[Ré-écrit]

Le titre du chapitre vous dit déjà tout. Bonne lecture :)

Chapitre 8 : Attaque

Assez joué, le problème enflait et risquait de se gangrener, notamment si Stefan se ralliait à la tueuse. Damon décida donc de sauter le reste des étapes pour passer directement à la dernière, la réelle attaque, le moment parfait pour recevoir un appel du shérif de la ville.


S'il ne lui avait encore rien dit, il ne dirait plus rien. Mais son frère préparait quelque chose, Stefan ne le repérait désormais que trop bien. Et flairant également tous les dommages collatéraux que cela infligerait, il choisit de prévenir plutôt que de guérir. Pourtant, voici que le dit frère se présente le sourire aux lèvres.

«Ah Stefan, j'ai beaucoup, beaucoup de nouvelles infos sur notre amie Kaelynn.

- Damon ! Puis-je donc savoir ce que tu mijotes ?

- Quoi ? répondit celui-ci en jouant l'innocent. Qu'est-ce que j'ai encore fait ?

- Ce livre ne t'intéresse pas, et pourtant tu l'as encore à la main, pour brouiller les pistes pendant que tu réfléchis à ton prochain méfait.

- Je jurerai que tu aimerais parfois être une sorte d'Edward Cullen qui lit dans les pensées, railla Damon. Mais non, frangin, au risque de te décevoir, je ne prépare absolument rien.

- Oh, même après la gifle ? s'amusa le vampire.

- D'ailleurs, est-ce que ceci pourrait rester entre nous ? marmonna l'aîné, sans gêne mais bien au contraire, se prenant à imiter un mafieux en négociation. Ne me regarde pas comme ça Stefan, c'est moi le grand frère dans la famille. Sérieusement, cette fille est bizarre et je n'ai pas terminé de percer son secret, mais hormis ça je ne prépare rien ! plaida finalement le vampire en levant les mains.»

Son frère mit fin à la conversation, insatisfait, prit son portable et retourna chez Elena pour que Bonnie lui explique en détail ce qu'elle avait découvert. Peut-être que cela l'avancerait plus.

Rien ne valait 168 ans de cynisme et de mensonge pour aussi bien cacher ses intentions.

A ce moment, la jeune tueuse rentrait du Grill après une discussion qui s'était assez prolongée dans la durée où elle s'excusait de son comportement avec Matt. Damon trouva ça pathétique ; un immortel ne doit pas d'excuses à quelqu'un qui ne lui survivra pas. Néanmoins, elle passerait les prochaines heures chez elle à se morfondre, à enquêter sur un fantôme ou à ressasser ses souvenirs, ce qui lui laissait une marge d'action.

Il ne s'attendait cependant pas, alors en discussion cruciale avec le shérif, à ce que la fille de celle-ci les entende et suive la conversation depuis le porche, et ne remarqua donc pas son passage.


«J'étais sûre de connaître ce signe !»

La sorcière était surexcitée. Elle parlait si vite que personne ne comprit et elle dut recommencer plus lentement.

«C'est un signe aztèque. De ceux qui ont créés la malédiction de la pierre et de la lune, vous vous souvenez ? Ils appellent ça «L'arme suprême» ou «L'esprit du Soleil». Les cinq chasseurs de vampires étaient une création de sorcières mais ils n'étaient pas jugés assez efficaces car ils nécessitaient une formation. Ceci en est une forme améliorée à laquelle on a mêlé les pouvoirs que le Soleil a sur eux ; ce n'est pas simplement un humain aux capacités décuplées qui lutte contre les vampires, c'est une entité qui a été créé dans le but unique de les éradiquer.

- Ça a le mérite d'être clair, au moins on sait à quoi s'en tenir ! Les propos probables de Damon résonnaient dans la tête de son frère, qui se demanda si l'aîné avait déjà compris ce message. Mais ce ne pouvait être vrai, autrement ils seraient tous déjà morts.»


Au moins avait-elle soignée une relation aujourd'hui, à défaut de passer pour une piètre sœur aux yeux de deux autres. Kaelynn rêvait d'aller se reposer et d'oublier ce qui s'était passé. Voilà que la pluie vint couronner le tout. Et après tout, peut-être était-ce une occasion de se laver de son passé que le monde lui offrait là. Elle leva la tête vers le ciel, mais sa morosité la poussa à plutôt fermer les yeux.

Damon la sentit s'arrêter avant d'atteindre la porte d'entrée, et n'entendit aucune clé ni poignée tournée, alors que l'averse s'intensifiait. N'importe qui se serait pourtant précipité à l'abris, mais de quoi pouvait donc avoir peur une fille pareille ? De lui, il l'espérait, après ce qu'il lui avait préparé.


