TITRE : SCOTTFIELD'S LEGEND

Auteur : Marianclea

CHAPITRE SEPT

Nouveau chapitre... Où tout devient légèrement plus compliqué.

Enjoy it !


Mars 1876 - Londres, Demeure du Duc de Worthington

Le Duc était satisfait de sa journée. Son plan fonctionnait à merveille. Bientôt il pourrait asseoir définitivement sa puissance et sa richesse.

Le courrier qu'il avait adressé plus tôt à son vieil ami Byron Gloucester porterait ses fruits. Il n'en doutait pas. Mais il devrait lui répondre rapidement.

Certes, il avait la main mise sur le Baron de Winter mais il allait devoir ruser pour lui faire accepter cette union avec sa fille chérie.

Les rencontres qu'il avait pu organisé lui avaient démontré l'affection profonde qui les liait et se séparer d'elle serait difficile. Il allait devoir la jouer serré. Un petit coup de main ne serait pas trop superflu. Restait à déterminer qui servirait ses intérêts. A son insu de préférence.

Il n'eut pas à chercher bien longtemps. Son majordome vint l'informer qu'un visiteur désirait s'entretenir de toute urgence avec lui. Alors qu'il s'apprêtait à refuser, il lui déclina son identité.

Un sourire démoniaque étira ses traits. Oui. Pourquoi pas ?

En pénétrant dans le bureau du Duc, John Winchester ressentit comme un frisson dans son dos. Se secouant légèrement pour dissiper le malaise, il s'inclina et prit place dans le fauteuil que lui désigna son hôte.

- Mes respects, Monsieur le Duc.

- Bonjour Comte de Kent ou plutôt John. Alors que me vaut l'honneur de votre visite ? Cela fait longtemps que vous n'êtes pas venu ici. Un problème avec les visites hebdomadaires de vos fils ?

- Eh bien…

- Oui John je vous écoute.

- Monsieur le Duc, je vous prie d'excuser la question qui va suivre mais j'ai besoin d'être fixé et seul vous me paraissez être à même de répondre. J'ai déjà interrogé mon cadet à ce sujet mais sans résultat. Vous n'êtes pas sans ignorer que mes relations avec mon fils aîné Dean ne sont pas de tout repos.

- En effet. Je l'ai entendu dire. Les domestiques de nos jours ne sont plus aussi fiables que leurs prédécesseurs que voulez-vous. Mais je ne vois pas bien comment vous aider. Je dois dire que vous me surprenez, John. Vous me prêtez des pouvoirs que je n'ai pas.

- Pas de cela entre nous Monsieur le Duc. Nous savons l'un et l'autre les réels pouvoirs dont vous disposez. Si je vous sollicite aujourd'hui c'est que je n'ai guère d'autres choix. Mon fils aîné refuse de m'adresser la parole depuis un an et son cadet le soutient dans sa rébellion. Alors voilà : au dernier bal que vous avez organisé, mon fils a-t-il rencontré une jeune personne ?

Le Duc observa silencieusement son homologue. Quelle curieuse question ? Pourquoi John Winchester viendrait à lui poser ce type d'interrogation ? John Winchester était connu pour un être un homme de valeur avec un fort caractère. Peu d'informations sulfureuses circulaient à son propos. Fidèle à sa femme jusque dans son veuvage. Il devait en savoir plus. Cette histoire l'intriguait.

- A ma connaissance, je n'ai rien noté de semblable. Mais je peux me renseigner. Vous connaissez l'appétit de votre fils Dean pour la gente féminine. Je crois bien qu'il a du essayer de courtiser la moitié des femmes présentes à mes soirées depuis qu'il y est admis. Il faut bien que jeunesse se passe.

John avait retenu son souffle devant la réponse de son hôte. Ainsi même le Duc n'avait rien remarqué. Quelqu'un devait bien avoir vu quelque chose pourtant !

Le Duc reprit devant l'air déçu de John :

- Enfin John. Quel est le problème ? Vos fils découvrent les plaisirs de la vie ici. Nous en avions déjà parlé. Cela vous pose-t-il souci ? A moins que vous n'ayez l'intention de marier l'un d'eux ?

