. Du moins pour elle, qui le connaissait bien.

Si elle lui avait donné le nom de l'employeur de Camus, ce type qui l'avait forcé à se vendre pour son compte, l'italien l'aurait tué sans aucun scrupule, ce qui leur aurait apporter nombre de problèmes, ce qui ne plaisait guère à la secrétaire. Se débarrasser de cette ordure, ce n'était pas l'envie qui lui en manquait, mais il n'osait imaginer ce qui pourrait arriver si Angelo s'occupait personnellement de ce type. Elle avait déjà vu les dégâts qu'il était capable de faire à mains , et ce n'était pas joli joli.

Voilà un aspect étrange du jeune homme : sa force. Autant Camus semblait plus fragile, Angelo était très fort. Il savait se servir de ses poings, éviter les coups, jouer de ses jambes… On aurait dit qu'il s'était battu toute sa vie, devinant sans mal les coups que son adversaire allait lui porter. Quand il se battait, ses yeux nuit s'embrasaient, un léger rictus se formait au coin de ses lèvres. C'était effrayant. On aurait dit un ancien yakusa. Aurélia s'en souvenait encore, elle assistait à ce genre de scènes sans rien faire, statique, incapable de bouger. Angelo était terrifiant, quand il se battait.

Une enquête avait été menée sur lui, aussi. Par curiosité. Aurélia, effrayée, n'avait pas osé entamer des recherches, elle ne l'avait fait que très récemment, en pensant à cette scène à laquelle elle avait assisté. On aurait dit qu'il sortait d'un bon film d'action. Mais Angelo n'avait jamais été acteur. Il n'avait jamais « été », n'ailleurs. Elle n'avait trouvé nulle part la trace d'un quelconque Angelo Médicis. Simplement un certificat de naissance, en Sicile. Et quelques infos. Pas grand-chose.

Angelo, fils unique de Jolanda Giaco et de Umberto Médicis. La mère, pauvre idiote à demi folle, mourut quand son fils avait cinq ans, après être sautée par la fenêtre. C'était sans doute la faute de son mari qui la battait. Quelques mois plus tard, le père fut retrouvé décapité, l'arme du crime posée sur la table. On en sut jamais qui le tua. Les voisins affirmèrent longtemps que l'enfant avait été emmené par un grand homme ténébreux, les cheveux bruns et les yeux noirs. Qui était cet homme ? Personne ne le sait. A-t-il tué le père d'Angelo ? Sûrement. Où l'a-t-il emmené ? Comment savoir ? On n'eut plus jamais de nouvelles de l'enfant.

Pendant près de vingt ans, Angelo disparut de la surface de la Terre. Que lui était-il arrivé ? Où était-il en ce temps-là ? Comment avait-il connu Camus ? Ils n'avaient pourtant rien en commun, Aurélia se demandait comment ils avaient pu se connaître, ils étaient si différent… La jeune femme avait trouvé des informations sur Camus, aussi. Son passé n'était guère plus tendre.

Tombé enceinte d'une petite Noémie, Selene Dabon avait épousé son amant Denis Cénapive, ce qui avait créé certaines tensions, surtout pour cet homme de vingt-deux ans qui se retrouvait avec une femme et un gosse à sa charge. La situation s'améliora avec le temps, jusqu'à ce que l'entreprise où le mari travaillait sombre dans la faillite, les mettant tous sur la paille. Denis força sa femme à faire le trottoir. Noémie, âgée de trois ans, fut laissée un jour aux voisins par son père, qui parcourut Paris, cherchant sa femme qui venait de lui téléphoner, lui avouant qu'elle était tombée enceinte d'un de ses clients, qui refusa d'ailleurs de reconnaître l'enfant comme étant le sien. Le mari, par chance, ou malchance, fut percuté par une voiture et mourut sur le coup.

Seule avec ses deux enfants, Selene, après avoir travaillé pendant quatre ans dans une industrie, décida d'abandonner sa fille et son fils, Camus, dans un orphelinat. Il avait alors quatre ans, Noémie en avait huit. Quelques mois plus tard, l'enfant souffla sa cinquième bougie. Trois jours se succédèrent, et il fut enlevé, au cours de la nuit. On ne sut jamais ce qu'il devint, la carte laissée sur le lit disait juste que « sa place est autre part ». Camus demeura introuvable pendant quinze ans.

Aurélia fut stupéfaite par ses découvertes, mais elle n'en parla à personne, préférant demander au détective de trouver la demi-sœur de Camus, mais elle était sans nouvelles depuis son accident, et il n'avait pas essayé de la joindre sur son portable. C'était qu'il ne savait pas où elle se trouvait.

Il ne lui restait plus qu'à attendre.

OoO

« Ah la la, c'est beau, l'amour…

- T'es pas malade pour me sortir des bêtises pareilles.

- Roooooooh, Camus !! »

Ludivine éclata de rire, puis poussa un petit cri de douleur.

« Mon dos !!

- Bien fait pour toi.

- J'ai l'impression d'être une p'tite mémé. Bref, revenons à nos moutons.