«Pourquoi y'a-t-il des lunes ? s'interrogea Elena qui avait pris le grimoire pour le feuilleter.

- On parle aussi d'esprit de la Lune, un équivalent, expliqua Bonnie.

- Tu veux dire qu'il y a une autre de ces personnes qui a pour mission de tuer les loups-garous ? comprit Stefan.

- C'est possible, mais j'en doute. Ils ne sont créés qu'en dernier recours et il n'y a pas assez de loups-garous pour que ce soit le cas. En revanche pour les vampires, il y en aurait bien besoin effectivement ! s'exclama la sorcière, avant de s'excuser aussitôt.»

«Tu es trempée ! rit le vampire à la bêtise de la jeune fille quand celle-ci le rejoignit enfin sur la terrasse. Sinon, ça ne t'a pas fait trop mal de me gifler ? déclara-t-il, le ressentiment réveillé par Stefan plus tôt dans la journée.

- Ah, si, je souffre, si tu savais, feignit Kaelynn, semblant sur la même longueur d'onde, à la fois rieuse et rancunière, et c'est ainsi que son ton se fit plus sec la seconde suivante ; Tu penses que je suis faible à ce point-là ?»

Damon voulait se persuader qu'elle était faible à ce point-là. Mais comme il savait qu'il ne pourrait pas la tuer, il avait décidé de placer son plan sur un autre registre.

«En réalité, il y a bien une question qui me tracasse encore...

- Eh bien elle va continuer de te tracasser si tu comptes sur moi pour répondre, rétorqua la tueuse.»


«Pourquoi se limitent-ils à créer un seul esprit ? reprit la sosie. J'imagine que la question des vampires serait réglée beaucoup plus vite avec une petite armée, même si c'est mieux pour nous ainsi.

- Le livre explique que c'est extrêmement douloureux, difficile, et minutieux, déchiffra Bonnie. Il doit y avoir la participation de l'espèce opposée, donc un loup-garou, qui doit lui donner de son sang. Et ils mentionnent autre chose, de manière à la rendre invincible, mais ça lui enlève une part d'humanité, pour que son corps puisse s'imprégner du Soleil. "Ainsi, le sujet, n'étant plus totalement lui-même, pourra attirer, brûler et empoisonner les vampires comme jamais" lut-elle. Et si le processus n'est pas suivi au détail près, l'arme sera incomplète.

- Incomplète, répéta Elena. Ça veut dire qu'il existe des failles. Stefan, tu n'as pas dit qu'elle courait à la vitesse d'une humaine ?»

Mais un autre mot avait retenu l'attention du vampire, car il expliquait tout à lui seul.

«Stefan ?

- Attirer, elle nous attire ! s'exclama-t-il, puis à l'expression d'incompréhension de sa petite amie, développa ; Le sentiment étrange qui nous pousse à aller vers elle, c'est une attraction. Elle n'a même pas besoin de chercher les vampires, ils se livrent d'eux-mêmes, ils pensent traquer une proie, mordent à l'hameçon et je parie même qu'ils apprécient le poison qu'ils avalent. Et je comprends mieux pourquoi Damon...je suis même sûr qu'il est encore avec elle en ce moment même !»


«Kaelynn, tu n'es jamais contente ! Au moins on est sûr que tu restes une fille, mais si c'est comme ça, moi je rentre !»

Il tourna les talons, ce qui eut le mérite et l'objectif d'intriguer Kaelynn.

«Attends, déjà ? Tu as quelqu'un d'autre à aller saouler ou quoi ?»

Au regard qu'il lui lança, elle devina ce qu'il s'apprêtait à dire et l'imita en même temps qu'il faisait la remarque :

«Et ça connaît le mot soûler aussi ?

- Tu as raison, rentre chez toi, se reprit-elle, blasée, et referma la porte.»

La sonnerie de l'entrée coïncida avec cette fermeture. Pensant que le vampire était passé de l'autre côté, elle traversa la maison de la même attitude, s'apprêtait même à se mettre en colère, quand le shérif la salua.


«Vous pensez qu'elle est au courant de tout ça ? continuait Elena, chez qui l'inquiétude commençait à se manifester, mais ce ne fut rien comparé à celle de Stefan après l'appel qu'il reçut.

«Où sont-ils ? quémanda-t-il, confus mais grave.

- Chez elle, l'informa son interlocutrice.

- Stefan, il y a un problème ? s'assura Bonnie.

- Encore une bêtise de mon frère, rien de conséquent, répondit le vampire en prenant une veste à capuche.

Il sortait en affichant une expression faussement rassurée pour éviter d'autres questions.


«Bonsoir, quelque chose ne va pas ?

- Plus maintenant que nous allons vous arrêter, mademoiselle Brown.»

