Re-Née: Chapitre 8
«Tenez bien le mousquet entre vos mains…lorsque la balle partira, vous subirez un contre-coup…ne le laissez pas vous surprendre…voilà : une main sous le canon, l'autre sous la crosse, le doigt sur la détente. Maintenant, regardez dans le viseur, et positionnez le canon en direction de votre cible…attention, votre visage est trop près…si la poudre explosait, vous seriez complètement défigurée !...Vous aimerais-je quand même ? Mais bien sûr, Renée…quoiqu'il arrive, je vous aimerai toujours…»
« Aramis ? »
Dans un sursaut, la jeune femme leva les yeux, abaissant le mousquet qu'elle tenait en main. Le mousquet, ironiquement arsenal secondaire du mousquetaire. Une arme lourde, traitresse, mais puissante et sans pitié pour sa victime. Une arme sans laquelle elle n'aurait jamais rencontré François…une arme que lui avait fait apprivoiser François. Une arme qui, par son apprentissage, les avait forcés à se tenir dans une délicieuse promiscuité…sa main sur sa main, son visage tout près du sien, leurs corps pressés l'un contre l'autre…combien de fois avait-elle oublié le jeune faon pour ne se soucier que de cueillir les baisers de son fiancé?
« Pardon…vous disiez ? » fit-elle, confuse, comme si elle se réveillait d'un court sommeil.
« Je n'ai rien dit, » déclara Porthos, moqueur, en balayant de la main l'espace devant lui. « Vous rêviez sûrement d'une de ses beautés aux longs cils, dont le parfum enivrant vous transporte en des contrées lointaines…»
Elle haussa les épaules avec indifférence en remettant sa cible en joue.
« Je ne savais pas que vous saviez tirer au mousquet… » poursuivit-il.
Une détonation. La cible resta intacte, mais vacilla.
« Quelques notions de chasse… » répondit Aramis avec absence en rechargeant son arme avec minutie. Comme elle aimait la manipuler ! Elle lui rappelait tant de doux souvenirs…qui la laissait amère, certes, mais dont l'aigreur disparaissait après chaque déflagration, avec le petit filet de fumée grise qui s'échappait du canon, tel l'encens qu'on faisait brûler dans les églises… Vraiment, le monde des soldats offrait les plus agréables diversions ; pas étonnant que la majorité des aristocrates y recherchent un baume à leur ennui !
Une autre balle s'envola dans un fracas. A l'autre bout de la cours, un vase en grès éclata. Aramis serra victorieusement le poing et pressa les lèvres en un sourire satisfait.
Porthos approuva d'un hochement de tête.
« Oh…en passant…ce matin…. j'étais tellement emballé que j'en ai oublié de vous dire que le capitaine voulait vous voir ! » Il se tortillait les doigts, embêté de son étourderie.
« Ah oui, vous avez été promu…Toutes mes félicitations ! Je suis très heureux pour vous !»
« Merci ! Nous irons fêter ça, n'est-ce pas ? Avec Athos ? »
« Mais oui, » lui répondit-elle avec un sourire. « Bon, je vais voir le capitaine…je vais ranger ça et j'y vais tout de suite.»
Le mousquet sur l'épaule, elle disparu à l'intérieur de la demeure. Un peu nerveuse, elle s'annonça au domestique.
Que peut-il bien me vouloir… ?
Elle se fit rapidement introduire dans le cabinet du capitaine. S'efforçant de se faire la plus discrète possible, elle y entra à pas feutrés.
« Approchez, Aramis » fit la voix rauque du vieux soldat alors qu'il déposait sa plume dans l'encrier.
Toujours délicatement, elle avança de quelques pas. Même après toute une année à le côtoyer, l'homme l'intimidait toujours. Elle se demandait en fait s'il y avait un mousquetaire qui n'était pas effrayé par ces épais sourcils foncés, cette voix grave et enrouée, cette carrure imposante qui rappelait un peu celle de Porthos, mais surtout cette prunelle noire et sévère qui écrasait d'un coup toute forme d'insubordination. Il le fallait, pour tenir à l'ordre une bande de gaillards qui avaient parfois bien besoin de discipline !