- Laisse-les tranquilles.

- Oh nan ! Camus est amoureuuuuuuux ! »

Un nouveau petit cri. Camus pouffa, imaginant Ludivine chercher une position confortable, l'écoutant pester contre son dos en compote.

« N'empêche, j'arrive pas à te comprendre. Faut être barjot pour tomber amoureux d'un gars comme le Patron, il fait peur !

- Ludiv…

- Et puis je suis sûre que c'est un obsédé, au lit.

- Non mais ça va, oui ?! »

La blonde éclata de rire. Il avait les joues rouges, surtout quand il pensait à la nuit dernière, qui avait été particulièrement passionnée. On ne pouvait pas dire qu'Angelo soit un amant calme, et il venait tout juste de découvrir son côté insatiable, car ils l'avaient fait deux fois. Angelo était bien parti pour une troisième, mais Camus était fatigué et il lui avait bien fait comprendre. S'en était suivi de baisers mouillés dans son cou, et ils s'étaient endormis, Angelo le tenant dans ses bras, allongé contre son dos.

« Mais oui, très bien ! Si on a plus le droit de s'imaginer des trucs, maintenant…

- N'y pense pas à voix haute !

- Mais c'est pas marrant, sinon !

- Évidemment.

- Je t'ai vexé ??

- Mais non.

- Tu m'as fait peur ! Enfin, le principal, c'est que tu sois heureux. Et je vais pouvoir me faire des petits films tranquille sans culpabiliser.

- De quoi ?! »

Hurlements de rire. Camus grogna. Évidemment, la blonde avait fait en sorte que les deux autres nanas puissent entendre leur conversation. Ou du moins Joanne, car c'était bien elle qu'il entendait rire comme une baleine. Ah non, tiens, voilà la voix d'Aurélia qui leur demandait ce qu'elles faisaient. Et puis la plâtrée qui lui explique rapidement la situation. Rires.

« Tu te fais des films sur moi ?!

- Roooooh, Camus, tu croyais que j'avais pas trouvé louche que vous soyez aussi amis, le Patron et toi ??

- Obsédée.

- Voui !!

- Je vous ai pas causé, derrière !

- Nous aussi on t'aime, Camus !! »

À croire qu'elles avaient la maladie du rire. Camus se laissa emporter par leur hilarité, réagissant à peine à la provocation d'Aurélia, qui lui demandait si son patron était doué. Oh oui, il était doué. C'était un bonheur de faire l'amour avec lui, bien que le français soit plus passif qu'actif. Ses jambes l'empêchait de bouger, mais se laisser aller à ces mains, à ces lèvres, à ces yeux était plus qu'agréable.

Bon sang, c'est de Masque de Mort que je parle, moi…

La conversation dériva sur Noël. Les parents de la blonde avaient réussi à magouiller pour récupérer leur fille pendant les fêtes, et si besoin est, la blonde reviendrait. Elle était encore fragile, et elle ne pourrait quitter le lit, ou le canapé, au choix, mais sa famille tenait à l'avoir quand le Papa Noël passerait avec sa hotte, son traîneau et ses rennes. La blonde quitterait l'hôpital la veille de Noël et le réintégrerait sans doute le trois janvier.

La blonde allait mieux, en dépit de son état de fatigue, son manque d'appétit, son dos douloureux et ses maux de têtes. Aurélia sortirait de l'hôpital le vingt-deux, mais elle serait en arrêt de travail, étant encore trop affaiblie pour travailler, tout comme Joanne, qui était autorisée à quitter l'hôpital la veille de Noël comme la blonde, et on avait hésité à la laisser s'en aller à cause de sa jambe dans le plâtre. En tout cas, les filles étaient heureuses de quitter l'hôpital, à part la blonde, qui craignait le voyage en voiture.

« Et toi, Camus, tu fêtes Noël où ??

- Avec le Patron ??

- Sûrement, Angelo va réserver sa soirée. »

Camus leur avoua qu'il n'en savait strictement rien, ils n'en avaient encore pas parlé. Maître de son emploi du temps, l'italien essayait de passer le plus de temps possible à l'hôpital, mais, que Noël approchât à grands pas, le français ne savait toujours pas comment ils allaient passer les fêtes. C'est pas comme s'il se posait vraiment la question. La menace de Morris l'inquiétait beaucoup, il était terrorisé à l'idée que son ancien patron puisse le retrouver, mais il ne pouvait montrer ces documents à Angelo et faire renvoyer Aurélia. C'était impossible…

Il ne put en parler. Leur avouer tout lui brûlait les lèvres, mais rien ne put sortir de sa bouche. Il ne savait pas quoi faire. Mais il trouverait bien. Il le fallait.

« Dit, il est pas encore rentré, le Patron ??

- Non, pas encore. Il est encore tôt.

- Tôt ??

- Ludivine, tout le monde n'est pas habitué à dîner à sept heures du soir !

- Ventre sur papattes. Remarque, moi aussi, j'ai un peu faim.

- Aurélia, je t'aime !!