En disant cela, deux agents qui accompagnaient le shérif prirent la jeune fille par les poignets et l'attirèrent à l'extérieur.

«Mais je n'ai rien fait ! se défendit-elle en trouvant sa phrase bien pauvre de sens.

- Quatre morts dans la forêt alentour à cette maison, pile au moment où vous emménagez, ne me dîtes pas que c'est juste une belle coïncidence, déclara le shérif alors qu'on lui passait des menottes, et la tueuse ne put se retenir de lui murmurer agressivement ;

- Vous savez comme moi ce qu'ils étaient.»

La jeune fille pensait ne pas pouvoir être arrêtée pour avoir tué des vampires qui selon elle étaient loin d'être humains. En réalité, aucune loi ne traitait le sujet. Mais le shérif cherchait à protéger la ville et croyait, avec la participation de Damon qui n'avait même pas eu besoin d'user de l'hypnose pour lui inculquer cette idée, que Kaelynn était encore pire qu'un vampire. Ce dernier réapparut au moment où on commençait à l'emmener, mais lui parut bien différent, trop pour être naturel.

«Shérif, comment allez-vous ? Il y a un problème ?

- Vous êtes là monsieur Salvatore ? s'étonna Elizabeth Forbes, et lui adressa néanmoins un discret regard complice.

- Oui, je discutais avec Kaelynn et venait juste de partir. Alors ce serait elle ? L'assassin ? s'ébahit-il, et le regain d'agressivité de la jeune fille fut pris pour de la résistance alors qu'il était uniquement causé par son dernier mot.

- Il semblerait que oui, répondit le shérif.»

La tueuse apparut alors plus surprise que le vampire de constater que personne d'autre qu'elle ne voyait la supercherie de leur conversation, mais le comble n'allait pas tarder à survenir.

«Ah, mais laissez-moi vous aidez ! se proposa Damon en s'approchant des policiers et saisit Kaelynn par le bras. Cette dernière ouvrit de grands yeux et se dégagea de son emprise, ce qui arracha un bref sourire au vampire, fier et amusé de la déranger ainsi.»

Ils l'escortèrent vers la voiture de police. La dernière chose à laquelle la jeune fille pensa fut pourquoi elle se retenait de parler ouvertement alors que la moitié des personnes présentes étaient corrompues, puis céda la place à son alter-ego susceptible et colérique. Aussitôt débarqué, celui-ci brisa la chaîne des menottes d'un geste, et repoussa les policiers d'un autre, sans ménagement visible, ce qui alerta Damon. Kaelynn se tournait justement vers lui, qui put de nouveau observer ses iris anormaux. Il fut interrompu par une détonation car le shérif, encore sur le porche, avait réagit plus vite. L'attention de l'esprit se détourna alors vers la policière tout en retirant la balle de bois de son épaule d'une étrange facilité. Elle la leva devant ses yeux en feignant avoir eu mal. Le shérif persévéra et releva son arme, alors la jeune fille se précipita pour rejoindre les bois.

Quand ils entamèrent de la poursuivre, le vampire fut obligé de courir à l'allure du shérif mais restait confiant, car la tueuse avait trop tendance à se sentir à l'abris dans la forêt.


L'averse avait grandit et le sol imbibé d'eau ne pouvait plus en absorber, si bien que des flaques et de la boue menaçaient de la faire tomber à chaque pas, mais Kaelynn n'arrêtait pas sa course, jusqu'à ce que sa transformation se termine à son insu. Elle n'était plus en face d'un ennemi, alors c'était inévitable, mais pourquoi, alors que sa nature lui posait tant de problèmes, était-elle si volatile ? Elle jugeait qu'un tueur de vampires efficace devrait pouvoir contrôler ses transformations, ou même pire, être constamment prêt à attaquer. Et comme à chaque fois qu'elle s'était blessée alors qu'elle n'était pas elle-même, la douleur ne vint que maintenant et elle s'adossa à un arbre pour soutenir son épaule. Elle se retint de crier et essaya de ne pas faire trop de bruit. Damon et le shérif couraient à deux cent mètres de là, elle les voyait et se décourageait de n'avoir pu les semer efficacement. Enfin, elle désespérait à nouveau de sa faiblesse, qu'elle ne considérait pas légitime après ce qu'elle avait vécu.

Elle sentit ses agresseurs s'approcher, et la proximité avec le vampire lui redonna des forces, si bien qu'elle pu reprendre la course. Mais à peine avait-elle fait trois pas que sa gorge fut violemment enserrée et que son dos percuta un arbre.

«Elle ne sait pas j'imagine ?

- Venez vite shérif, je l'ai attrapée !

- Mais à quoi est-ce que tu joues ? s'étonna la tueuse.

- À détruire ce qui pourrait me détruire, assura le vampire.

