Chapitre 8 : La péripétie Fantôme.

Arthur Kirkland, peut-être magicien de métier, avait merdé. Déjà, il avait renversé son philtre d'amour sur la mauvaise personne, et celle-ci courait en ce moment même derrière un petit italien paniqué.

Ensuite, le tremblement de terre qui venait d'ébranler la ville et renverser tous les passants avait à peu près 100% de chance de venir de son laboratoire – surtout que la nuit était tombée en même temps que l'énorme secousse, et que les badauds innocents s'étaient évaporés en même temps si ça c'était pas une catastrophe magique…

Il aurait aimé téléphoner à Scott, mais les licornes n'ont pas de doigts. Alors il téléphona à Alfred, dont il avait enregistré le numéro pour une raison obscure, mais utile.

« Allô, monsieur Jones ? Oui, c'est votre voisin du dessous à l'appareil. Non, non, je m'appelle toujours Kirkland, K.i.r.k.l.a.n.d. C'est ça oui. Bref, je crois que j'ai laissé la chais-euh… gaz ouvert chez moi, pourriez-vous aller vérifier que tout va bien ? Non, ma porte est toujours en miettes dans le couloir, au cas où vous n'auriez pas remarqué. Ah, vous prenez toujours l'ascenseur, oui d'accord. Très intéressante votre vie. Hm… Euuh…. j'ai… quelques petits soucis à régler et je risque de rentrer trop tard pour sauver l'immeuble… Ouiiii, c'est vous le héro. Je compte sur vous. Très bien, merci. Au revoir. »

Son petit souci avait enfourché une bicyclette qui traînait là par un pur hasard de scénario, et s'élança à ce moment derrière l'italien qui courait de toutes ses forces vers la fin de la grande rue.

« Feliciano ! ¡Te quiero, espera1!

- HIYAAAAH SIGNOR CARRIEDO C'EST PAS DRÔLE ! »

Pourquoi, par Merlin, les deux hommes s'étaient-ils retrouvés sur le chemin d'Arthur ? Il se rendait tranquillement chez Francis après avoir passé la nuit sur le philtre, et était alors tombé sur cet étrange policier qui escortait Feliciano Vargas.

Et il avait laissé la chaise sous la surveillance de Scott. Quelle merveilleuse idée.

Maintenant qu'il y pensait, en observant les deux hommes disparaître au loin, son frère avait sans doute été réduit en cendres.

Arthur soupira. Ça ne le rendait pas si triste que ça, mais il venait quand-même de perdre le dernier membre de sa famille.

Il avait cependant plus urgent et effrayant à penser. Il sentait déjà d'étranges esprits se matérialiser dans la ville – s'ils étaient ce qu'il pensait, la situation allait devenir catastrophique.

« Alloooo, votre Majesté ? couina le mage incompétent quand son interlocuteur décrocha. Ouiii, c'est Arthur à l'appareil, oui il semblerait que nous ayons euh, un léger souci, si vous voyez ce que je veux dire. Oh, presque rien, un-portail-magique-entre-le-monde-des-humains-et-le-nôtre, rien de grave haha… »

Le tremblement de terre avait renversé quelques palettes vides, et avait fortement inquiété le petit Tino, réfugié dans un coin de l'entrepôt. Ça sentait mauvais, foi de finlandais. Il croisa le regard de Lukas, coincé entre les bras protecteurs de Mathias, qui lui fit un vague signe d'appel à l'aide. Mais le petit blond était trop loin pour faire quoi que ce soit. Et puis merde, pour une fois que Mathias pouvait se le permettre, il n'allait pas l'en empêcher.

Il resta caché derrière la table renversée, et repéra Berwald aidant le petit Emil à se relever, non loin de l'entrée.

Encore plus proche des grosses portes industrielles, Lovino s'était plaqué sous une fenêtre, la main sous son aisselle. Heureusement que Tino savait ce que cachait ce geste, sinon l'italien aurait vraiment eu l'air très bizarre.

Mais il avait l'air aussi inquiet que le finlandais. Bizarre. Tino était pourtant persuadé que le petit boss n'avait aucune sensibilité à la magie. Peut-être avait-il un instinct très efficace, ceci dit.

Le petit blond décela alors du coin de l'oeil la présence d'un minuscule oiseau jaune, voletant tout près de la tête du boss.

Il ne put cependant pas se poser de questions sur cette étrange apparition.

Une seule petite demi-minute s'était écoulée depuis le séisme magique quand les choses commencèrent à dégénérer. Tino eut à peine le temps de se relever pour hurler à ses amis de se cacher, que les portes furent explosées dans un grand nuage de poussière. Le petit finlandais resta debout, au fond de l'entrepôt, les yeux écarquillés d'effroi.

Une gigantesque créature passa un bras gris et rocailleux au travers de l'ouverture, et poussa un rugissement féroce qui fit trembler les murs. Berwald eut l'excellent réflexe de courir se cacher derrière des palettes, entraînant Emil avec lui.

Une tête abominable entra bientôt à la suite du premier membre, dont les petits yeux étaient fixés sur le danois et ce qu'il protégeait de ses bras.

Tino remarqua Mathias se pincer la joue sans aucune discrétion, sans pour autant reculer devant la menace. Cet imbécile heureux continuait de défendre Lukas malgré toutes les protestations de ce dernier.

Lovino ne laissa cependant pas à la créature le temps d'avancer plus loin dans l'entrepôt et cribla le bras titanesque d'une douzaine de balles ce qui n'eut presque aucun effet, à part le changement de direction de la créature vers l'italien.

Lukas hurla quelque chose mais Mathias le tira vers Berwald et Emil, cachés en face du finlandais solitaire. Le reste du corps grisâtre pénétra dans le hangar, et la chose se mit à avancer vers le petit mafieux nerveux, un grand sourire sur ses lèvres dévoilant une rangée de dents pas vraiment faites pour manger de la salade.

Le boss rechargea son pistolet précipitamment, mais en reculant, trébucha sur une palette et s'écroula dans le désordre de cartons qu'avait provoqué le tremblement.

Tino sauta immédiatement sur l'occasion de montrer au monde sa véritable nature. Et de sauver ses amis, accessoirement.