- En plus, Angelo doit rentrer un peu plus tard, maintenant qu'il a renvoyé Morris.

- Ah bon, il est renvoyé ??

- Oui, Angelo en avait marre que cet imbécile rallonge les trajets. »

Camus feignit l'étonnement. Mais, en fait, il comprenait le comportement du chauffeur, qui désirait Angelo, qui désirait sa place, à lui. Sans vouloir être méchant, il avait du mal à imaginer ce type-là avec l'homme d'affaire. Morris n'était pas laid, ça non, mais Angelo ne prendrait pas quelqu'un comme lui, il était plus distingué, il suffisait de voir Mlle Roseline pour s'en rendre compte. Camus se considérait comme une exception, lui et Angelo avaient fait partie du même milieu. Il ne voyait pas ce qui pouvait plaire à l'italien chez lui, il mettait donc leur relation sur ce fait-là.

Ludivine finit par raccrocher, une infirmière apportait leur déjeuner. Camus reposa le combiné, les yeux brillants, les lèvres serrées, ne sachant que faire pour se sortir de cette situation.

OoO

Des poignées de mains. Quelques mots. Et puis il passa la porte, quittant la chaleur du hall d'entrée. Un taxi attendait juste devant, sombre mais éclairé par le fort éclairage de l'établissement et les quelques lampadaires de la rue qui diffusaient un semblant de lumière jaune. L'homme d'affaire marcha jusqu'au véhicule dans lequel il monta, indiquant l'adresse au chauffeur, qui la connaissait déjà, de toute façon.

Assis à l'arrière de la voiture, Angelo avait les yeux clos. Il se sentait fatigué, et son esprit étaient préoccupé par certaines nouvelles qu'il venait d'apprendre. On lui avait lancé des regards en biais, qui se voulaient discrets, auxquels il avait répondu avec colère. Camus était devenue une rumeur. L'homme d'affaire pouvait presque entendre leurs pensées, leurs questions vis-à-vis de ce mystérieux jeune homme qui demeurait chez lui.

Pour rien au monde, il n'aurait répondu à ces interrogations qui ne concernaient que lui, ces regards l'énervaient plus qu'ils ne le gênait, même s'il ne le montrait pas devant tous ces gens. C'était un de ses détectives qui lui avait annoncé la nouvelle. Tant pis, s'était dit l'italien, jusqu'à que son employé lui avoue que Calieu avait des chances de mettre cette rumeur à son avantage, tout comme les quelques amants ou maîtresses qui avaient pu traîner dans son lit, sans oublier quelques points sombres, présents dans les affaires de l'italien.

Intérieurement, Angelo était sûr de son coup. Il n'allait pas tarder à pouvoir traîner Calieu dans la boue. C'était juste une question de jours, ce dont son ennemi ne semblait pas s'être rendu compte. Il pourrait toujours balancer ce nombres de personnes avec qui il avait eu une relation, ça ne lui poserait pas plus de problèmes que ça.

Ses relations allaient sans doute en pâtir, mais Angelo se disait que ses amants n'avaient pas été choisis au hasard, tout comme ses maîtresses. Dénoncer Roseline, c'était se confronter à son mari, qui n'était pas tendre, et également rajouter à la jeune femme un homme de plus dans sa liste de… « conquêtes ». En somme, pas grand-chose. Le cas n'était guère différent pour Arthur, un type aussi brun que Monroe était platine, qui attaquerait férocement Calieu, après, bien sûr, avoir défoncé la porte de la chambre d'hôtel pour réclamer des explications. D'ailleurs, l'italien avait intérêt à se méfier de ce mec pédé comme un phoque qui ferait tout pour s'approprier Camus. Il aimait les hommes un peu androgyne, le Verseau était tout à son genre. Les femmes, il n'y avait jamais touché.

Angelo ne couchait jamais avec personne dès le premier soir, non pas pour respect, ou autre, mais plutôt afin de connaître la personne, l'étudier, savoir ce qu'il risquait à se la faire. Il n'avait un peu raté son coup qu'une seule fois. La seule personne en qui il était disposé à offrir sa confiance. C'était un jeune homme de son âge, un peu plus frêle et craintif, mais tout aussi intelligent. Ça, pour en avoir, il en avait, dans le crâne. L'italien avait été attiré, il l'avait cru honnête, tant il était franc et attentionné, sans être envahissant. Il était un peu malade, son cœur était fragile, et c'était peut-être son côté vulnérable ce qui l'avait attiré.

Mais Karl était tout sauf honnête. Angelo l'avait appris, à ses dépens, et avait été écœuré des hommes. Dans le sens global du terme. Leur relation remontait à une petite année. À l'époque, il y avait certaines tensions entre lui et M. Adam, et afin de tester son amant, Masque de Mort lui avait révélé des informations fausses, qui avaient rapidement tournées la situation à son avantage. Karl n'avait pas fait long feu chez lui, et malgré ses protestations, ses pleurs, ses supplications, le Cancer lui avait collé un bon coup de genoux bien placé avant de l'abandonner dans la rue, à demi nu, en plein mois de Janvier. Son téléphone reçut un nombre incalculable de messages qu'il n'écouta jamais. Angelo ne sut jamais ce que le jeune homme devint. Ce n'était pas comme si ça l'intéressait beaucoup, aussi.