Le silence de son invité prit tout son sens.

- Je vois John. Ecoutez. Je n'ai pas prêté attention plus que cela à vos enfants. Vous m'excuserez. Mais je peux le surveiller si c'est bien cela que vous me demandez et vous informer si jamais une telle situation se présentait.

- Merci. Monsieur le Duc.

D'un regard, il le congédia. L'entretien était clos.

En franchissant les portes de la demeure du Duc, John se fit la réflexion qu'il avait pris la bonne décision. Pour lui. Pour son fils.

Adossé à son fauteuil en cuir, le Duc avait suivi le départ de son invité. Sans le savoir, le Comte de Kent venait de lui enlever une sérieuse épine du pied. Il saurait le remercier en temps voulu.

En attendant il tenait son plan. Dean Winchester allait servir ses intérêts. Après tout il était de notoriété publique qu'il était un coureur de jupons patenté. Sa réputation n'était plus à faire. Sans compter son caractère bien trempé et virulent qui le portait naturellement vers la bagarre et les ennuis. Il suffirait de démontrer au Baron de Winter que sa précieuse fille serait davantage protégée avec un homme ayant de l'expérience et une solide assise financière qu'un jeune blanc bec dont les motivations réelles étaient exclusivement sexuelles.

Voilà qui promettait d'être intéressant.

XXX

Même jour - Londres, Oxford Street

Enfin seul se dit Samuel Winchester lorsqu'il peut regagner sa chambre, le ventre bien rempli. Heureusement il n'avait pas recroisé son père. Il avait ainsi pu déjeuner dans le calme et réfléchir à ce qu'il allait bien pouvoir dire à son frère.

Il savait au fond de lui que la réponse neutre qu'il avait donnée à son père serait insuffisante. La question serait reposée plus tard sous une autre forme. Il espérait juste que cela lui donnerait le temps nécessaire pour retrouver Dean et convenir avec lui d'un mensonge réaliste.

En attendant de lui mettre la main dessus, il devait reprendre son travail.

En début d'après-midi, il entendit son père quitter la demeure. Sans doute pour se rendre à son club de whist.

Il ne le reverrait pas avant demain ce qui lui laissait carte blanche pour coincer son frère si ce dernier rentrait. Sinon il serait quitte à aller le chercher. Là-bas. A Whitechapel. Dieu qu'il n'aimait pas cet endroit !

Seize heures sonnèrent à l'horloge.

Le temps avait filé sans qu'il s'en aperçoive.

Levant des yeux fatigués de son ouvrage de droit de la famille, il s'étira et se leva. Se postant devant la baie vitrée il regarda le ciel dégagé et se décida pour sa promenade quotidienne. Il devait acquérir un ouvrage dans la boutique de Lawsons & Sons alors autant faire d'une pierre deux coups.

S'habillant chaudement, il prit la direction de Regent Street et de son quartier animé. Depuis qu'il était enfant, il aimait cette rue. Ses boutiques. Son atmosphère. Croiser les passants. Dépasser les domestiques les bras chargés de paquets de leurs maîtres. Entendre le rire des enfants devant la boutique de jouets de Merphord & Sons. Se perdre au milieu d'un bain de foule. S'arrêter prendre un verre de vin chaud. Déguster une pâtisserie dans un salon de thé.

Alors qu'il revenait sur ses pas par Oxford Street, le précieux ouvrage en mains, il aperçut Dean de l'autre côté de la rue. Ce dernier était figé et fixait lui semblait-il la vitrine d'une librairie ou plutôt son intérieur. Qu'y avait-il donc de si important dans ce lieu ?

