Salutations ! Me revoilà en votre charmante compagnie pour un nouveau chapitre de NOX ! Le format cette fois-ci se rapproche plus des précédents chapitres, et quelques bouts d'intrigues se mettent doucement en place, comme vous le constaterez peut-être. Un peu de angst, encore, et l'établissement maladroit d'une forme de chronologie dans l'histoire.

Concernant mon petit challenge du dernier chapitre, et bien mes félicitations à celles et ceux qui ont trouvé quelques références, mais on n'est qu'à 2/3 au maximum… Petite aide pour les courageux : on a What the Cut ?! et Naheulbeuk, effectivement, mais aussi SLG (j'admets qu'elle est plus chaude, mais trouvable si vous connaissez les paroles des parodies de Mathieu…). Et Hero Corp, en bonus.

Encore un chapitre après celui-ci, un peu court je vous préviens de suite, avant de passer à des choses plus…sensuelles. Aussi le rating montera d'un cran, bien qu'on soit très loin du lemon ou du lime, je préfère ne pas prendre de risque )

Allez, enjoy !


Mindless/Préparatifs


L'eau était tiède, presque froide, même : Gauvain s'était pourtant assuré de sa chaleur, la testant du bout des doigts avant de s'allonger, deux heures auparavant, dans la baignoire de la salle de bain privée du Seigneur Bohort.

Il n'y avait que trois salles de bain au sens exact du terme dans Kaamelott : celle du Roi, celle de Bohort et la salle de bain dite « commune », mais qui, à la triste vérité, ne servait qu'à un pourcentage moyen de femmes et à quelques hommes. En Orcanie comme ailleurs, les ablutions quotidiennes n'étaient pas dans les mœurs, mais au contraire de beaucoup, Gauvain avait accueilli les directives sanitaires royales avec délectation. Se laver était un véritable plaisir, et il passait volontiers des heures à se prélasser dans un baquet d'eau chaude. Malheureusement, le Roi occupait la salle communale –ayant comme à son habitude laissé la sienne à ses maitresses indisposées-, et il s'était donc vu obligé d'aller frapper chez son mentor.

Avant, peut-être aurait-il culpabilisé à l'idée d'occuper ainsi les appartements du chevalier de Gaunes mais depuis son installation à la cour du roi Arthur, et sa subséquente et officieuse « adoption » par les deux nobles, il s'était vu confié l'honorable responsabilité des clefs des appartements du premier, avec la permission à long terme d'utiliser la pièce à eau quand il le souhaitait.

Permission qui s'était, avec les années, étendue à Yvain également, et Gauvain sentit un sourire naitre sur ses lèvres en se souvenant des bains qu'adolescents, ils avaient quelquefois pris côte à-

NON, il ne devait pas penser à Yvain !

Raaah, il se l'était promis, pourtant ! Sous aucun prétexte il ne devait laisser son esprit dériver vers l'autre jeune homme, et surtout pas vers le jeune homme nu et souriant, les gouttes d'eau glissant sur sa peau d'albâtre et-

L'Orcanien secoua la tête, tentant de dissiper la vision enchanteresse qui avait traitreusement assailli ses pensées. Depuis sa discussion délirante et fichtrement gênante avec son oncle, près d'une semaine plus tôt, il ne cessait désormais plus de rêvasser à son partenaire et ami. Plus que d'habitude, en tout cas. Et ses pensées, pire, ses rêves, autrefois presque chastes et presque purs, devenaient à présent de plus en plus osés, s'attardant sur des détails qu'il osait à peine imaginer auparavant, comme la nudité ou le parfum musqué du prince de Carmélide…

Inspirant profondément, le jeune homme immergea lentement sa tête dans l'eau, laissant le liquide étouffer les sons et le monde extérieur.

Il ne devait plus penser.

Plus du tout.

Mieux valait se focaliser sur d'autres sujets, comme l'impromptue mission qu'avait sollicité son roi, probablement diplomatique au vu de son injonction de se faire propre pour le lendemain –curieux d'ailleurs que certains chefs de clans tiennent absolument à voir la famille du souverain, alors que celui-ci avait assez de charisme pour toute une lignée-. Ou sur le départ imminent de son autre figure paternelle pour sa terre natale, voyage semestriel qui semblait loin de le combler. Cela aussi était étrange, d'une certaine manière le créatif chevalier lui avait souvent parlé de ses nombreux enfants et de sa femme, à laquelle il semblait vouer un profond respect. Pourtant la perspective d'aller les retrouver ne semblait guère l'enchanter…


Inspirer, expirer.

