Auteur : Sayuri Nobara
Base : Nightmare x Merry x Vidoll x the GazettE
Pairing : Sakito x Gara ; Sakito x Ni-Ya ; Hitsugi x Nori ; Tero x Uruha
Genre : AU / Adolescence / Amitié / Romance / Yaoi…
Titre : Dear Close Friends
Chapitre 8 :Nu chemical rhetoric


La simple note glissée dans son casier avait été très claire. A onze heures, il devait être devant le game center de la ville, là où déjà pas mal de jeunes à cette heure avancée de la matinée s'affairaient à faire chauffer les divers jeux mis à leur disposition dans l'enceinte de loisirs. Il remonta son écharpe contre sa bouche, soufflant pour se donner l'impression de se réchauffer sommairement, et jeta de discrets coups d'œil autour de lui. L'air était plutôt frais malgré la saison ; le temps pluvieux de la veille avait laissé dans l'air les stigmates de son passage. Des nuages gris glissaient encore paresseusement deci delà, mais le soleil parvenait néanmoins à percer. Ses épaules l'adossant au mur, il lâcha un soupir triste et consulta rapidement son portable. Aucun message de sa part. Que faisait-il à cet instant, alors que lui avait rendez-vous dans une rue animée et fréquentée, mais qui malgré tout, accentuait son douloureux sentiment de solitude ? Il baissa les yeux au sol, agitant les jambes pour chasser les fourmillements qui commençaient à les engourdir.Qu'est-ce qu'elle fait ? Il se renfrogna, peu enclin à présent à continuer d'attendre cette fille qui ne se montrait pas. Elle se fout du monde… Serrant la mâchoire, il enfonça les mains dans ses poches et s'apprêta à reprendre le chemin inverse lorsqu'elle se dressa devant lui, les joues rouges et le souffle court. Elle ramena ses cheveux en désordres d'une main tremblante des suites de sa course et s'excusa en haletant.

- Je suis désolée, je suis en retard… J'ai eu un léger contretemps…

- Ouais, lâcha-t-il en ne pouvant, bien malgré lui, retenir un coup d'œil méprisant à sa veste mal enfilée. Viens voir, tu vas nous faire remarquer à t'attifer comme ça…

Il attrapa son col pour la tirer vers lui sans brusquerie et arrangea ses vêtements alors qu'elle le regardait avec des yeux surpris. Il voulut lisser sa jupe mais elle sursauta et sa main se perdit dans un endroit mal approprié. Il s'empressa de la retirer et recula, mal à l'aise.

- C'est ta faute, t'as bougé !

Elle hocha la tête, tirant elle-même sur le tissu, un trouble visible animant ses traits.

- Hum… Bien euh… Tu voulais me voir pour quoi ? reprit Ni-Ya en évitant de la regarder.

- Euh… En fait je voulais qu'on parle un peu de… De Nori, d'Hitsugi, de Sakito… De tout ça quoi…

- Viens, on va à l'intérieur.

Il lui tint la porte alors qu'elle passait devant, captant le regard qu'elle lui coulait avec incompréhension. Mais il se garda bien de faire de remarques et se laissa entraîna vers les pinces à peluches. Aussitôt, l'adolescente sortit une pièce et l'inséra dans la fente en affichant un air réjouit.

- Tu comptes essayer d'en attraper une ?

- Pourquoi pas ?

- On devait pas parler ?

- Réfléchis : si quelqu'un nous croise, tu crois qu'il trouvera pas ça plus louche de nous voir attablés et lancés dans une conversation passionnante alors que nous n'avons à prioris rien à faire ensemble plutôt que de nous voir dans un game center à justement passer notre temps à dépenser tout notre argent ?

- Mmh… C'est vrai. Pas bête…

Elle se tourna brusquement vers lui, un grand sourire aux lèvres.

- C'est vrai ? Tu trouves que c'est ingénieux ?

- Euh… Oui…

- Tu sais, toi et moi on se ressemble beaucoup plus que tu ne le penses, fit-elle en se concentrant sur sa pince.

- En quoi donc ? répondit le blond, croisant les bras en la regardant faire.

- On aime tout le deux quelqu'un qu'on ne peut pas avoir, on laisse les autres agir sur nos vies sans pouvoir en reprendre le contrôle… En bref, nous sommes des soumis.