- Je ne dirai rien, promit-elle, mais la couleur de ses yeux indiquait qu'elle dirait n'importe quel mensonge pour parvenir à sa fin, ce qui n'était pas pour plus rassurer Damon.»

Le shérif arriva rapidement, mais essoufflée, n'avait pas levé son arme assez vite, tandis que l'esprit profita de la diversion pour envoyer son genou dans le ventre du vampire et le plier en deux. Il la relâcha et elle décampa aussitôt.


La porte était ouverte et la lumière allumée. Cette présentation n'annonçait déjà rien de bon. Stefan se posta devant la porte, et ne pouvant entrer, tendit l'oreille.

«Je n'entends rien, il n'y a personne.

- Si, deux policiers inconscients.

- Allez Caroline, on peut la sentir ! Elle est dans les bois.»


Kaelynn n'était pas partie loin, et Damon pouvait encore la voir. Il ne prit pas la peine de réfléchir et fila en courant de sa vitesse naturelle, ce qui ne manqua pas d'interpeller le shérif.

Mais il ne lui avait jusqu'alors manqué que ça pour être efficace, et il rattrapa la jeune fille plus vite qu'elle n'était partie. Il la plaqua contre un arbre de nouveau, quoiqu'encore plus fort cette fois. Puis il vit le rond de bois qui dépassait du buste de Kaelynn. Une branche du tronc de l'arbre l'avait transpercée, et ce juste au niveau du cœur. Il se demanda ce qu'il adviendrait de son plan si elle mourait, ne pouvant se décider de sa réussite, perdant, encore une fois, tout ce qui avait servi à l'occuper depuis des semaines. Une pointe de remord perça en lui, non pas à la mort imminente de la tueuse, mais au vide qui grandissait en lui quand elle s'en allait.


«Qu'est-ce qu'a dit Bonnie ? s'intéressa la vampiresse, tandis que Stefan rangeait son téléphone.

- L'Esprit du Soleil n'est pas entièrement humain, il finit toujours par guérir, expliqua-t-il.

- L'esprit soit ! Mais est-ce que Kaelynn et l'Esprit, c'est un seul et même élément ?»

Le visage du vampire, rassuré par les dires de la sorcière, se teinta soudain de la même inquiétude que Caroline.


Puis son attention se tourna vers son sang, d'une brillance singulière, et il commit l'erreur de toucher la branche. La tueuse, encore consciente, le vit porter des doigts rouges à sa bouche, complètement fasciné. Elle l'était aussi, ravie de la tournure de la situation, et un sourire lui échappa. C'est à ce sourire que Damon fut interpellé, se ressaisit et essuya sa main contre l'arbre, puis se mit à observer Kaelynn plus attentivement, se demandant pourquoi elle était encore en vie. L'esprit ne perdit pas de temps, arracha le bout de branche qui dépassait d'elle et le retourna contre le vampire.


Le shérif était arrivé et se précipita pour aider Damon alors que celui-ci venait de retirer le bout de bois de sa cuisse. Pendant ce temps, Kaelynn s'était extirpée de la branche tant bien que mal et tentait de respirer, une main sur sa blessure. Celle-ci fut ensanglantée en quelques secondes et des filets de sang ne tardèrent pas à lui glisser entre les doigts. Elle priait pour rester en transformation, et se haïssait de n'avoir pas son herbe salutaire avec elle.

«C'est Damon ! C'est Damon le danger, madame Forbes ! Regardez donc ce qu'il m'a fait ! suppliait-elle presque, à terre.

- Quel genre de personne, morte ou vivante, peut encore dire ça après un tronc dans le cœur ? opposa le vampire.»

Mais le shérif voyait bien la situation. Elle sortit son arme, et Damon pesta, se disant qu'il aurait à la tuer. Elizabeth tourna le pistolet vers Kaelynn. La jeune fille entama alors de se relever tout en soufflant doucement, la main toujours sur sa blessure, reprenant un calme étonnant. Elle fit un pas vers le shérif.

«Je dois vous dire...»

PAN !

La policière lui avait tiré dessus, lui précisant de ne pas s'approcher.

Mais Kaelynn, une balle dans le genou, continua d'avancer, plaçant les mains en avant pour lui signifier de se calmer :

«Je ne vous veux aucun mal, je ne veux pas vous ble...PAN ! Je tue uniquement les vamp...PAN ! Je suis pas un dan...PAN!»

Là, Kaelynn perdit le contrôle et un éclair traversa ses yeux, qui effrayèrent le shérif, alors celle-ci tira une nouvelle fois.

«Les balles en bois ne me font rien...PAN !»