« Ca tombait bien, que Porthos oublie de transmettre mon message ; j'ai été appelé d'urgence au Louvre… »
Sans un mot, elle acquiesça timidement de la tête.
« Vous avez sûrement appris que nous l'avons promu au rang de mousquetaire….J'ai discuté de votre cas avec Sa Majesté, et nous aimerions tous deux que vous rejoigniez également nos rangs. J'ai bien remarqué, ce matin, lorsque vous ferrailliez avec Athos…votre adresse est surprenante et sera une belle addition à notre compagnie. Votre capacité d'apprentissage est rapide, alors cela ne sera pas un problème pour vous apprendre à monter à cheval et manier un mousquet. Félicitations, jeune homme ! Vous voilà apprenti-mousquetaire !»
L'homme fut surpris de ne voir chez son interlocuteur aucune réaction immédiate.
« M-mais… » finit-elle par articuler après un long moment de silence pendant lequel, trop étonnée, elle n'avait pu trouver de mots pour s'exprimer. « C'est impossible ! »
Palefrenier, ça passe. Mais je ne peux pas devenir mousquetaire, voyons !
« Comment cela, 'impossible' ? » grogna Tréville, non content de cette réponse.
« Mais voyons, je… »
Il sera furieux si je lui dis !...
Ne comprenant pas la raison de la panique d'Aramis, il lui lançait des regards confus, mais austères.
« Mais regardez-moi ! » continua-t-elle en désignant son physique et tentant de lui faire comprendre ce qu'elle n'osait avouer de vive voix. Même après toute une année, elle n'avait jamais pensé qu'elle doive un jour avouer la vérité, tant son travestissement était devenu pour elle complètement naturel. D'un autre côté, mis à part Athos, elle était étonnée que personne ne la soupçonne ; Il est vrai qu'elle cachait plutôt bien son jeu…
« Oui, je sais…vous avez encore maigri, et votre allure de jeune fille ne ferait pas peur à personne. C'est justement parce que vous avez un talent hors du commun que j'ai décidé de passez outre ce détail….Sinon, que dirait-on de la compagnie des mousquetaires du roi ? Qu'on engage des femmes ? Allons donc !»
Hébétée, elle laissa tomber les bras. « Vous trouvez que je ressemble à une fille ? »
« Vous ne pouvez nier cette évidence, voyons ! »
Je dois lui dire…sinon, je cours à la catastrophe. Il me trucidera si je lui dis, mais aussi si je refuse de joindre la compagnie… Tudieu, pourquoi il fallait que ça arrive maintenant ?
« Qu'est-ce qui vous fait dire que je ressemble à une fille ? »
Gêné et surpris par cette question, le capitaine se mit à bredouiller. « Bien…votre petite taille, vos cheveux, vos traits…tout, en fait. Écoutez, ne le prenez pas mal-»
« Et si c'était parce que j'en suis une ? »
Tréville cligna des yeux. « Pardon ? »
Elle avait laissé tomber ses mots rapidement, en un seul souffle. La jeune femme pouvait sentir la tempête, non, le plus violent des orages, s'approcher d'elle dangereusement. Seigneur, faites qu'il ne m'occis pas sur le champ !
« Bien, je…je…j'ai omis… de vous dire que…je suis une…, » articula-t-elle honteuse, la voix cassée. Elle n'avait pas besoin de terminer sa phrase : il était assez évident, pour l'homme devant elle, quel était le mot qui devait la compléter.
« Mais que me chantez-vous là ? » Presque paniqué, il s'était levé d'un bon, avait contourné son bureau et s'était approché d'elle d'un pas rapide. Il la toisait maintenant de la tête aux pieds, avec de grands yeux exorbités, comme s'il venait enfin de comprendre que…peut-être…oui…il pourrait réellement s'agir…d'une…
« UNE FEMME ?! » Il s'étouffa presque et plaqua une main sur sa bouche.
