Coucou tout le monde!

Désolée pour mon retard mais j'ai eu plein de choses à faire ces derniers temps et moins de temps pour gérer mes fictions. Même si mes chapitres mettent un peu plus de temps à arriver, sachez que je n'abandonne rien! Ce sera juste un peu plus long étant donné que je vais bientôt commencer l'unif.

J'en profite d'ailleurs pour souhaiter bonne chance à toutes celles et ceux qui vont bientôt reprendre les cours! (Ou qui les ont déjà repris!).

Bisous!


Salut Tsume !

Je n'ose même pas imaginer la tête que tu feras quand tu liras cette lettre. J'imagine que tu t'attendais à en recevoir une de notre adorable petit brun, mais cette fois c'est moi qui ai été le plus rapide. Ce n'est certainement pas utile de te préciser que je fais ça uniquement pour lui, et qu'il n'est pas au courant. Il serait furieux s'il savait que je t'ai écrit. Alors ce sera notre petit secret, d'accord ? Après tout entre cousins, on a bien le droit de faire des cachotteries !

Bref, j'écourte les courtoisies, je sais à quel point tu dois déjà avoir envie de déchirer cette lettre. Ne le fais pas ! N'oublie pas que je t'écris dans l'intérêt de Toboe. Après être tombé sur une de tes lettres (ne t'en fais pas, j'ai simplement lu les informations dont j'avais besoin…(au fait, un petit conseil, si tu veux séduire Toboe, évite de lui dire que toutes les jolies phrases qui lui sont adressées ne sont pas écrites dans le but de lui faire une déclaration !) (et encore félicitations, moi qui pensais que tu resterais éternellement célibataire, je me trompais !)). Donc après avoir malencontreusement trouvé cette lettre, j'ai appris que tu comptais revenir dans un mois. Si tu es toujours en vie d'ici là, évidemment. Enfin bon, il ne te reste plus qu'une semaine à tenir, ce serait tout de même vachement stupide de ta part de te faire descendre maintenant !

Tu serais donc de retour la semaine prochaine…et tu sais ce qu'il y a, la semaine prochaine ? Non ? L'ANNIVERSAIRE DE TOBOE ! Je te rassure tout de suite : je ne compte pas t'inviter à une de ces fêtes costumées dont je raffole. Je sais que tu ne viendrais de toute façon pas. On est asocial ou on ne l'est pas, hein ? Bref. Donc je voudrais te proposer un petit deal… tu n'es pas obligé d'accepter, évidemment, mais je crois savoir que tu n'aimerais pas trop que Kiba vous tombe dessus la prochaine fois que tu viendras faire une petite escapade nocturne chez nous ? Au fait, est-ce que je t'ai déjà dit à quel point Kiba serait capable de t'écorcher vif s'il te trouvait dans le même lit que notre Chibi ? Non ? Eh bien c'est chose faite. Toboe n'apprécierait certainement pas beaucoup de te retrouver découpé en dés de jambon au petit matin…

Revenons-en à nos moutons : je voudrais que tu fasses croire à Toboe que tu n'as pas eu la permission de revenir la semaine prochaine (ça lui brisera le cœur, évidemment, méchant !) (mais de toute façon ça ne sera jamais qu'un gros mensonge…ce n'est pas comme si tu n'y était pas habitué) et que finalement tu viennes quand même ! Mais ne te présentes pas chez nous avant la tombée de la nuit : si tu acceptes notre petit deal, je te promets de faire en sorte que ni Kiba, ni moi ne soyons à la maison pour la nuit. Tu auras donc tout le temps nécessaire pour fêter tes retrouvailles avec notre brun (évidemment, je compte sur toi pour fêter ces retrouvailles dans les limites du raisonnable : pas d'alcool, pas de drogue, pas de sexe, on est d'accord ?). Et je suis persuadé que Toboe sera ravi de te voir débarquer alors qu'il n'avait plus d'espoir.

Je garde le meilleur pour la fin : tu seras le premier à avoir le grand honneur de pouvoir souhaiter un joyeux anniversaire à notre Chibi national ! Oui, parce que si mon petit cerveau surdéveloppé à bien calculé, tu arriveras pile la nuit de sa naissance. Si ce n'est pas romantique, ça ? Evidemment, je te le répète, tu as le droit de refuser, mais dans ce cas tu devras garder un œil sur le verrou de la porte (Kiba a tout un tas de pieds de biche très imposants !). A toi de voir si tu préfères passer un peu de temps seul avec lui ou non…

Je te laisse vieille branche, j'attends ta réaction avec impatience…et ne prends pas ça pour une déclaration !

Ton cousin préféré, Hige.