Cette trahison, qui resta secrète de beaucoup, dont Aurélia, le rapprocha encore de cette dernière. Il ne la testa jamais, jamais elle ne le trahit. Angelo ne comprenait pas pourquoi elle ne l'avait pas lâché, comme Karl l'avait fait, à sa manière. Jamais l'italien ne lui aurait posé la question, il avait sa fierté. Mais, dans le fond, il attendait toujours une réponse. Elle viendrait peut-être un jour. En tout cas, il était certain que, si par malheur, elle le quittait, il en souffrirait. Sa maigre confiance en ceux qui l'entouraient ne serait plus.

Ses pensées revinrent vers Camus. Masque de Mort soupira, en se disant qu'il était sans doute vraiment attiré par les jeunes hommes finement dessinés. En regardant bien, Karl et Camus n'avaient rien en commun, à part ce côté fragile et renfermé de leur personnalité. Le corps svelte du français l'attirait, il le désirait, comme il n'avait jamais désiré toucher un corps. Sa confiance, Camus l'avait toujours eu. Alors qu'il ne savait rien de son passé, de ce qu'il avait pu faire auparavant. Angelo ne connaissait que les grandes lignes. Camus aurait pu le trahir, aussi, avec tout ce que l'italien lui racontait.

Peut-être que le français ne faisait rien car il n'était pas du milieu, peut-être parce qu'il n'avait aucune raison ou moyen de le faire. Ou peut-être parce qu'il… l'aimait. Vraiment. Masque de Mort se sentit bête de penser de façon aussi mièvre. Évidemment, Camus l'aimait, il le sentait, comme il aurait pu sentir le parfum d'une fleur. Il lui avait dit, de toute façon. Et lui aussi… il l'aimait. Plus qu'il n'avait pu apprécier Karl. Et ça faisait du bien. Ça faisait du bien de savoir que, le soir, en rentrant, quelqu'un était là, à attendre son retour. Savoir que quelqu'un l'aimait, pour ce qu'il était. Savoir qu'il pouvait faire complètement confiance à cette personne, tout lui dire…

OoO

Camus le regardait s'affairer dans la pièce, par-dessus son roman, les lèvres closes. Malgré son envie de lui parler, de lui avouer ses peurs, il n'arrivait pas à prononcer un mot. Tel un spectateur, le jeune homme regardait son amant circuler dans la pièce, cherchant apparemment une chemise cartonnée qu'il aurait égarée. Un sourire flottait sur ses lèvres. Angelo pestait, où avait-il bien pu la mettre ?

« Angelo, qu'est-ce que tu cherches, au juste ?

- Une pochette cartonnée !

- Ça, j'avais compris. Elle est de quelle couleur ?

- Bleue. Tu l'as vue ?

- Si ce n'est pas celle que tu as fourrée dans tes pulls, alors je ne vois pas. »

Angelo ouvrit de grands yeux, le français lui fit un sourire angélique. Il éclata d'un rire clair en voyant l'italien foncer vers la chambre à coucher, puis crier un « Je l'ai ! » soulagé. L'italien revint vers la suite, sa chemise dans la main, qu'il posa sur la table basse avant de s'asseoir à côté du français, lui lançant un regard prédateur. Camus se sentit frissonner, surtout quand leurs lèvres se rencontrèrent. Il sentit le bras de l'italien enserrer ses épaules pour le rapprocher de lui. Le français posa sa main sur son épaule, remontant vers le creux, caressant doucement sa nuque. Si le portable ne sonnait pas, Angelo se voyait bien aller un peu plus loin.

L'italien se leva à regret et partit vers sa chambre où son maudit téléphone se manifestait. Camus poussa un soupir et rouvrit son livre, écoutant vaguement Angelo parler à toute allure dans cette langue chantant qu'était l'italien. Le français aimait l'écouter parler à toute vitesse dans ce langage qui lui était étranger. Sa voix grave était vraiment agréable à l'oreille. Angelo revint dans la suite, passionné dans sa discussion apparemment très animée. Tout en parlant, il faisait de grands gestes, ce qui fit pouffer Camus. Voir son amant se laisser aller à ses origines italiennes l'amusait toujours. C'était si rare.

Le concerné lui jeta un regard noir, Camus mit sa main devant sa bouche, cachant à peine son sourire. Il le regardait droit dans les yeux. La langue passa sur ses lèvres, le regard perçant d'Angelo prit une teinte lubrique, qui fit rire le français. L'italien, tout en parlant s'avança de façon féline vers le français, qui se cachait derrière sa main. Angelo s'assit à côté de lui, reprenant sa place. Le portable à l'oreille, il embrassa Camus, jouant malicieusement avec sa langue en écoutant vaguement l'autre qui s'excitait à l'autre bout du fil.