Retenir le soupir qui menaçait de s'échapper.

Continuer de plier consciencieusement le linge qu'il embarquait dans son périple, tout ça pour retrouver une terre sur laquelle il n'avait aucune attache, et une famille qui se portait aussi bien sans lui.

Oh, ne vous méprenez pas : Bohort adorait Berlewen, cette femme douce et ouverte qui ne demandait qu'une bibliothèque et un sol solide sous ses pieds pour être satisfaite, et son affection pour Boadicée, Bilbo, Balin, Briséis, Bofur et Brumhilde était si profonde qu'il sentait parfois son sang chanter sous le manque filial.

Mais l'amour pour ses proches ne pesait pas lourd dans la balance comparé à ce qui l'attendait là-bas enfin, juste assez pour qu'il se sentît obligé de revenir.

Oh, que ne souhaitait-il pas déménager tant son fief que sa proche famille ! Si l'Andalousie ou Rome étaient trop loin pour que son amie et épouse ne fisse le voyage, la forteresse de Kaamelott saurait sans doute les accueillir, comme elle le faisait pour Karadoc et Mevanwi, ou Séli et Léodagan.

Ah, Léodagan. Mieux valait ne pas y penser. Le souvenir de leur baiser était encore chaud sur les lèvres du trentenaire, et un courant électrique semblait circuler dans chaque millimètre carré de peau qui s'était vu pressé contre le roi de Carmélide lors de leur échange nocturne…

Malgré lui, le chevalier lâcha un soupir à s'en fendre l'âme. Il aurait dû, songea-t-il avec dérision, laisser l'honnêteté de côté pour une fois celle-ci faisait trop mal. A lui, bien évidemment, toujours à lui : ce n'était pas comme s'il avait la prétention de blesser Léodagan le Sanguinaire, brute virile qui préférait demeurer dans la brume de l'alcool plutôt que de se confronter à une réalité potentiellement troublante !

Fronçant les sourcils devant ce débordement mental qui n'était pas dans ses habitudes, Bohort secoua la tête, reportant son attention sur le gambison molletonné qu'il pliait consciencieusement. Le calme était une vertu qu'il s'affairait à cultiver, et il ne serait pas de bon ton de le perdre maintenant : Dieu seul savait qu'il en aurait besoin dans les prochains jours.


Vénec passait vraiment une excellente soirée.

Il y avait eu foule au bordel aujourd'hui, et le Tavernier, n'ayant évidemment pas su s'extirper de l'arnaque qu'il avait minutieusement préparée, n'avait récolté que dix pourcents du montant engrangé. De plus, l'assyrien avait su s'attirer les faveurs d'une jolie paysanne blonde –la fille du péquenot en chef, Guethenoc-, et il avait pu profiter des… atours délicieux de la donzelle.

Ce fut donc avec un sourire brillant de satisfaction qu'il vit entrer dans sa baraque, une roulotte gitane aménagée, la familière silhouette encapuchonnée du roi de Bretagne.

_Ah, sire ! Installez-vous !

_Moins fort ! grommela celui-ci, fermant la porte avec précaution avant d'abaisser son capuchon, ses yeux sombres scrutant la pièce.

L'arnaqueur eut un sourire réjoui devant la paranoïa poussée de l'arrivant. Les demandes du roi, surtout celles nécessitant des cachoteries, étaient toujours distrayantes… et lucratives.

_Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? s'enquit Vénec en invitant d'un geste son invité à s'assoir.

Arthur obtempéra gracieusement, s'accordant le temps de détailler la pièce.

Teintures d'orient, fourrures d'ours, coffres d'épices, et, chose étrange, une pleine caisse de citrons romain qui rappela immédiatement au souverain son veux compère Vérinus.

Vénec, malgré son statut d'escroc et de bandit, était un homme de goût, qui avait su conserver une certaine finesse malgré le bourrinisme ambiant. Et une certaine classe, un charme exotique qui, il fallait l'avouer, avait déjà joué dans la mansuétude dont le roi faisait preuve à son égard. Il était donc le mieux placé pour répondre à la demande… particulière de celui-ci.

_Tout d'abord, qu'on soit bien clairs : si ce dont on va discuter sort d'ici, les galères vont vous sembler un voyage d'agrément comparé à ce que je vais vous faire subir.

OK, le Pendragon était là pour du sérieux… Encore plus de thune dans la balance !

