Le mardi 1er juillet était enfin arrivé. Ils s'étaient mis d'accord pour se retrouver tous sur le parking du lycée et pour prendre le moins de véhicules possible.
Stiles se gara près de la voiture d'Allison et descendit pour saluer ses amis. Le groupe était presque au complet. Il ne manquait que les deux Hale. Lydia s'était occupée de gérer le covoiturage et avait réparti de façon équitable chaque adolescent entre les différents chauffeurs.
Allison prendrait Scott, Boyd et Erica dans sa voiture. Stiles serait chargé d'emmener Isaac, Danny et Matt à bon port, tandis que la jeune rousse monterait avec son petit ami.
— Euh, ça va aller, avec les bagages ? demanda soudain Danny en désignant le monticule de sacs et de valises qui s'était formé au fur et à mesure que chacun était arrivé.
— Le mieux serait de commencer à charger les voitures, décida Lydia.
Boyd et Scott réussirent à caser les valises d'Allison et d'Erica dans le coffre de la voiture de la jeune Argent, ainsi que trois sacs à dos, même s'ils durent s'y reprendre à deux fois avant de réussir à le fermer.
— Ma voiture ne va jamais démarrer, se lamenta le jeune brune.
— Te plains pas, la réconforta Stiles. Tu as vu le tacot que je me trimballe ?
Le groupe du jeune garçon avait calé trois sacs de voyage sous le siège arrière. Matt avait déposé son sac à dos et la pochette dans laquelle il rangeait son appareil photo au pied du siège avant passager. Il réussit à caler encore un sac avant que le propriétaire de la Jeep lui conseille de laisser de la place pour ses jambes.
Le minuscule coffre de la Porsche de Jackson eut du mal à accueillir sa valise et le vanity de Lydia. De plus, le garçon blond ne put caler que deux des trois valises de sa copine à l'arrière de son véhicule. Celle-ci insista pour tenter de faire rentrer la dernière, mais son petit ami fut formel : il préférait encore laisser la rousse sur le parking avec ses valises plutôt que de risquer d'abîmer ses sièges en cuir.
Un peu vexée, Lydia jeta un regard discret sur les autres voitures, mais elles étaient elles aussi pleines à craquer alors qu'il restait encore des bagages sur le parking. La jeune fille eut la bonne grâce de ne pas demander qui pouvait accueillir sa dernière valise.
Alors que les adolescents s'étaient tous réunis pour discuter de comment ils allaient faire, un vrombissement de moteur se fit entendre et peu de temps après, deux voitures surgirent en ronronnant sur le parking. L'une d'elles était bien connue de la bande. Il s'agissait de la Camaro noire de Derek. La seconde était une Ferrari rouge vif qu'ils n'avaient jamais vue.
L'alpha sortit d'un mouvement souple de son véhicule tandis que le deuxième conducteur s'extrayait à son tour de son automobile. Les adolescents découvrirent avec surprise Peter, qui croisa ses bras sur le toit de son véhicule de luxe.
— Mais où est-ce que vous trouvez tout cet argent ? gémit Scott, incrédule.
— Elle est belle, n'est-ce pas ? s'extasia le loup garou en caressant du bout des doigts la carrosserie.
— Assortie à tes anciens yeux d'alpha, grinça Derek.
Peter leva les yeux au ciel.
— Jaloux, murmura-t-il avant de déposer un baiser sur le toit de sa Ferrari.
— Vous prenez chacun votre voiture ? intervint Allison. Je croyais qu'on devait faire le maximum de co-voiturage ?
— Je ne monterai pour rien au monde dans un véhicule conduit par Peter, grinça Derek.
— Et moi, je ne peux pas abandonner ma toute nouvelle Ferrari ! insista son oncle avec une moue boudeuse.
— Au final, ça nous arrange ! On va pouvoir vous donner le reste de nos bagages. Même si la planète va nous détester à cause des émanations de gaz à effet de serre que vos deux voitures vont dégager ... fit Isaac.
— Hé ! Ma Ferrari est toute propre ! C'était écrit sur son étiquette, au garage : Véhicule propre !
Derek leva les yeux au ciel, visiblement très exaspéré. Les adolescents se dépêchèrent de charger les coffres des deux loups garous avant que l'alpha n'explose de colère et ne décide de tout annuler. Une fois que tous les bagages eurent trouvé un véhicule, le groupe put enfin prendre la route, Peter en tête.
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Il était sept heures huit. D'un commun accord, le groupe avait décidé de partir tôt pour ne pas arriver trop tard au Complexe du Paradis. Celui-ci ouvrait les grilles de son parking à dix heures. Etant donné qu'ils avaient trois heures de route, ils n'étaient donc pas en retard sur leurs prévisions.