« Eh l'ahuri ! Mais non, pas toi Mathias, marmonna le jeune garçon à son camarade qui s'était cru concerné. L'AUTRE ahuri ! »

Tino attrapa un bout de planche et le jeta, pas sur la créature parce qu'il avait quand même de petits bras, mais globalement dans la bonne direction. À peu près.

« Ouais c'est ça, tourne moi le dos ! Trouillard ! Ta mère fait du café en Norvège ! »

L'être venu d'ailleurs et apparemment constitué de pierre se détourna du pauvre italien coincé dans les cartons, et chercha l'origine de cette petite voix gazouillante qui lui tapait sur le système. Elle repéra immédiatement la minuscule chose blonde qui sautillait sur place, à l'autre bout du hangar. La suite fut plus confuse et douloureuse.

Un couple de hyènes– pardon, un albinos et un français déboulèrent dans l'entrepôt, pistolet et appareil photo au poing. Les deux idiots chargèrent la créature à toute vitesse, passèrent entre ses jambes et frôlèrent son ventre pendouillant, pour se positionner devant Lovino qui se relevait avec peine.

« Yo boss ! T'aurais pas une pokéball en rab ? le salua Gilbert avec un grand sourire, son pistolet braqué sur le crâne de la chose.

- Moi j'ai ! » hurla Tino depuis le mur d'en face, en brandissant la boule de cristal trouvée dans le casino asiatique. Il l'avait gardée depuis tout ce temps dans la poche de son manteau, au cas où.

« Ah… ils sont toujours aussi cons ceux-là ? grogna un allemand abasourdi. Et d'où il sort ce truc chelou ? » s'étonna-t'il ensuite à voix basse.

Francis haussa les épaules et prit une photo d'ensemble de la scène, perché sur une palette pour obtenir une meilleure lumière. Si internet existait encore, il allait gagner gros avec ces clichés ! Il essaya ensuite de varier les angles de vues et les mises au point pour toujours plus de sensationnel, sans plus se préoccuper de sa position ridicule et précaire.

Il n'était d'ailleurs pas le seul à prendre des photos : Emil, ayant soudainement cru sa fin venue, avait décidé de la capturer en beauté à l'aide de son téléphone. Puis, une fois que la situation s'était tassée et qu'il avait compris qu'il était bien caché et en relative sécurité, accompagné des deux plus grands et musclés des blonds, le jeune garçon avait dégainé skype et avait échangé quelques messages avec un de ses amis.

« Gilbert, sombre CRÉTIN DES ALPES, glapit Lovino, essoufflé par son récent combat avec les cartons vides.

- Eh ? Mais qu'est-ce que j'ai fait ?

- Ce n'est pas le MOMENT DE FAIRE DES BLAGUES, CAZZONE ! »

L'italien arracha une planche dans le tas de débris et la balança avec beaucoup plus de succès que Tino, mais pas sur la même cible. Gilbert protesta à l'aide d'un petit cri de douleur, et se retourna pour foudroyer son boss du regard.

La créature décida alors de rappeler à tout ce beau monde son existence, parce que quand même, elle faisait cinq mètres de haut, c'était pas pour qu'on prenne le thé sous son nez. Elle abattit brusquement son bras à quelques centimètres à peine de l'albinos, sauvé par les réflexes de son boss qui l'attrapa par le col et le tira en arrière. Un bon dirigeant doit toujours prendre soin de ses troupes.

Tino choisit ce moment pour sortir de sa cachette et se précipita vers le centre de l'action, une planche à la main. Il avait décidé d'écraser l'énorme pied grisâtre avec. Mais c'était sans compter la réaction rapide d'un amateur de saumon, qui intercepta la course du petit finlandais en le plaquant violemment au sol.

Le souffle coupé, le pauvre petit étudiant se retint de gémir de douleur, mais l'idée était là.

Pendant que le petit blond se faisait martyriser avec amour, Gilbert avait déjà répondu à l'agression de la créature en visant soigneusement les minuscules yeux, et, aveugle, la chose se mit à mugir de douleur. Ce spectacle pathétique, ajouté à l'éloignement providentiel de Berwald, libéra enfin Lukas de l'emprise de son garde du corps beaucoup trop collant.

L'idiot avait détourné le regard une seconde de trop, et s'était reçu un puissant coup de coude dans le ventre. Lukas le laissa reprendre son souffle et s'élança vers le troll – car c'était un troll. Il avait bien essayé de prévenir les autres mais personne ne l'avait écouté.

Mais le temps qu'il traverse le hangar, Francis avait trébuché de son perchoir, entre deux photos, et avait atterri gracieusement sur Lovino dans la panique, l'italien tira plusieurs coups de feu dans le plafond avant de se faire complètement bloquer par une fesse baladeuse.

Et lorsque Lukas crut qu'il avait enfin atteint son but – le troll –, ce dernier fut transpercé par un bout de métal détaché du plafond à cause d'une balle perdue.

Son dernier geste fut de tendre la main vers le norvégien, en laissant tomber un parchemin au sol, puis la créature retourna définitivement à l'état de pierre.

Un silence de plomb ne s'installa pas, Lovino tempêtant devant l'immense cadavre avec force insultes bruyantes et autres gestes violents à l'encontre d'un de ses hommes ou les deux, tant qu'à faire.

Lukas ramassa le papier tombé à ses pieds et le déroula, un air grincheux plaqué sur son visage sans doute pour le reste de sa vie. Malheureusement, il ne lisait pas couramment le troll, et avait laissé son petit dictionnaire de voyage dans sa chambre.

Comment aurait-il pu prévoir qu'il en aurait besoin aujourd'hui, après tout ? Ils avaient simplement prévu d'aider Tino et Emil pour leur cours d'expression orale, et…

« Je crois qu'il était venu pour toi, mais après c'est parti en couilles, déclara le petit finlandais en indiquant du doigt le parchemin.

- Ouais, comme le reste de cette histoire. » marmonna son camarade norvégien.

Tino s'était relevé en se tenant le bas du dos et avait lentement rejoint son colocataire maussade. Il allait avoir des bleus sur tout le corps, grâce à Berwald il décocha d'ailleurs à ce dernier un regard furieux lorsqu'il fit mine de lui aussi rejoindre Lukas. Le suédois baissa les yeux, gêné.