_Je serai muet comme une tombe, promit le proxénète en se retenant avec peine de frétiller. Alors, qu'est-ce qui vous amène ? J'ai de nouvelles vierges de fer, des gladiateurs grecs, un nouvel architecte maya hyper classe, de-..

_Vous vous souvenez de mon neveu Gauvain ?

_Heu…

Quelque peu décontenancé, le flibustier fouilla dans sa mémoire, conjurant l'image d'un grand échalas à l'air perdu, tanguant avec le bateau et balbutiant des prières sans suite.

_Aah, un des deux pignoufs que vous m'aviez confié au port ! J'vous préviens direct, même pour un sacré paquet de fric, je les reprends pas à bord…

_Vous inquiétez pas pour ça, je les ai confiés à Seigneur Bohort. informa le souverain en secouant la tête, se souvenant avec exaspération des débuts peu faramineux des deux chevaliers.

_BOHORT ? s'étouffa Vénec, incrédule. Pour en faire des chevaliers ?

_Non, j'vous avouerai qu'on a un peu abandonné l'idée.

_Ouais, ça vaut mieux…

Le brigand s'accorda un léger sourire en songeant à l'enseignement du chevalier pleutre et indigné. Il l'aimait bien, hein, mais il avait quelques doutes sur la capacité du prince de Gaunes à endurcir des jeunes chevaliers.

_Bref, votre neveu, donc ? Si c'est pour le vendre, ça tombe bien, j'ai des sacrés prix en moment à-…

_Non, merci, je vais éviter. grinça Arthur.

Pas qu'il n'y avait jamais pensé, à vrai dire.

_Dommage. Bon, alors, quoi ?

Le souverain resta un instant silencieux, semblant peser ses mots,

_Votre maison de passe, là… questionna-t-il finalement. Elle est toujours ouverte ?

_Heu… Ouais, répondit le brigand interloqué. Si c'est pour l'y faire bosser, je ne crois pas que-..

_C'est justement ça le problème. Il est…disons inexpérimenté.

Le visage de Vénec s'éclaira de compréhension.

_Aah… J'ai pas mal de gonzesses disponibles en ce moment. Les copines du Seigneur Perceval, ça vous irait ?

_Pas vraiment, non.

Vénec haussa un sourcil devant le ton cassant qu'avait soudain pris le roi, mais décida de ne pas creuser le sujet. Business first, après tout.

_Une nana expérimentée, alors ? J'ai une petite mozambienne, carrément douée, garantie sans saloperie !

_C'est…Disons pas exactement ce que je recherche. répondit le fils Pendragon, fixant le proxénète droit dans les yeux.

_J'vais pas lui refiler de la pucelle, quand même… réfléchit le proxénète à haute voix, quelque peu troublé par les prunelles sombres de son souverain.

Puis, enfin, il tilta.

_Ah, il vous faut du bonhomme, c'est ça ?

_Voilà.

_Quel genre ? Non parce qu'en ce moment j'ai surtout de l'asiat ', notamment un contorsionniste Hun, c'est une tuerie !

Arthur cligna des yeux, un instant décontenancé. Dans l'état actuel des choses, il pouvait facilement dire que son neveu aimait les grands bruns colériques et écervelés mais était-ce vraiment une bonne idée ? Il souhaitait après-tout que le jeune homme découvre la vie, et non qu'il s'enferme dans un amour à sens unique. Comme dirait Perceval, ce genre de truc n'était pas bien bon quand ce n'était pas réciproque. Ah… Perceval. Une autre paire de manches, celui-ci…

_Il lui faudrait… Un mec dans les trente-trente-cinq, brun de préférence, expérimenté évidemment, musclé et bien foutu, hein, mais pas une brute non plus. Pas un type trop Breton, parce qu'il serait capable de faire un cas de conscience, et puis… S'il pouvait être typé latin ça ne serait pas mal non plus… finit le souverain avec un sourire en coin.

Après tout, ils étaient de la même famille, ils devaient avoir aux moins quelques petites choses en commun, non ?

Vénec demeura un instant silencieux, pesant le pour et le contre de la décision qui s'était immédiatement imposée à lui en entendant la description du candidat parfait. Enfin un sourire de requin naquit sur ses lèvres, et il se rapprocha de son roi avec un sourire conspirateur.

_Je crois que j'ai qui il vous faut…


Bohort a six enfants, d'après ses dires. Chaque prénom a une petite signification, ici, bien que sans rapport à l'histoire elle-même.

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