Peter remonta la fenêtre de sa Ferrari qu'il avait entrouverte. Si la veille, l'air de la nuit lui balayant les cheveux lui avait plu, il faisait trop froid ce matin pour réitérer l'expérience. Il sourit, fier d'être celui qui ouvrait le cortège de leurs voitures.
Derek avait tout d'abord refusé qu'il soit celui qui soit en tête. Peter avait protesté qu'il avait étudié l'itinéraire toute la nuit et avait même promis de respecter à la lettre le code de la route.
L'alpha avait cherché un argument pour le reléguer tout au bout de la file mais avant qu'il ne puisse le trouver, son oncle s'était installé au volant de son véhicule et avait démarré.
Peter caressa son volant et jeta un coup d'œil dans son rétroviseur. S'il avait su que son neveu lui offrirait une Ferrari pour se faire pardonner de l'avoir tué, il se serait arrangé pour mourir bien avant !
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Derek avait son air le plus maussade sur le visage. Non seulement il avait le pressentiment que tout ce séjour allait mal tourner depuis le début, mais en plus, son oncle prenait un malin plaisir à se payer sa tête aussi souvent que possible.
La veille, Peter avait été pris d'une lubie soudaine d'acheter une voiture. Il avait supplié Derek de lui prêter de l'argent pour qu'il puisse s'acheter un véhicule, arguant que de cette façon, son neveu n'aurait plus à s'occuper de ses déplacements. L'alpha avait tout d'abord refusé de lui laisser sa carte bancaire. Puis, pour que son oncle arrête de le saouler avec cette affaire, il avait cédé.
Il pensait que Peter choisirait une petite voiture confortable et classe, sûrement neuve, mais au prix raisonnable. Il n'avait pas pensé un seul instant qu'il reviendrait, tout sourire, avec une Ferrari.
Derek s'était aussitôt mis en colère mais le bêta avait répliqué que si son neveu avait les moyens de rouler en Camaro, il pouvait bien lui payer une Ferrari. Peter avait même eu le culot de lui asséner qu'il pouvait bien faire ça pour se faire pardonner de l'avoir assassiné.
L'alpha se retint de donner un coup de poing dans son tableau de bord. N'y avait-il que lui de censé dans cette meute ? Si ses bêtas étaient assez jeunes, il espérait au moins pouvoir compter sur son oncle pour l'épauler dans la direction de la meute.
Mais Peter se conduisait souvent, voire toujours, comme un gamin insouciant, soutenant sans sourciller les adolescents sur n'importe quel sujet. Comme par exemple, leur séjour dans le Complexe du Paradis.
Derek était persuadé qu'il le faisait juste pour le punir de lui avoir volé son titre d'alpha. Et plus largement, pour l'emmerder.
En tout cas, le loup garou était sûr d'une chose. Ce séjour ne serait pas de tout repos pour lui.
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Stiles bailla longuement, ouvrant sa mâchoire aussi grand que possible.
— Ca va aller la route, Stiles ? s'inquiéta Matt, assis sur le siège passager avant.
L'adolescent aux cheveux courts hocha la tête avant de refermer sa bouche. Il suivait la voiture de Derek, qui suivait lui-même celle de Peter. L'alpha avait sévèrement ordonné à son oncle de ne pas rouler trop vite. Le bêta avait posé une main sur sa poitrine, ouvrant des yeux trop grands pour être innocent, feignant d'être vexé par les accusations de son neveu.
Quoiqu'il en soit, Peter était peut-être un fou furieux sur la route en temps normal, mais il fallait avouer que cette fois, il respectait impeccablement le code de la route. La jeep de Stiles, pourtant anormalement chargée, n'avait aucun mal à suivre le rythme.
Le garçon finit par grimacer. Le silence qui régnait dans la voiture le stressait. Il avait avec lui les trois garçons les plus timides de la bande et décida de détendre l'atmosphère, pour les mettre en confiance.
— Désolé, les gars, mon autoradio a rendu l'âme la semaine dernière. Vous allez être obligés de discuter avec moi pour me maintenir éveillé.
L'adolescent savait qu'il ne s'endormirait pas au volant, trop excité d'atteindre le complexe, mais il n'avait pas envie de passer trois heures dans une ambiance de mort.
— Merci de nous avoir invité, finit par déclarer Isaac.
— Oui, merci beaucoup ! renchérit Danny.
Matt adressa un sourire au conducteur qui fronça les sourcils.
— Remerciez-moi encore une fois et j'envoie cette jeep contre le premier arbre !
— Quand même ... Tous les trois, on ne fait pas partie de tes amis proches, fit remarquer le photographe.
— Tu plaisantes ? Nous deux, pas proches ? Qu'est-ce que je t'ai déjà dit à propos de nos longues discussions sur le banc de touche ? le réprimanda faussement Stiles. En plus, t'es un super photographe. Enfin, je suppose. Vu l'appareil que tu possèdes. Enfin, tu dois être capable de nous permettre d'immortaliser comme il se doit notre séjour !