- Des soumis… Des faibles et des lâches, c'est ce que tu veux dire ?

Sa voix s'étrangla sur une note de colère, il décroisa les bras comme s'il s'apprêtait à s'en prendre à elle.

- Je n'ai pas dit ça… Je dis juste que nous ne sommes pas capables de nous rebeller contre les forces qui nous dominent…

- C'est faux ! C'est faux, parce que je l'ai fait ! Que crois-tu savoir de moi, hein ?

- Calme-toi ! Ne t'emporte pas contre moi… Je suis de ton côté, je te rappelle… Je dis juste… Que nous devons nous serrer les coudes. Chez moi, nous sommes six, je suis la troisième et c'est moi qui m'occupe de la maison, de mon petit-frère et de ma petite sœur. Le soir, je dois aller les chercher à l'école, puis préparer le dîner avant que mes parents et mes frères aînés ne rentrent. Si quelque chose va de travers, je…

Elle détourna la tête, abandonnant les manettes de sa pince. Un douloureux sentiment semblait lui étreindre la poitrine et Ni-Ya sentit comme un mauvais pressentiment.

- Tu te fais battre, Megumi ?

Elle haussa les épaules, un sourire triste sur les lèvres.

- Non, attends… C'est vraiment ça ? Comment tu fais pour travailler dans ces conditions ?

- J'ai l'habitude. Cela dure depuis des années. C'est vrai que c'est très dur de conjuguer avec le travail personnel à fournir… Mais bientôt, je pourrais enfin mettre fin à tout ça. Je supporte en silence parce que je sais que lorsque j'obtiendrai mon diplôme, je pourrai partir pour Tokyô où j'ai déjà pris contact avec quelqu'un de ma famille qui est prêt à me prendre comme secrétaire dans son entreprise. C'est mon seul but. Mon seul espoir. Alors je m'y accroche.

Elle renifla doucement puis releva vivement la tête.

- Tu n'étais pas absent au lycée pour des raisons quelconques, n'est-ce pas ?

- Oui... Et à ce propos… Je soupçonne Nori de connaître le pourquoi. Je ne sais pas comment elle s'y est prise, mais je sens qu'elle le sait… Et qu'elle me menace à chaque fois de tout dévoiler.

- C'est grave ?...

- Très, acquiesça Ni-Ya avant de laisser passer un silence.

- Tu n'es pas obligé de me le dire…

- Mais tu voudrais, n'est-ce pas ?

- Oui…

Il respira profondément, s'approcha d'elle et posa son front contre la vitre.

- Ma famille m'a fait énormément souffrir… Mon père et mon frère nous ont abandonné… J'en ai voulu à Tero parce que je pensais… Je pensais qu'il l'avait fait dans l'intention de nous faire du mal. J'ai passé trois ans à le haïr… Je suis resté avec ma mère, mais elle a sombré dans l'alcool… Elle a perdu son travail, alors pour subvenir à nos besoins j'ai du… J'ai du…

Il ferma les yeux alors qu'un sanglot sournois s'échappait de sa gorge. Inquiète, Megumi posa sa main sur son épaule et la serra pour lui communiquer son soutien.

- Je me suis prostitué… C'était la seule solution pour survivre… Et un beau jour, Tero débarque… Et je découvre qu'il avait été violé par mon père à plusieurs reprises dans sa jeunesse… D'un coup, tout est devenu très clair…

- C'est pour ça… Je suis désolée, Ni-Ya… En comparaison, moi, ce n'est vraiment pas la mer à boire…

- Ne dis pas ça ! fit-il en se retournant vers elle. Ne nous compare pas… Tu es à plaindre, toi aussi. Et toi, tu as le mérite de vouloir t'en sortir. Je n'avais pas cette volonté là… C'est grâce à Sakito… A Sakito et Hitsugi, qui ont poussé Tero à agir. Sans eux… Sans eux, j'aurai fini par me laisser mourir… Tu es plus forte que moi, Megumi…

Ses grands yeux s'étaient peu à peu remplis de larmes en entendant son discours, et, n'y tenant plus, elle se jeta dans ses bras pour enfouir son visage larmoyant contre son torse. Il la laissa pleurer, se contentant de la serrer contre lui, se consolant lui-même par le biais de cette étreinte.

