Bonjour,

Voilà, je suis de retour. Les publications vont donc reprendre leur rythme normal.

Je n'ai pas pu vous répondre durant cette semaine car je n'avais pas de connexion internet tout le temps. Je m'en excuse ici et je vous remercie de m'avoir écrit et lu. Merci également pour tous vos compliments. Ils me touchent et continuent de me motiver.

Voici donc le 8ème chapitre de cette histoire et les deux frères ont une discussion cruciale.

Au passge, qui a vu les épisodes 21 et 22 de la saison 10 de Supernatural ? Mon Dieu ... je n'en reviens toujours pas. La fin de ces deux épisodes a bien failli me tuer (pas au sens propre bien sûr) ... et alors que penser de ce que Dean a dit à son frère au début de l'épisode 22 ?

Bref, je n'en dis pas plus sans quoi je vais dévoiler des choses.

Je vous souhaite une bonne lecture.

Sydney8201

Musique du chapitre :

Who the hell am I ? de Hoobastank

Chapitre 8 : Donneur de leçon

« Je suis toujours prêt à apprendre, bien que je n'aime pas toujours qu'on me donne des leçons »

Winston Churchill

Dean savait que quelque chose tracassait son frère. Il détestait le voir aussi refermé et visiblement angoissé. Il lui cachait quelque chose. Et de toute évidence, cela le concernait s'il en croyait les regards que Sam lui lançait par moment quand il était persuadé que Dean ne le voyait pas. C'était consécutif au coup de fil qu'il avait reçu quelques heures plus tôt. Dean ne pouvait s'empêcher de se demander de quoi il s'agissait. Sam ne lui cachait rien. Ils avaient appris au fil de leur enfance et de leur adolescence qu'il était dangereux de se mentir ou de camoufler ce qu'ils ressentaient. Ils ne pouvaient compter que sur eux pour grandir et évoluer. Sam avait totalement confiance en Dean. L'inverse était vrai également même si Dean avait déjà dissimulé certaines informations à son frère. Il ne lui avait pas parlé de toutes les blessures reçues au cours de ses déploiements. Ce n'était pas parce qu'il aimait lui mentir. C'était uniquement pour le protéger. Sam n'avait pas besoin de s'inquiéter inutilement pour lui quand il ne pouvait de toute façon rien faire pour l'aider.

Il s'était senti coupable à l'époque. Et il savait parfaitement que son frère s'en voulait également de ne rien dire. Il finirait par parler. Dean n'avait aucun doute sur ce point. Sam était incapable physiquement de lui cacher des informations. Il attendait probablement que Jess ne soit plus dans la pièce pour parler. La jeune femme ne semblait pas avoir compris ce qui se passait. Dean savait qu'elle aimait Sam de tout son cœur et qu'elle commençait à bien le connaître. Mais elle ne pourrait jamais le connaître comme Dean le connaissait. Ils n'avaient pas grandis ensemble. Cela faisait toute la différence.

Dean avait donc décidé de prendre son mal en patience. Il allait attendre que son frère décide de lui parler puis, comme à son habitude, il ferait tout pour l'aider à régler son problème. Il ne reprocherait pas à son frère de ne pas lui avoir parler tout de suite. Il était incapable de lui en vouloir. Ils s'étaient souvent disputés. Mais rester brouillé avec Sam était inconcevable pour lui. C'était pire que perdre un membre. C'était pire que tout. Quand ils s'étaient disputés après le départ de Dean pour l'armée, ce dernier avait failli renoncer à ses projets pour se réconcilier avec lui. Il avait eu envie de tout envoyer balader et de sacrifier sa carrière pour Sam. C'était ce qu'il avait fait depuis qu'il était gosse. Il donnait tout pour son frère. Refusait de manger pour que le jeune garçon n'ait pas faim. Affrontait la colère de son père pour éviter que les coups ne soient dirigés contre Sam. Dean aurait donné sa vie pour son petit frère. Il ne savait pas comment faire autrement.

Il fit donc mine de ne rien avoir remarqué et continua de jouer avec Jess. Il aimait vraiment beaucoup la jeune femme. Elle était belle, drôle, intelligente et avait des sentiments forts et sincères pour son frère. Il pouvait parfaitement imaginer Sam faisant sa vie avec elle. L'épousant et élevant leurs enfants à ses côtés. Lui les regarderait de loin, seul comme il savait qu'il finirait inévitablement. Il serait un oncle à défaut de pouvoir être un père à son tour. Il avait déjà élevé Sam. Il avait fait du bon travail. Il n'était pas sûr d'en être capable à nouveau. Il était impossible d'aider un enfant à grandir quand on n'avait plus aucun espoir en l'avenir. Plus aucun optimisme. Plus rien d'autre qu'un handicap et des séquelles à vie. Il pourrait être un bon oncle. Un à qui on venait se confier. Cela devrait lui suffire.

Jess le battit plusieurs fois à Guitar Heroes sans qu'il ne puisse rien faire pour l'en empêcher. Il s'en plaignit à Jimmy avant de tendre la manette à son frère pour tenter de venger l'honneur des Winchester. Sam était bien évidemment trop amoureux de Jess pour la battre et elle enchaîna les victoires durant de longues minutes.

