8.

Truffy glissa la tête entre les portes qui s'entrebâillaient pour lui.

Alhannis et Gander étaient seuls dans la petite salle du restaurant, ayant décliné l'offre de services du Mécanoïde des cuisines pour se préparer quelques sandwiches.

Le chat sautilla jusqu'à eux, se frottant à leurs jambes.

- Petit goinfre ! s'amusa Alhannis en le soulevant d'une main pour le poser sur ses genoux et lui faire déguster des morceaux de jambon.

Gander piocha dans le bocal d'olives.

- Alors, après tous ces jours à gamberger, Algie a fini par faire une fixation sur cet Auryel Ban et le considérer comme la clé de la disparition de votre père ? Ce n'est pas un peu radical comme raccourci, et aussi illusoire que simpliste ?

- Tu devrais plutôt en parler avec l'intéressé.

- C'est ton œil externe, quoique, qui m'importe.

- Les raisonnements les plus simples, fit Alhannis. Notre père était avec ses amis peu avant de disparaître, pour les premiers pas d'Auryel en tant que capitaine justement. Aucun des trois n'a dû laisser ce jeune homme voler de ses propres ailes sans surveillance, et se relayer pour intervenir au cas où. Donc, quoi qu'il se soit passé, cela a dû faire des remouds et Ban doit être au courant, d'une façon ou d'une autre, d'autant plus qu'il est indépendant avec son Koïdon et donc plus libre que quiconque.

- Une impression, ou tu me récites à la virgule près une note de ton cadet ?

- Je lui avais aussi posé cette question après sont entrevue avec la capitaine du Queen Eméraldas. Je viens effectivement de te donner sa réponse !

- Et qu'a-t-il encore ajouté ? poursuivit le lhorois.

- Qu'il demeurait persuadé que notre père ne se serait fait porter disparu de son plein gré, sachant le mal que ça nous ferait, et que ses deux meilleurs amis devaient absolument savoir quelque chose. Qu'ils ne disent rien car ce n'est pas joli-joli, et pas pour éviter de nous peiner – de toute façon, de ce point de vue là, il est bien trop tard après les affres par lesquels nous venons de passer !

- Je pense effectivement qu'il s'agit là de conclusions qui se tiennent, reconnut le Mécanoïde. J'avoue que le manque de réaction de cette femme rousse m'a assez sidéré ! Connaissant votre père, il y a longtemps qu'il aurait fouillé et retourné la mer d'étoiles pour retrouver son amie si c'était elle qui s'était volatilisée !

- Et pourtant, papa a toujours assuré qu'Eméraldas irait au feu pour Toshiro et lui… Quelque chose m'échappe…

- Nous échappe à tous, rectifia Alguérande en entrant dans la salle.

- Tu as fait une bonne sieste ? interrogea son aîné.

- Oui, ça m'a complètement revigoré. Et qui sait, quand nous aurons rejoint le Koïdon d'Auryel Ban, on pourra peut-être faire un peu de chasse aux Pirates, ça joindra l'utile au désagréable de notre vol !

- Ce Ban, c'est en fait tout bonnement un mercenaire ? fit Alhannis.

- Oui. Il utilise ses talents conjugués : l'intelligence de son père et les dons guerriers de sa mère – bien que Toshiro n'ait été nullement en reste dans ce domaine de son vivant charnel – de la façon qui l'éclate le mieux. Nous n'avons pas à juger son mode de vie. D'ailleurs, notre père se revendique haut et fort Pirate !

Et Alhannis apprécia que son cadet continue d'en parler au présent.


La rousseur d'Auryel Ban n'avait rien à envier à celle d'Alhannis Waldenheim. Il avait les légères taches de rousseur de son père et portait de petites lunettes rondes à fine monture. Il aimait porter un poncho brun foncé, à l'instar de son géniteur par-dessus une combinaison de combat, dissimulant les pistolets dont les étuis étaient fixés à ses cuisses.

Il rejeta négligemment le morceau de papier sur lequel son opérateur radio avait noté, à l'ancienne, les infos reçues.

- Ce gosse croit vraiment que j'ai du temps à lui accorder alors que je fais la chasse au plus redoutable Pirate de ces zones galactiques ? Il ne dispose même pas de son Pharaon !

- Le Deathbird a prouvé sa force de feu, et la valeur de son capitaine, objecta Yodatte, sa seconde aux cheveux d'un vert foncé et aux yeux d'un noir de jais qui semblaient dépourvus de pupille.

- Je n'ai pas de temps ! répéta Auryel, ses prunelles marron étincelantes. Lorédan et son Orichalque sont ce que les civils connaissent de plus terribles depuis Lothar Grudge le Roi des Pirates et ses âmes damnées d'élèves surdoués : Albator et Léllanya Urghon !

Yodatte lui adressa un clin d'œil.

- Je crois que tu sais parfaitement comment le neutraliser, si tu le voulais réellement, Auryel ! glissa la Murienne.

- Oui, mais Lorédan est trop ma mine d'or pour que je l'arrête de sitôt, sourit le roux capitaine du Koïdon. Attendons donc ce godelureau de Waldenheim, on va lui apprendre la vie et les lois de l'espace !

Détendu et d'un pas léger, l'allure féline, Auryel revint à son fauteuil de commandement qui évoquait davantage un confortable divan aux drapés harmonieux, bien abrité des chocs de combat dans une sorte de coque ovoïde ouverte hors mode d'alerte justement.

- Alguérande Waldenheim, mes parents m'ont parlé de toi, bien sûr. Tu es une légende en dépit de ton jeune âge. Je suis en réalité honoré de faire ta connaissance, même si ce sera pour peu de temps !