Le soldat ne put retenir un grondement de mécontentement qui attira rapidement l'attention de Kobe. Imperceptiblement, le blondinet s'était approché de lui pour savoir si –enfin- il était célibataire. Ce à quoi Tsume avait répondu que, même si c'était le cas, il n'était pas intéressé par toutes les propositions indécentes qu'il avait bien pu lui faire. Vexé d'être ainsi vu comme un être dépravé, le jeune soldat avait battu en retraite, laissant son pair ruminer seul dans son coin. Tsume rangea rageusement la lettre, pestant encore et encore contre son imbécile de cousin. Décidément, il ne regrettait vraiment pas de ne pas être resté en contact avec lui : Hige avait atteint le fin fond de la bêtise.

Faire volontairement souffrir Toboe ? Jamais ! Et pourtant, Tsume savait qu'il n'avait pas le choix. Il savait à quel point son cousin aurait été capable de lui rendre la vie impossible s'il avait refusé. Et puis…il ne pouvait pas nier avoir très envie de pouvoir profiter de la présence du brun sans craindre à chaque instant d'être démasqué. Même quand ils s'étaient retrouvés dans sa chambre d'hôtel, Tsume avait senti que Toboe n'était pas totalement avec lui : il craignait que Kiba découvre son petit jeu, et sa peur l'empêchait de se jeter corps et âme dans leur relation. Alors il n'avait pas le choix, il devait le faire. Il dirait à Toboe qu'il n'avait pas reçu la permission qu'il espérait et donc qu'ils ne pourraient pas se voir la semaine prochaine. Toboe lui en voudrait peut-être terriblement par la suite, mais il n'avait pas le choix. C'était soit ça, soit risquer d'être découvert par un homme qui semblait totalement contre leur rapprochement. A choisir, il préférait s'attirer les foudres du brun plutôt que de le perdre à tout jamais.

Alors qu'il allait rejoindre son poste, un nouveau détail attira l'attention du soldat : l'anniversaire de Toboe ? Pourquoi le brun ne lui avait-il rien dit ? De quoi aurait-il eu l'air, lui, s'il s'était présenté devant lui sans aucun cadeau ? Il aurait été humilié. Tsume n'avait pas l'habitude de faire des cadeaux, il n'avait même pas l'habitude de fêter les anniversaires, mais cette fois c'était différent. Toboe était son…petit ami, et même s'il avait du mal à se familiariser avec cette idée, il ne pouvait pas se permettre de feindre l'indifférence. Le jeune brun était si naïf, si enfantin qu'il aurait probablement été d'avantage blessé si Tsume ne lui avait pas porté attention. Et puis il pouvait bien se permettre de lui offrir un cadeau pour le remercier des nombreuses lettres enflammées d'amour et d'espoir qu'il lui avait écrites et qui lui avaient si souvent réchauffé le cœur.


Je te hais. Si jamais j'apprends encore que tu as lu les lettres que je lui envoie, je n'aurai aucun remord à te descendre.

Hige ne put s'empêcher de sourire quand ses yeux se posèrent sur la simple phrase que son cousin lui avait renvoyée : Tsume était et resterait un être violent et dépourvu de tout humour. Qu'est-ce que leur petit Toboe pouvait bien trouver à cette grosse brute ? Hige ne l'avait jamais compris. Bon, au moins le soldat avait lu sa lettre jusqu'au bout…il ne lui restait plus qu'à surveiller le moral de leur petit brun : s'il frôlait le zéro absolu, c'est que son cousin avait bel et bien pris ses menaces au sérieux. Mais il ne doutait pas qu'il ait pris la bonne décision, il savait à quel point Tsume était entier s'il avait l'opportunité de passer un peu de temps seul avec Toboe, il ne la laisserait pas passer.

Il connaissait son cousin mieux que personne et, s'il était aujourd'hui devenu une personne froide et solitaire, il savait que quelque part au fond de lui, l'ancien Tsume existait toujours. Et cet ancien lui avait toujours eu besoin de beaucoup d'attention et d'affection. Avant la mort de sa mère, c'était une personne débordante de tendresse, il était persuadé que ce Tsume-là n'avait pas totalement disparu. Au contraire, Toboe était certainement en train de le faire remonter à la surface. Alors il ferait le bon choix il choisirait de mentir pour mieux le retrouver.

Quand Hige vit la mine déconfite de Toboe se profiler devant lui, il sut qu'il avait eu raison.