Dean finit par renoncer à jouer et se contenta de regarder son frère et la femme qui partageait sa vie s'amuser et se sourire. C'était ce type de relation qu'il avait eu avec Michael au début. Ils avaient partagé les mêmes regards complices, les mêmes sourires timides. Il avait ressenti la même envie de faire plaisir à son petit ami, la difficulté à ne pas l'embrasser et le toucher constamment. Ils avaient été réellement heureux durant les premières années. Dean pensait qu'ils le seraient toujours. Mais leur amour avait fini par s'effriter. Dean savait que c'était en partie du à ses longues absences. Il avait assumé ses choix et cela lui avait sans nul doute coûté l'homme de sa vie en plus de sa jambe gauche. Il secoua la tête avant de pousser un long soupire. Il aurait pu faire sa vie avec Michael dans d'autres circonstances. Il était inutile d'avoir des regrets mais il ne pouvait pas s'empêcher d'être nostalgique. Il allait devoir se contenter d'assister au bonheur de son frère. C'était mieux que rien.

Jess insista ensuite pour préparer le dîner pour tout le monde. Benny et Andrea avaient profité de l'arrivée de Sam pour partir en week end. Dean savait que sa présence constante pesait sur leur vie de couple. Ils auraient du profiter de leur derniers jours avant l'arrivée de leur enfant. Mais ils n'étaient jamais seuls. Ils avaient du attendre que Sam prenne le relais pour partir. Dean se sentait infantilisé. Il se sentait dépendant et surveillé. Il détestait ça.

Après avoir mangé en parlant des cours que Jess et Sam suivaient à l'université et du nouvel appartement qu'ils partageaient, la jeune femme finit par s'excuser pour aller se coucher. Elle embrassa Dean sur la joue avant de lui ébouriffer les cheveux. Ce dernier aurait réellement pu tomber amoureux d'elle s'il n'avait pas été résolument gay. Il était vraiment content que son frère l'ait trouvé. Ils formaient un couple parfait.

Après avoir embrassé Sam rapidement sur les lèvres, elle leur souhaita bonne nuit puis disparut dans le couloir qui menait à la chambre d'amis.

Dean la suivit des yeux avant de se lever difficilement. Il utilisa ses béquilles pour se rendre dans la cuisine puis se pencha au dessus de l'évier. Il appuya son bassin contre pour garder son équilibre et posa ses béquilles à côté de lui. Il savait que rester debout sur une seule jambe était une mauvaise idée. Il le paierait cruellement le lendemain. Mais il refusait de représenter un poids mort pour les personnes autour de lui. Il ne pouvait pas débarrasser la table sans lâcher ses béquilles mais il pouvait au moins faire la vaisselle. Il alluma l'eau, régla la température puis attendit que son frère lui apporte les couverts et les assiettes. Il attrapa une éponge et commença à laver ce que Sam avait posé dans l'évier. Il travailla une seconde en silence, conscient du regard de Sam sur lui. Il savait que son frère désapprouvait son choix de se fatiguer inutilement. Il savait qu'il avait envie de prendre le relais et de lui demander de se rassoir. Mais Dean refuserait et Sam le savait également. Il ne le proposa donc pas.

Après quelques minutes, Dean commença à sentir une douleur dans sa jambe droite. Sa cuisse tremblait sous son poids – il en avait perdu beaucoup durant ces dernières semaines mais il avait également perdu de la masse musculaire – et il commençait à avoir des crampes dans le dos. Il le garda pour lui. Il ne voulait pas se plaindre et inquiéter son frère inutilement. Sam ne pouvait rien faire pour lui. Dean devait accepter ses douleurs. Elles faisaient parties de son quotidien à présent. Il les ressentirait probablement jusqu'à la fin de sa vie. Il devait apprendre à composer avec. Peut être les choses seraient elles plus simples s'il acceptait de porter sa prothèse. Mais il n'était pas encore prêt. Il ne voulait surtout pas donner raison à Novak sur ce point.

Dean vit du coin de l'oeil Sam commencer à essuyer la vaisselle propre. Le jeune homme profita du fait qu'il était occupé à autre chose pour poser une main dans son dos et masser sensiblement le bas de sa colonne vertébrale. Il grimaça aussitôt en sentant ses muscles contractés et douloureux. Il aurait du savoir que Sam le remarquerait. Après tout, le jeune homme le connaissait par cœur lui aussi. Il savait discerner les signes de tension chez son grand frère.

- Tu devrais t'asseoir, souffla t-il sans lever les yeux de l'assiette qu'il essuyait calmement.

Dean tourna le visage vers lui et le dévisagea durant de longues secondes.

- Tu devrais me laisser tranquille. Je suis adulte Sammy, répliqua t-il sans méchanceté.

Il savait que son frère n'avait que son intérêt en tête. Qu'il ne voulait pas l'ennuyer ou le faire se sentir diminué. Il était inquiet pour lui et il voulait juste s'assurer qu'il n'en faisait pas trop. Dean n'avait aucune raison de le lui reprocher. Mais c'était plus fort que lui.

- Oh, tu es adulte oui Dean … même si tu te comportes comme un gamin la majeure partie du temps, jeta Sam après quelques secondes.