Francis, tentant de s'éloigner de la fureur du boss, se rapprocha des jeunes étudiants, et jeta un œil confus au parchemin. Il plissa les yeux, mais les gribouillis n'en devinrent pas plus clairs, ce qui ne signifiait qu'une chose :

« Bon, on déchiffrera ça plus tard quand on sera à l'abri avec tout le monde et qu'on aura le temps de jouer au rébus.

- A l'abri ? gueula Lovino. Et où tu veux te cacher, idiota, ces trucs font la taille d'une maison !

- Dans la cave du Bastardo ! » s'exclama alors Gilbert, une joue plus rouge que l'autre mais un grand sourire aux lèvres.

Emil fronça les sourcils, déstabilisé par l'enthousiasme stupide de l'homme de main, et dérangé par une impression de déjà-vu.

« T'as lu un manga de trop toi.

- Eh non, c'est une bonne idée ce qu'il a dit ! » répondit d'une forte forte le danois qui se relevait avec difficultés après la tempête. Il avait un ami aux coudes décidément très pointus, et ce n'était pas la première fois qu'il s'en rendait compte.

D'un autre côté, il avait pu serrer ce fameux ami tout contre lui pendant un assez long moment, ce qui valait bien quelques bleus et une insuffisance respiratoire, non ? Willy le disait bien, l'amour vrai n'a jamais connu un cours facile.

Mathias avait cependant perdu son sourire et grogna en passant une main sur son ventre encore douloureux. Il était peut-être temps qu'il se mette à faire ces fameux origamis, sinon il allait finir par vraiment mourir avant d'avoir réglé le petit souci de déni entre Lukas et lui.

« Ouais, et Luddie pourra nous y retrouver rapidement. On aura qu'à attraper Feli et Toni sur le chemin, et on sera tous sauvés. Das Ende! »

Gilbert posa triomphalement les mains sur ses hanches, persuadé d'avoir trouvé la solution à tous leurs problèmes. Mathias leva un pouce approbateur en l'air depuis son coin de hangar.

Constatant sa défaite, Lovino, lui, leva les bras au ciel tel un héro tragique cherchant la raison de sa destinée maudite, et partit bouder dans un coin de carton c'était l'occasion pour l'albinos de dégainer son téléphone et d'appeler son petit frère : si le boss ne disait pas « non », ça voulait dire oui.

« Allo Lud' ? Ja, je suis avec Frannie et le boss – et les cinq idiots. Hm ? Dans la zone industrie- oui, bon, Lovi nous avait donné rendez-vous ici parce qu'un ou deux des blonds avaient une pièce de théâtre à répéter, et j'ai aucune idée de comment ils se sont retrouvés à choisir un hangar désaffecté comme scène, et- Ja. Ah oui, et on s'est fait attaquer par un truc chelou aussi. Ja klar. Donc ! Rendez-vous au bar, faites gaffe à pas crever sur le chemin. Tschuss ! »

« Nani ?! » s'exclama Kiku lorsque le blond gominé lui fit un résumé de sa conversation téléphonique. Le jeune japonais aurait bien aimé croire à une mauvaise plaisanterie de la part de Gilbert, mais un simple coup d'oeil par la fenêtre suffisait pour se rendre compte de la situation. La nuit était brusquement tombée après la secousse, et il était pourtant bientôt midi.

Quelque chose n'allait pas. Quelque chose qui le faisait frissonner, comme s'il sentait les doigts de la mort frôler sa gorge.

« Attrape des vêtements chauds, la température a chuté en dessous de zéro. Et tu as l'autorisation de prendre ton sabre. » fit Ludwig depuis le local nettoyage.

Il sortit de la petite pièce merveilleuse emmitouflé dans un manteau et une écharpe sombres, plusieurs pistolets dans les bras.

« Ludwig-san ? Avez-vous, euh, l'intention d'utiliser toutes ces armes ?

- Nein, j'en prends pour les étudiants. Ils n'ont que Lovino, Gil' et Francis avec eux. »

Kiku plaqua une main dramatique sur sa bouche en réalisant la gravité de cette situation.

« Ça sera déjà un miracle s'ils atteignent tous en un seul morceau le bar. » marmonna l'allemand en fourrant la dizaine de pistolets dans le seul sac qu'il avait pu trouver à portée de main.

C'était un cadeau de Feli pour les un an de Kiku au sein de la Famiglia, un sac à dos très… Japanische ; Lovino avait ordonné au directeur du casino de le faire disparaître dès que son petit frère aurait le dos tourné, et il avait fini par atterrir derrière le plus gros aspirateur du local nettoyage (celui que personne n'arrive à soulever à part les deux Beilschmidt).

« Ah, Ludwig-san… ça vous va remarquablement bien, gloussa le sabreur lorsqu'il découvrit son supérieur prêt à partir.

- Ohne Kommentar . » râla le pauvre Ludwig en sentant sa virilité s'enfuir à toute vitesse, alors qu'il menait la marche vers la sortie d'un pas raide.

Si Lovino le surprenait en train de porter ça, il était mort. Ça valait aussi pour son Bruder, sauf que Gilbert ne ferait que se moquer de lui jusqu'à la fin de sa vie le boss se contenterait assurément d'une balle entre les deux yeux. Mais peut-être que Feli l'en empêcherait. Il avait un don pour sauver la vie de Ludwig quand Lovino voyait rouge – s'il était présent évidemment. Dans le cas contraire, eh bien, il pleuvait souvent des meubles et autres lustres.

« Ludwig-san ? Êtes-vous en train de penser à Feliciano-kun ?

- A-ah… j'ai l'air constipé, c'est ça ? fit le pauvre mafieux gominé, extrêmement gêné d'être aussi lisible.

- Hai, un peu. Mais je suis sur que Feli-kun va très bien, ne vous inquiétez pas. C'est un grand garçon. »

Un petit assassin psychopathe également, songea Ludwig. Il s'arrêta alors devant les grandes portes vitrées de l'entrée et fit signe à Kiku de faire de même.