Elle ferma les yeux et se mordit les lèvres, la seule voix du capitaine agissant sur elle tel un fouet. Après un moment, elle risqua d'ouvrir un œil en direction de son supérieur. Il la regardait toujours, la mâchoire tremblante.
« Enlevez-moi ce pourpoint ! » fit-il en la pointant du doigt, dans une dernière tentative de se convaincre qu'il avait sans doute halluciné cette conversation.
Oubliant son malaise, laissant tomber son rôle de garçon qui, de toutes manières, n'était plus d'aucune utilité, elle fronça les sourcils et croisa les bras sur sa poitrine, se protégeant ainsi de tous gestes pervers. « Il n'en est pas question ! »
A l'étage inférieur, le vieux domestique se demanda pourquoi son maître avait hurlé de fureur…
« De toute façon, je m'en fiche ! » Aramis rouspétait tout haut, en marchant d'un pas rapide sur le chemin poussiéreux. Avec maints cris de colère, le capitaine l'avait renvoyée chez elle en lui ordonnant de ne pas quitter sa demeure, et d'y rester jusqu'au moment où il aurait décidé de son sort.
Faisant fi des ordres, elle avait emballé quelques affaires et, son baluchon sur l'épaule, elle avait repris la route qui menait vers Noisy-le-Sec. A mi-chemin, elle avait rageusement retiré le bandage qui lui enserrait la poitrine, bien résolue à faire une croix sur ses aventures des derniers mois, mais avait conservé le reste de ses vêtements masculins, plus pratiques pour un tel voyage. Se remémorant la parabole de l'enfant prodigue, elle s'imaginait son oncle l'accueillant les bras ouverts, et elle, lui disant « Mon oncle, j'ai péché contre le Ciel et contre vous… » Se répétant la scène dans son esprit, elle leur demanderait pardon. Elle se marierait, si c'était ce qu'ils désiraient. Plus rien n'avait d'importance à présent, mis à part ce bougon de capitaine de Tréville qui l'avait apostrophée de la plus rustre des façons !
« Il n'avait qu'à s'en rendre compte lui-même ! Moi, je ne lui avais rien demandé: C'est lui qui m'a engagée sans poser de questions! » pestait-elle.
Le soleil commençait déjà à se coucher quand elle franchit, d'un pas décidé, la derrière colline qui la séparait de son village natal. Juchée au sommet, elle regardait l'époustouflant paysage campagnard : Dans le vallon, perdu entre des centaines d'arbres verdoyants, se cachait, à gauche, le petit hameau, tandis qu'à droite, à découvert, pointait le clocher de la petite chapelle…et à côté…le…cimetière.
Son cœur se noua instantanément de chagrin à la vue des pierres blanchies et des croix minuscules qui, même au loin, étaient bien distinctes. Soudainement, sa colère s'était dissipée, faisant place à la même tristesse qu'elle avait ressentie plus d'un an auparavant. Même après toute une année, la douleur était toujours aussi vive…comment avait-elle pu l'oublier ? Est-ce que sa nouvelle vie lui avait à ce point fait du bien ? Mais pour François, qui dormait dans ce cimetière, qui avait été lâchement assassiné, et qu'elle avait juré de venger...pouvait-elle ignorer sa promesse ? Réalisant que, non, à bien y penser, elle ne pourrait jamais jamais - jamais ! -marier un autre homme que lui, elle tourna les talons en soupirant. Puisque Paris et Noisy ne lui disaient plus rien, il ne lui restait plus qu'à rentrer au couvent…ou changer de pays…n'y avait-il pas des bateaux qui partaient pour le Nouveau Monde ?..Non, impossible, elle avait une vengeance à accomplir !