Leurs lèvres se quittèrent, l'homme d'affaire reprit la conversation, pas garda le français contre lui, embrassant par moment ses tempes, son front, ses joues, ses lèvres… Camus souriait en le voyant reculer à peine pour répondre de la même voix rapide et chantante à son interlocuteur.

Quand la communication fut finie, Camus éclata de rire, Angelo l'embrassa sur le front, sa main dans ses cheveux.

« Camus, on dirait pas comme ça, mais t'es un allumeur.

- Et toi, tu peux pas rester sérieux deux minutes.

- Pas avec toi à côté. Surtout quand tu m'allumes comme ça.

- Sans vouloir t'embêter, si tu regardes ta montre, tu verras qu'il te reste exactement dix minutes avant d'être en retard à ton rendez-vous.

- Tu me jettes ?

- Moi ? Quelle idée ? »

Angelo lui ébouriffa les cheveux en pouffant.

OoO

Un silence de mort régnait dans la chambre d'hôtel. On entendait juste les voitures rouler en bas, sur la route de goudron, et Camus sentait son cœur battre dans sa poitrine. Entre ses mains, il tenait le dossier que Morris lui avait laissé. Jusque là, il l'avait caché sous l'imposante armoire, de façon à ce qu'Angelo ne le découvre pas, des fois qu'il chercherait une de ses chemises cartonnées qu'il laissait un peu partout. Il avait beau être riche grâce aux affaires, il n'empêche qu'il était quand même plutôt bordélique. En ce qui concernait ses dossiers, en tout cas.

Camus n'y connaissait pas grand-chose en affaire. Mais, en lisant ce dossier, il ne pouvait s'empêcher de se dire que tout ça était faux. Pourtant, il y avait des preuves, détournement d'argent, et autres. Il connaissait Aurélia, c'était normal que son jugement soit influencé, mais même sans la connaître, il sentait que c'était des choses fausses. Comme une sorte d'instinct. Ce qui est écrit dans ce dossier est faux. Ces revirements de compte, c'est faux. Ce commerce louche… C'est des conneries. Ce sens du vrai et du faux, il l'avait toujours eu. Et il se demandait si Masque de Mort, tel qu'il le connaissait, croirait ces papiers. Sans compter qu'il aimait beaucoup Aurélia et qu'il refuserait de croire des choses pareilles. Si cela se révélait vrai… Non, Camus ne voulait pas y penser.

Le français leva les yeux. Ils tombèrent sur le combiné. Il n'avait qu'à monter sur son fauteuil, rouler jusqu'au meuble et composer le numéro. L'hôpital. Ou le portable. Elles étaient joignables. Il pouvait en parler. Mais il ne fit aucun effort pour monter sur son fauteuil roulant. Il baissa les yeux vers les feuilles du dossier. Son sang-froid lui permettait de garder son masque d'indifférence sur son visage, mais ses yeux brillaient. Il avait envie de déchirer ces feuilles. De casser quelque chose.

De le glacer…

OoO

« Mais… Mais oui, Aurélia…Écoute, je ne suis plus un gosse ! … Oui, Maman ! Faut te marier, toi… Aurélia… Oui, il va bien, pourquoi il irait mal ? … Aurélia !!

- Qu'est-ce que tu as à hurler comme ça ?

- Mais occupe-toi de tes fesses !

- C'est bon, j'ai compris. Toutes des obsédées.

- Fais-toi inviter dans un bon restaurant et oublie-moi cinq minutes, d'accord ? … Ah… c'est vrai que c'est bientôt Noël… Oh, ça va, j'avais oublié ! Non, j'ai pas de rendez-vous, tu me prends pour qui ? … Ça fait toujours plaisir. Camus, quelle heure est-il ?

- Huit heures et demi.

- Évidemment ! … J'en sais rien, Aurélia, je vais y réfléchir. Je te rappelle ce soir. À plus tard. »

Angelo raccrocha. Il attrapa sa montre sur la table basse et la fixa à son poignet, sous les yeux du français.

« J'espère que le taxi sera à l'heure.

- Pourquoi tu as renvoyé ton chauffeur ?

- T'occupes pas de ça.

- Il t'a fait quelque chose ?

- Camus…

- Je te vois tout le temps rouspéter après les taxis, j'aimerais…

- Il rallongeait les trajets, sans compter certains retards. Et puis il m'emmerdait, je m'en suis débarrassé, point à la ligne.

- Il est peut-être dans une situation difficile, tu devrais…

- J'en veux pas. Ok ? Au fait, pour Noël. Je t'emmène au restaurant le 24, on part le 26.

- On part ? »

Les yeux du français semblaient briller. Angelo eut un sourire amusé, ce qui fit rougir son amant.

« Ouais, en Italie. J'ai quelques affaires à régler là-bas, et comme ça va prendre du temps, autant que tu viennes avec moi. Ça te changera un peu de Paris. On va en Sicile, jusqu'au 5.

- Je verrai à quoi ressemble ton pays.

- C'est plus joli qu'ici.

- Normal, tu es italien.

- Ça n'a rien à voir !