- Merci de m'avoir fait confiance, chuchota-t-elle après un moment. Je ferai tout ce que je peux pour t'aider… Tout ce que je peux pour arrêter Nori… Je ne veux pas qu'elle vous éloigne les uns des autres… Pas après ce que tu as vécu, et… Votre amitié n'a pas le droit d'être brisée à cause d'une fille comme elle !

Elle tremblait de détermination et de rage, ce qui le fit doucement sourire.

- Je suis content que tu sois mon alliée. Sincèrement. Et… Oh ! Ils sont là !

- Quoi ?

Elle se retourna en suivant la direction de son regard et aperçut le couple dans un coin du game center, se dissimulant à moitié derrière une machine à sous. Ni-Ya la suivit, se tenant juste derrière elle, penchée dans la même attitude d'observation… discrète ? Nori semblait attendre quelque chose d'Hitsugi. Elle lui tenait le bras, lui faisait des yeux de chiens battus pour l'attendrir, et lui semblait refuser quelque chose avec un sourire. Sa tactique pour obtenir ce qu'elle voulait ne marchant pas, elle s'adossa au mur et croisa les bras, détournant la tête en affichant une cruelle attitude boudeuse. Hitsugi s'alarmant aussitôt, cherchant à se faire pardonner. Ses mots n'avaient aucun effet sur le profil fermé de sa petite amie. Alors il se rapprocha d'elle et l'embrassa tendrement dans le cou, mais elle ne réagit pas.

- Qu'est-ce qui lui prend ? demanda Ni-Ya en fronçant les sourcils.

- On va pas tarder à le savoir.

En effet, peu après ces mots, Nori se colla à Hitsugi et l'embrassa outrageusement, lui prenant la main pour la guider entre ses propres cuisses. Megumi lâcha une exclamation de stupeur alors que son compagnon se rembrunissait. J'ai peur de commencer à comprendre où elle veut en venir…Gêné mais excité par l'enthousiasme abrupt de sa petite amie, Hitsugi se contenta de bouger légèrement sa main, mais l'endroit où ils se trouvaient ne se prêtait pas vraiment à ce genre de choses. Aussi s'éloigna-t-il d'elle à contrecœur en s'excusant de la tournure des choses… ce que Nori n'apprécia vraiment pas. Se faire repousser de cette façon en public… Son visage se transforma en un masque effrayant de colère et elle le bouscula ouvertement pour passer, le laissant pantelant et rongé de remords.

Non loin de là, les deux observateurs attentifs de la scène se retournèrent l'un vers l'autre pour se concerter.

- Nori a toujours été si impudique !... Mais là… Je comprends qu'Hitsugi est refusé d'aller plus loin !

- J'ai l'impression… La désagréable impression qu'elle se sert de lui…

- Tu crois ?

- Elle le tourne contre moi, elle l'isole de ses amis… A quoi ça rime ? Où est-ce qu'elle est en train de l'entraîner ?

- Ça irait jusque là ?...

Il hocha gravement la tête, relevant la jeune fille qui s'était affaissée par terre.

- Je ne la fréquente pas vraiment, je ne connais pas son mode de pensée… Mais une chose est sûre, elle a décidé de faire de nous ses marionnettes…

OoO

En s'éveillant, Sakito se sentit beaucoup mieux que la veille ; ses forces semblaient lui être partiellement revenues. Enveloppé dans ses draps, son corps recroquevillé sur lui-même baignait dans la douce tiédeur du sommeil, et les volets entrebâillés laissaient percer les rayons du soleil sur le plancher où ils venaient faire danser de petites paillettes de poussières. Il se laissa le temps d'immerger totalement avant de repousser les couvertures, s'étirant comme un chat avant de se lever. Ses cheveux étaient en batailles, et il bailla à s'en décrocher la mâchoire en titubant jusque la chaise où étaient posés le reste de ses vêtements. Son estomac gronda alors qu'il passait sa chemise froissée que Kanagure avait mise à sécher sur un cintre au dessus du radiateur. Il remonta son col et se passa la main sur le visage, marchant pieds nus sans s'en rendre compte jusqu'à la porte de la chambre, et traversant le couloir menant au grand escalier en jetant un coup d'œil à la porte entrouverte de la chambre de Gara. Visiblement, il n'était pas là. Il descendit calmement les marches, ne cherchant pas à se brusquer, et poussa un couinement lorsque la plante de ses pieds rencontra la surface froide des carreaux au sol.

