Combien de temps j'étais resté là, sur ce toit ? J'ai entendu le bruit des sirènes de pompiers et des gens qui parlaient dans un brouhaha indiscernable, et puis le calme pendant des heures. La lune tombait déjà et je n'arrivais pas à bouger, allongé là. Mes bras refusaient, mes jambes refusaient, mon corps entier était paralysé. Je me sentais vide.
Pour une raison que j'ignore, Plagg me détransforma de lui même et s'assit sur mon torse en me regardant dans les yeux.
« Adrien… »
Je savais ce qu'il allait me dire. J'ai ouvert la bouche pour répondre, mais je n'avais rien à dire. Les mots ne sortaient pas.
« Adrien, tu dois réagir, tu ne peux pas rester là pour toujours. ça fait des heures... »
Et donc ? Je n'avais rien d'autre à faire. Ma vie n'avait aucun sens. Mon père me déshérite, mes amis me haient, et maintenant ma Ladybug est morte. Elle était celle pour qui je vivais, celle pour qui je me battais. Je voulais la rendre heureuse, j'ai tout foiré.
Mais je n'ai rien répondu, encore.
« Fais quelque chose, reste pas juste là, comme ça ! »
Plagg avait haussé les tons. Je m'en foutais.
Je le vis flotter, me regarder, et s'enfuir quelque part à toute vitesse quelque secondes après. Lui aussi m'abandonnait.
J'ai fermé les yeux alors que la brise de la nuit m'effleurait le visage. Je me sentais tellement seul.
Est-ce que ce pourquoi je me battais en valait vraiment le coup ? Nous y avons tous sacrifié tellement, entre nos vies sociales, sentimentales, tout avait été gâché à cause de… À cause de qui ?
Le "maître" était celui qui nous avait donné les Miraculous, à nous. Il aurait pu choisir n'importe qui d'autre, pas deux gamins à peine sorties de l'école primaire. Pourquoi pas des adultes, des gens qui savent gérer les responsabilités ?
C'était un malade, il avait fait de notre vie un enfer alors que nous étions si jeunes et innocents.
J'ai rouvert les yeux pour voir une lune rougeâtre me dévisager. J'aurais dû refuser cette foutue bague.
Je la détachai de mon doigt et la passai sous mes yeux pour la regarder avec plus d'attention. L'empreinte de chat, un symbole si familier et pourtant si destructeur. Je devrais sans doute la jeter quelque part et fuir toutes ces emmerdes le plus loin possible.
Je clignai des yeux l'espaces d'une seconde, il ne suffit que d'une seconde. Une odeur nauséabonde frit mes narines. J'ai bondit sur moi même, mais l'Akuma virevoltait déjà sous mes yeux.
« Non, dégage ! »
Tentant de reculer pour échapper à l'emprise de la chose, ce fut le vide dans mon dos qui me stoppa net. J'ai regardé derrière moi ; je ne pouvais pas sauter sans être transformé en Chat Noir, l'immeuble était beaucoup trop haut.
Ladybug le répétait souvent : penser à des choses positives.
En surveillant l'arrivée dangereusement rapide de l'Akuma, j'ai tenté si fort de penser à des choses positives. Mais rien ne me venait en tête. Seulement le froid de la mort, la douleur de l'abandon.
L'Akuma s'est posé sur mon Miraculous.
« Adrien. »
Est-ce que c'était la voix de l'Hawk Moth ?
« Le monde est cruel pour les âmes qui demandent justice. Vous, les miraculous, avez toujours voulu faire le bien, mais vous vous battez contre la mauvaise personne. Joins toi à moi, détruisons ensemble le règne de celui que vous nommez le "maître", il est responsable de ton malheur et de celui de tant d'autres. »
Mon esprit était flou, une part de moi voulait encore se battre, mais ce qu'il disait faisait sens. Peut être que l'Hawk Moth était plus raisonnable que ce qu'il paraissait être ? Je suis resté silencieux pendant quelque seconde, regardant sous moi les passants marcher dans la rue sans soucis.
C'était injuste. Tellement injuste. Tout ce que je voulais, c'était être normal.
« Est-ce que je pourrais faire ce que je veux ?
- Evidemment, Adrien.
- Marché conclu. »
Je n'avais plus rien à perdre. Plus de Ladybug, plus rien. Luter ne servait à rien, alors pourquoi ne pas être celui au contrôle après tout ?
L'aura de l'Akuma enveloppa mon corps, et me transforma. J'étais Chat Noir à nouveau, l'authentique Chat Noir.
Et Paris était mienne.