- Bien sûr. »

Angelo leva les yeux au ciel. Il attrapa sa sacoche, jeta un regard circulaire sur sa tenue. Il avait troqué son habituel costume sombre contre un autre encore plus sombre, d'un bleu nuit presque noir. Ou peut-être était-ce la lumière qui lui donnait une couleur si sombre.

« Ah, et aussi. Tu n'as pas oublié que je pars ce soir ?

- Pardon ?!

- Camus, je te l'ai dit hier ! Je dois faire un tour à New York !

- Ah oui… Tu reviens quand ?

- Le 24, vers cinq - six heures. »

Camus venait de s'en rappeler, et son regard s'assombrit. Il se mordilla instinctivement la lèvre, en pensant à ce qui l'attendait le vingt-quatre, si…

Angelo finit de se préparer, inconscient de la torture mentale que subissait Camus. Le français ne lui dit rien. Rien vis-à-vis des papiers, du dossier sous l'armoire, les menaces de Morris. Son coup de téléphone la veille. Non, il ne dit rien de tout ça. Rien…

OoO

Il pleurait. Les larmes coulaient le long de ses joues rougies et sales. Recroquevillé sur lui-même, il enserrait ses genoux de ses bras, les remmenant contre lui. Il avait peur, la terreur le paralysait et secouait son corps de sanglots. Il serrait les dents, mais malgré cela, des petits gémissements parvenaient à ses oreilles. Il avait peu. Il ne voulait pas qu'on le retrouve. On allait le taper. Il ne voulait pas avoir mal…

« Camus ?? »

L'enfant sursauta. Il leva les yeux, et vit son visage, penché au-dessus du rocher, ses bras appuyés dessus. Il l'avait trouvé. De toute façon, il connaissait toutes ses cachettes. Camus se sentit rassuré en voyant son grand sourire et ses yeux briller de soulagement.

« Je t'ai retrouvé ! Allez, sors de là !

- Veux pas.

- T'inquiète pas, on va plus te faire de mal ! On s'est occupé de… Enfin, Milo, Aiolia et l'italien se sont battus, tu les aurais vus! Aioros est venu pour les arrêter, il était pas content !

- Ils sont punis ?

- Les garçons qui nous ont tapés, oui. L'est gentil, Aioros, il a pas puni Milo et Aiolia. Et l'italien aussi. On s'est séparé pour te chercher, Saga était inquiet ! Tu sors ??

- D'accord. »

Camus se leva et sortit de sa cachette. Il rougit sous le regard insistant de Mû, qui n'était pas dans un plus bel état que lui, les genoux abîmés et tout pleins de poussière.

« Et toi, tu t'es battu ?

- Bah nan, l'italien m'a dit de rester à côté, j'allais encore casser quelque chose. Il a pas aimé quand j'ai cassé sans faire exprès le gros rocher, l'autre fois.

- L'italien ?

- Oui, le disciple du chevalier du Cancer ! Tu sais bien qu'on connais pas son nom, il veut le dire à personne. Je suis sûr qu'il a beau prénom mais que ça va pas parce qu'il va être chevalier. Viens, on va le chercher, il est allé par là-bas ! »

Mû lui prit la main et l'entraîna derrière lui, sur le chemin rocailleux. Camus était habitué, mais il faisait attention à ne pas trébucher, ses genoux était déjà suffisamment blessés. Il était rassuré, Mû était là. Il s'était inquiété pour lui, ça le touchait. Tout comme Milo et Aiolia, Saga et Aioros. Et puis l'italien…

Il faisait très chaud. Vraiment, il faisait chaud. Camus transpirait déjà, sous ce lourd soleil. Mais il gardait les yeux ouvert, et l'enfant put voir, pas très loin, un petit garçon, qui faisait une bonne tête de plus que lui. Le teint bronzé. Les cheveux bleu sombre, partant dans tous les sens. La mine sombre et espiègle à la fois. Des yeux magnifiques.

« Je l'ai retrouvé !

- Où ?

- Dans les cailloux. »

Camus se sentit timide, sous son regard perçant. Lui qui était si indifférent, d'habitude, il se sentait presque rougir devant ce garçon qu'il connaissait si peu. En fait, il ne connaissait presque personne. À part Mû, qui avait toujours été gentil avec lui. Milo et Aiolia, les inséparables. Et puis Aioros, le grand frère de tout le monde, avec son air doux et ses grands yeux verts. Saga, aussi, le respecté, le sage. C'était tout. Il ne connaissait pas beaucoup l'italien, il ne parlait jamais. Juste à Mû, en fait. Rarement à Saga. Des fois à Aioros.

L'enfant eut un sourire amusé. Mû lui prit le bras, le faisant rouspéter, mais il ne put se dégager. Ils partirent, tous les trois. Sous le chaud soleil de Grèce…

OoO

Camus se réveilla, en sursaut. Les yeux grands ouverts dans l'obscurité, il chercha de la main le corps d'Angelo. Mais il ne trouva rien. Juste une place froide. Il n'était pas là. Il était parti.