Dean avait l'impression étrange que ce que son frère venait de lui dire n'était pas uniquement en rapport avec le fait qu'il se tienne debout pour faire la vaisselle. C'était lié à ce qu'il lui cachait depuis le mystérieux coup de fil reçu. Qui pouvait bien l'avoir appelé ? Benny, Charlie, Ellen ? Dean pouvait sentir la colère monter en lui en prenant conscience que l'un de ses proches avait jugé bon de se servir de son frère pour lui faire passer un message. Il refusait qu'on utilise Sammy contre lui. Qu'on utilise leur amour et leur lien pour lui faire comprendre quelque chose.

- Tu essaies de me faire passer un message petit frère ? Demanda alors Dean en laissant tomber l'éponge dans l'évier.

Il se redressa à l'aide de ses mains puis reprit ses béquilles pour se tourner et faire face à Sam. Son dos le lançait affreusement. Et sa jambe droite tremblait toujours sous son poids. Il aurait été préférable d'avoir cette discussion une fois installé sur le canapé. Mais il ne voulait pas se montrer faible. Il ne voulait pas donner raison à la personne qui avait jugé bon de passer par Sam pour le ménager.

- Je ne sais pas Dean … à ton avis ? Jeta Sam en posant sa serviette sur le comptoir avant de croiser ses bras sur son torse.

Il était évident que la réponse était « oui ». Sam avait envie de lui dire quelque chose mais il espérait que Dean comprendrait quoi sans qu'il ait besoin de le dire clairement. C'était quelque chose qu'ils avaient appris à faire quand ils étaient plus jeunes. Ils se comprenaient d'un simple regard. Mais cette fois, Dean n'avait pas l'intention de faciliter la tâche de son frère. S'il avait quelque chose à lui dire, il allait devoir le faire avec des mots.

- Soit tu as quelque chose à me dire et je t'invite à le faire clairement … soit tu me fais marcher et je préfère aller me coucher avant de perdre mon temps avec toi, rétorqua Dean en fronçant les sourcils.

Sam poussa un long soupire agacé avant de se masser longuement l'arrête du nez. Il était frustré et Dean savait qu'il était la seule personne au monde à pouvoir provoquer cette réaction aussi rapidement chez lui. C'était un pouvoir acquis en grandissant à ses côtés. Un privilège de grand frère également.

- Ok, bonne nuit Sam, ajouta t-il après quelques secondes.

Il avança doucement jusqu'à la porte de la cuisine, prenant soin de ménager son dos et de reprendre sa respiration souvent. Il détestait le rythme trop lent qu'il devait constamment adopter. Mais il refusait également de s'essouffler devant son frère ou de risquer de tomber parce qu'il n'avait pas écouter les signaux envoyés par son corps.

Quand il franchit enfin la porte de la cuisine, il prit la direction du couloir qui menaient aux chambres. Il entendit Sam le rejoindre en quelques enjambées. Dean regrettait réellement l'époque où il pouvait distancer son frère sans même forcer. Sam était plus grand que lui mais Dean était un soldat. Il était sur entraîné. Personne ne pouvait le battre à la course. Pas même son géant de petit frère.

- Dean, attends une seconde. J'aimerais assez qu'on parle tous les deux.

Sam était derrière lui et le jeune soldat prit quelques secondes pour retrouver un semblant de calme avant de lui faire face. Il indiqua alors le canapé du menton et se dirigea dans cette direction aussitôt. Il se laissa tomber lourdement sur les coussins et étendit sa jambe droite devant lui. Il massa le muscle de sa cuisse quelques secondes alors que Sam prenait place sur le fauteuil de l'autre côté de la table basse.

- Ok, je t'écoute, lança t-il ensuite pour encourager son frère à parler.

Dean savait que cette conversation n'allait pas lui plaire. Mais la personne qui avait demandé à Sam de lui parler à sa place avait eu une idée brillante. Il n'y avait que son frère que Dean acceptait d'écouter. Il ne se confiait pas à sa psychologue mais il pouvait envisager de le faire avec Sam. Et cela le rendait plus furieux encore. Car il détestait qu'on tente de le manipuler de la sorte. Dès qu'il aurait fini de parler avec Sam, il se ferait un malin plaisir de faire comprendre à la personne qui l'avait appelé qu'il n'aimait définitivement pas qu'on utilise son petit frère contre lui.

- Tu sais que je t'aime Dean, commença finalement Sam après de longues secondes.

Dean n'en avait jamais douté. Ils pouvaient se disputer – ils le faisaient souvent – se faire la tête pendant quelques jours mais il restait persuadé que Sam l'aimait plus que n'importe qui d'autre au monde. Tout comme lui l'aimait de tout son cœur et de toute son âme. Personne ne pourrait jamais prendre la place de son petit frère. Il aurait donné sa vie pour lui sans hésiter, aurait tout sacrifié – avait tout sacrifié – pour lui. Il l'avait élevé, l'avait regardé devenir quelqu'un d'extraordinaire et était admiratif de son parcours. Il finit par hocher la tête. Sam lui adressa un petit sourire triste.

- Tu sais que je t'aime malgré tout … que je t'aime même quand tu te comportes comme un idiot ou quand tu refuses de suivre les conseils qu'on te donne. Tu sais que je t'aime même avec une jambe en moins ou que je t'aimerais si un bras te poussait dans le dos, poursuivit Sam.