Désirant en apprendre plus sans l'importuner, il traversa la voie et se plaça dans son angle mort. Ainsi il pourrait l'observer et voir ce qui retenait tant son attention. Il était surpris. Il devait le reconnaître. Car si il y avait bien un endroit que son frère n'aimait pas particulièrement, c'était les librairies. Alors qu'il s'avançait pour avoir une vue optimale, il se rendit compte que l'attitude de son frère s'était soudainement crispée. Ses mains formaient des poings. Son regard se voilait au fur et à mesure. Il percevait de sa personne une aura sombre et furieuse. Mais que diable regardait-il pour le mettre dans un tel état ?

Tout à coup, il le vit se détourner et rebrousser chemin. Indifférent aux personnes qu'il bousculait au passage.

Soupirant, il se fit la remarque que son frère ne changerait jamais. Il manquait effectivement de savoir-vivre. Il allait devoir lui en toucher deux mots même si pour cela il devait lui dire qu'il l'avait suivi à son insu. Mais maintenant que la place était libre, il était curieux de voir ce qui avait rendu son frère aussi agressif. Il céda à son instinct.

Délibérément, il se mit face à la devanture et porta son regard acéré sur l'intérieur. Et ce qu'il vit le laissa perplexe.

Face à lui, un jeune homme agenouillé tenait les mains d'une jeune personne éplorée. Ils étaient apparemment en grande conversation. Il n'y avait personne d'autre qu'eux dans cette boutique. Alors pourquoi cette crise ?

Il sentit soudain qu'on le fixait et découvrit deux paires d'yeux posées sur lui. Il n'avait pas été discret. C'est le moins qu'on puisse dire. Bien. Avant que la situation ne dégénère, il devait partir. Il détourna donc le regard et s'apprêtait à rentrer à son logis lorsqu'un détail le saisit.

Cette paire d'yeux. Il s'en souvenait. Où et quand ? Cela ne lui revenait pas. Mais l'individu lui était familier. Son apparente fragilité, sa pâleur, son costume sombre. C'est là qu'il fit le rapprochement. Ce n'était pas un jeune homme quelconque. Non. C'était le Comte de Scottfield.

Samuel Winchester remercia le Seigneur d'avoir le cœur bien accroché. Car ce jour là il réalisa que son avenir allait être des plus chaotiques. Gérer les bêtises de son frère était une chose, le soutenir dans sa vendetta aussi mais là son frère les mettait vraiment dans l'embarras.

Pas une seule seconde, Samuel Winchester ne s'intéressa à la jeune demoiselle présente aux côtés de Castiel Blake. Car dès qu'il l'eut reconnu, il sut que seul cet homme intéressait son frère.

Que cela lui plaise ou non, ils allaient discuter. A cœur ouvert.

XXX

Même jour - Londres, Librairie Watson & Sons

Castiel avait rapidement rallié Oxford Street. Se fiant à son instinct il avait décidé de descendre l'avenue en direction de Regent Street. Avec de la chance, il tomberait sur la boutique citée dans la missive. A défaut, il s'arrêterait dans une échoppe quelconque et poserait la question. Il avait déjà suffisamment perdu de temps. Il espérait juste que sa jeune amie serait encore là.

Alors qu'il commençait à s'impatienter, il aperçut une pancarte verte flottant au vent de l'autre côté de la rue. Une plume dorée sur un livre ouvert en guise d'étendard. Watson & Sons. Oui c'était bien le nom inscrit. Une petite boutique. Sans prétention. Traversant la rue, il entra d'un pas ferme dans la librairie.

Et il la vit.

Assise dans un fauteuil rouge et ocre beaucoup trop large pour elle.

Si fine, si fragile.

A son arrivée, elle avait levé un regard peiné vers la porte d'entrée. Comme si elle ne s'attendait plus à le voir. Comme si son absence était inévitable. Mais son visage s'était illuminé lorsqu'elle l'avait reconnu. Au moins une personne semblait être heureux de sa présence. Ce qui le changeait agréablement de son après-midi dans le parc et de sa rencontre avec ce Dean Winchester de malheur.

Indifférent au regard que posa sur lui le libraire, Castiel s'approcha rondement d'Alexane. S'inclinant vers elle, il saisit sa main et la porta à ses lèvres dans un discret baise-main.