Il fallait s'assurer que la voie était libre avant de foncer yeux baissés dans l'aventure.

Passant la tête à l'extérieur, l'allemand remarqua d'abord l'absence de voitures dans la grande rue sur laquelle ils étaient installés. Il sortit le reste de son corps et se pencha derrière un buisson.
Aucun piéton sur les trottoirs non plus la seule présence vivante était un petit groupe de chats vers les poubelles, ceux-là même qui s'étaient installés autour du casino « Kartoffel Inspiration » depuis deux mois.

Et dans l'obscurité ambiante, peu de lumières étaient allumées en ville. En fait, il n'y avait que le « Dragon Dormant », en face, et un grand bâtiment situé sur la colline le cinéma, si Ludwig se repérait bien.

« Où sont-passés les gens ? chuchota Kiku en rejoignant son supérieur.

- On dirait une ville fantôme… à part pour les chinois d'en f… euh, la Triade. »

Lovino commençait à déteindre sérieusement sur le jeune allemand, et c'était vraiment mauvais signe ça. Heureusement Kiku ne releva pas la gaffe, et se contenta de hocher la tête, les sourcils froncés. Il avait l'air très préoccupé. Ou constipé, Ludwig avait encore un peu de mal à discerner les émotions de son coéquipier.

Une explosion retentit soudain dans le « Dragon Dormant », rapidement suivie d'un cri inhumain qui ne pouvait qu'être sorti de la gorge d'un monstre assoiffé de sang.

« Ah, Youngsoo-kun a du tester une de ses inventions avec succès. » sourit le sabreur en faisant un clin d'oeil à son voisin, soudainement plus serein. Il s'était inquiété pour son ancienne famille, mais il avait oublié à quel point certains d'entre eux étaient… débrouillards.

Ludwig choisit d'ignorer le clin d'oeil, et plissa les yeux pour tenter de discerner quelque chose dans la nuit.

« Tu crois qu'on devrait aller voir s'ils vont bien ?

- Iie, Youngsoo et Kaoru sont plus que capables de s'en sortir mieux que nous, sans aucun doute quant à Mei et Minh, je pense qu'ils sont déjà cachés au plus profond d'un bunker nucléaire.

- Ah… et, euh, Yao dans tout ça ? »

Les yeux de Kiku s'écarquillèrent soudain quand il réalisa que son ancien boss s'était peut-être coincé une vertèbre en voulant trop en faire. Il le voyait déjà, bloqué dans une position grotesque, à la merci de plusieurs monstres à la démarche incertaine et…

« Aiyaaah ! Honda ! … fils de Judas !

- N-Nani … ? s'étonna Kiku.

- Non, mais j'ai cherché une insulte et c'est pas venu, soupira Yao en secouant la tête, et il s'installa derrière le buisson sous les yeux ébahis des deux autres mafieux.

- … sooo desu ne.

- N'empêche, Honda, ça rime avec Judas. Je trouve que je m'en suis bien sorti, pour une petite improvisation au clair de lune, aru. »

Ludwig, bouche bée devant cette arrivée inattendue, s'attendait presque à voir son ennemi sortir une paire de baguettes et un bol de nouilles de sous sa fine robe, tant il avait l'air détendu. Un long regard échangé avec Kiku lui confirma qu'il n'était pas le seul en état de choc.

« 'Fait froid, hein? continua Yao d'un ton badin.

- En même temps, vous ne portez qu'une robe de soie Herr Wang.

- Ce n'est PAS une robe, ARU ! Combien de fois il faudra vous le répéter pour que ça rentre dans vos petits crânes d'européens stupi-

- Yao-san, ce n'est peut-être pas le moment de vous transformer en page wikipédia, suggéra doucement le japonais, le doigt pointé sur une énorme chose qui s'approchait du « Dragon Dormant » d'un pas lourd.

- Heilige Maria Mutter Gottes, was ist das ?! » glapit Ludwig quand ses yeux se posèrent sur la créature grisâtre. Il allait avoir zwei Wörter avec son grand frère quand ils se reverraient il y avait une différence entre un « truc chelou », et un monstre de cinq mètres de haut tout droit sorti d'une saga scandinave.

La créature pencha son long nez crochu au niveau des portes du casino asiatique, et sembla renifler longuement les lieux.

« Tāmāde ! 432 et 415 sont toujours à l'intérieur ! Ils sont en danger ! s'inquiéta Yao à voix basse, soudain plus sérieux.

- Nani ?! Tai hen desu !

- …Was ?

- Kaoru et Youngsoo vont être repérés par la chose, c'est terrible Ludwig-san ! »

Sans laisser le temps à l'allemand d'analyser la situation, Kiku se releva et jeta un caillou en direction de la créature. Avec le deuxième gravier, il ajouta un hurlement tribal et de grands gestes des bras la bête le repéra immédiatement, et traversa la rue beaucoup plus vite que prévu.

Si vite d'ailleurs, que le blond gominé eut à peine de le temps de se relever pour trébucher sur un chinois qui glandait là par hasard, et se retrouva sans défense devant l'immense créature.

Kiku, jetant un coup d'oeil derrière lui et se rendant compte de la situation emmêlée entre les deux mafieux coincés derrière le buisson, dégaina son sabre et chargea.

Un violent choc engourdit alors ses bras lorsque son arme heurta la jambe de pierre, sans lui faire une seule égratignure. Ou peut-être une toute petite.

Le pauvre japonais leva lentement des yeux apeurés vers le visage tordu, désormais sans défense. La bête semblait vraiment se moquer de lui.

Elle leva son bras, probablement pour aplatir du plat de la main le sabreur gelé par la terreur, quand soudain plusieurs évènements vinrent sauver la situation à commencer par un retour à la ligne.

Ludwig avait réussi à se relever, et tira plusieurs coups de feu en direction des minuscules yeux de la créature, tandis que le groupe de chats qui se prélassait jusque là sur les poubelles se jetait sur les jambes grisâtres dans un concert de miaulements guerriers.

Les balles du grand blond ayant aveuglé avec succès la bête, Kiku la laissa rugir toute sa douleur et recula vers son supérieur il se promit également de nourrir plus souvent les chats errants.