Toboe,

Je ne vais pas y aller par quatre chemins pour t'annoncer ce que j'ai à te dire : je ne reviendrai pas la semaine prochaine. Je n'ai pas eu la permission dont j'espérais bénéficier. Je sais que cette nouvelle te fera certainement perdre ton beau sourire et j'en suis désolé. Je te promets de faire mon possible pour te revoir le plus vite possible, sans pour autant vouloir te donner de nouveaux faux espoirs. Je pensais sincèrement qu'ils ne me refuseraient pas cette permission, mais je m'étais trompé. Je suis désolé de t'en avoir parlé avant même d'en être certain…j'aurais dû savoir que la guerre ne faisait aucun cadeau. Les pertes sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus rapides, surtout. Nous aurons besoin de tout le monde pour contrer le prochain assaut.

J'espère que cette nouvelle ne te donnera pas un trop gros coup au moral et que tu garderas ta bonne humeur à toute épreuve. Parle-moi encore de toi, de tes journées, de tes rêves, comme tu sais habituellement si bien le faire. Si je n'en montre rien, je ne pensais pas que cette nouvelle m'abattrait autant. Je voulais réellement te revoir, ne serait-ce qu'un instant. Pardonne-moi encore et écris-moi vite pour combler ce vide qui me ronge à nouveau. J'attends de tes nouvelles le plus vite possible ! Tu me manques toujours autant.

Tsume.

Le cœur du brun se serra douloureusement dans sa poitrine comme il se retenait contre le mur. Il avait l'impression que ses forces le quittaient et que le sol se dérobait sous ses pieds tant cette lettre lui faisait du mal. Depuis le jour où Tsume lui avait annoncé son potentiel retour, il avait planifié chaque journée, chaque minute, chaque seconde qu'il passerait à ses côtés. Il avait orchestré leur future rencontre à la minute près, alors que Tsume lui apprenne aujourd'hui qu'il ne pourrait pas le rejoindre lui brisait le cœur plus qu'il ne l'aurait voulu. Alors…Tsume ne serait réellement pas là pour son anniversaire ? Le brun s'était tellement réjoui de passer cette journée avec lui ! Son plus beau cadeau aurait été de le revoir, de pouvoir le serrer contre lui pendant cette journée si spéciale. Maintenant qu'il savait que Tsume ne serait pas là, il n'avait plus envie de fêter son anniversaire, pas sans lui.

Il vit Hige s'approcher de lui tout sourire, mais il eut à peine la force de lui répondre. Il ne voulait plus sourire maintenant que son cœur était à nouveau plongé dans un océan d'angoisse. Il avait sans cesse peur pour Tsume : peur qu'il soit blessé, peur qu'il soit capturé ou, pire encore, peur qu'il soit tué sur le champ de bataille. Il voulait que son soldat revienne au moins pour qu'il puisse lui transmettre toute son énergie positive. Il avait peur que Tsume ne faiblisse s'il restait trop longtemps seul là-bas. Il savait qu'il était totalement stupide de penser une chose pareille : son aîné était resté seul des années sans jamais être blessé. Il devait lui faire confiance, Tsume ne mourrait pas.

-Un problème Chibi ?

-Non…

-Tob' ? Tu peux tout me dire tu sais, insista Hige en feignant l'innocence.

Le petit brun soupira, baissant les derniers remparts qui l'empêchaient encore d'annoncer la nouvelle à son ami.

-Tsume ne reviendra pas…

-Comment ça ?

Hige employa volontairement un ton inquiet, comme s'il craignait qu'il soit arrivé quelque chose de grave à son cousin. En adoptant ce comportement, Toboe ne se douterait jamais de son implication dans cet abominable complot. Maintenant qu'il voyait sa bouille triste, le châtain avait presque des remords. Ce n'était pas très gentil de prendre le brun par les sentiments Toboe était tellement sensible !

-Il n'a pas eu sa permission.

Hige se sentit très mal à l'aise quand il vit les larmes perler au bord des yeux de son ami. S'il n'avait pas craint de se faire rejeter, il aurait serré le brun dans ses bras en lui disant de ne plus s'en faire, que tout était de sa faute et que Tsume serait bientôt là, avec lui. Son sentiment de culpabilité atteint son apogée quand Toboe posa son front contre son épaule en murmurant un petit ''ce n'est pas juste''. Il referma ses bras autour de ses épaules et se fit violence pour ne pas tout lui avouer sur le champ.

-Ne t'en fais pas, je suis certain qu'il reviendra très vite ! Il doit être aussi triste que toi de ne pas pouvoir te revoir bientôt. Ne t'inquiète pas Chibi, tout se passera bien.

Et le châtain espérait vraiment qu'il n'arriverait rien à son cousin pendant cette dernière semaine qui le séparait du brun. Si jamais Tsume était blessé ou s'il trouvait la mort au combat, il ne voulait pas que Toboe pense que ça pourrait être de sa faute. Et pourtant il savait mieux que personne qu'à la minute même où son ami apprendrait la nouvelle, il culpabiliserait comme jamais, pensant qu'il aurait dû se démener pour revoir Tsume. Alors maintenant il ne lui restait plus qu'à prier pour que tout se passe bien. Prier…et consoler le brun qui pleurait à présent à chaudes larmes dans ses bras. Si jamais Kiba le trouvait dans cet état, il ne donnait pas cher de sa peau.