- Sakito ? C'est toi ?

Kanagure apparut devant lui et s'approcha de lui pour le soutenir.

- Tu aurais du rester au lit ! Je t'aurai apporté à manger !

- Je vais bien, c'est juste que… Je n'ai pas pensé à mettre de chaussettes…

- Ah ! Alors viens par là, la cuisine dispose d'un sol en faux parquet.

Elle le fit entrer à sa suite et Sakito s'avança d'un air un peu hébété dans la pièce, s'apercevant en rougissant que Gara lui souriait. A ce moment là, Kanagure jura soudainement, se plaignant qu'elle n'avait plus l'épice qu'il lui fallait, et elle sortit en pestant, prétextant qu'elle allait voir si par hasard il lui en restait dans la réserve. Lorsqu'elle passa près de Gara, elle lui murmura discrètement qu'elle les laissait seule un instant pour leur laisser le temps de se dire bonjour comme ils le souhaitaient, sa présence étant sûrement gênante autant pour l'adolescent que pour lui. Une fois que la porte se fut refermée sur elle – car elle avait pris soin de prendre cette précaution, Gara reporta son regard sur Sakito, toujours debout. Ses cheveux ébouriffés, sa mine timide, sa chemise mal boutonnées laissant apparaître ses clavicules et le bas de son ventre, son pantalon retombant sur ses pieds nus… L'envie de toucher ce garçon si fragile le démangea si fort qu'il eut du mal à ne pas trahir son agitation. Une main jouant nerveusement avec ses baguettes, il se força à le regarder dans les yeux.

- Tu te sens mieux ?

- Un peu…

- Tu veux t'asseoir avec nous et manger quelque chose ?

- Je… Je veux bien… Mon ventre gargouille…

Effectivement, celui-ci semblait ne pas vouloir se taire, et Sakito s'excusa avec un petit sourire. Je vais craquer… pensa Gara, au comble de l'attendrissement.

- Assis toi près de moi alors… Et…

S'approchant de lui, Sakito avait dépassé le tabouret désigné, et, s'étant appuyé des deux mains sur la table, s'était penché sans détour vers lui pour presser ses lèvres contre les siennes. Les baguettes tremblèrent, puis tombèrent sur la table tandis que Gara glissait les doigts contre la joue encore chaude de l'adolescent. S'écartant peu à peu, le peintre reprit son souffle, le ventre emplit de fourmillements, et se racla la gorge.

- J'adore ta façon de me dire bonjour… Refais-le plus souvent…

Sakito poussa un léger soupir de contentement et se laissa choir sur le tabouret, sa poitrine se soulevant par à coups des battements de son cœur qui s'était accéléré.

- Ah ! s'écria-t-on derrière la porte, plus pour prévenir de l'arrivée qu'autre chose.

- Alors ? Il n'y en a plus ? demanda Gara d'un ton jovial.

- Effectivement, répondit Kanagure en lançant un regard amusé à Sakito. Tiens, te voilà du riz, j'en ai préparé pour un régiment !

- Merci…

Il commença à manger en silence, se sachant ouvertement dévisagé par l'homme à ses côtés, mais n'en parut pas troublé. Une reposante sensation de plénitude envahissait son corps ; il avait osé faire le premier pas sans y avoir été invité, et avait nettement senti chez son homologue le même envoûtement. Il lui tardait plus que de raison de pouvoir s'endormir dans ses bras…

OoO

- Gara ?...

Sakito entra de nouveau dans la cuisine, le bruit caractéristique d'une chasse d'eau résonnant en sourdine plus loin dans son dos.

- Il est monté, fit Kanagure en déposant les bols dans l'évier. Va le rejoindre dans sa chambre, il t'y attend.

Il acquiesça, puis traversa le hall au sol gelé très rapidement, montant l'escalier deux à deux pour pouvoir se retrouver enfin seul avec lui.

- Vous êtes là ?...

- Oui, entre.

Se retrouvant debout dans la chambre à l'odeur caractéristique, Sakito sourit de bonheur en inhalant ces senteurs fortes de peinture se mêlant à celle suave du parfum de l'homme. Gara tourna son fauteuil, l'arrêtant devant lui, et croisa les mains sur ses cuisses.

- Que voudrais-tu qu'on fasse ?

