John était droit comme un « i » et immobile, vous savez comme ces statuts d'ange pleureurs que l'on voyait quelque fois, tristes à en mourir de ne pas pouvoir se rapprocher des cieux à cause de leurs ailes faites de granit.

Ce fut comme un déjà-vu pour Sherlock quand il entra dans la chambre, voir John statique lui faisait revenir en mémoire cette légende populaire où il ne fallait pas cligner des yeux au risque de se faire tuer par un des anges sauf que l'ange dans cette pièce n'était pas fait de pierre mais bien de chair et de sang. Ses ailes avaient été coupées et les plaies avaient été cautérisées avec un chalumeau, c'était le sort de ceux qui tenaient trop tête aux puissants, ceux qui finissaient cassés, ceux qui s'appelaient généralement Mary ou Sherlock ou John par exemple.

John cligna des yeux et Lockhart coinça pour de bon son index sur la détente.

Lockhart semblait submerger par une colère sans nom, tellement profonde que lui trouver une origine était aujourd'hui difficile. Et tuer John juste parce qu'il respirait trop fort ou qu'il clignait trop souvent des yeux était une raison valable aujourd'hui.

Le lieutenant n'avait pas sourcillé quand Mary lui avait collé son arme sur la tempe mais il ne posa pas pour autant son arme. C'était quelque chose d'attendu après tout, il pointait son arme sur son mari, elle avait bien le droit d'être menaçante elle aussi.

– Si j'étais toi, je n'agirais pas de façon stupide (déclara Sherlock avec son petit air hautain habituel alors qu'il faisait le tour de la chambre, faisant entièrement confiance à Mary si le lieutenant devenait violent)

– N'est-ce pas vous trois qui avaient fait les imbéciles en venant chez moi ? Ne dit-on de pas aller dans la tanière de la bête afin de la pas réveiller ? (Lockhart semblait rugir à chaque mot)

– Nous ne serions pas venus si tu avais fait acte de présence aujourd'hui alors que les suspects de cette nuit ont été libéré comme si rien ne s'était passé. On a bien le droit de penser que tu caches quelque chose, non ?

– Waouh, je n'en pensais pas moins du grand Sherlock Holmes (Lockhart agita son pistolet en haussant les épaules, presque résigné tout d'un coup) Mais je vous pris de sortir de chez moi. De suite.

Le lieutenant Lockhart lui jeta à la figure la liste de ses droits et il rappela le statut de Sherlock, qu'il n'était qu'un petit détective de quartier et qu'il n'avait pas le poids du plus bas gradé de tous les flics de Scotland Yard, et que le petit spectacle qui était en train d'avoir lieu devait cesser de suite. Le lieutenant semblait contenir sa colère mais Sherlock voyait bien qu'il était au bord d'imploser, quelque chose avait pourri sa journée, quelque chose avait fait qu'il ne s'était pas montré à son poste ce matin un ordre du chef criminel, un ordre qui avait torpillé le peu de bonne humeur qu'il avait en lui et un moyen simple pour le pousser à tuer les trois visiteurs opportuns.

Sherlock remarqua que le lieutenant était dans son plus des appareils, un caleçon délavé en guise de seul vêtement et il voyait le corps de celui-ci sous un tout autre angle : les doutes sur l'identité véritable du lieutenant commençait à se faire de plus en plus virulentes dans son esprit. Ce corps là n'avait pas été abîmé de cette façon par juste des années à servir en tant que policier, il y avait eu d'autres vies avant celle-ci et ce corps en avait bavé Sherlock se demanda si Mary avait des marques similaires ou si elle avait été une ombre redoutable et ne laissant personne la toucher. Oui, Mary avait été une ombre, elle l'était toujours elle n'avait pas les faiblesses du lieutenant, elle n'avait aucun problème pour gérer ses émotions et c'est ce qui faisait d'elle la personne la plus dangereuse au monde, elle était une machine à tuer faite d'acier, elle avait été forgée dans les matériaux les plus solides au monde.

Le lieutenant Lockhart tenait toujours sur arme vers John, malgré sa colère, il allait être le premier à baisser son arme car il semblait être entre deux eaux, à la barque de Charon alors que les morts tentaient de le ramener vers le fond du Styx il était du genre à baisser son arme car il réfléchissait à comment s'en sortir sans les tuer et vous savez tout comme moi que Sherlock avait toujours raison (à part pour la blessure de John).

– Tu peux toujours t'en sortir, tu le sais, et pour ça, tu dois parler.