-Tsume !

-Barre-toi !

Bon Dieu, pourquoi est-ce que Kobe le collait comme ça ? Une pluie d'obus leur tombait dessus depuis tout à l'heure et au lieu de sauver sa peau, Kobe restait fidèlement auprès de lui pour leur renvoyer la donne. Sauf qu'il était encore trop inexpérimenté et que Tsume n'arrivait pas à faire son travail avec le gamin dans les pattes. Il devait non seulement bombarder l'ennemi mais en plus il devait surveiller que Kobe ne se blesse pas en essayant de l'aider. Résultat : il n'avait pas vu l'obus qui venait tout juste de s'écraser à quelques mètres d'eux et qui les avait projetés à terre. Si Kobe semblait indemne, Tsume, lui, avait reçu un éclat d'obus dans la jambe et la douleur lancinante qu'il ressentait l'empêchait de faire le moindre geste.

-Mais je ne peux pas…

-Ne reste pas là !

Et le blondinet qui le regardait avec des yeux de merlan frit ne semblait pas décidé à décamper. Il restait statique devant lui, les mains tremblantes, sans comprendre que son manque de réaction attirait encore un peu plus l'attention des ennemis. Un soldat qui restait immobile était une cible parfaite, Kobe ne semblait pas l'avoir encore compris. Tsume dégoupilla une grenade qu'il balança derrière eux après avoir aperçu par-dessus son épaule un groupe de soldats ennemis. Il ne voulait pas mourir, bordel ! Pas si près du but. Il devait vivre, il l'avait promis à Toboe.

-Ne m'oblige pas à le répéter. Si tu ne dégages pas tout de suite, je m'occuperai personnellement de ton cas !

Tsume le pensait réellement : il n'avait pas d'amis, pas d'affinité pour qui que ce soit, alors si Kobe devait mettre sa vie en péril, il n'hésiterait pas à le lui faire amèrement regretter. Les émotions étaient décuplées ici, sur le champ de bataille, et si le soldat n'avait jamais été un enfant de cœur, il avait appris que pour survivre il fallait parfois faire des choix. Et s'il n'aimait pas l'idée de descendre un des siens – un gosse qui plus est- il n'éprouverait pourtant aucun remord à le faire. Pas si Kobe mettait sa vie en danger.

-D'accord mais je…je reviendrai te chercher !

Le soldat poussa un long soupir de soulagement quand il vit la silhouette du blondinet s'éloigner de lui. Il roula sur le côté pour se mettre le mieux possible à l'abri et grimaça de douleur quand sa jambe cogna lourdement contre une paroi terreuse. Se redressant difficilement en position assise, il examina l'étendue des dégâts : l'impact était profond. Merde. S'il ne faisait pas rapidement quelque chose, il était bon pour passer sur le billard, ce qui signifiait qu'il ne reverrait pas la ville de sitôt. Il serait certainement maintenu à l'hôpital pendant très longtemps. Il voulait être là pour l'anniversaire de Toboe, il devait faire quelque chose. Il déchira un morceau de son t-shirt et le mit en bouche pour s'empêcher de hurler de douleur : ce n'était pas le moment de se faire remarquer. Et ensuite il fit la seule chose qu'il était capable de faire : il enfonça ses doigts dans sa chaire meurtrie pour en retirer l'impact. La douleur qu'il ressentit à ce moment-là était indescriptible. C'était bien pire que tout ce qu'il avait jamais pu imaginer, tellement qu'il ne put empêcher les larmes de couler le long de ses joues.

Sa cuisse fut ensuite assaillie par de nombreux lancements intenables qui l'obligèrent à rejeter la tête en arrière pour essayer de se calmer. Il aurait tout fait pour que cette horrible douleur disparaisse, tout. Il finit par retirer le bâillon qu'il s'était lui-même imposé et entoura la plaie de ce garrot improvisé. Il le serra de toutes ses forces, gémissant de douleur malgré lui. Sa respiration était saccadée, autour de lui il n'entendait presque plus les tirs, ni les hurlements des soldats mutilés, à moitié morts. De grosses gouttes de sueur se mêlaient à ses larmes et ses doigts agrippaient ses vêtements, essayant vainement de se raccrocher à quelque chose. D'un geste presque machinal, sa main trouva la poche intérieure de son blouson, là où il gardait précieusement la première lettre que Toboe lui avait envoyée après son départ. Il la déplia et aussitôt ses spasmes se calmèrent peu à peu.