- Qu'on fasse ?...

Il se mit à rougir, baissant les yeux pour ne pas que Gara devine ses pensées déplacées.

- Allons, se mit aussi à rire ce dernier. Ça te plairait qu'on continue le portrait ? Si tu te sens d'attaque, bien entendu…

- Avec plaisir !

- Mais seulement… Tu n'as pas ton uniforme…

- Oh si ! J'y ai pensé ! Enfin, je n'ai que la veste à mettre, les habits que je porte là en font partie. J'avais fait exprès de le mettre.

- Tu as donc pensé à notre œuvre ? fit Gara en souriant.

- Oui… Je… Je vais chercher la veste !

Avant que l'autre n'ait pu émettre quoi que ce soit de plus, il avait déjà disparu dans le couloir. Quel garçon surprenant… Tellement plaisant… Tellement attirant…Il frissonna, repensa à la chaleur de sa bouche contre la sienne et revint vers son chevalet, retirant le tissu qui recouvrait son tableau. Ses doigts se promenèrent amoureusement sur la surface peinte, épousant les courbes du dessin, et dans son dos, Sakito, revenu, l'observa faire, une envie sourde au fond du cœur. Gara sursauta en l'apercevant par-dessus son épaule, ne s'attendant pas à le voir déjà là.

- Ahem… Tu peux t'asseoir…

L'adolescent reprit donc son attitude de modèle, non sans remarquer que les gestes du peintre se faisaient bizarrement gauches.

- Gara-san ?...

- O-oui ?

- Vous allez bien ?

- Oui-oui, ça va… Je… En fait je pensais à une chose et…

Et ça m'a rendu tout fiévreux, pensa-t-il en tapotant sur l'accoudoir de son fauteuil.

- Quelle chose ?

- En fait… Puisque tu es mon modèle… J'ai pensé à… à laisser ce tableau comme il était et à en faire un autre… Ou tu serais dans une autre position…

- Ah ! Les yeux fermés, ne ? Comme nous en avions parlé la fois dernière ?

- Euh… En fait… Ce serait légèrement différent… Tu serais… Tu serais…

Gara déglutit, ses yeux irrésistiblement attirés par ceux de son interlocuteur.

- Nu… souffla-t-il en se rendant compte qu'il avait incroyablement chaud.

- Nu ?!... répéta Sakito, de grands yeux ouverts de la même façon que les siens. Vous voulez dire… que vous voulez me peindre… nu ?...

- Je… Oui… Mais mais… C'est… Tu sais, avant ils peignaient souvent des modèles nus… Ce… ça n'a rien de… de sale…

- Je sais… C'est…

Sakito resserra ses paumes l'une contre l'autre. Hitsugi lui avait dit que ce moment arriverait… Pourtant, il n'aurait pu penser que cela arriverait. Que devait-il lui répondre ? S'il consentait à se mettre nu devant lui… Jamais il n'arriverait à tenir plus de quelques minutes… Mais… En même temps, cela le confronterait à ce regard pénétrant qu'il crevait d'envie de sentir encore sur lui. C'était risqué pour lui. Et même pour eux deux, en osant y penser.

- J'accepte.

- Hein ?

Gara sentit sa tête lui tourner et regarda Sakito se lever devant lui, déterminé à agir.

- Où voulez-vous que je me mette ?

- C'est… Tu vas vraiment faire ça ?...

- C'est ce que vous voulez, ou non ?

- Bien sûr que c'est ce que je veux !...

Fébrilement, Gara attrapa la toile et la déposa devant une rangée d'autres, puis en prit une nouvelle, qu'il installa devant lui, ses mains tremblantes menaçant de tout faire tomber à n'importe quel moment.

- Alors ?