Matt baissa les yeux en riant, gêné.
— Quant à toi, Isaac, tu es un bon copain de Scott et ses amis sont mes amis ! poursuivit l'adolescent aux cheveux courts. C'était donc logique que je t'invite ! Et puis, Danny ... Tout le monde t'aime ! Imagine si je ne t'avais pas invité ... Ma popularité aurait baissé en chute libre !
Stiles rétrograda en arrivant devant un panneau « Stop ».
— Et puis, je vous signale que si je ne vous avais pas invité, j'aurais été le seul célibataire !
— Tu oublies Peter et Derek, signala Isaac. A ma connaissance, ils n'ont personne dans leur vie.
— Certes, grimaça le conducteur. Mais tu imagines faire une soirée entre célibataires avec eux ? Sérieusement ?
Les trois passagers éclatèrent de rire.
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Allison s'arrêta derrière la jeep Stiles, qui attendait que la voie soit libre avant de franchir le carrefour. L'ambiance avait tout de suite était détendue dans cette voiture. A l'arrière, Erica s'était lovée contre Boyd, qui lui caressait doucement les cheveux. Scott avait entrelacés ses doigts avec ceux d'Allison, lui lançant fréquemment des regards éperdument amoureux.
Quand ils avaient quitté le parking du lycée, Erica avait demandé à la jeune fille si ça ne l'inquiétait pas d'être en compagnie de trois loups garous. La jeune Argent avait répondu d'un ton très sérieux qu'elle cachait dans sa boîte de gants de quoi mater une meute entière avant d'éclater de rire devant les regards interloqués de ces passagers.
Les quatre adolescents discutaient gaiement entre eux de tout et de rien, bénissant dès qu'ils le pouvaient Stiles de leur avoir offert l'opportunité de passer des vacances comme jamais ils n'en avaient vécues.
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Jackson serrait les dents, le regard fixé sur la plaque d'immatriculation de la voiture d'Allison. Ce n'était pas le fait d'être le dernier de la file qui le faisait enrager. Il se fichait pas mal d'être derrière, tant que ceux devant lui avançaient bien.
Non, ce qui énervait le jeune blond, c'était sa copine qui lui citait pour la énième fois toutes les qualités de l'hôtel qui allait les accueillir pour un mois. Il n'avait trop rien dit jusque-là mais il ne s'imaginait pas passer trois heures avec en fond sonore la voix de Lydia babillant sur le Complexe du Paradis.
Franchement, les dirigeants n'auraient pas pu choisir un autre nom ? On se serait cru dans un livre romantique de mauvais goût !
Lorsque la jeune rousse entama la description des menus du mois de juin, Jackson craqua.
— Tais-toi, Lydia ! s'écria-t-il. Tais-toi. Tout de suite. Ou alors, je te jette sur le bord de la route.
Sa copine le fixa un instant, surprise, puis tourna la tête, fixant le paysage qui défilait par la vitre passager, le menton posé dans le creux de sa main, boudant ostensiblement.
Jackson soupira d'un air énervé, laissa s'écoula quelques secondes, puis grommela :
— Je m'excuse.
Lydia lui adressa un sourire victorieux. Elle ouvrit la bouche pour reprendre sa description là où elle l'avait arrêtée quand son petit ami la coupa de nouveau :
— Tu peux dire tout ce que tu veux mais arrête de parler de ce foutu complexe ! Je n'y ai pas encore mis les pieds que je le connais déjà par cœur. On va y passer un mois, j'aurais le temps de découvrir n'importe lequel de ces recoins, tu ne crois pas ?
La jeune fille fit semblant d'hésiter puis posa sa tête sur l'épaule de son copain.
— Tu te rappelles notre premier rendez-vous ?
Jackson soupira. Le deuxième sujet de conversation qu'il détestait le plus.
L'adolescent se demanda un instant si la description du complexe n'était pas un meilleur choix.
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Peter s'arrêta devant les hautes grilles du complexe. Il était tout juste dix heures douze. Un vigile s'approcha de sa voiture et le loup garou baissa sa vitre.
— Bonjour ! Je suis un des gagnants du concours « Girly & Fashion », annonça-t-il en tendant son billet.
Le vigile se pencha pour être à sa hauteur et lui adressa un sourire bienveillant.
— Vous êtes un petit chanceux. Ma fille avait participé au concours, elle aussi. Pour la consoler, je lui ai promis de lui faire visiter, un jour où je ne serais pas de service.
L'homme sortir une télécommande de sa poche et appuya sur un bouton. Les grands battants de la grille s'ouvrirent. Peter s'engagea dans l'allée et la remonta jusqu'à un parking couvert, qui ressemblait à une serre avec ses murs et son toit de verre. Il se gara et sortit admirer la vue pendant que les autres le rejoignaient au fur et à mesure.