Parce que tu reviendras, n'est-ce pas ? Tu me l'as promis. Tu m'as demandé de t'attendre et moi je t'attendrai, Tsume, je t'attendrai toujours. Alors reviens-moi, d'accord ? (…) Tu me manques.

Toboe…il ne devait pas mourir. Ce n'était pas encore son heure, pas aujourd'hui. Il voulait le revoir. Il devait lui dire tout ce qu'il n'avait pas osé lui dire avant, il devait lui dire qu'il…il ne pouvait pas mourir. Alors il se recroquevilla un peu plus, fuyant pour la première fois les assauts meurtriers de la guerre. Habituellement il les affrontait en face, mais il savait qu'aujourd'hui il ne faisait pas le poids. Et il détestait cette idée qui le rendait faible à ses propres yeux. Il voyait ces hommes autour de lui, morts ou mourants pour avoir combattu et lui il restait terré dans un coin, attendant que la douleur passe, espérant être rapidement remis sur pied. Il était impuissant et c'était un sentiment qu'il supportait très mal.

Peu à peu, les coups de feu cessèrent comme la douleur se faisait plus forte dans sa cuisse. Il n'entendit bientôt plus que des gémissements de douleur et des pleurs tandis qu'il perdait peu à peu connaissance, ne pouvant plus supporter le déchirement qui le broyait de l'intérieur. Quelques secondes à peine plus tard, il vit le visage de Kobe se dessiner devant lui, accompagné d'un autre qu'il crut être celui d'un médecin. Son impression se confirma quand une aiguille s'enfonça dans sa chair, le faisant peu à peu sombrer dans un coma plus profond encore. Il eut tout juste le temps d'entendre le médecin lui dire que tout allait bien se passer, qu'il l'emmenait rapidement à l'hôpital et les dernières paroles qu'il se souvint avoir prononcées furent :

-Je dois être sur pieds pour samedi.

Et ensuite ce fut le noir.


Kiba pénétra dans la chambre de Toboe, plongée dans le noir. Il se faisait du souci pour son ami, le voyant peu à peu se renfermer sur lui-même depuis plusieurs jours. Demain c'était son anniversaire et pourtant, le brun savait très bien que Toboe n'avait pas la tête à faire la fête. Son esprit était ailleurs, auprès de quelqu'un d'autre, Kiba en était à présent certain. Il espérait simplement que ce quelqu'un en question soit un homme bien, un jeune homme de la ville. Pas un soldat. Pas un homme qui le ferait souffrir, volontairement ou non d'ailleurs.

-Toboe ?

Le petit brun tourna à peine la tête, ayant entendu depuis longtemps que son aîné approchait. Depuis qu'il avait reçu la lettre de Tsume, il sombrait doucement dans un puits d'angoisse et de tristesse. Il était déçu que son petit ami ne puisse pas être là pour ce jour si spécial qui le rapprochait un peu plus de lui mais surtout, il avait peur de ne jamais pouvoir le revoir. Il ressentait un étrange sentiment, une horrible sensation qui mettait tous ses sens en alerte. Comme s'il présageait que quelque chose de grave arriverait à son soldat. Comme s'il savait qu'il ne le reverrait plus. Mais il ne voulait pas penser ça, tout simplement parce que ce n'était pas possible, pas imaginable. Leur histoire ne pouvait pas prendre fin avant même d'avoir réellement commencé. Non, il refusait.

-Kiba, murmura-t-il en retenant ses larmes, qui ne faisait que couler à chaque fois qu'il pensait à Tsume.

Le brun s'approcha encore, jusqu'à prendre place à ses côtés, assis sur le bord du matelas. D'un geste presque maternel, il posa sa main sur son front, comme pour s'assurer qu'il n'avait pas de fièvre. Comme s'il cherchait une explication aux joues rouges du plus petit. Mais il n'avait pas de fièvre, rien. Alors il repoussa simplement les quelques mèches de cheveux qui barraient son front et lui massa le haut du crâne, comme il l'avait souvent fait avec Keiji quand il ne se sentait pas bien ou qu'il avait besoin de réconfort. Toboe était comme lui, jeune, innocent et blessé. Kiba ne pouvait pas l'accepter.

-Tu ne devrais pas rester ici tout seul.

Toboe eut un petit sourire triste : c'était Kiba qui lui disait ça ? Ce même Kiba qui restait enfermé seul dans sa chambre des journées entières et qui refusait le moindre soutien ? Toboe n'avait pas envie de faire semblant, il ne voulait pas faire comme si tout allait bien alors qu'en vérité rien n'allait bien. Il ne s'était jamais senti comme ça, aussi seul, aussi perdu. Et c'était vraiment très désagréable. Il essayait de se changer les idées, de penser à autre chose, mais il n'y arrivait pas. Tsume était toujours présent dans son esprit, quoiqu'il fasse. Ses craintes ne dormaient jamais. Il était sans cesse assailli par le doute et par la peur, tellement qu'il s'y perdait lui-même.