Les larmes lui montèrent aux yeux. C'était bête. Il était parti à Londres, il reviendrait dans deux jours. Deux jours…

Camus avait les yeux ouverts, malgré le peu de lumière qui passait dans la pièce. Il faisait nuit noire, dehors. Et lui, il repensait à son passé. À son enfance. Au Sanctuaire. Abaissant ses paupières, il repensa à ces moments innocents passés là-bas. Son entraînement au tout début au Sanctuaire, puis en Sibérie. Des voyages avec son maître, entre les deux pays. Un monde si différent, loin de l'orphelinat, de Noémie…

Oui, il se rappelait. Mû qui l'accueillait toujours avec le sourire, Milo qui l'étranglait presque quand il arrivait, Aiolia qui riait aux éclats. Aioros et Saga venaient toujours lui souhaiter la bienvenue, avec leur air adulte, alors qu'ils n'étaient que des adolescents.

Et l'italien… Mû n'avait pas tort. Une fois encore, il avait raison. Le prénom de l'italien était trop joli pour être porté par un chevalier. Tellement contradictoire avec ce titre qu'il s'était accordé… Masque de Mort…

À l'époque, ce n'était pas un enfant turbulent, juste renfermé, la parole rare, et nullement gêné d'en foutre une au premier qui venait l'ennuyer. Il cherchait rarement la bagarre. Qu'il l'ait défendu autrefois lui avait fait plaisir, alors qu'il ne le connaissait pas. Que s'était-il passé pour qu'il change à ce point ? Il ne savait pas. Mais il… il aurait bien voulu.

Camus se rendormit, en pensant à l'italien. Qu'il ne reverrait peut-être plus…

OoO

Le téléphone sonna. Une fois. Puis deux. Puis trois…

OoO

La sonnerie retentit. Une fois. Puis deux. Puis trois…

OoO

On appela. Une fois. Puis deux. Puis trois…

OoO

Camus allait craquer. Il le sentait. Recroquevillé sur le canapé, ses jambes serrées contre son torse, il écoutait ce petit bruit régulier qui ne faisait que sonner depuis ce matin. Il n'avait pas répondu une seule fois, laissant le téléphone lui casser les oreilles pendant ce qui lui semblait une éternité. Dans sa main, il serrait le portable qu'Angelo lui avait confié.

OoO

Il n'était pas loin de vingt-et-une heures. Un employé était venu lui apporter son repas, puis le remmener, une petite heure plus tard. Camus s'était changé. Il avait eu du mal, mais ce n'était rien en comparaison de sa toilette du matin.

Le français était fatigué. Épuisé, plutôt. Mentalement. Depuis le matin, le téléphone sonnait, et à chaque fois, le jeune homme sursautait. C'était comme un cri tranchant avec le silence de la chambre. La télévision l'énervait, la lecture l'apaisait. Mais son angoisse persistait, surtout quand il entendait cette maudite sonnerie le prendre par surprise.

Il savait qui c'était. Ce ne pouvait qu'être Morris, furieux de n'avoir aucune nouvelle de son patron. C'était lui qui avait appelé, toute la journée, mais Camus n'avait pas décroché une seule fois. Dans ces moments-là, il serrait dans sa main le portable. Angelo l'avait appelé dans la journée pour prendre de ses nouvelles, ce qui lui avait mis du baume au cœur. Oui, il allait bien. Non, il s'était débrouillé avec la douche. Oui… il lui manquait.

Aurélia aussi avait appelé. Sur le portable. Son compagnon lui avait interdit de quitter la maison, elle ne pouvait donc lui rendre visite. Joanne et Ludivine, coincée à l'hôpital, avait appelé aussi pour passer un peu de temps. Elles allaient bien. Ludivine se remettait tout doucement, Joanne se faisait à son plâtre qui lui bloquait la jambe. Tout allait bien. À part ce foutu téléphone qui sonnait.

Un soupir passa entre ses lèvres. La journée avait été longue, à se pendre par la cravate. Sauf que Camus n'avait pas de cravate. Et que son patron, le lendemain, se ferait un plaisir de s'en occuper. Après l'avoir humilié. Fait du mal. Après l'avoir…

Pour faire partir son angoisse, ou du moins l'apaiser un petit peu, Camus s'était laissé aller à ses souvenir du passé. Aux autres chevaliers d'or aujourd'hui disparus. Ce rêve qu'il avait fait dans la nuit l'avait remué. Il repensait à son passé, les quelques années lointaines avec sa mère jamais là et sa grande sœur docile et douce. Puis l'abandon de leur mère, l'orphelinat. Un endroit plein d'enfants et triste.

Sa petite enfance était comme un vieux film en noir et blanc, banale, triste, froide. Son seul rayon de soleil était sa sœur aînée, Noémie, qui était de nature calme. Souvent, il avait entendu sa mère la traiter d'idiote, d'imbécile. Quand il y pensait, avec du recul, c'est vraie qu'elle était un peu bizarre, un peu simple d'esprit et d'une naïveté surprenante. Camus s'était toujours senti très différent d'elle, plus renfermé, terre à terre, malgré son jeune âge. Il n'avait pas le côté lunatique de son aînée, mais malgré tout, il l'aimait énormément. Un jour, alors qu'elle pleurait parce que maman l'avait frappé, il lui avait promis qu'ils se marieraient, plus tard. Camus la protègerait. De tout. Et elle pourrait rêver tranquille.