Muettement, Gara releva la tête vers lui et articula péniblement :

- Sur le… Le lit…

L'autre acquiesça, puis se planta debout à côté du lit, se retournant vers le peintre pour ôter sa veste. Il… Il fait exprès de se tourner vers moi… Il est vicieux… C'est pour me tester ?... Je ne vais jamais réussir à m'empêcher de… L'homme se passa une main sur le visage, cherchant à perdre son regard dans les lattes du plancher sous ses roues. Un petit soupir l'obligea à abandonner cette occupation. La chemise froissée s'ouvrit sur le mince torse imberbe sur lequel il darda une attention soutenue. Son ventre n'attendait que la caresse de sa paume, et sa peau celle de son souffle… Et les petits boutons de chair dressés l'étaient-ils par froid ou par… excitation ? Gara porta sa main à son front pour y essuyer les quelques marques de fièvre qui aurait pu y apparaître. C'était une véritable torture qu'il l'obligeait à subir… Une véritable mise à l'épreuve. Il se mordit brusquement la lèvre inférieure, son pouls s'affolant à ses tempes. Sakito paraissait concentré à déboutonner son pantalon, puis il fit glisser la braguette et le laissa choir sur ses pieds. Les doigts blancs se crispèrent avec force sur les accoudoirs.Ne vas pas plus loin, par pitié… Mais Sakito ne semblait pas doté du don de télépathie. Il hésita un moment, puis respira profondément et agrippa l'élastique de son boxer.

- Arrête !

L'adolescent releva la tête vers la source du cri étranglé. A quelques pas de lui, Gara semblait trembler, et retenait mal sa respiration haletante. Bizarrement, il avait posé un de ses avant-bras en travers sur ses cuisses, de sorte que Sakito ne pouvait pas voir si son excitation était conséquente.

- Pourquoi ?...

- Je… Je ne peux pas te laisser faire ça…

- Me voir nu vous dégoûte ?...

- Idiot, grogna-t-il. Tu sais très bien que c'est tout le contraire… C'est… C'est beaucoup trop pour moi… Je ne pourrai pas supporter de te voir nu loin de moi…

- Qu'est-ce qui vous empêcherai de me rejoindre ? demanda Sakito sans perdre de son aplomb.

Gara détourna la tête, la mâchoire crispée.

- Pas… Pas maintenant…

- Vous aviez dit quand j'irai mieux.

- Oui mais… Kanagure est toujours là !

- Mais si nous ne faisons pas de bruit ?...

- Nous sommes obligés d'en faire, Sakito, murmura Gara avec un sourire.

Il perçut un mouvement sur sa gauche et poussa une plainte en découvrant l'adolescent tout près de lui.

- Reste à distance !

- Non… Ce que je veux, c'est être près de vous…

- Rends-toi compte, s'il te plaît…

- Je… Je veux vous toucher…

Sans que Gara n'essaie de s'opposer à son geste, il l'embrassa avec envie, colla son torse au sien, et grimpa sur ses cuisses.

- Tu… Tu es incroyable… parvint-il à articuler entre deux baisers, une fièvre palpable prenant peu à peu le dessus sur sa raison.

Une des mains de Sakito s'agrippa à sa nuque, et l'autre se glissa entre eux deux, provoquant chez le peintre une vive réaction.

- Non pas… Pas là… !

Loin de se laisser dicter sa conduite, Sakito frotta sa main contre la tension qu'il sentait sous ses doigts, la même se formant peu à peu dans son propre boxer. Gara chercha à échapper à la délicieuse torture, mais il n'en avait profondément aucune envie.

- Tu… devrais… ar… arrêt… er…

Comment Sakito aurait-il pu obéir à ses mots puisque lui-même n'avait pas envie d'y obéir ? Non, ce qu'il voulait, c'était qu'il continue à le toucher, et qu'il se frotte tout entier contre lui. Le désir allait lui faire perdre la tête. Il agrippa l'épaule nue de l'adolescent pour le tenir serré contre lui, le regardant les yeux mi-clos observer son plaisir.

- Gara-san…

- Oui, mon ange ?...

Mon ange… Le souffle du jeune garçon prit un peu plus d'ampleur. Le désirer était plus que douloureux.

- Je… Je peux aller plus loin ?...