C'en était assez. Kaelynn s'attaquait désormais bel et bien à Elizabeth, qui n'aurait pas mieux résisté que Damon si la jeune fille n'avait pas été interceptée à temps. Le shérif fut également plaquée au sol, et s'apprêtait à répliquer, quand elle reconnut la tête blonde de sa fille. Stefan ne retint pas la tueuse bien longtemps et elle disparut une nouvelle fois dans les bois.

Damon était restée à terre à les observer. Ce n'était, bien sûr, pas censé se passer ainsi mais il avait tellement eu de désillusions sur ses plans que cela ne l'étonnait plus. Seulement, aussitôt que la brune s'était éclipsée et que l'arme du shérif était tombée devant lui, il ne laissa pas le temps à son frère de l'arrêter et fila à la suite de Kaelynn. Il la rattrapa sans mal, sans même se faire remarquer, se planta devant elle, lui adressa un sourire satisfait, puis lui tira une balle dans la tête.


Caroline vérifiait l'état de sa mère tandis que Stefan avait remarqué la flaque de sang au pied de l'arbre, à quelques mètres seulement, jurant qu'elle scintillait comme le reflet d'un rayon de soleil sur l'eau. Il ne pouvait pas passer à côté de toute façon. Mais la vue se mêlait à présent à l'odeur, et l'envie en fut dédoublée. Un festin se présentait à lui, qui ne risquait plus de blesser personne, qui n'aurait aucune conséquence.

«Va les retrouver !»

La voix de Caroline n'aurait pas eu d'effet si elle ne l'avait bousculé en même temps pour le faire réagir, ce qui fonctionna, et il s'élança à leur poursuite.


Il lui fallut quelques minutes pour rouvrir les yeux, mais ce ne fut pas long. Kaelynn entreprit de se relever, quand elle entendit le vampire, tranquillement adossé à un arbre, râler exagérément : «Oh, mais tu n'es pas encore morte !». Essoufflée, elle posa les mains sur les genoux et lui jeta un regard plein de haine.

«Ce n'est pas parce que ça me tue pas que ça ne fait pas mal»

Il leva les yeux au ciel puis l'arme vers elle, mais un cliquetis vide lui indiqua qu'elle était à présent inefficace. Damon n'avait détourné l'attention qu'une seconde mais quand il releva la tête vers la tueuse, cette dernière s'était déjà remise à courir. Il courut à son tour et l'attrapa par la taille ; elle glissa, se débattit, lui envoya un coup de pied au visage, s'extirpa, et, reculant et respirant à pleins poumons, elle se révolta :

«Mais que t'ai-je fait ?

- Tu es une menace, lança-t-il avec désinvolture.

- Pourtant il y a encore un quart d'heure je n'avais aucune intention de te tuer, se défendit-elle, essuyant les gouttes d'eau qui lui ruisselaient sur le visage et lui bouchaient la vue.

- Vraiment ? s'étonna-t-il d'un air sadique plutôt inquiétant et se rapprocha d'elle. Tu dois être un ange !»

Il s'approcha encore et ajouta, plus bas : «Mais j'en viens à penser que tu n'es pas si forte que ça».


C'était vrai qu'il scintillait, mais sa longue observation lui permit de déceler le rouge profond qui le composait derrière l'étincellement. Sa main avança d'elle-même, prenant naturellement son temps, savourant chaque centimètre de moins qui la séparait de la branche sanguinolente. La vampiresse s'extasiait déjà de ce qu'elle s'apprêtait à goûter, quand une autre main, se posant sur son poignet, l'en éloigna. Sa mère la somma alors de rentrer.


La rage qu'elle n'avait pas vu arriver la submergea et elle criait tout en se jetant sur le jeune brun. Ils roulèrent, se frappèrent, se blessèrent. En plus d'être déjà trempés par l'orage, ils étaient subitement humides de sang. L'odeur cuivrée leur monta au nez, dégoûta l'une, stimula l'autre.

Quand Stefan arriva, il crut qu'ils étaient devenus inséparables, et en effet, Kaelynn était désormais autant déterminée que Damon à le tuer, les deux se défoulant, aucun ne se laissant faire. Il conseilla à la brune de se calmer, et, voyant bien qu'elle ne l'écoutait en rien, voulut approcher pour lui faire comprendre plus intensément, quand un rappel à l'ordre olfactif le tint à l'écart.

Plus surprenant, ils ne semblaient même pas l'avoir remarqué, continuant leur combat sans prêter attention au vampire qui alors se décida, retint sa respiration et attrapa fermement la tueuse, l'empêchant de plus attaquer. «Stop Kaelynn ! Tu dois te calmer !». Il avait beau s'être époumoné pour lui faire comprendre, en réponse, la jeune fille se débattait de plus belle, ses yeux cherchant furtivement à trouver Damon, son corps cherchant instinctivement à l'atteindre. S'apercevant soudain être retenue, elle repoussa Stefan, mais il la poussa à son tour et elle se cogna à un arbre au pied duquel elle tomba dans le même élan. Lui tenant les bras, l'intimant de se calmer, l'esprit s'indigna qu'il ne comprenne pas sa situation. Même si elle voulait bien tendre à la sérénité, elle serait de courte durée car la conséquence de ses blessures la seconderait dans l'instant. Ses pieds glissèrent sur le sol dans de nouvelles tentatives pour rejoindre Damon.