Il remarqua alors les manches retroussées et l'air décidé de son ancien boss, qui avança vers la créature sans crainte. Le chinois évita souplement un bras à la recherche de chair à écraser, et hurla à ses deux ennemis :

« Barrez vous ! Je m'en occupe, aru ! »

Ludwig haussa les épaules et n'hésita pas une seule seconde avant de se mettre à courir en direction de la petite rue menant vers le centre ville. Il fut cependant obligé de tirer son coéquipier par la manche de son manteau, le jeune japonais refusant de laisser Yao mourir derrière eux.

La force de l'allemand gominé n'ayant pas sa pareille dans le coin, Kiku dut accepter sa défaite, et regarda une dernière fois les chats et son ancien boss slalomer entre les coups désordonnés de la créature de pierre.

Lorsque le tremblement de terre avait ébranlé la ville, Kaoru et son petit frère adoptif se trouvaient sur la terrasse de la piscine du « Dragon Dormant ».

Non, ils n'étaient pas venus prendre un bain rafraichissant, même si Youngsoo avait enfilé son maillot de bain au cas où, sous ses vêtements. Il savait très bien qu'il ne fallait pas faire confiance à son partenaire de crime.

Ils cherchaient en réalité une valise.

« Je te dis que tu l'avais mise sous ce palmier, daze !

- Mais non, regarde, il est à côté des tulipes. C'est celui qui est juste en face !

- Très bien, va creuser sous celui là alors ! Et ne compte pas sur moi pour te prêter ma pelle ! » ronchonna Youngsoo en écrasant le parterre de tulipes sans aucune merci. L'aîné leva les yeux au ciel et se dirigea vers le palmier de l'autre côté du bassin. Il finirait bien par avoir le dernier mot.
Il s'installa au pied de l'arbre et observa le grand coréen s'acharner sur la terre.

« AH-HA ! » s'exclama le plus jeune quelques minutes plus tard, lorsque sa pelle heurta l'objet recherché. Il finit de creuser avec les mains, et déterra la valise noire à toute vitesse.

Son camarade grogna et maudit les dieux d'avoir donné raison à Youngsoo : cet idiot n'allait pas cesser de s'en vanter.

Alors que ce dernier levait justement le bagage au dessus de sa tête et se tournait pour narguer son frère avec, la secousse sismique le coupa au milieu de sa phrase et le renversa en arrière.

« Alors les tuli- »

Kaoru s'accrocha au palmier le temps que le sol arrête de trembler, et tenta de garder son calme pendant que la terrasse se fissurait sous ses yeux et que l'eau débordait de la piscine. Mais surtout, il se retint de hurler de panique quand le ciel passa soudain du bleu au noir jusqu'à ce qu'il réalise que ce n'était que la nuit qui tombait. Rien de plus normal. Tout allait bien.

Il vit ensuite avec soulagement son petit frère se relever intact après le tremblement de terre. Ils se regardèrent pendant quelques instants en silence, séparés par le bassin.

« C'était… c'était bizarre non ? » bredouilla le coréen, brisant le calme d'une voix inhabituellement apeurée et observant le ciel étoilé d'un air méfiant. De la vapeur s'échappait de sa bouche.

« … Ouais. » confirma son aîné, se rendant compte qu'il n'était pas encore midi, et qu'il avait vraiment du paniquer pour croire que cette nuit instantanée était normale.

En plus il sentait le bout de son nez s'engourdir à cause du froid étrange qui accompagnait l'obscurité inattendue c'était vraiment pas naturel cette histoire.

Youngsoo sentit à ce moment son portable vibrer dans sa poche, et découvrit les messages d'un Emil paniqué.

11:27:42 Aisulando : YOUNGSOO

11:27:44 : MONSTRE GIGANTESQUE

11:27:46 : PAS BEAU

« Eh Kaoru… E-Emil parle d'un monstre gigantesque… balbutia l'inventeur de génie, pétrifié. Je… je crois pas qu'il parle d'Halloween…

- Shénme2?! »

Alors que le jeune chinois se précipitait vers son petit frère, un craquement terrible résonna tout près de lui il se stoppa net, et observa avec horreur une longue fissure s'ouvrir au fond du bassin, de laquelle commencèrent à s'échapper de nombreuses bulles noires.

Il plissa les yeux et se pencha doucement au dessus de l'eau devenue trouble.

Il n'eut pas le temps de reculer.

« Youngsoo, xiǎoxīn ! »

Kaoru fut brusquement tiré dans l'eau glaciale par une main squelettique, ayant à peine pu hurler un avertissement à son petit frère avant de sentir son cœur s'emballer et ses sens se figer sous le choc de l'immersion.

Aspiré vers les profondeurs par une créature immonde, mais pas gigantesque, le jeune chinois se débattit du mieux qu'il put à grand coups de pieds pour se libérer et remonter le plus vite possible.
Il finit par arracher le bras à son propriétaire mort-vivant, et put enfin reprendre son souffle à la surface. Tout son corps était agité de violents frissons incontrôlables, et sa respiration était saccadée. La peur qui tient les tripes et brouille la partie rationnelle du cerveau, l'émotion la plus primitive qui soit, avait prit le contrôle de Kaoru.

La situation sur la terrasse était cauchemardesque.

Trois zombies étaient déjà sortis de l'eau et essayaient d'attraper le grand coréen, qui défonça la mâchoire de l'un d'entre eux d'un coup de valise. De nombreux autres morts-vivants grimpaient déjà hors du bassin, étrangement fixés sur Youngsoo et ignorant tout simplement le jeune homme flottant derrière eux.

Un semblant de parole revint au mafieux mouillé quand deux autres zombies atteignirent son petit frère, qui commençait à ne plus pouvoir reculer, coincé contre le palmier.

« Grimpe ! Youngsoo, grimpe dans l'arbre putain ! » coassa Kaoru le plus fort qu'il put pendant qu'il nageait jusqu'au rebord. Le temps qu'il émerge, tout tremblant dans ses vêtements alourdis et ruisselants, son camarade d'infortune avait encore détruit le crâne de trois zombies de plus et s'était hissé à un mètre et demi du sol, la valise souillée de sang toujours à la main.