- Plus loin ?... Tu veux dire…

Gara ravala le peu de salive qui lui restait dans la bouche. Plus loin impliquait plus de proximité, donc plus d'intimité, plus d'excitation, plus de plaisir, plus de… Pourquoi continuer à penser ? Il releva les yeux vers les prunelles ambrées de l'adolescent, caressa pensivement ses lèvres des siennes, ne sachant plus trop comment il était capable d'autant de sang-froid. A vrai dire, ce n'était pas vraiment le momentpour faire ça, dans la mesure où le confort n'était pas vraiment là, et que Kanagure était toujours dans le manoir. Mais se résigner à se retenir encore une fois n'était pas envisageable. Sakito n'attendit pas qu'il lui donne clairement sa réponse, il reposa sa paume sur la bosse conséquente, appuya légèrement, rapprocha son bassin de lui, parce qu'il n'en pouvait plus. Son autre main partit rejoindre l'autre et s'affaira à déboutonner le pantalon sombre de l'homme. Gara ne fit pas un geste pour l'arrêter. Il continua d'admirer la douceur et la moiteur de la peau de son jeune compagnon, la vivacité de son regard, les tremblements et les frissons qui parcouraient son corps d'une façon presque enivrante… Une fermeture éclair émit le bruit caractéristique à son ouverture et la tête de Gara s'inclina en arrière, la bouche entrouverte sur des halètements explicites. Sakito embrassa son cou en se redressant, la position étant trop tentante pour qu'il s'y soustraie. Un gémissement s'échappa de la bouche brillante, peu à près emprisonnée par une autre. Encore timide, ou pudique, l'adolescent n'osa pas passer la barrière du boxer et sentir davantage ce qu'il retenait. Bien qu'il ne soit pas dégoûté du fait d'aimer un homme, il y avait tout de même cette gêne qui faisait qu'il avait peur de se mettre face à face avec… lui-même.

- Mmh… S'il te plaît… soufflait laborieusement celui qu'il voulait faire devenir son amant.

Mais il hésitait, il voulait être guidé… Il avait besoin de Gara, qu'il lui montre comment faire… Même si ce corps après tout était similaire au sien, un homme comme lui. Mais… Mais…

- Je peux entrer ?

Sakito se figea, pâlit, alors qu'une incroyable peur lui paralysait les membres. Gara eut un étourdissement, cherchant à se remettre les idées en place et à chasser son désir. Il s'aperçut de l'attitude de l'adolescent et posa sa main sur sa joue.

- Rhabille-toi, murmura-t-il en articulant avec peine.

Chancelant, le corps fin quitta sa position, le visage vide de toute expression et se dirigea sans autre forme de procès vers ses habits posés sur le lit. Le peintre sentit qu'il avait fait une erreur… Quelque chose n'allait pas. Outre le fait qu'ils se soient monstrueusement fait interrompre et qu'il devait avoir tout aussi mal que lui à l'endroit de sa virilité, que sa frustration était maximale et qu'il détestait avoir à l'envoyer loin de lui, quelque chose… clochait.

- Gara ?

- Une… Une minute !

Il reboutonna lui-même son pantalon, se passa la main dans les cheveux et s'éventa pour faire baisser la température de ses joues. Il respira un grand coup et s'aperçut que Sakito attendait, assis sur le fauteuil rouge, ses cheveux lui cachant la vue de son visage baissé.

- Eh…

Un incroyable sentiment de culpabilité lui tomba sur la poitrine. Lui en voulait-il pour l'avoir une nouvelle fois repoussé ?... Cette angoisse calma ses ardeurs jusqu'ici dures à cacher et entendit un bruit venant de la porte. Kanagure se tenait sur le pas de la porte et les observaient silencieusement, avec quelque chose comme de l'étonnement dans le regard.

- Il y a un problème ? demanda-t-elle en tendant le cou vers son neveu.

- Je…

- C'est vous le problème, lâcha Sakito et se levant.

Il traversa la chambre d'un pas déterminé, passa devant Gara sans lui céder une seule marque d'attention, et bouscula ouvertement la vieille femme pour sortir.

- Mais… Qu'est-ce qui te prend ! s'exclama Kanagure, visiblement plus triste qu'offusquée de son comportement.

Mais l'adolescent avait déjà pénétré dans sa chambre et claqué la porte derrière lui. Alors la vieille femme se retourna vers le peintre. Celui-ci regardait par la fenêtre, à en juger par son angle de vue. Mais elle s'aperçut bientôt qu'il luttait pour retenir ses sanglots. Ses reniflements discrets, ses déglutissions difficiles, ses yeux brillants… Elle voulut s'approcher de lui mais il l'en dissuada en tendant la main ouverte devant lui. Elle demeura un moment sans savoir quoi dire, puis, sans rien ajouter, elle sortit sans bruit.

OoOoO

Note de fin : J'avais oublié de poster hier, mais personne ne m'en a fait la remarque. Tant pis, ça prouve que personne ne lit.

A SUIVRE...