Toutefois celui-ci n'était pas parti très loin, juste de quoi se saisir d'une pierre et se placer correctement pour l'envoyer tellement fort sur Kaelynn qu'elle lui pénétra dans le corps. La jeune fille se tut de douleur, devina que c'était le morceau de trop. Elle le retira néanmoins, puis prit le temps de jeter un coup d'œil aux deux vampires et de s'inquiéter de ce qu'il adviendrait d'elle après ce qui suivrait, posa une main sur sa nouvelle blessure comme pour se protéger d'autres, et enfin s'évanouit. «C'est comme ÇA qu'on fait !» démontra l'aîné sous les yeux ahuris de son frère.


Elle ne s'y attendait pas mais elle ne mit pas longtemps à faire surface de nouveau, se sentit transportée, et émergea complètement, pile pour entendre le coulissement de bois qui la retiendrait enfermée dans la pièce. Autrement, elle aurait bien remarqué que c'était une cave, elle aurait bien confirmé qu'il n'avait fallu que quelques minutes de son inconscience pour se trouver devant une difficulté dédoublée, mais s'était remise à crier, comme un appel immédiat. Elle tapait contre les murs, espérant qu'ils soient Damon.

«Tu es peut-être différent des autres de ton genre, mais je te ferai la peau quand même», adressa-t-elle à l'intention de Stefan qu'elle sentait de l'autre côté de la porte et qui s'était manifesté en ouvrant la fente pour vérifier son état.

Ils se fixèrent un instant, imperturbables, jusqu'à ce que le renversement survienne. Kaelynn ne put alors plus prêter aucune attention au vampire. Trempée, haletante et essoufflée, ses yeux revenus à la normale, elle s'écrasa au sol, sortant soudain du champ de vision de Stefan.


Les premiers cris qui déchirèrent l'atmosphère furent à attribuer aux balles du shérif qu'elle extirpait périlleusement de son épaule, de sa poitrine, de son genou, de sa hanche et de son bras, et enfin de sa tête. Des gémissements suivirent, qui relevaient désormais des trous qu'ils lui restaient à ces endroits, mais également des empreintes de la branche et de la pierre, œuvres de Damon.

Stefan la rejoignit enfin, son attention trop tournée vers la survie de la jeune fille pour se soucier de lui prendre son sang. Accroupi près d'elle, qui peinait à respirer, il considéra ses blessures un instant avant de sitôt s'affoler en réalisant qu'elles ne guérissaient pas d'elles-mêmes.

Un esprit ne pouvait pas être atteint à ce point sans échappatoire autre qu'une guérison naturelle, qui prendrait des mois si tenté qu'elle tienne jusque là ; sa création n'avait pu être autant ratée. Il saisit alors qu'elle bougeait les lèvres depuis une bonne minute pour lui dire quelque chose, approcha son oreille, et se rendit aussitôt dans la cave adjacente. Stefan arracha quelques plantes rapidement mais soigneusement pour ne pas se brûler. Croisant son frère assis sur le congélateur en train d'engloutir une pochette de sang, il laissa échapper une insulte en passant et le vampire se tourna dans un «Hein ?» étouffé par la paille qu'il avait dans la bouche, puis se reconcentra sur sa source d'énergie.

Stefan tendit les pousses de verveine à la jeune fille qui ne semblait plus rien remarquer. Il souleva son cou et essaya de lui en faire avaler en vain, sa mâchoire ne réagissant pas. Il envisagea les autres possibilités et se décida à rendre l'herbe liquide pour faciliter son ingestion ou au pire, lui injecter dans les veines, quitte à se blesser. Or il trouva Bonnie à l'étage pour l'en empêcher et s'occuper de la verveine elle-même, tandis qu'il cherchait une seringue.

Il tenta une injection pleine à l'intérieur de chaque coude et patienta, son regard dérivant sur les cicatrices laissées par son frère, se demandant si elles appelaient à des remords ou à des souvenirs de lui, ce qu'il n'avait pas eu avec Damon. Puis l'odeur de sang s'étant faite moins forte, il comprit que les blessures s'étaient refermés. Kaelynn réussit même à ouvrir les yeux un instant et à faire un peu d'humour devant le regard hébété du vampire : «Ce qui vous tue me rend plus forte».


«Alors, comment va la tueuse de vampire en détresse ?»