Le mort-vivant resté seul près du palmier levait pitoyablement les bras, essayant d'agripper sa proie sans succès. Kaoru s'apprêtait à enfin rejoindre son petit frère pour l'aider, une nouvelle vague d'ennemis approchant dangereusement de l'arbre, mais Youngsoo l'en empêcha :

« Non, mon labo ! Va dans mon labo !

- Eh ?

- Y'a plein de trucs en cas de fin du monde là bas, vas-y j'te dis ! Ça ira pour moi ! »

Il se hissa à un mètre de plus, hors de portée de l'armée des morts, mais désormais suspendu à sa seule endurance. Kaoru grogna et leva les yeux au ciel, mais se précipita quand même à l'intérieur du casino, sans qu'un seul mort-vivant ne le suive.

Il était très surpris d'être ignoré de la sorte par les zombies mais il l'était encore plus par la ténacité avec laquelle son petit frère s'accrochait à cette valise. Il aurait pu la laisser tomber et monter plus vite.

Armé de son esprit rationnel, Youngsoo aurait d'ailleurs du abandonner ce poids mort depuis longtemps.

Kaoru éternua, avant de froncer les sourcils, dévalant les escaliers réservés au personnel. Il laissait une piste mouillée derrière lui, et une flaque à chaque pause dans son mouvement. Mais son souffle s'était un peu calmé.

Il lui fallait plus de temps pour réfléchir.

Il arriva rapidement devant l'ascenseur, lui aussi réservé au personnel, et n'eut pas à attendre avant de pouvoir y entrer. Il composa, entre deux reniflements chargés, le code vraiment super secret de l'inventeur coréen sur les boutons lumineux, et le miroir s'ouvrit devant lui. Le blanc lumineux dans lequel baignait la pièce vraiment super secrète lui agressa alors la rétine sans merci, le forçant à patienter un peu à l'entrée dans une flaque grandissante.

Il n'avait pas le temps de s'installer dans le sofa moelleux qui lui tendait les bras, ni de se faire un café. Youngsoo pouvait glisser de son perchoir à tout moment, là haut.

Il fouilla donc rapidement dans les placards et se sécha du mieux qu'il put avec les blouses scientifiques que Youngsoo entreposait religieusement ici. Évidemment, il restait désagréablement humide, mais il avait moins l'impression d'être encore en train de nager dans la piscine. Il chercha ensuite du regard quelque chose dans le laboratoire qui pouvait servir d'arme de destruction massive, et ses yeux se posèrent sur un étrange sac à dos posé sur le grand bureau.

Il se souvenait d'une « nouvelle invention révolutionnaire » que Youngsoo avait voulu faire tester à Yao, quelques semaines auparavant. C'était certainement ça.

Kaoru ouvrit le sac et sentit un grand sourire lui étirer involontairement les lèvres. Ce n'était certainement pas révolutionnaire, mais la tenue qui accompagnait l'arme était parfaite. Il passa le bagage sur ses épaules et enfila l'un des masques à gaz décorés. Si avec ça il ne faisait pas fureur chez les zombies, le monde était perdu.

Sentant le temps commencer à lui manquer, le jeune mafieux ouvrit ensuite précipitamment tous les tiroirs du bureau et les portes des armoires. Il fourra une dizaine de petites boules noires dans sa poche, sachant parfaitement comment les utiliser, et saisit un pistolet ridicule mais qui avait l'air puissant. Youngsoo aimait concevoir des armes étranges et futuristes.

Kaoru se souvenait du coréen, alors qu'il était beaucoup plus jeune, lui assurant que la Triade conquerrait l'espace un jour, et qu'il devait prévoir un arsenal conséquent. Bien sûr à l'époque, ils étaient deux dans le laboratoire secret de Pékin. Mais Kiku avait changé de camp depuis.

Le jeune homme soupira et se dirigea vers la sortie, pistolet de l'espace au poing.

« Ça va ? Pas trop chaud ton thé j'espère ? » l'accueillit un coréen un peu essoufflé mais toujours aussi moqueur. Il n'avait pas bougé de sa position précaire.

« Espèce de shǎguā, tu crois vraiment que j'ai eu le temps de me faire un thé ! » siffla avec colère son coéquipier.

Kaoru appuya sa déclaration avec un éternuement retentissant.

« Hāt-chī !

- Bah quoi, moi j'ai eu le temps de discuter avec Emil.

- C'est vrai ?

- Non. Mon téléphone est dans ma poche, idiot. » lui répondit Youngsoo en indiquant du menton ses mains occupées à le maintenir en vie, avec la valise, au dessus des zombies. Lesquels n'avaient pas fait un seul mouvement vers le jeune homme qui venait d'entrer sur la terrasse avec précaution. Kaoru contempla la situation terrifiante de la piscine, et pria pour que Minh et Mei ne reviennent pas au casino ce soir.

Sa main se dirigea vers les étranges petites boules récupérées dans le laboratoire, et il se rappela avec douleur du test de cette arme. Il avait eut la peur de sa vie.

Mais se débarrasser de la dizaine de mort-vivants amassés sous le palmier était vital.

Avec un dernier soupir, le jeune mafieux se prépara à l'attaque. C'était également l'occasion de se venger de la peur causée par son petit frère lors du test des boules, après tout.

Il était séparé de Youngsoo par le bassin, ce qui allait être utile pour la suite de son plan. Les créatures étaient toutes rassemblées au même endroit, et aucune ne semblait être en train de sortir de l'eau. L'invasion devait être terminée.

Il sortit une boule de sa poche et la montra à son cadet, qui lui répondit par de gros yeux paniqués.
« Tu vas pas faire ce que je pense que tu vas faire ? »

Kaoru ricana et leva le bras.

« Mais je suis dans un palmier juste au dessus d'- »

L'aîné des deux mafieux jeta la boule de toutes ses forces sur le tas de zombies sans écouter les protestations de son camarade, et s'accroupit au sol en se plaquant les mains sur les oreilles.