Dean avait envie de plaisanter pour détendre l'atmosphère et d'indiquer à son frère qu'il aurait préféré que ce soit une jambe qui pousse sur son corps mais il se retint de le faire au dernier moment. Ce n'était pas le bon moment pour plaisanter. Pas le bon sujet non plus. Son accident était trop récent. Il hocha une nouvelle fois la tête pour encourager son frère à poursuivre.

- Je sais que tu te sens diminué et je sais que tu détestes devoir reposer sur les autres. Mais Dean, ta blessure ne change en rien le fait que j'aurais toujours besoin de toi. Que je compterais toujours sur toi pour me dire quoi faire quand je serais perdu ou pour me remettre à ma place comme tu l'as toujours fait. Tu es mon grand frère et tu le resteras jusqu'à notre mort. Tu restes mon modèle. Je suis tellement fier de toi … tu n'as pas idée à quel point je t'admire.

Dean pouvait sentir sa gorge se nouer alors qu'il prenait conscience de l'immensité de l'amour de son frère. Il n'en était pas moins furieux à l'idée d'être manipulé mais il n'en voulait pas à Sam. Pas quand il sentait son frère aussi sincère.

- Je me fiche de tout le reste. Je me fiche que tu aies une jambe en moins ou des problèmes respiratoires … je me fiche de ton apparence. Et tu sais pourquoi ? Parce que ce que tu es à l'intérieur ne changera jamais. Et c'est ta personnalité, ton courage, ton amour de tes proches et ton âme tout entière que je vois quand je te regarde. C'est tout ce que tu es que j'aime. Personne ne s'arrête à ton apparence physique … du moins pas les gens qui comptent dans ta vie et ceux qui seront amené à compter dans le futur. Tu le sais n'est ce pas ?

Dean avait envie de dire « oui » pour faire plaisir à son frère. Mais il refusait de lui mentir. Et il en avait assez de jouer un jeu. De mentir sur ce qu'il ressentait réellement pour rassurer les gens autour de lui. Il était différent de l'homme qu'il avait été avant son accident. Et même si son frère lui jurait qu'il l'acceptait comme il était, il savait très bien que quelque chose avait changé. Sam n'avait plus le même regard sur lui qu'avant. Il continuait de l'aimer mais les rôles étaient inversés. C'était Dean sur qui on devait veiller à présent. Et cela le rendait complètement fou.

- Sammy, je ne doute pas une seconde de ton amour ou de ton soutien mais rendons nous à l'évidence … je ne suis plus le même homme. Je ne le serais plus jamais. J'étais un soldat, un grand frère et un petit ami. Je ne suis plus rien de tout ça. J'ai tout perdu et je … je sais que tu en as conscience toi aussi. Alors inutile de me dire toutes ces choses.

- Dean, non, tu …

- Je suis handicapé Sammy. Tu ne me diras pas le contraire.

Dean pouvait accepter que son frère lui dise qu'il l'aimait toujours ou même qu'il tente – inutilement – de lui faire croire que rien n'avait changé. Mais il refusait que son frère nie son handicap ou cherche à le minimiser. C'était l'une des rares choses qu'il ne tolèrerait pas. Pas même de la part de Sammy.

- Tu es handicapé Dean mais tu n'es pas un handicapé. Cela fait toute la différence.

Le jeune soldat fronça les sourcils, ne comprenant pas réellement ce que son frère cherchait à lui faire comprendre. Pour lui, les deux choses avaient la même signification. Sam semblait se moquer de lui. Et il lui faisait perdre son temps. Dean était fatigué.

- Explique toi Sammy … explique toi maintenant parce que je n'ai pas la moindre idée de ce que tu cherches à me dire et je suis fatigué de devoir chercher à décrypter tes paroles.

Sam se passa une main sur le visage avant de lever les yeux au plafond une seconde. Il semblait fatigué lui aussi. Mais il avait toujours été quelqu'un d'extrêmement têtu. Comme Dean l'était aussi. Ils devaient ce trait de caractère à leur père principalement.

- Ce que je cherche à te dire Dean, c'est que tu … personne ne peut nier que tu es blessé … les médecins ont amputé ta jambe et c'est un handicap évident mais … il ne te définit pas. Tu n'es pas un handicapé. Tu es mon frère. Tu es un homme fort et courageux. Tu es la personne qui m'a élevé et qui m'a montré la voie. Tu es celui vers qui je me tourne quand je suis perdu. Tu as été mon père et ma mère … mon grand frère. Dean, tu as un handicap mais personne ne te voit que comme une personne handicapée et … tu dois comprendre que tu es bien plus que ça.

Dean aurait probablement du être satisfait d'entendre les propos de son frère. Il aurait du être soulagé de savoir qu'il aurait son soutien en toutes circonstances et qu'il avait eu un tel impact sur sa vie. Mais le fait que son frère ait besoin de le lui dire lui rappelait combien il était dépendant des autres à présent. Il n'avait jamais été à l'aise pour parler de ses sentiments. Pas même avec Sam. Leur père leur avait toujours dit que les sentiments étaient une faiblesse. Qu'il fallait apprendre à les enfouir au plus profond de soi et ne jamais les laisser les contrôler. Dean avait toujours suivi les ordres de son père. Il ne parlait pas de ses sentiments, ne leur prêtait pas attention et n'avait plus pleuré devant son frère depuis une éternité. Il savait que Sam ne le critiquerait jamais ou ne se moquerait de lui. Son petit frère était nettement plus à l'aise que lui avec ses sentiments. Il pouvait en parler librement et confiait sans problème ce qu'il ressentait. Dean l'enviait parfois pour cela. Il avait eu les pires difficultés du monde à avouer son amour à Michael. Sans l'extrême patience de son petit ami, il aurait probablement raté le coche. Il avait toujours été handicapé émotionnellement … il l'était physiquement aussi à présent.