- Mademoiselle de Winter. Enfin je vous trouve. Vous m'excuserez pour l'heure mais je n'ai reçu votre message que tard dans l'après-midi. Je vous remercie de m'avoir attendu et suis à votre disposition dès à présent.

- Non, Monsieur. C'est à moi de vous présenter des excuses pour vous avoir envoyé dans un lieu où je ne me suis pas présentée.

Castiel la regarda surpris. Que lui chantait-elle là ?

- Je ne saisis pas bien. Rafraîchissez-moi la mémoire. Hier soir nous avions bien convenu de nous retrouver au kiosque à musique dans Hyde Park. Si vous saviez que vous n'iriez pas, pourquoi me l'avoir proposé ? Mais qu'avez-vous ? Alexane ?

Face à lui, sa jeune compagne s'effondrait. Les larmes ruisselaient sur ses joues. Sans un mot. Sans un cri. Juste le silence.

Il était mal à l'aise. Il ne s'attendait pas à cela. Il avait oublié que sa jeune amie n'avait guère plus de dix huit ans. Elle était donc encore influençable. Que s'était-il donc passé entre la veille au soir et aujourd'hui pour qu'elle soit dans un tel état émotionnel ? Où était la jeune fille brillante et courageuse du bal ? Qu'elle soit d'accord ou non, elle allait devoir s'expliquer.

Tirant un mouchoir en coton de sa redingote noire, il le lui tendit et l'observa patiemment attendant qu'elle se calme et se maîtrise à nouveau. Il était inutile de la contraindre à parler. Il sentait son désarroi et sa peur. Le mieux qu'il avait à faire était encore de rester à ses côtés silencieusement. Peut-être que cela l'aiderait à se sentir en confiance. Oui. Il allait procéder ainsi.

Les minutes s'égrenèrent. Le tic tac de l'horloge indiquant le passage du temps. Puis sa voix s'éleva. Incertaine et étouffée. Il s'aperçut alors qu'elle chuchotait.

Il s'agenouilla devant elle et saisit ses mains lui témoignant comme il le pouvait que son attention était portée à ses paroles. Qu'elle n'était pas seule. Qu'elle ne serait plus seule.

Au fur et à mesure qu'Alexane se livrait dévoilant le nœud de l'intrigue, les problèmes financiers de son père, l'omniprésence du Duc dans leurs affaires courantes, l'obligation de ne plus le recevoir ni le voir même en présence d'un chaperon, Castiel sentait sourdre en lui une vive inquiétude et une grande colère.

Il n'avait donc pas rêvé les regards que le Duc de Worthington avait posés sur eux lors du bal. Que pouvait-il bien vouloir d'une jeune fille de son rang ? A ce qu'il en savait, sa descendance était assurée. Son fils aîné l'avait comblé en lui donnant deux petits-fils. Ses propres filles étaient mariées depuis quelques années et son dernier fils était entré dans les ordres. Quelque chose échappait à sa compréhension. Il n'aimait pas cela. Il devrait en parler à Sir Thomas. Après tout, il fréquentait assidûment la maisonnée du Duc. Il pourrait sans doute l'éclairer sur le sujet. Mais avant de décider de quoi que ce soit, il devait être sincère avec elle. Ne pas lui mentir.

- Alexane, écoutez-moi. Vous m'avez dit que votre père s'était rendu ce matin chez le Duc. Et qu'à son retour, il vous avait interdit de me voir. C'est bien cela ?

- Oui.

- Afin de ne pas éveiller les soupçons, vous avez décidé de m'écrire pour annuler notre rendez-vous. Votre père ignore donc où vous êtes.

- Non. Comme je vous l'ai indiqué, je me suis rendue chez Lady Butler pour y entendre les derniers potins de l'aristocratie. J'ai ensuite du faire un rapport détaillé à l'homme de confiance du Duc. Ensuite je suis retournée sagement à ma demeure. Là j'ai demandé à mon père l'autorisation de me rendre ici. Il connaît mon affection pour ce lieu et n'y a pas vu d'objection.

