Assis dans l'herbe, à l'ombre d'un arbre, j'observais le ciel bleu. C'était une belle journée. Il faisait chaud, le bruit des cigales me berçaient et il n'y avait aucune trace de nuages à l'horizon. Hannibal nettoyait la maison de fond en comble et il avait jugé que je ne pouvais pas l'aider je ne me plaignais pas, je me sentais un peu mis à l'écart tout de même. J'étais donc parti m'isoler dans la nature avec un livre et un verre de whisky.

J'étais sur le point de m'endormir quand j'attendis quelque chose bouger. Je me redressais, scrutais autour de moi. Avant d'avoir pu réagir, une masse de poils me sauta dessus. Du gris, du blanc, du noir, des yeux bleus et quelques coups de langues. Je laissais sortir une exclamation de joie en caressant le chien qui semblait aussi heureux de me voir que je l'étais. Je le repoussais un peu pour l'admirer, grattais derrière son oreille pour qu'il reste calme. Il s'assit sagement en haletant et en remuant la queue joyeusement. Cela faisait si longtemps que je n'avais pas vu de chien.

« Alors, qu'est-ce que tu fais là, toi ? »

C'était un Border Collie bleu merle - ou une race proche. Un mâle. Il avait l'air en bonne santé. Je cherchais au niveau de son cou où mes doigts effleurèrent un collier, mais rien n'était marqué dessus. Il devait appartenir à notre voisin le berger, mais je ne l'avais jamais vu auparavant.

Je me levais et me tapotais la jambe pour qu'il me suive.

« Allez, viens, on va voir Hannibal. »

Je trouvais ce dernier en train de nettoyer les vitres. Je l'observais quelques minutes sans rien dire. Il était en short de sport et portait des gants jaunes, devant notre petite maison en pierres, aux volets en bois et toute cette verdure, et les fleurs qu'il avait planté. Des roses rouges. Parfois, il en sacrifiait une pour me l'offrir. Je souriais à cette pensée.

Le chien ne pu rester sage plus longtemps et se précipita sur lui. Il reçu quelques caresses et Hannibal se tourna dans ma direction.

« Tu t'es fait un nouvel ami, Will ? » demanda-t-il en enlevant ses gants et s'avançant vers moi.

« C'est le chien du berger, je vais le ramener chez lui. » lui informais-je en enlevant la poussière qui s'était logée sur son t-shirt.

« Je viens avec toi, je mérite bien une pause. »

Je rentrais dans la maison très rapidement pour poser mon verre et lui amener une bouteille d'eau fraîche, ses biscuits préférés et une portion du plat de midi pour le chien. Hannibal me remercia d'un baiser le chien me mordilla doucement la main.

La boule de poil gambadait autour de nous sur le chemin menant jusqu'à la maison du berger. Cette fois-ci, il avait placé les moutons dans un des champs les plus près de la rivière, je pouvais les apercevoir au loin.

Hannibal lâcha ma main quand nous arrivâmes à destination. A ma grande surprise, une jeune fille lisait un livre, installée par terre dans l'herbe, exactement comme moi. Elle remarqua immédiatement notre présence et se redressa, l'air intrigué.

Hannibal et elle entamèrent une discussion que je ne compris pas – je finirais pas apprendre le français un jour. Elle posa son livre avant que le chien se jettent sur elle.

« Il s'appelle Beau. Et elle s'appelle Claire. » m'indiqua Hannibal.

Mais je ne répondis pas. Claire avait les cheveux sombres, les yeux bleus, et devait avoir le même âge qu'Abigail aurait du avoir maintenant, un peu plus de 20 ans. Hannibal ajouta quelque chose en français et ils rirent ensemble.

Elle tapota le sol à côté d'elle pour nous inviter à nous asseoir – ce je fis avec plaisir, et Hannibal semblait tout aussi joyeux que moi. Cela faisait bien trop longtemps que je n'avais rencontré personne, humain ou chien, et cette jeune femme me rappelait les bons moments passés avec Abigail. Ma fille. La fille que j'avais gagné, et ensuite perdu. Ma gorge se serra à une pensée, celle que mon enfant n'existait plus que dans nos palais de mémoire, à moi et à Hannibal. Je balayais cet idée de ma tête pour me concentrer sur le présent.

Nous fîmes connaissance tant bien que mal – Hannibal faisait office d'interprète pour nous deux, et elle parlait quelques mots d'anglais.

Elle habitait ici, dans la maison du berger, depuis peu. Depuis un peu moins de temps que nous, à vrai dire. Le berger était son fiancé, elle ne put retenir le petit sourire fier des gens amoureux quand elle nous l'avoua. J'ai souris avec elle, attendri.

Au bout d'une heure – ou deux, le temps passait si vite -, quelque chose arriva. Le chien s'agita et la robe blanche à fleurs de Claire se souleva, laissant apercevoir un hématome sur sa cuisse gauche. Elle remit le tissu en place et je croisais son regard paniqué.

Je n'eus pas à réfléchir plus de deux secondes pour comprendre que le berger l'a battait, et je m'apprêtais à lui proposer toute l'aide que je pouvais lui offrir. Un coup d'œil à Hannibal et je su qu'il ressentait la même envie que moi. C'est à ce moment là qu'un nouveau chien apparu – un Border Collie aussi, mais rouge et blanc cette fois-là – suivi du berger en question. Je me levais brutalement, une colère soudaine m'envahissant sans prévenir. Une main se posa sur mon épaule – Hannibal.

A ma grande surprise, le berger se mit immédiatement à crier en s'apercevant de notre présence – sans que je puisse comprendre un mot – et le visage d'Hannibal changea de manière presque imperceptible, mais je devinai que l'homme était malpoli, très malpoli. Il prit une grande inspiration.

« Will, nous devons y aller, nous ne sommes pas les bienvenus ici. » dit-il simplement sur un ton courtois.

« Très bien. »

Je ne pouvais qu'imaginer les raisons pour lesquelles l'homme était énervé, et j'avais quelques idées – la possessivité, le désir malsain de vouloir garder sa femme exclusivement pour lui. Je lançais un dernier regard à Claire, un signe de tête, en espérant qu'elle comprenne que je reviendrais, que je ne l'abandonnerais pas. Elle semblait terrifié, et je sentais un étrange sentiment naître en moi.

« Will » commença Hannibal quand nous fûmes assez éloignés « quelque chose doit être fait à propos de ça. »

« Je sais. » affirmais-je « Il devra répondre de ses actes. »

Ce sentiment m'était familier.

A ce moment précis, si mon ami me l'avait proposé, je serais revenu sur mes pas et j'aurais fait du berger notre dîner.