- Sam, pourquoi est-ce que tu me dis tout ça ? Qu'est-ce que tu cherches exactement ?

Dean en avait plus qu'assez que son frère tourne autour du pot. Il savait qu'il avait envie de lui dire quelque chose mais qu'il tentait de préparer le terrain pour s'assurer une réaction modérément violente. Il était inutile de prendre des pincettes. Dean était déjà en colère et cela ne risquait pas d'aller en s'arrangeant.

- Je te dis tout ça parce que je le pense, assura Sam après quelques secondes.

Dean soupira longuement, agacé. Il avaient envie de se lever du canapé et de quitter la pièce sans laisser l'occasion à son frère de lui dire ce qu'il lui cachait. Il l'aurait sans nul doute fait s'il n'avait pas été handicapé. Mais il avait mal dans la jambe droite et dans le dos et il avait besoin de rester assis pour reprendre des forces. Il ne restait pas par choix mais parce qu'il ne pouvait pas faire autrement. Il espérait que Sam en avait conscience.

- Je ne suis pas idiot Sammy et je te connais par cœur alors inutile de continuer à me mentir. Je sais que tout ça a un rapport avec la conversation que tu as eu au téléphone tout à l'heure … celle dont tu n'as pas parlé et je suis presque sûr qu'on t'a demandé de me faire passer un message. Ce qui … ce qui est extrêmement infantilisant et humiliant. Mais puisque je n'ai pas d'autre choix, je veux bien t'écouter … si et seulement si tu te montres honnête avec moi et que tu me dises enfin franchement ce que tu me caches.

Sam le dévisagea une seconde avant d'hocher la tête. De toute évidence, il avait peur de la réaction de son frère. Il avait toutes les raisons d'être terrifié. Dean ne tolèrerait jamais qu'on se serve de son frère. Et il avait bien l'intention de faire payer cette manipulation à la personne qui se cachait derrière. Peu importait de qui il pouvait s'agir. Dean allait le lui faire regretter.

- C'était le docteur Novak … Castiel Novak, avoua finalement Sam après avoir détourné les yeux.

Dean sentit la colère l'envahir aussitôt en repensant à son kiné. Il avait eu la sensation d'être clair la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Il lui avait demandé de s'en tenir à son boulot et de le faire bien. Il lui avait fait comprendre qu'il refusait de le voir s'immiscer dans sa vie. Et Novak avait osé appeler son frère dans son dos pour le faire changer d'avis. Pour lui demander d'intervenir en sa faveur. C'était inacceptable. Intolérable. Dean se sentait trahi.

- Cet enfoiré n'avait pas le droit de t'appeler. Il est … il n'avait pas le droit.

Sam se leva alors du fauteuil et vint s'asseoir à côté de Dean sur le canapé. Il posa aussitôt une main sur la cuisse droite de son frère. C'était un geste tendre et délicat. Sam était une des rares personnes qui pouvait encore poser une main sur Dean sans qu'il ne se sente mal à l'aise.

- Il ne l'a pas fait pour t'ennuyer tu sais … il l'a fait parce qu'il s'inquiète pour toi. Il veut que tu ailles mieux … que tu guérisses. Je crois sincèrement que tu devrais l'écouter … lui laisser une chance. Il pourrait t'aider si toutefois tu lui en laisses l'opportunité.

Dean secoua la tête. Il ne voulait pas faire confiance à son médecin. Et ce qu'il venait d'apprendre lui donnait raison. Castiel Novak avait très largement outrepassé les droits que son métier lui donnait. Il s'était mêlé de quelque chose qui ne le regardait pas. Il avait fait la seule chose que Dean estimait réellement impardonnable. Il avait utilisé son petit frère contre lui. Il venait de sceller le destin de leur collaboration. Dean refusait de travailler avec lui à présent. Il refusait de se trouver dans la même pièce que lui une fois qu'il l'aurait remis à sa place.

- Il l'a fait parce qu'il n'accepte pas l'idée qu'il puisse échouer avec moi … qu'il puisse ne pas être la personne idéale pour moi. Il l'a fait parce qu'il est trop orgueilleux pour accepter son échec. Je lui ai dit que j'envisageais de changer de médecin et ça a du le vexer. Tant pis pour lui … je me fiche de ce qu'il peut ressentir.

Sam serra le muscle de sa cuisse dans sa main durant quelques secondes avant de tourner le visage vers Dean et de le regarder droit dans les yeux.

- Dean, il ne peut pas t'aider si tu refuses d'aller mieux. Et je te connais. Je sais que tu n'acceptes pas ta situation. Que tu refuses d'aller mieux parce que tu es terrifié de devoir changer. De devoir abandonner ce qui a fait ta vie jusque là pour trouver une nouvelle voie. Tu as peur parce que tu as la sensation que les gens ne te voient plus que comme quelqu'un de diminué et de faible. Mais tu te trompes Dean. Tu es un survivant. Tu es un soldat. Tu es mon grand frère.