L'impertinence de Damon, qu'ils aient été d'accord avec lui ou non pour cette attaque, accordait à tout le monde un silence gêné.

«Elle s'est endormie, déclara enfin Stefan.

- Tu l'as laissée dormir dans la cave ? s'étonna Elena.

- Mais non, elle est à l'étage, répondit-il. Tu as un problème avec ça Damon ?

- Oh non, aucun, juste une tueuse de vampires qui dort à l'étage. Une tueuse de vampires Stefan, répéta-t-il en pointant du doigt son frère puis lui-même.

- Est-ce qu'elle va bien ? détourna la sosie.

- Avec une bonne dose de verveine oui, expliqua Stefan, ayant droit aussitôt à un faux sourire de son frère.

- Mais, je ne pourrai jamais l'hypnotiser ! remarqua alors ce dernier, surjouant le désespoir.

- C'est logique, comprit Bonnie, tout comme l'Esprit de la Lune guérirait avec de l'aconit, l'Esprit du Soleil, qui combat les vampires, guérit avec de la verveine, plante qui détruit les vampires.

- Euh, qui parle d'esprit là ? s'intéressa Damon.

- Kaelynn est l'Esprit du Soleil, expliqua la sorcière, qui s'exprime quand elle cherche à tuer des vampires. En temps normal, il devrait s'exprimer constamment, parce que c'est son seul but, de même que ses yeux devraient être constamment dorés, mais je crois que sa transformation a été mal opérée.

- Pardon, mais pour les avoir vu de près plusieurs fois, et ce n'est pas pour m'en réjouir, ses yeux ne deviennent pas dorés mais bleus, rectifia le vampire.

- C'est ce que je dis.

- Ah, ce serait pour ça qu'elle court aussi lentement, continua-t-il, s'étonnant de non pas énumérer les dangers qui provenaient de la nouvelle venue, mais ses faiblesses. Hum, Elena, pourquoi m'observes-tu ainsi ?»

Elena ne perdait pas de vue ce qu'avait fait Damon ce soir-là, si bien qu'elle ne pouvait s'empêcher de le fixer. Elle sortit de ses pensées quand Bonnie décida de monter à l'étage et la suivit pour jeter un œil à la blessée.


Il ne restait que les deux frères, le cadet voulant calomnier l'aîné, mais sachant pour l'avoir trop vécu que ça n'avancerait en rien la situation. C'est donc Damon, en réponse à un regard insistant, qui décida de s'expliquer.

«C'est mon sens de l'auto-protection hyper développé.

- Ne plaisante pas avec ça s'il te plaît, tu n'en as pas marre d'essayer de tuer tout ce qui bouge ? rétorqua aussitôt son frère.

- Eh ! Elle m'a attaqué, et nous menace tous ! s'exclama-t-il.

- Tu ne l'avais pas cherché peut-être ? Je te signale qu'elle est venue s'excuser, qu'elle n'avait aucune intention de nous faire du mal !

- À toi peut-être pas, mais à moi si, se justifia Damon.

- Mais toi, tout le monde a envie de te tuer ! s'emporta Stefan. Est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ce soir ?

- Elle ne peut pas mourir ! répliqua le vampire. Mais je te l'accorde, je me suis un peu laissé emporter, c'est juste que je reste convaincu qu'elle nous tuera tous, vous même avez dit qu'elle était faite pour ça !

- On l'a transformée contre son gré, c'est pour régler ça qu'elle est ici. Alors on ne lui laisserait pas le choix de déterminer elle-même ce qu'elle est ?

- Je t'aurais prévenu, termina Damon, quittant la pièce accompagné de sa boisson pourpre.»


Ce dernier décida de monter à l'étage à son tour, sans pour autant abandonner son verre, réalisant à peine la provocation que celui-ci représentait devant une tueuse de vampires. La jeune fille était installée dans la chambre d'un vampire justement, quel comble. Mais où dormirait son frère ? Est-ce qu'il irait chez Elena ? Ah non, il ne risquerait pas de laisser son frère aîné psychopathe seul sous le même toit que Kaelynn, évidemment.


«J'ai découvert ce que tu es, entendit-il à quelques pas de la chambre.

- C'est le cadet de mes soucis ce soir, répondit la voix faible mais sensiblement en colère de son ennemie. S'il vous plaît, laissez moi.»

Il entendit ensuite les deux filles s'accomplir, mais l'une fit demi-tour, revenant vers le lit, et il reconnut ce déplacement comme étant celui d'Elena. Il sentit Bonnie s'arrêter alors, et Kaelynn se mettre en position assise en retenant sa respiration.

«Tu as encore mal ?

- C'est parti pour quelques jours.

- Je suis désolée, il est souvent comme ça, expliqua la sosie.