Un parc immense, à la pelouse bien entretenue, s'étendait à perte de vue. Des parterres de fleurs impeccablement entretenus longeaient les allées au goudron lisse. Un massif était particulièrement ouvragé. Les glaïeuls, les bégonias, les lys et les pensées qui le composaient étaient arrangés de façon à ce que les mots « Le Complexe du Paradis vous souhaite la bienvenue » se découpent nettement.
Non loin du parking, un petit bois offrait une touche bucolique au paysage. Des hêtres, des bouleaux, des charmes, des frênes et des cèdres étendaient leurs branches au-dessus de sentiers pédestres. Peter sourit en pensant que cette forêt était tout à fait artificielle et ne poussait ici que pour répondre aux envies de la clientèle du complexe.
Alors que Jackson garait enfin sa voiture, le propriétaire de la Ferrari détailla le palace qui dressait ses hauts murs d'un blanc pur devant lui.
L'hôtel s'élevait sur deux étages et de grandes portes fenêtres en ogive donnant sur des balcons habillaient la façade. Un perron d'une dizaine de marches permettait d'accéder à l'entrée. Peter nota même une rampe sur le côté, mis à disposition des handicapés.
Le loup garou rit sous cape. Le complexe ressemblait en effet davantage à une maison de retraite pour vieux croulants riches qu'à une auberge de jeunesse ou une chambre d'hôte.
A cinq cent mètres, sur la gauche du bâtiment, on voyait se découpait un long bâtiment au toit plat, aussi immaculé que le palace. Peter supposa qu'il s'agissait du gymnase et que le terrain de golf devait se trouver de ce côté-ci. Il avait toujours rêvé de s'essayer au golf.
— Peter ! Viens nous aider à décharger les voitures au lieu de bailler aux corneilles ! cria soudain Derek, arrachant son oncle de sa contemplation.
— C'est demandé si aimablement, comment pourrais-je refuser ? marmonna le loup garou entre ses dents.
Chacun aida à sortir les bagages, à part Lydia, qui réussit à faire parfaitement illusion en donnant des ordres à tout le monde et en soulevant de temps en temps un sac au hasard. Matt avait dégainé son appareil photo et entre deux valises, il s'amusait à photographier ses amis luttant avec les sacs. Il avait désactivé son flash car Isaac avait prétendu avoir des problèmes oculaires. En mentant, le jeune loup garou évitait que toutes les photos sur lesquelles apparaîtrait la meute ne soient gâchées par leurs yeux qui réverbéraient la lumière.
Alors que Danny venait d'émettre l'hypothèse que plusieurs voyages ne seraient pas du luxe pour amener leurs bagages jusqu'à leurs chambres, trois grooms descendirent le perron et se dirigèrent vers le groupe, le dos bien droit.
Chaque chasseur hôtelier était vêtu d'une veste blanche, pourvue de boutons d'argent, d'un pantalon écru, de chaussures grises brillantes et d'un petit chapeau blanc, orné d'un gros bouton argenté. Ils tiraient derrière eux des porte-bagages à roulette.
— Bienvenue au Complexe du Paradis ! salua l'un des grooms. Nous vous souhaitons un agréable séjour parmi nous. Laissez-nous vous aider avec vos bagages.
Derek, qui n'aimait pas qu'on touche à ses affaires, aida les hommes à charger les sacs sur les porte-bagages tandis que les autres se reposaient sans remord. Lydia, Allison et Erica prenaient la pose devant l'objectif de Matt.
— Et si on faisait une photo de groupe ? proposa soudain Stiles. Sinon, tu ne seras jamais sur les photos, Matt.
Le jeune garçon hocha la tête et tout le groupe prit place pendant qu'il allait régler son appareil et expliquait à l'un des grooms comment prendre la photo.
Peter tira Derek à côté de lui tandis qu'Isaac lui passait un bras dans le dos. Boyd prit place à côté de lui et Erica se glissa devant les deux garçons. Lydia voulait absolument être entre la jeune blonde et Allison, ce qui obligea Jackson à s'installer à la gauche du grand noir. Danny passa un bras autour du cou de son meilleur ami tandis que Scott se plaçait à ses côtés, Stiles s'appuyant sur son épaule.
Matt finit par laisser son appareil photo au groom et courut se mettre à côté d'Allison, qui lui passa son bras gauche dans le dos pour qu'il se rapproche d'elle. Le chasseur hôtelier prit plusieurs photos que le groupe voulut visionner aussitôt. A chaque fois, des commentaires fusaient de toute part, chacun cherchant les défauts visibles.
Enfin, Matt rangea son appareil photo dans sa pochette et ils purent suivre les grooms jusqu'au hall d'accueil.