Lockhart eut un sourire en coin, une réminiscence d'une ombre du passé lui murmurer cette même phrase à l'oreille.

– On me l'a déjà dit cette phrase. Et j'ai parlé car j'étais jeune et naïf. J'ai mal fini si tu veux savoir la fin de l'histoire. Donc tu comprendras que je ne souhaite pas parler de quoi que ce soit, je ne souhaite pas flatter ton ego en validant tes hypothèses (le regard bicolore de Lockhart croisa celui de Sherlock, le défi contre le stoïcisme total. Puis le lieutenant regarda son arme et esquissa un autre sourire en coin.) Et je ne baisserai pas mon arme, je préfère tuer ce bon vieux docteur.

John leva les yeux au ciel du genre « pourquoi toujours moi ? ».


Lestrade avait décidé de sortir Diane afin de lui changer les idées et il s'était dit qu'une bouffe en ville était la meilleure idée – et surtout la seule qui lui était venue et la moins chère aussi –.

Elle avait fait la gueule au début quand il lui avait proposé. Elle lui avait sorti « qu'elle ne faisait que créer des problèmes et que les gens avaient toujours des ennuis à ses côtés » en retenant le plus dignement possible ses larmes, elle avait assez pleuré devant le flic, elle avait assez pleuré pour des années et elle voulait rentrer chez elle. Il s'en était suivi de longues minutes de persuasion de la part de Lestrade car il ne voulait pas la laisser partir seule et surtout maintenant alors qu'elle était complètement à côté de ses pompes. Elle avait finalement accepté et elle s'était faite à l'idée que ce midi, elle allait déjeuner en tête à tête avec un vieux flic devant un bon fish and chip.

Il avait décidé d'aller dans un restaurant qu'il aimait beaucoup : il n'était pas cher, il faisait de bons plats, il vendait de la bonne bière et l'ambiance était agréable, capable de transporter un jeune comme Diane et d'apaiser un homme comme Lestrade c'était l'endroit parfait pour se fondre dans la masse où les gens imagineront facilement un père et sa fille ensemble, c'était l'endroit parfait pour que Diane voit de nouveau la vie comme une expérience plutôt qu'un fardeau.

À voir Lestrade dans une telle situation avait fait sourire Donovan qui passait devant ce restaurant pile quand les deux s'asseyaient à leur table, elle croisa le regard de son chef, lui fit un signe de la tête avec un sourire tantôt moqueur tantôt attendrie et disparut dans la foule des travailleurs et des étudiants sortant de leurs bâtiments respectifs pour la pause déjeuner. Il vit disparaître le sourire de son inspectrice dans la foule, son apparition fantasmagorique disparut dans un souffle et le temps qu'il repose ses yeux sur son invitée du jour, celle-ci avait déjà le nez dans la carte des menus.

– Quand je suis venue au poste, j'étais partie à la recherche du lieutenant Lockhart, je n'avais pas dans les idées de vous déranger. On m'a dit qu'il était absent, j'espère qu'il va bien …. ?

– Ne t'inquiète pas pour lui, il est ce genre de personnage qui va toujours bien.

La réponse de Lestrade était toute faite, un classique que l'on sortait aux gens afin qu'ils ne s'inquiètent pas. Et le fait que Diane parle de son lieutenant le fit penser à lui, les questions encore sourdes sur l'absence inopinée de l'homme recommençaient à le hanter alors qu'il avait réussi à se faire une raison : Lockhart était sûrement encore secoué de la nuit qu'il avait passé, et il n'avait rien à voir avec la libération des suspects qu'il avait mis KO lui-même. Au fond, c'était stupide non ? Pourquoi aurait-il libéré des hommes qu'il aurait arrêté ? Pour leur permettre de rentrer dans Scotland Yard la plus naturelle des façons pour des gars au visage buriné, de voir l'intérieur et de voir les visages des hommes et des femmes travaillant dedans, de voir les agents endormis en train de faire leur job comme si de rien n'était se faire arrêter était pour eux un moyen de voir comment était Scotland Yard de l'intérieur et de faire passer un message.

Lestrade resta bloqué sur ses pensées, il n'arrivait pas à s'imaginer que son petit collègue était un traître, il avait trop d'estime pour lui pour croire ses spéculations il envoya un message à Donovan, lui demandant de prendre ses précautions avec les gens qui entraient et qui sortaient du poste, de faire des fouilles et d'éviter que tout pète.