- Et après quoi, il ne faut pas lui en vouloir ? réagit la brune. Arrête d'avoir pitié de lui s'il te plaît, il n'en a pas besoin, et moi non plus.

- Je voulais simplement m'excuser parce que je sais que lui ne le fera pas, continua difficilement la jeune fille.

- Et tu es son tuteur maintenant ? rétorqua la blessée.»

Bonnie posa une main sur la bras d'Elena pour lui signifier qu'il était temps de la laisser tandis que Damon ne pouvait que remarquer que le franc-parler de la tueuse en colère lui ressemblait.

«C'est normal, tu n'es pas en l'état, reprit la brune. Je voulais juste te dire qu'il nous a déjà fait du mal à tous, mais quand on arrive à dépasser ça, il peut être extra.

- Permet moi d'en douter.»

Bonnie adressa un regard approbateur à Kaelynn et les laissa, obligeant Damon à se cacher pour continuer son oeuvre d'espion.

«Enfin, il t'a déjà envoyé un caillou si fort dans le ventre qu'il est arrivé jusqu'aux reins ? reprit la brune.

- Il a déjà tué mon frère, déclara Elena.

- On dirait que c'est à qui il aura fait le plus mal. Mais, tu parles bien de Jérémy ?

- Il a été sauvé par sa bague, ça fait longtemps et il y avait des circonstances atténuantes, mais je lui en veux toujours un peu.

- Un peu ? Si quelqu'un avait touché mon frère, il serait éparpillé en morceaux dispersés sur toute la Terre, assura la jeune fille, cherchant encore qui avait tué le sien, et sachant maintenant où avait atterri la bague que son précepteur lui avait confié.

- Tu as un frère ?

- J'avais, rectifia-t-elle.»


La sosie souhaita à la tueuse de bien se reposer et se retira, sans remarquer le vampire dans le couloir qu'elle laissa derrière elle.

«Je pensais que tu m'avais pardonné Elena.

- C'était pour faire plaisir à Stefan, en vérité je suis rancunière, rétorqua la brune.

- Alors on commence à mentir à son copain hein...

- Arrête ça Damon. Je t'ai bien pardonné, mais pas à 100% c'est tout. Et c'est pareil pour tout ce que tu fais. Tu crois qu'on peut oublier en un claquement de doigts ? Réserve ça à ceux que tu hypnotises. Et, qu'est-ce que tu viens faire là ?

- Je suis chez moi je te rappelle, répondit-il en avalant une gorgée de sang pour digérer l'affront inopiné qu'elle lui faisait. Et puis j'ai déjà assez essayer de la tuer pour aujourd'hui je pense.

- Tu es irrécupérable.»

En effet, lui-même se donnait parfois l'impression de s'être engouffré dans le puit de l'impitoyabilité et qu'il peinerait à essayer d'en sortir.


«C'est incroyable, comme ils se rangent tous de ton côté, ça y est tu t'es enfin faite des amis ? railla-t-il en rejoignant la jeune fille sans attendre.»

Celle-ci ne répondit pas, elle avait fermé les yeux.

«Arrête de faire semblant, tu n'as pas pu t'endormir en une minute» lui lança-t-il mais elle ne répondit pas plus.»

«Non mais je rêve, elle dort vraiment ?»

Il approcha, curieux, et posa son verre, puis se mit à la secouer.

La jeune fille ouvrit les yeux à moitié, ce qui était suffisant pour voir le visage de son agresseur juste devant elle, alors elle recula par reflex, se retourna et les referma. Damon se sentit chanceux qu'elle ne lui ait pas envoyé un coup par réflexe car il n'aurait pas eu le temps de réagir. Il contourna le lit pour mieux l'observer et constater qu'elle s'était réellement rendormie. C'était aussi bizarre qu'inconcevable.

Mais pour peu qu'elle passe pour une paresseuse, son sommeil était étonnamment paisible après la soirée qu'elle venait de passer. Il n'avait encore jamais vu quelqu'un dormir de la sorte, apparaissant innocente mais pâle, et, ça lui faisait mal de l'admettre, même plutôt mignonne. Ce ne fut que là qu'il cerna la jeune fille, comme obligée de se défendre le jour contre la réalité de la vie, de paraître forte et impassible, et retrouvant la nuit toute sa fragilité, sa vulnérabilité, sa réelle identité, enfouie bien au fond, l'identité d'une personne qui avait du grandir trop vite et qui ne demeurait en fait qu'une enfant.

Il fut interrompu dans sa contemplation par Elena, venue prendre une couverture pour son petit ami, qui l'interrogea d'un regard des plus intrigués. Damon se dirigea vers la porte et la rassura nonchalamment ; «Ne t'inquiète pas, je n'ai pas essayé de l'étrangler dans son sommeil.»