Le souffle d'une explosion retentissante le fit tomber tête la première sur les parterres de fleurs, tandis qu'une pluie de bouts de corps calcinés tombait doucement sur la piscine à ciel ouvert.
Kaoru se retourna dès que sa vision arrêta de trembler, et chercha des yeux ce qui restait du palmier.
Il aperçut des bouts de troncs et plusieurs flammèches flotter dans l'eau noire, ainsi que quelques feuilles pendouiller sur le bord du toit.

« Youngie ? » appela le jeune mafieux, un peu inquiet. Il avait peut-être été un poil trop audacieux.
Mais d'un autre côté, la menace zombie avait été complètement éliminée.

Un puissant hurlement de joie lui répondit soudain depuis la gouttière. La tête sans corps de Youngsoo se pencha par dessus le conduit.

« T'as vu ? Yao-hyung a un don de voyance !

- De quoi ?

- J'ai réussi à mettre le feu à la piscine, daze ! »

Kaoru soupira et se laissa lourdement tomber au sol, jetant le sac et le pistolet à côté de lui. Ses jambes refusaient de le soutenir plus longtemps.

Mais son petit frère était en parfaite santé, c'était un immense soulagement il descendit gracieusement du toit grâce à des talents cachés d'acrobate, et s'assit à côté de Kaoru, la valise précieusement serrée contre son torse.

Les deux jeunes officiers s'abandonnèrent à un silence confortable, reprenant doucement leurs esprits après cet étrange et glaçant événement.

Kaoru laissait son regard vide fixer les étoiles, ses pensées confuses tourmentées par un petit blond timide.

Il n'était pas inquiet. À vrai dire il ne ressentait plus rien, ses sens épuisés et son corps vidé par l'aventure qu'il venait de vivre. Il était encore très humide, et l'air devenu soudainement froid après le tremblement de terre le faisait frissonner.

Non, il ne se faisait pas de soucis pour Emil s'il avait pris le temps de communiquer par Skype, c'est qu'il était en sécurité, et voulait juste prévenir ses amis.

Il se demandait juste de quelle couleur exacte étaient ses yeux. Quels avaient été ses premiers mots, lorsqu'ils s'étaient rencontrés, quel temps il faisait ce jour là…

Un terrible rugissement de douleur, venant probablement de la rue, le tira brusquement de sa torpeur. Youngsoo rangea précipitamment son téléphone, et s'empara du sac à dos, laissant le pistolet à son grand frère.

D'un signe de tête, les deux mafieux se dirigèrent silencieusement vers la sortie du casino.

La poche de son jean vibra, et Emil reçut un « Casino, zombies. Où t'es ? » de son ami coréen accompagné évidemment d'une magnifique photo d'un carnage de corps calcinés. Il plaqua une main sur sa bouche pour étouffer une exclamation d'horreur, et attendit que son ami termine un autre message, lui aussi suivi d'un cliché ce n'était cependant pas une image terrifiante, mais une photo qu'Emil trouva incroyablement attendrissante.

11:52:03 My Life For Aiur : Kaoru est complètement dans les nuages.

11:52:05 : Je pense qu'il pense à quelqu'un que je sais que tu sais qui c'est.

« C'est qui ? » s'étonna Gilbert en se penchant par dessus l'épaule du jeune étudiant.

Emil s'empourpra brusquement et cacha son écran au mafieux. Il ne faut surtout pas que Lukas se retourne, pria le pauvre petit blond.

« U-un ami, bégaya-t'il en réponse.

- Il est mignon. » sourit simplement l'albinos en ébouriffant les cheveux pâles du plus jeune. L'homme de main marchait silencieusement avec Emil, fermant ainsi la quasi file indienne.

Gilbert ne se sentait pas particulièrement concerné par les cinq blonds, mais il n'allait pas non plus les laisser se faire tuer par surprise pendant que tous les hommes correctement armés ouvraient la marche. Il gardait son pistolet au fond de sa poche, prêt à le sortir à tout moment.

Ils se dirigeaient vers le centre ville depuis déjà une dizaine de minutes. Aucune lumière n'éclairait les entrepôts, ni les rues soit-disant habitées dans lesquelles ils commençaient à évoluer depuis peu. Le groupe n'avait croisé que quelques félins furtifs aucune présence humaine, tout était éteint et silencieux – aucun troll non plus, fort heureusement. Mais la nuit transformait la moindre ombre, le moindre petit bruit en un monstre sinistre prêt à jaillir, maintenant le groupe dans l'angoisse.

Lovino ouvrait précautionneusement le chemin, pistolet au poing et ses sens en alerte suivi du menaçant suédois et sa planche de bois, sourcils éternellement froncés alors qu'il scrutait les environs. Lukas avait ensuite placé Tino entre lui et Mathias pour couper court à toute conversation, et tous les trois avançaient lentement, cherchant du regard la moindre menace. Le danois s'était lui aussi équipé d'un bout de bois, qu'il tenait à deux mains comme une hache, prêt à frapper à la moindre alerte.

Francis recula pour se placer à hauteur d'Emil et Gilbert, les mains nonchalamment enfoncées dans son manteau.

« Jolies étoiles, non ? »

L'étudiant lui jeta un discret coup d'oeil, pour vérifier à qui il parlait, et décida de garder le silence.

« Mouais, grogna doucement Gilbert. Je préférerais un ciel bleu et le soleil, vu l'heure qu'il est. »

Le français pouffa et donna un coup de coude à son ami.

« On peut faire un détour rue Trafalgar, si tu veux voir le soleil.

- Francis, ton buveur de thé n'est pas vraiment ce que j'appelle un Sonne, tu m'excuseras.

- Honhonhon, voyons, je pensais à quelqu'un d'autre. Tu sais, un grand canadien, timide, jolis yeux vio… »

Gilbert empêcha son ami de poursuivre en lui tirant brusquement les cheveux il n'avait pas eu de meilleure idée sur le moment, mais réalisa bien vite que les petits cris de douleur de Francis n'étaient pas discrets, et le relâcha. Lovino se retourna et foudroya du regard ses deux officiers au fond du groupe, mais continua d'avancer. Ils approchaient de la grande place à côté du cinéma, et devaient rester vigilants.