– Inspecteur ? (demanda alors Diane en le fixant, puis elle lui montra des yeux le serveur qui attendait la commande de celui-ci)

Lestrade bafouilla son menu et regarda Diane avec gêne, la pauvre, il la laissait seule alors qu'il avait décidé de lui changer les idées. Mais elle semblait ne pas lui en vouloir, dévorant des yeux ce serveur un peu punk aux tatouages un peu partout et surtout ceux à son cou qui lui faisait un « col blanc » des plus originaux ce jeu de cartes, sur le côté gauche de son cou, composé de cœurs et rouge comme le sang était extraordinaire.

– Vous avez eu des nouvelles du lieutenant tout à l'heure ? (demanda Diane, visiblement préoccupé par Lockhart, en faisant allusion au message qu'il avait envoyé à sa subordonnée il y a quelques minutes)

– Euh … (devait-il mentir ? À quoi bon ? Lui-même ne savait pas où était son lieutenant.) Non, ce n'était pas en rapport avec le travail.

– Ah ! Vous avez une femme, généralement, vous avez tous une femme dans ce métier qui s'inquiète pour vous. Comme dans les séries.

Que c'était blessant ce qu'elle venait dire.

– Non, je n'ai plus de femme (répondit-il simplement en essayant de ravaler la tristesse qui le tordait peu à peu)

Diane parut gênée. Elle avait le chic pour poser des questions comme ça, celles qui provoquaient toujours le malaise.

– Mais ne t'inquiète pas, nous sommes en bons termes et c'est le principal. Elle vient souvent me voir à l'hôpital quand je me fais tirer dessus ou quand une bombe explose devant moi (ria-t-il avant de boire de sa bière)

Diane, comme il l'avait prévu, attrapa la perche qu'il avait tendu et ils partirent sur ses différentes enquêtes où il avait fini à l'hôpital. Et ils restèrent sur ce sujet jusqu'à que les plats arrivent et même pendant, Lestrade continua d'étaler sa carrière de guerrier et qu'il ne savait pas vraiment si les gens étaient plus violents aujourd'hui ou si la violence, même extrême, avait toujours existé.

Alors qu'il narrait l'enquête du « jardinier semant la mort » où il avait marché sur une mine de la seconde guerre mondiale alors qu'il poursuivait un suspect, il remarqua le regard échangé par Diane avec le serveur, il crut, pendant 5 pauvres secondes, se revoir quand il était jeune subir un « coup de foudre ». Mais c'était des pensées douloureuses tout ça et il préféra se tourner vers son assiette où une belle pièce de viande l'attendait.

Alors que le repas se faisait et que Lestrade n'en finissait pas de parler de ses aventures au sein de Scoltand Yard avec un tel entrain et une telle joie que Diane écoutait attentivement chaque histoire avec cet air émerveillé qu'avaient les gens. Le temps était léger et l'ambiance agréable, Diane oubliait ses soucis et c'était le principal pour Lestrade en ce moment.

Il y eut ensuite un long silence. Ce n'était pas de la gêne ou un manque de conversation, c'était une façon de montrer que les deux savouraient ce moment de calme, où l'agitation avait cessé pendant quelques secondes. C'était le genre de silence avant la catastrophe.

Et puis, il y eut ce bruit sourd et un tremblement violent, comme si quelque chose avait soufflé sur la rue avec une puissance et une violence peu commune, des gens se mirent à hurler et Diane vit le restaurant se faire souffler d'un coup sous une explosion tonitruante, faisant éclater les façades des immeubles, défonçant la route et enchaînant des réactions en chaîne de plus en plus terrible. Diane se sentit partir, emporter par une force qui se trouvait sous ses pieds la dernière chose qu'elle eut de faire fut de tenter d'attraper la main tendue de Lestrade.


Sherlock, Mary et John n'avaient pas bougé d'un pouce, comme si l'on était dans un film ou une série et que le directeur faisait repartir la séquence au moment où la précédente s'était arrêtée. Sherlock faisait toujours la conversation à un écossais énervé qui avait décidé de la fermer, ruminant des insultes dans son fort intérieur, levant quelque fois les yeux au ciel quand Sherlock commençait à le gonfler avec ses hypothèses sur son enfance sûrement difficile et sa recherche d'identité blablabla.

Le lieutenant n'avait toujours pas baissé son arme, faisant suer les trois acolytes à grosses goûtes car ce serait dommage que ce bon vieux docteur se fasse tirer dessus et que les aventures de Sherlock Holmes et de John Watson s'arrêtent aussi tôt alors qu'il n'y avait pas de grand méchant proprement dit, alors que Moriarty était mort si leurs aventures devaient s'arrêter, il fallait qu'elles se terminent sur un coup d'éclat, l'enquête de trop et celle qui ferait leur gloire à jamais.