- Je vois.

Il fit une pause et reprit en se rapprochant davantage d'elle conférant une intimité déplacée à tout œil extérieur.

- Je ne voudrais pas vous effrayer mais je crains que vous ne soyez surveillée. Même si notre rencontre peut paraître fortuite, elle devra être unique. J'ignore ce que le Duc recherche mais il est plus qu'évident qu'il ne désire pas vous perdre de vue. Avez-vous eu l'impression d'être suivie ce matin ou même avant ?

- Pas que je me rappelle.

- Bien. Le mot que vous m'avez envoyé m'est bien arrivé. Preuve que ce courrier n'a pas été lu. Dans le cas contraire, nous ne serions pas ici. Cependant, rien ne dit que votre courrier ne sera pas lu à l'avenir. Surtout s'il se rend compte que vous me voyez toujours. En cachette de surcroît.

- Je comprends, Monsieur. Je ne voulais pas vous importuner avec mes affaires. Je vais me retirer.

- Non. Alexane. Attendez. Vous ne comprenez pas. Je ne compte pas vous laisser dans un tel marasme. J'ai mes entrées dans les hautes sphères. Je connais des gens influents qui sauront me guider et m'épauler. Je vous aiderai. Sous le sceau du secret. Je vous le promets. Mais à une seule condition : vous devrez jouer la comédie tant que nous n'aurons pas le fin mot de l'histoire. Acceptez tout ce que le Duc vous demandera. Je tâcherai de vous contacter. Donnez-moi juste un peu de temps.

- Merci. Monsieur. Nous nous connaissons à peine et pourtant j'ai le sentiment que vous tiendrez votre parole.

- Non. Castiel. Je me prénomme Castiel.

- Soit. Merci à vous Castiel.

Elle serra plus fort sa main. Un léger sourire éclairait ses traits. L'avenir ne serait peut-être pas si négatif en fin de compte.

C'est là qu'ils le sentirent. Quelqu'un les observait. Leurs regards se dirigèrent simultanément vers la devanture et tombèrent sur un jeune homme qui ne se cachait pas. Bizarre !

Ils s'écartèrent vivement. Castiel s'apprêtait à se lever pour le rencontrer lorsque ce curieux personnage fit demi-tour.

Ils devaient partir. L'un et l'autre. L'endroit n'était plus sûr. Ils se promirent de se retrouver au prochain bal donné en l'honneur de la Reine. Au milieu des autres, ils auraient tout loisir d'en apprendre plus et de chercher d'éventuels alliés. Le Duc ne pourrait pas intervenir en public.

Castiel aida Alexane à se rhabiller et la raccompagna jusqu'au bout de la rue. Chacun se jeta un dernier regard et se détourna plongé dans ses pensées.

XXX

Même jour - Londres, Oxford Street

Après son entrevue désastreuse avec le Comte de Scottfield, Dean se décida malgré tout à le suivre. Avec un peu de chance, outre qu'il connaîtrait son lieu de villégiature sans avoir à le chercher, il en apprendrait davantage sur le jeune homme.

Vif, il dut accélérer le pas pour ne pas le perdre de vue. C'est qu'il filait ce diable d'homme. D'un autre côté, il le comprenait. Même lui aurait quitté les lieux rapidement. Mais quelle mouche l'avait piquée aussi ! Parfois il se maudissait d'avoir la langue aussi bien pendue. Il devrait faire plus qu'amende honorable pour que Castiel Blake accepte de lui adresser la parole maintenant. Son projet allait finir par tomber à l'eau. Il devait se reprendre. Et le plus tôt serait le mieux.

A un carrefour, le Comte s'engagea sur une esplanade. Il s'arrêta brusquement au milieu de celle-ci et gravit quatre à quatre les marches le menant à sa demeure. Il disparut de sa vue.

Avisant la belle bâtisse victorienne dans laquelle il s'était introduit, Dean s'accorda un moment pour souffler. Square Bryanston. Bien. Il en prenait note. Ce quartier était l'un des plus huppés de Londres. Les résidences plus spacieuses les unes que les autres.