-Dis-moi ce qu'il y a.

Quand les paroles de Kiba vinrent se répercuter contre ses tympans, les battements de son cœur s'accélérèrent. Il savait que son ami se doutait de quelque chose, mais il ne pensait pas qu'il serait si vite confronté à ses responsabilités. Il ne pouvait pas tout avouer à Kiba, ce n'était pas possible. Il savait à quel point le brun ferait tout pour le séparer de Tsume et ça non plus il ne pouvait pas le permettre. Il ne pouvait pas l'expliquer mais il savait que sa vie ne serait plus jamais pareille maintenant qu'il avait rencontré le soldat. Pour lui, c'était comme une évidence, il ne pouvait plus imaginer sa vie sans lui. Il avait besoin de Tsume. C'était peut-être stupide mais il ne pouvait rien y changer. Alors il ne pouvait rien dire à Kiba, il ne devait rien dire.

-Rien du tout, tenta-t-il d'expliquer en se redressant.

-Ne te moque pas de moi, je vois très bien que quelque chose ne va pas.

Kiba avait toujours admiré le brun pour sa jovialité et sa positivité à toute épreuve. Presque encore plus tenace que celle de Keiji. Toboe souriait toujours, tout le temps, quoi qu'il fasse, quelle que soit la situation, il ne perdait jamais son sourire. Alors le voir ainsi : triste, blessé, éteint, ça lui brisait le cœur. Parfois quand il le regardait, il avait l'impression que le petit Toboe qu'il avait toujours connu n'était plus là. Toboe était devenu quelqu'un d'autre, quelqu'un de plus mûr, de plus mature mais aussi quelqu'un de plus sérieux. Et sa bonne humeur lui manquait, tout autant que ses sourires et ses questions qui l'énervaient parfois tant elles étaient naïves. Toboe ne lui posait plus jamais de questions, comme s'il ne voulait plus savoir.

-Je m'inquiète pour toi.

Le petit brun fut profondément touché par les paroles du plus âgé : depuis quelques temps, il se demandait s'il avait toujours sa place dans son cœur. Il trouvait Kiba de plus en plus distant, de plus en plus froid avec lui. Il avait la désagréable sensation d'être de trop, de l'agacer. Il avait eu peur de perdre son amitié si précieuse qui l'avait aidé de nombreuses fois, alors entendre ces paroles qu'il avait tant espérées sortir de sa bouche, ça lui réchauffait le cœur malgré la tristesse qui l'avait envahi. C'était comme un petit coin de paradis dans son enfer. Il planta son regard dans celui, plus sombre de Kiba et eut tout à coup envie de le serrer contre lui. Pour le remercier d'être venu, de s'être inquiété pour lui. Pour le remercier d'exister, de l'accompagner sur le chemin de la vie, qu'il soit difficile à gravir ou non.

Alors il ne se retint pas : il se jeta dans ses bras, le serrant contre lui de toutes ses forces, comme il l'aurait fait si ç'avait été Tsume. Il le serra contre son cœur, le visage niché contre son cou, et Kiba eut tout juste la force de lui rendre son étreinte. Il avait depuis longtemps oublié à quel point c'était bon de tenir quelqu'un dans ses bras. Toboe était petit et frêle comme l'était Keiji, voilà pourquoi il profita d'avantage de sentir ses bras autour de lui. Il avait l'impression de retrouver son amant à travers cette étreinte, de revivre leurs plus beaux instants. C'était comme un rêve oublié, comme un disque rayé qu'il retrouvait après des années.

-Toboe…

-Merci. Merci pour tout, Kiba.

-Mais…

-J'ai besoin de me retrouver, dit-il, de faire le point. Je suis désolé si je t'ai inquiété. Je vais bien, je t'assure que je vais bien. Je n'ai jamais été aussi heureux mais ce bonheur à un prix, tu sais. Il me fait peur parfois, c'est pourquoi j'ai besoin de réfléchir. Pardon, je ne voulais pas que tu te fasses du souci.

Kiba resta un moment interdit, se contentant de respirer la douce odeur coco qui se dégageait des cheveux bruns de son cadet. Toboe venait de lui avouer ouvertement que quelque chose avait changé, et il était touché malgré lui par cette marque de confiance aveugle. Et, même s'il voulait savoir, même s'il voulait être rassuré sur ses fréquentations, Kiba le comprenait. Il comprenait qu'il ne veuille pas lui en parler, pas tout de suite. Presque huit mois que Keiji avait disparu de sa vie et pourtant ni Hige, ni Toboe n'étaient au courant de son existence. Ils avaient vécu leur relation en secret et c'est encore en secret qu'ils vivaient leur séparation. Kiba ne se sentait pas prêt à en parler, ce n'était pas encore le bon moment. Alors il comprenait Toboe, même si cette décision lui faisait mal.