Mais un jour, on l'avait enlevé. Il n'avait pu tenir sa promesse, il avait abandonné sa grande sœur. Elle avait dû pleurer. Souvent, elle pleurait. Pour un rien. Une fois devenu chevalier, il l'avait recherchée. Mais, dans son souvenir, c'était une petite fille avec des cheveux brun clair, des yeux bleus comme les siens, le visage rieur, les joues pleines. Une petite fille. C'était une femme, maintenant. Il espérait qu'elle soit heureuse.

Camus se souvint de son enfance, son adolescence, dans ce monde reclus qu'était le Sanctuaire, sa chevalerie. Des amis, il n'en avait pas vraiment. À part Mû. Enfin, Mû, il s'entendait bien avec tout le monde, de toute façon. Mais… Camus avait été le seul à avoir revu le tibétain, après sa fuite du Sanctuaire. Le seul, avec Aldébaran. Non, Mû était son ami. Au Sanctuaire, il était toujours là à son arrivée. Ils passaient leur temps libre ensemble, la plupart du temps. C'était le genre d'ami qui comprenait d'un regard, qui savait s'effacer ou être présent quand il le fallait.

Il y avait Milo, aussi. Bien plus impétueux, bavard, les yeux pétillants. Son contraire, en fait. Il se souvenait de lui, car le grec aimait bien venir les voir pour chahuter, et quand Mû partait s'entraîner, le petit grec venait voir Camus. Ce dernier l'intriguait beaucoup et son drôle d'accent le faisait toujours rire.

Camus se souvint pourquoi il avait été si facile d'être ami avec Mû : il parlait sa langue. Loin d'être français, l'enfant avait appris cette langue grâce au Grand Pope qui appréciait tout particulièrement ce pays. Mû ne s'en était pas tenu là, l'allemand et le chinois étaient au programme. Sans compter le grec et l'anglais obligatoires pour tous les chevaliers. Camus avait été impressionné, sur le coup, et aujourd'hui, il en savait presque autant que lui. Il ne parlait pas le chinois mais le russe.

À part Milo, il avait bien aimé Aioros, qu'il avait toujours secrètement admiré, pour sa gentillesse, sa puissance et son courage exemplaire. Saga était de la même trempe, bien que plus calme et sage, aimé de tous.

Quant aux autres chevaliers d'or, il n'avait jamais eu d'affection particulière envers eux. Aldébaran, bien que sympathique derrière ses airs bourrus, lui était indifférent, tout comme Shura. Il trouvait Aiolia idiot, cette haine qu'il vouait à son frère était ridicule. Masque de Mort, il pouvait le supporter. Dans le fond, bien qu'il ne soit guère bavard, c'était quelqu'un d'intelligent, bien que cynique. Quant à Shaka, il n'avait jamais pu le sentir. Il n'avait pas de rancune particulière contre lui, mais le Verseau l'avait toujours trouvé trop vantard, trop sûr de lui. Camus avait beau être froid, le doute pouvait s'insinuer dans son cœur de glace. Shaka ne pouvait voir les erreurs, celles de Saga, le Grand Pope, puisqu'il croyait en lui comme à Bouddha.

En fait, à part Mû et Milo, qu'il pouvait supporter quand il ne lui faisait pas du pied sous la table, il n'y avait que son voisin de maison, Aphrodite, qu'il appréciait. Derrière ses airs efféminés, il avait les mêmes idées que lui, si on oubliait ses foutues roses. Son amour pour ces fleurs était la seule chose qui dérangeait un peu Camus. Non pas parce qu'il les trouvaient ridicules, car il ne pouvait penser cela quand ça concernait le suédois, mais plutôt quand il savait leur signification pour le jeune homme. Son passé était bien peu enviable, et il ne croyait vraiment qu'en la beauté. Et ses roses. C'était les seules choses auxquelles il avait pu s'accrocher, dans les terres froides et reculées de Suède. Puis le Groenland.

Camus poussa un soupir. Pendant quelques minutes, il s'imagina le visage androgyne avec ce grain de beauté sous l'œil d'Aphrodite, et Mû, le visage angélique et serein. Il se demandait ce qu'ils étaient devenus, tous les deux. S'ils avaient pu s'en sortir. Il l'espérait, du fond du cœur. Le Verseau songea à Hyoga, aussi. Cet enfant blond qu'il avait élevé, avec Isaak. Qu'était-il devenu ? Avait-il survécu ? Oui, sûrement. Était-il au Sanctuaire ? Comment savoir ? Qu'il aille bien.

Le téléphone sonna. Une fois. Puis deux. Puis trois…


Merci de m'avoir lue ! J'espère que ça vous a plu !