Pendant que les deux mafieux se disputaient devant lui en chuchotant, Emil se laissa légèrement distancer sans le remarquer s'il se souvenait bien du jour où Tino et lui avaient accompagné Matthew jusque chez lui pour un devoir de groupe, son camarade habitait rue Trafalgar. Et correspondait parfaitement à la description de Francis. Il se rappela l'excitation de Mattie, lundi soir sur skype.

Se pourrait-il que le coup de foudre de son camarade de classe ait été partagé ?

« La place est déserte. » signala alors Mathias à tout le groupe. Emil se concentra de nouveau sur la situation présente, et se rapprocha de son frère au moment où il entrait sur la large esplanade. Il fut tenté de s'accrocher à la manche de Lukas, mais préféra enfoncer ses mains dans ses poches il ne voulait pas donner à certains l'occasion de le taquiner et s'amuser à le traiter comme un bébé.

Même s'il tremblait un peu, et pas que de froid, et qu'il se serait senti rassuré en s'agrippant à son grand-frère.

« Eh, les lumières sont allumées… » s'étonna alors Gilbert en montrant le grand cinéma du doigt. L'immense bâtiment surplombait la place, son grand hall complètement vide pourtant illuminé comme s'il attendait des clients.

Lovino fit signe à l'expédition de s'arrêter, et se retourna sans doute pour faire une déclaration importante, mais fut coupé dans son élan par Mathias :

« Eh, ça vous dit on va se mettre au chaud devant un fi- »

Malheureusement pour le danois, il s'était retrouvé entre le boss et Lukas, et termina sa phrase courbé au dessus du goudron. Emil se retint de ricaner, et s'installa sur un banc derrière le reste du groupe il avait mal aux pieds, et il entendait très bien leur conversation de là après tout.

« Si personne n'y voit d'objection, Gilbert va jeter un coup d'oeil à l'intérieur, ok mangiapatate ?

- Kein Problem boss. » acquiesça l'homme de main, s'éloignant déjà. Emil plissa les yeux.
Se séparer dans un film d'horreur, ce n'est jamais une bonne idée.

Une procession de petites lucioles traversa alors très rapidement la place, venant du cinéma. Gilbert fronça les sourcils lorsqu'une d'entre elle décida de se poser sur son nez, et tenta de la chasser, mais sans succès.

Et, quelques instants avant de perdre connaissance, il crut voir la petite lumière saisir une poêle.

Un violent bruit de métal heurtant un crâne retentit, et l'albinos s'écroula au sol. Emil sauta de son banc et s'accroupit derrière, prêt à courir pour sauver sa vie, tandis que ses camarades d'infortune se préparaient à une attaque. Lovino pointa son pistolet sur les lucioles et estima la distance qui les séparait du corps de son officier. Peut-être que Gilbert pouvait être sauvé le boss indiqua du menton à Francis de se préparer à aller le chercher.

Les petites lumières se rapprochèrent d'eux en cabriolant joyeusement dans l'air l'italien tira plusieurs coups de feu dans leur direction qui les firent s'éparpiller, mais les lucioles reprirent leur formation en quelques instants. Lovino fit reculer tout le monde et se prépara à tirer de nouveau.

« Boss, non ! s'écria alors Tino, se plaçant entre le pistolet et les être lumineux. Ce sont des alliés, des amis ! »

Son brusque mouvement vers l'avant fit tomber la boule de cristal de sa poche, et elle roula jusqu'aux pieds d'un Mathias un peu perdu.

« … pardon ? » répondit l'italien consterné, sans pour autant baisser son arme. Les grands yeux innocents de Tino le firent frissonner. Un mauvais pressentiment commença à ramper le long de sa colonne vertébrale, et Lovino fronça les sourcils de plus belle.

Les petites lumières arrêtèrent d'avancer. Mathias avait ramassé la boule et la montrait à un norvégien pas du tout intéressé mais plutôt très préoccupé par la fissure gigantesque qui avait commencé à déchirer le sol juste devant lui. Les lucioles s'évaporèrent brusquement.

Tino et Lovino se tournèrent au même moment vers le reste du groupe, séparé en deux par la crevasse grandissante, et le finlandais posa les yeux sur la main de Mathias.

« Voi vittu3… » pesta-t-il tout bas, et il sauta immédiatement par dessus la brèche pour lui arracher la boule des mains. Mais il était déjà trop tard.

Une dizaine de morts-vivants jaillirent subitement du sombre trou et se jetèrent sur le tas d'humains dans un effroyable chaos de membres squelettiques. Deux des zombies se précipitèrent vers Lovino, peu perturbés par les balles qu'il tira, mais la plupart des créatures attaquèrent les blonds restés à l'arrière et retranchés derrière le banc. Mathias et Berwald repoussèrent l'assaut du mieux qu'ils pouvaient à l'aide de leurs planches, frappant violemment crânes, côtes ou tibias à nus sans répit mais bientôt d'autres créatures allaient sortir de la crevasse et les contourner, et les deux bouts de bois ne serviraient plus à rien. Lukas s'accrochait de toutes ses forces à Tino et tentait de retenir un gémissement de crainte à chaque fois que les doigts crochus ou les dents carnassières d'une créature frôlaient Mathias.

Pendant que l'italien essayait de les rejoindre, à bout de souffle, en se frayant un chemin entre les cinq ennemis restés debout, un zombie plus vif que les autres évita soudain un coup de Mathias qui aurait du lui décoller la tête et se faufila souplement entre les deux grands blonds. Ses yeux pourrissants étaient fixés sur le petit Tino mais ses dents ne se plantèrent pas dans la bonne cible.

Berwald ne poussa qu'un petit grognement de douleur et se débarrassa du mort-vivant d'un coup de pied, puis lui écrasa férocement le crâne à pieds joints. Il n'eut pas le temps de se retourner vers son protégé pour vérifier son état.

Lovino trébucha sur un bout de cervelle, et le coup de feu qui aurait du atteindre un zombie perfora le front du suédois.


1 Je t'aime, attends-moi !

2 Nani chinois, mais pas vraiment.

3 Oh putain… en finlandais.


Nda chap 8 : TUTTO VA BENE. Gros bisous Rufus.

Nombre de jurons : 6

Nombre de jurons par personne : Lovino – 3, Tino – 1, Kaoru – 1, Yao – 1.

La suite dans deux jours, suédois.