-Tu me promets qu'il n'y a rien de grave ?

-Bien sûr ! Rien de grave ne peut m'arriver quand tu es là !

Toboe lui envoya un magnifique sourire. Finalement, il n'avait peut-être pas vraiment changé.


Tsume grimaça quand il posa le pied à terre : sa blessure le faisait toujours beaucoup souffrir et le médecin l'avait prévenu que ce n'était pas une bonne idée de forcer sur sa jambe. Il avait été pris en charge deux jours plus tôt et était toujours sous antis-douleur. En ce moment même, il aurait dû être couché sur un lit d'hôpital, la jambe au repos et un repas infecte sous le nez. Pourtant il venait d'arriver en gare seulement quelques minutes plus tôt il avait quitté l'hôpital et les soins dont il y bénéficiait contre l'avis du médecin pour revoir Toboe. Uniquement pour lui. Quand il avait appris qu'il devrait être immobilisé plus d'une semaine, il avait catégoriquement refusé de rester enfermé entre quatre murs et avait décidé de profiter de cette semaine pour rejoindre la ville.

Bien sûr, il avait dû promettre au colonel de se reposer et d'être remis sur pieds pour la semaine suivante, mais au moins il était venu. Il avait abandonné les tranchées, les rats et ses frères d'arme derrière lui pour quelques jours de repos. Plissant les yeux dans la pénombre, il jeta un œil sur le cadran d'horloge suspendu au-dessus de lui : vingt-deux heures trente. Hige lui avait promis de quitter leur appartement en compagnie de Kiba dès vingt-deux heures il était déjà en retard !

Ignorant la douleur, il clopina sur plusieurs mètres avant de s'appuyer contre un mur, reprenant son souffle. Sa blessure le rendait faible, inutile et lent. Il se détestait pour ça. De l'extérieur de la gare, il pouvait apercevoir la fenêtre de la chambre de Toboe. Un sourire involontaire se dessina sur ses lèvres comme il lui semblait retrouver ses dernières forces. Son être tout entier était attiré par cette fenêtre derrière laquelle il pouvait presque imaginer le visage endormi de son brun. Armé de cette image qui le rendait plus fort que jamais, il s'enfonça dans la nuit tombante, bien décidé à ne prendre du repos qu'une fois qu'il l'aurait retrouvé.


-Mhm, pas maintenant…

Profondément endormi, Toboe chassa d'une main distraite le voile de soie qui venait d'effleurer sa joue. Il grogna et se roula en boule sous les couvertures en soupirant, une main calée sous la tête et l'autre glissée dans son cou. Mais le voile de soie revint à la charge, encore et encore. Sur sa joue, sur son poignet, sur le haut de sa main, sur son nez, sur ses yeux clos, sous son oreille. Et Toboe le chassa en rouspétant, cherchant inlassablement une nouvelle position qui pourrait le protéger.

Penché au-dessus de lui, Tsume sourit en le regardant tourner la tête pour la énième fois. Toboe avait vraiment le sommeil très profond mais le soldat ne s'en plaignait pas : il profitait de ces quelques minutes de jeu pour admirer les traits calmes et paisibles de son petit ami. Un genou de chaque côté de son corps pour l'empêcher de filer, il en avait presque oublié la douleur insupportable de sa cuisse. Il approcha un peu plus son visage du sien, jusqu'à laisser son souffle rencontrer le sien. Toboe plissa le nez, fronça les sourcils, grogna un peu plus et tourna la tête de l'autre côté. Alors Tsume passa à la vitesse supérieure, de plus en plus désireux de rencontrer les grand yeux dorés qui lui avaient tant manqué.

Toujours avec la même douceur qu'il ne se connaissait pas, il frotta son nez contre sa joue, caressant sa peau douce de ses lèvres au passage. Sauf qu'il ne s'attendait pas à ce que la main de Toboe s'écrase contre sa joue, tout comme il ne s'attendait pas à ce que ce geste réveille presque instantanément le brun. Amusé par les prunelles mi endormies et mi effrayées qui le fixaient, Tsume recula un peu son visage du sien, laissant les rayons de lune dévoiler son identité.

-Tsume ?