Les espaces verts présents au centre de la place dégageaient une atmosphère tranquille et paisible. Un peu hors du temps. Il vit un banc disposé près de lui et s'y installa. Bien décidé à observer ce mystérieux Comte dont personne ne savait rien. Il se donnait une heure maximum. Après il retournerait auprès de son frère et aviserait sur ce qu'il conviendrait de faire.

L'heure était presque écoulée sans qu'aucun mouvement notable n'ait été signalé lorsqu'un bruit attira son attention. Une porte venait de se fermer violemment.

Pressé, le Comte dévalait les marches de son perron. A cette distance, il ne distinguait pas bien son visage mais son allure indiquait son état. L'inquiétude était perceptible. D'ailleurs, il ne prit pas la peine de s'arrêter au bas des escaliers pour choisir la direction. Non. Il parcourut rapidement l'esplanade et s'engouffra vers George Street. Il disparut de sa vue aussi vite qu'il était apparu.

De nouveau, il semblait cavaler. Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous bon sang à courir ainsi !

Il s'étira rapidement et le suivit à distance raisonnable. Quoique même s'il l'avait collé, il n'était pas certain que le Comte de Scottfield l'aurait vu. Il avait l'air trop perturbé pour s'en rendre compte.

Cet homme le troublait. Il devait le reconnaître. Il n'était pas dans ses habitudes de poursuivre ainsi quelqu'un. En général, sa chasse s'orientait vers des formes plus rondes, plus bouclées aussi. Décidemment, il filait un mauvais coton. Après toute cette histoire, il se promit de se prendre la plus grande cuite de sa vie. Peut-être que cela lui remettrait les idées en place une bonne fois pour toutes.

Il en était là de ses réflexions lorsqu'il le vit pénétrer dans une boutique. Une librairie. Il manquait plus que ça. Non pas qu'il n'aima pas les livres mais passer des heures dans des lieux aussi poussiéreux qu'une bibliothèque. Très peu pour lui.

Il s'avança prudemment. Il serait dommage de se faire remarquer maintenant.

L'air de rien comme s'il contemplait les ouvrages présentés dans la devanture, il jeta un œil à l'intérieur.

Ce qu'il vit le laissa pantois et contrarié. Foncièrement contrarié. Comment avait-il pu passer à côté de cela la veille ? Bien sûr qu'un homme tel que lui devait être au centre de toutes les attentions des demoiselles en mal de noces. Et cette fille semblait avoir jeté son dévolu sur lui. Qui était-il pour lui dire quoi que ce soit ? Alors même qu'il fuyait volontairement ce type d'engagement depuis un an.

Il décida qu'il en avait assez vu. Sa colère grandissait trop vite. Il perdrait bientôt contenance. Avisant la rue grouillante de vie, il s'inséra dans le flot de passants pestant contre lui-même.

Le Comte et cette fille. Se tenant par la main. Leurs visages quasiment collés l'un à l'autre. Cette image le hanterait longtemps.

Apparemment il s'était fait une fausse idée. Le Comte de Scottfield avait l'air d'avoir une vie sociale et amoureuse. Comme quoi il fallait toujours se méfier des ragots. Il aurait mieux fait de s'abstenir de tout commentaire. C'était bien sa vaine.

Hélant un fiacre, il prit la direction de Whitechapel. Ce soir, il ne rentrait pas. Il ne se rendrait pas à un énième bal.

Ras le bol de toutes ces foutaises.

Il n'avait envie ni de revoir son frère ni de croiser son tyrannique père.

Il avait besoin de se défouler. Et quoi de mieux que de se vautrer dans la fange avec les pauvres gueux.

Histoire d'oublier. Effacer ses putains d'yeux bleus de sa mémoire.

XXX


Voilà !

Je vous retrouve d'ici une quinzaine de jours voire un peu plus pour la suite de leurs aventures...

Merci à toutes de me suivre et de laisser un petit mot.

Biz

Marianclea