Sherlock remarquait que le calme que Lockhart tentait de s'imposer était presque incompatible avec sa nature, il n'était pas du genre à rester calme face à des gens qui le menaçaient, c'était normal après tout, mais lui semblait être au-dessus de l'être humain lambda comme s'il avait connu la menace toute sa vie. Ses muscles étaient tendus et sa mâchoire était tellement contractée, il était tendu comme un arc et il semblait prêt à agir mais Sherlock avait ça de son côté, il était doué pour savoir quand les gens allaient agir, quand ils allaient faire quelque chose de stupide.

Lockhart fit bouger ses épaules, craquer son cou de droite à gauche et alors que Sherlock avait prévu qu'il appuie sur la détente – et que celui-ci commence à se jeter sur le lieutenant –, Lockhart jeta directement l'arme sur John.

Sherlock n'avait pas pensé à cette option ridicule et alors qu'il réalisait que John se prenait une arme dans la gueule, Lockhart avait disparu de son champ de vision et se trouver finalement derrière lui, prêt à le mettre hors d'état de nuire pendant un long moment. Le détective était assez étonné de la rapidité du mouvement, il n'égalait pas Mary – et heureusement pour lui car il était toujours préférable d'avoir la personne la plus meurtrière du pays de son côté plutôt que contre-soi –.

Sherlock sentit la présence de Lockhart dans son dos, c'était comme un esprit qui frôlait son âme à ce moment là, et il savait que le temps où il allait se reprendre dans son mouvement, le détective serait à terre avec une grosse bête sur le dos en train de lui fracasser la tête contre le sol. Mais c'était sans compter sur Mary qui était toujours là et toujours au bon moment, elle attrapa Lockhart par derrière au niveau du cou et tapa sur la pomme d'adam afin de le surprendre et de l'affaiblir. Il s'arrêta en plein mouvement, ratant de peu Sherlock qui se jeta sur un Watson avec le nez en sang en train de jurer dans sa feu moustache. Lockhart tituba de quelques pas en arrière mais près à recevoir Mary qui entendait bien le neutraliser une bonne fois pour toute elle avait fait pleurer un grand gaillard, une crevette comme Lockhart n'allait pas poser de problèmes, non ?

Lockhart sentait qu'elle allait le neutraliser alors qu'il reculait alors il suivit son instinct, il donna un coup de tête en arrière et sentit, bien heureux, son crâne s'écraser contre le visage de Mary.

Deux nez en même pas une minute. Quel score !

Mary recula à son tour, se tenant le nez avec ses deux mains sans pour autant lâcher son arme. Elle ravala rapidement sa douleur et sauta sur le dos du lieutenant, et enroula son bras gauche autour du cou de celui-ci. Mais il était fort le type et il avait en tête de fuir, pas de faire quoi que ce soit au trio, il voulait partir de cet appartement – même à oilp –. Mary était comme sur un bronco, Lockhart donnait des coups de dos et se vriller afin d'éjecter l'intrus sur son dos tandis qu'il se déplaçait difficilement vers la porte de sa chambre. Et alors qu'il commençait à se sentir vaseux, quelque chose le faucha et il tomba sur le côté de tout son poids – et avec Mary en plus –, s'écrasant assez violemment contre le sol et sentant son corps entier subir cette chute. L'origine de sa chute venait de John, sa rage vengeresse avait fait qu'il s'était relevé avant que Sherlock ne puisse faire ou dire quoi que ce soit et il s'était jeté sur le lieutenant avec toute la colère qui l'habitait il avait le nez pété, il allait pas laisser le responsable partir tranquillement alors qu'il pissait le sang et qu'il souffrait le martyr tout comme sa petite femme.

Lockhart se traîna sur le sol, avec toujours Mary sur le dos, qui n'avait pas lâché son emprise et qui commençait à le faire saturer doucement mais sûrement en oxygène. Mais il se savait fini, c'était un peu comme l'animal chassé qui se retrouvait dans un cul de sac, il savait que le chasseur n'était pas loin avec son fusil. En parlant d'arme à feu, Lockhart vit deux pistolets pointer vers lui, tous les deux tenus par les mains expertes de John Watson.

Lockhart releva la tête comme il faut, sentant qu'il allait pas être conscient dans encore longtemps et, dans un sourire résigné, s'écria :

– Vous voulez pas que l'on discute autour d'une tasse de thé ?