Dean savait que son frère pensait réellement ce qu'il disait mais il se trompait. Il faisait fausse route. Sam ne comprenait pas la gravité de la situation, l'importance des changements que Dean devait affronter. Toute sa vie avait été bouleversé. Il avait perdu tout ce qui comptait pour lui et il ne voyait pas quelle issue pouvait s'offrir à lui. Il doutait sincèrement qu'il en existe une. Il devait se reposer sur les autres pour faire ce qu'il aurait du être capable de faire par lui même. Il était inutile de nier la réalité. Sam ne pouvait pas continuer à se voiler la face sur ce point. Ils devaient tous les deux accepter que les choses avaient changé et qu'elles ne seraient plus jamais les mêmes.

- Ca suffit Sam. J'ai refusé de l'écouter et je n'ai pas l'intention de te laisser me répéter ses paroles. Je me fiche de ce qu'il pense. Ca fait quatre mois et je ne vais pas mieux. Il est peut être temps pour nous d'admettre que je n'irais jamais mieux. J'en ai assez de jouer à ce petit jeu avec tout le monde et plus particulièrement avec toi. Je vous souris et je vous écoute mais … j'ai la sensation d'être le seul à avoir compris la gravité de la situation. Vous vous accrochez à l'image que vous aviez de moi mais j'ai changé. Je ne serais plus jamais le même. Et je ne veux pas que vous tentiez de me convaincre du contraire.

Sam ouvrit la bouche, sans nul doute pour protester mais Dean ne lui en laissa pas le temps. Il avait des choses à dire et son frère devait l'écouter.

- Je pourrais peut être un jour réussir à marcher avec une prothèse et à me passer de mes béquilles mais je continuerais à être essoufflé et que je continuerais à souffrir … je l'accepte. Tu dois le faire aussi. Je n'ai pas l'intention de m'excuser d'être qui je suis à présent … je n'ai rien demandé. Je sais que si je n'étais pas devenu soldat, rien de tel ne me serait arrivé. Mais j'aimais mon métier … j'aimais mes hommes et j'aimais ce que je faisais tous les jours. J'aurais donné ma vie pour l'armée. Sans hésiter une seconde. Je vais assumer les conséquences de mes choix de vie. Mais il est temps que j'arrête de me mentir à moi même. Il est temps que j'arrête de faire comme si tout allait bien et comme si tout allait bientôt s'arranger. Je suis fatigué de cacher ce que je ressens derrière un sourire ou une plaisanterie. Je vais mener cette bataille mais je vais la mener comme bon me semble. Je n'accepterais pas les conseils d'un homme qui ne me connait pas et qui se fiche probablement totalement de moi.

- Et les miens Dean ? Est-ce que tu accepterais d'écouter mes conseils ? Demanda finalement Sam en retirant sa main de la cuisse de son frère pour la passer nerveusement dans ses cheveux.

Le jeune homme paraissait réellement angoissé à l'idée d'avoir énervé son frère. Dean n'avait pas envie de crier après Sam. Il n'avait pas envie de se disputer avec lui. Mais il lui en voulait à présent d'avoir accepté de faire ce que Novak lui demandait. Il se sentait trahi par la personne qu'il aimait le plus au monde. La seule qu'il croyait incapable de le faire. C'était pire que tout. Pire encore que sa blessure et son handicap.

- Ce ne sont pas tes conseils Sam. Ce sont les siens. Tu ne fais que répéter ce qu'il t'a demandé de dire et … je suis désolé mais je n'aime pas l'idée que tu aies pu accepter aussi facilement de le faire.

- J'ai accepté parce que je t'aime et que je veux que tu ailles mieux.

Mais ce n'est pas à toi de me dire comment m'y prendre pour guérir parce que tu n'as aucune idée de ce que je ressens et de ce que je traverser !

- La faute à qui Dean hein ? Tu ne me dis plus rien … tu ne me parles pas.

Dean fronça les sourcils, surpris d'entendre des reproches dans la voix de son frère. Il ne comprenait pas comment Sam pouvait lui en vouloir à lui alors qu'il était celui qui avait jugé bon de lui donner une leçon de morale. Non. Dean n'acceptait pas que son frère lui reproche des choses qu'il estimait ne pas avoir fait mal.

- Je ne te dois rien Sammy. Je ne t'ai rien demandé d'ailleurs. C'est toi qui a ressenti le besoin de voler à mon secours. Je suis suffisamment grand pour m'occuper de moi même. Je t'aime et tu me manques quand on ne se voit pas pendant un long moment mais je n'ai jamais demandé à ce que tu abandonnes tout pour moi. Alors ne me reproche pas de l'avoir fait … Je n'ai jamais été du genre à me confier ou à parler de mes sentiments. Tu le sais parfaitement. Je ne ressens pas le besoin de te parler ou de pleurer sur ton épaule. Je veux avancer. Mais je veux le faire à ma manière.

Dean avait conscience d'avoir haussé le ton. Sam le regardait, les yeux écarquillés, la bouche légèrement entrouverte. Il semblait choqué par ce qu'il entendait. Déçu du refus catégorique de son frère. Et blessé qu'il n'ait pas accepté de l'écouter et de suivre ses conseils.