Toboe cligna plusieurs fois des yeux, ne pouvant croire ce qu'il voyait. Il devait être en train de rêver. Oui, ça devait être ça, son inconscient lui jouait de mauvais tours, ce n'était pas possible autrement. Tsume ne devait pas être là…il n'avait pas eu sa permission, il le lui avait dit alors…non, ce n'était pas possible. Et pourtant il semblait si réel ! Ses lèvres qui parcouraient sa mâchoire, la main qu'il avait glissée dans ses cheveux, l'autre qui remontait le long de son flanc n'avaient rien d'illusoire. Mais alors si tout cela n'était pas un rêve, cela voulait dire que…

Le brun n'eut pas l'occasion de tergiverser plus longtemps : les lèvres du vrai/faux Tsume venaient de happer les siennes et, sans même qu'il ne s'en rende compte, sa langue s'enroulait déjà autour de la sienne avec envie, comme pour rattraper les nombreux baisers qu'ils avaient retenus depuis un mois. Alors Toboe cessa de se poser des questions, il profita simplement de ce moment, sans se demander s'il s'agissait ou non d'un merveilleux rêve. Il enroula ses bras derrière sa nuque, l'obligeant à s'approcher encore plus de lui et approfondit le baiser jusqu'à ce que le souffle vienne à leur manquer, avant de recommencer encore et encore, esclave de tout cet amour qu'il retrouvait enfin.

Ce n'est que lorsque Tsume s'allongea contre lui et qu'un lancement plus fort que les autres dans sa cuisse le rappela à l'ordre qu'ils se séparèrent pour de bon, les yeux noirs de désir. Tsume roula sur le côté, se détachant à contrecœur du corps fin du brun et il s'appuya sur sa jambe valide. Toboe avait bien remarqué que quelque chose n'allait pas, pourtant il ne put s'empêcher de revenir se coller contre lui, une main caressant sa nuque, l'autre glissée sous son blouson de cuir et qui traçait de petites arabesques sur sa peau halée.

-C'est toi ? C'est vraiment toi ?

-C'est seulement maintenant que tu te poses la question ?

Un large sourire se dessina sur les lèvres du brun, à présent persuadé que c'était bien son Tsume qui était allongé à ses côtés. Il ferma à nouveau les yeux quand la grande main rugueuse du soldat se posa sur sa joue et que ses lèvres se posèrent tout contre les siennes pour un baiser en surface. Pas de doute, c'était bien lui. Tsume avait tenu sa promesse, il était revenu et Toboe redécouvrait avec joie ce côté câlin qui l'habitait une fois la nuit tombée.

-Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? Demanda-t-il en effleurant la cuisse du soldat, le faisant grimacer.

-Dommage collatéral, répondit-il simplement en l'obligeant à remonter sa main.

Il ne voulait pas que Toboe le voit aussi faible.

-Tu as mal ?

-Ça n'a pas d'importance.

Le brun fronça les sourcils.

-Je m'occuperai de toi, promit-il finalement en l'embrassant au coin des lèvres.

Tsume sourit à nouveau, trouvant finalement du positif dans cette blessure. Tout compte fait, il devrait peut-être remercier Kobe quand il le reverrait : grâce à lui, il allait bénéficier du meilleur traitement qui soit. Il ne doutait pas que le brun prendrait sa mission très à cœur. Une main toujours accrochée à ses cheveux, Tsume l'attira contre lui jusqu'à le serrer dans ses bras, le menton posé sur le haut de sa tête. Il profitait simplement de l'avoir retrouvé, de ses cheveux ébouriffés qui chatouillaient son nez, de ses mains qui parcouraient son corps, de ses lèvres qui embrassaient son cou. De toute la douceur et de toute la tendresse qu'il lui offrait sans compter, simplement de ce bonheur de l'avoir à nouveau contre lui.

-Tu m'as manqué. Tu m'as tellement, tellement manqué.

Le soldat s'imprégna de ces paroles qui gonflaient son cœur de joie et de fierté. C'était la première fois qu'il les recevait autrement que sur papier et les entendre de la bouche de Toboe était cent fois meilleur que tous les mots doux qu'il avait pu lire dans ses lettres. C'était comme un nouveau souffle de vie, une accalmie, un petit coin de paradis dans son enfer. Son cœur bondit dans sa poitrine, il hésita, ouvrit la bouche, se ravisa, essaya encore, échoua…et c'est finalement quand le brun se cala un peu mieux contre lui, quand il vit ses yeux clos, quand sa respiration se fit plus calme, quand sa main trouva la sienne et qu'il le sentit caresser sa cuisse avec toute la douceur du monde qu'il prononça les mêmes mots. Ces mots qu'il avait enfouis au fond de son cœur, ces mots qu'il n'espérait plus jamais dire.

-Toi aussi, tu m'as manqué.

Et ça lui fit un bien fou. C'était une libération, une partie de son passé qui ressurgissait en lui, une esquisse nouvelle d'un futur qu'il voulait passer à ses côtés.