- Alors toi, tu peux veiller sur moi et me donner des conseils mais l'inverse ne serait pas possible ?

Dean hocha la tête.

- Je suis ton grand frère. Il est normal que je veille sur toi. Je continuerais à le faire mais je refuse que tu perdes une seconde de plus avec moi. Tu as mieux à faire.

Sam se leva brusquement du canapé, visiblement furieux. Il fit deux pas droit devant lui avant de faire volte face et de dévisager Dean en inclinant la tête sur le côté.

- Mieux à faire que de passer du temps avec la personne qui compte le plus à mes yeux ? Mieux à faire que m'occuper de mon grand frère qui a tout sacrifié pour moi quand on était enfants ? Pourquoi refuses tu de comprendre que je suis ici parce que j'en ai envie ? Parce que je t'aime et que je veux te voir sourire à nouveau ? Je ne suis pas là par obligation Dean.

Le jeune homme aurait aimé pouvoir croire son frère. Il aurait aimé pouvoir être sûr que Sam ne ressentait réellement aucune obligation de l'aider. Mais il savait que ce n'était pas vrai. Et c'était là le cœur du problème. Sam n'était pas là uniquement parce qu'il en avait envie. Avant son accident, ils se parlaient très souvent au téléphone mais son jeune frère ne sacrifiait pas ses études pour venir le voir. Dean ne l'aurait pas laissé faire et Sam n'en avait de toute façon pas envie. Il avait conscience de l'importance de sa réussite. Les choses avaient changé à présent. Il ressentait le besoin de venir voir Dean. Il ressentait le besoin de veiller sur lui. Ce n'était pas l'ordre naturel des choses. Et cela prouvait que le jeune homme se sentait obligé de vérifier que son frère allait bien. Il pouvait le nier tant qu'il le voulait mais c'était pourtant la réalité.

- Sam, si je n'avais pas été blessé, tu ne serais pas là. Tu serais resté chez toi à étudier avec ta merveilleuse petite amie. Tu m'aurais appelé mais tu ne serais pas venu. Je le sais et tu le sais. Cessons de nous voiler la face. Désolé mais je ne peux plus accepter que tu sacrifies tes études pour moi.

Des études que je peux faire uniquement grâce à toi je te rappelle, le coupa Sam froidement.

- Justement … je ne veux pas que tu prennes de risques … je ne veux pas que tu échoues à cause de moi. Et je ne veux pas non plus que tu viennes me voir constamment. J'ai besoin d'être seul. J'ai besoin de régler mes problèmes par moi même. Je n'ai pas besoin de ton aide et certainement pas de celle de Novak.

Sam baissa alors les yeux et Dean en profita pour se remettre debout. Il vacilla une seconde avant de parvenir à retrouver son équilibre.

- Je veux que tu sois parti demain matin.

En entendant ces mots, Sam releva les yeux et la tête. Il avait visiblement du mal à contenir les larmes qui menaçaient de déborder de ses paupières. Il secoua la tête plusieurs fois. Dean avait de la peine pour lui mais il restait persuadé que sa décision était la bonne. Il faisait ce choix difficile pour son frère et pour lui. Pour préserver leur relation et un semblant de normalité dans sa vie.

- Je t'aime Sammy mais je suis en colère contre toi. Je suis en colère parce que tu as jugé bon d'entrer dans le jeu de Novak et de faire ce qu'il te demandait. Je t'en veux et je crois qu'il est préférable pour nous deux de prendre nos distances pour le moment.

- Dean, tu es en train de te refermer sur toi même. Tu repousses toutes les personnes qui t'aiment et tu finiras seul … à ce rythme là tu finiras tout seul. Michael … moi … tu ne peux pas nous repousser.

Dean fronça les sourcils, surpris que son frère mêle son ancien petit ami à cette histoire. Il se demandait à présent si ce dernier avait lui aussi pris contact avec Sam pour tenter de le convaincre de lui donner une nouvelle chance. Il avait la sensation que tous ses proches complotaient dans son dos. Qu'ils s'estimaient plus à même de prendre des décisions à sa place. Qu'ils devaient diriger sa vie. Dean ne pouvait pas les laisser faire. Il se sentait terriblement seul à présent. Il était fatigué et il en avait assez.

- Alors je finirais seul Sam. Je m'en contrefiche. Je préfère la solitude à votre présence constante. Vous parlez de moi dans mon dos. Vous prenez des décisions me concernant sans me consulter et je ne peux pas le tolérer. J'en ai assez de faire en sorte de satisfaire tout le monde … de jouer le jeu pour être accepté. Cette fois ci, j'arrête. Je veux que tu sois parti demain à la première heure.

Il se tourna alors et commença à s'éloigner de son frère. Il avançait doucement avec ses béquilles mais il savait que son frère ne chercherait pas à le rattraper. Il ne prendrait pas le risque de le faire tomber en l'énervant plus encore. Il remonta ensuite le couloir puis entra dans la chambre de Benny et Andrea. Ses amis lui avaient suggéré d'y dormir durant le séjour de Sam et Jessica. Dean aurait préféré dormir sur le canapé mais il doutait de pouvoir le faire dans son état. Il se laissa tomber sur le lit avec un soupire puis jeta ses béquilles par terre. Il se déshabilla rapidement jusqu'à ne porter plus que son boxer puis se glissa sous les couvertures. Il s'installa sur le dos et joignit ses mains au niveau de son ventre.

Il n'en revenait pas de la tournure que les évènements avaient prise. Il s'était disputé avec Sam à cause de Novak. Le médecin allait le lui payer. Il avait l'intention de lui dire exactement ce qu'il pensait de sa petite manœuvre.

Il savait toutefois également que ce qui venait de se passer avec Sam n'était pas entièrement de sa faute. Cette dispute couvait depuis plusieurs semaines. Ils avaient préféré le nier mais Dean ressentait le besoin de mettre les choses au clair depuis un moment maintenant. C'était chose faite. Il espérait sincèrement que sa relation avec Sam ne serait pas altérée de façon durable par ce qu'ils venaient de se dire.

Il estimait avoir eu raison. Personne n'avait le droit de prendre toutes ses décisions pour lui. Mais il aimait Sammy et il avait besoin de lui dans sa vie.

Dean soupira longuement puis attrapa son téléphone sur la table de nuit. Il vérifia l'heure avant d'envoyer un message à Jimmy.

Jason : Je viens de me disputer avec mon frère. Je ne sais pas si je parviendrais à dormir. J'espère ne pas t'avoir réveillé.

La réponse ne se fit pas attendre. Dean sentit son cœur s'accélérer quand il aperçut le nom de Jimmy sur son écran. Il n'était pas seul. Il avait le jeune homme pour lui remonter le moral et lui changer les idées.

Jimmy : Tu ne me réveilles pas. Je suis désolé pour toi et ton frère. J'espère que ce n'est pas trop grave.

Jason : Je l'espère aussi. C'était nécessaire je suppose. Il pense pouvoir prendre le contrôle de ma vie pour moi et même si je l'aime, je refuse de le laisser faire.

Dean savait que Sam ne cherchait pas réellement à le contrôler. Mais il pensait avoir à tort le droit de lui dire quoi faire. Il le jugeait incapable de le faire seul. Il manquait de confiance en lui. Dean sentit sa gorge se nouer. Il n'avait jamais cru que son frère finirait un jour par douter autant de lui.

Jimmy : Parfois, on peut faire de la peine aux gens sans le vouloir. Ne sois pas trop dur avec lui. Je suis sûr qu'il s'en veut.

Jason : Sans doute. Mais pour le moment, je veux juste qu'il s'en aille. Ca ira mieux quand il sera rentré chez lui.

Dean espérait sincèrement que son frère ferait ce qu'il lui avait demandé. Il croisait les doigts pour que Sam et Jessica soient partis quand il se lèverait demain. Il refusait de les affronter. Il refusait de leur parler. Il avait besoin de se retrouver seul pour faire le point. Et pour préparer ce qu'il allait dire à Novak quand il se trouverait à nouveau face à lui.

Jimmy : Tu veux parler d'autre chose ?

Jason : S'il te plait oui.

Dean aimait que son ami sache exactement ce dont il avait besoin sans qu'il soit obligé de le lui dire. Il pouvait toujours compter sur lui pour lui changer les idées. Tant qu'il avait Jimmy, il n'était pas seul. Même si leur relation n'était pas conventionnelle et qu'ils ne se verraient probablement jamais.

Jimmy : J'ai vu un documentaire extrêmement intéressant ce soir à la télévision. Tu veux que je te raconte ?

Jason : Parfait … ça me permettra sans doute de m'endormir.

Jimmy : Ah ah, très drôle.

Dean sourit. Il préférait ne pas se demander pourquoi il était aussi simple pour lui de parler avec son ami. Pourquoi il ne ressentait aucune gêne pour se confier à lui. Il ne voulait pas se poser de questions dont les réponses risquaient de ne pas lui plaire. Il se contenta de lire le message suivant de Jimmy et de s'amuser de la description enthousiaste que son ami faisait de l'émission sur les abeilles qui semblait l'avoir réellement fasciné. Il laissa ses messages calmer quelque peu les battements de son cœur et atténuer le chagrin qu'il ressentait. Il n'y avait que Jimmy qui le faisait se sentir normal. Qui le faisait se sentir lui à nouveau. C'était sa seule bouée de sauvetage. Il savait qu'il serait perdu s'il ne pouvait plus discuter avec lui. C'était aussi pour cela qu'il refusait de rencontrer son ami. Il avait peur d'être déçu. Peur de devoir renoncer à lui et de le perdre pour de bon. Sans leurs échanges de message, sa vie serait extrêmement vide. Elle serait terne et sans intérêt et il avait peur des idées que cela risquait de faire naître dans son esprit fatigué. Il aimait ses amis mais tous marchaient sur des œufs avec lui. Tous pensaient savoir mieux que lui ce qu'il ressentait et pensait. Il n'y avait que Jimmy qui ne se permettait pas de lui donner des conseils. Qui écoutait ce qu'il disait sans le juger. A l'heure qu'il était, il était son meilleur ami et son seul véritable soutien. Cela en disait sans doute long sur le genre de vie que Dean menait. Mais il s'en fichait. Jimmy le rendait heureux. Et c'était tout ce qui comptait à ses yeux.