« Vous venez souvent ici, ma belle ? »
Elle sursauta, sortant rapidement de sa torpeur, et jeta un coup d'œil vers l'homme qui, appuyé contre un arbre, l'interpellait. Fumant une petite pipe de bois, il exhuma une bouffée de fumée blanche.
Il était particulièrement beau, avec des petites mèches brunes encadrant un visage imberbe aux traits doux et jeunes. Il avait, de plus, une belle mise, malgré la simplicité de ses vêtements. Un aristocrate…pensa-t-elle en voyant ses deux rangées de dents parfaitement blanches. Il y avait toutefois, dans le rictus de l'inconnu, une désagréable lueur de malice qui la fit frissonner.
« Je m'en allais, justement…excusez-moi. »
Elle alla passer outre quand il la retint par le bras. Cette poigne ne présageait rien de bon…
« Allons, nous avons une meilleure vue de ce village par ici… Venez, je vais vous montrer… » A contrecœur, elle se laissa tirer par la main. Il l'entraina sur la droite, se frayant un passage au travers la végétation, beaucoup plus dense à cet endroit. Enfin, entre deux arbres, il s'arrêta et pointa au loin. On voyait déjà s'allumer les lumières à l'intérieur des chaumières, égayant ainsi le crépuscule. « Là-bas, vous voyez ? C'est le manoir d'Herblay… mon maître voulait marier la fille qui habitait là…mais elle a disparu, l'an passé. »
« Elle serait morte, sans doute… » tenta de le persuader Aramis.
« Non….on sait qu'elle est toujours bien vivante… »
La voix de l'homme était trop lugubre pour être remplie de bonnes intentions. Se maudissant à la fois d'avoir signalé sa présence en faisant porter des fleurs sur la tombe de François, et surtout de ne pas avoir apporté d'armes, ni même de poignard avec elle, Aramis ne put s'empêcher de se sentir complètement dénudée de ne pas avoir d'épée à sa portée, cet étranger n'en portant pas non plus… elle ne pourrait même pas la lui dérober pour se défendre…Elle essaya tant bien que mal de cacher son trouble, mais en vain. Sa respiration, soulevant sa poitrine en mouvements rapides, la trahissait.
« C'est étrange, » continua l'inconnu sur un ton qui se voulait intentionnellement sarcastique, en la regardant intensément. « Vous avez le même signalement qu'on avait fait d'elle…»
Aramis voulu ignorer son commentaire et simuler l'étonnement. Mais elle se doutait bien que ses jambes vacillantes et son menton tremblant ne pourraient rien feindre, eux. Elle se retourna et allait se mettre à courir quand deux mains fermes la retinrent par la taille. « Pas si vite, mignonne ! » avait lancé l'homme en l'empoignant et en la tirant vers lui. Le souffle coupé, elle ne parvint qu'à émettre un son étouffé. L'homme la poussa fermement, mais délicatement sur le sol alors qu'elle se débattait solidement. « Ne t'en fais pas…mon maître ne sera pas fâché si je m'assure de la qualité de sa future… »
« Lâchez-moi ! » cria-t-elle finalement en lui donnant tour à tour coups de poings et de pieds.
« Crie comme tu veux, tu sais bien que personne ne t'entendra ! » commença-t-il en tentant de maintenir ses poignets contre le sol. « Et même si on t'entend, quand on saura que c'est toi, on te laissera ici….Mais quels sont ces grands yeux étonnés ? Tu ne sais donc pas ? Tu es la honte de ta famille…personne ne veut de toi, ici ! »
Pour un moment, elle avait cessé de se débattre, laissant les mots de l'homme s'insinuer dans son esprit. Elle regarda son agresseur dans les yeux : il ne mentait pas. Il y avait même une certaine pitié mêlée de compassion dans son regard…
Qu'avait-elle pensé ? Qu'on accueillerait son retour avec trompettes et fanfares, comme si rien ne s'était passé ? Il avait raison…égoïstement, elle s'était imaginée reine de la vie, victime d'une injustice qui ne méritait que l'on s'apitoie et qu'on pleure avec elle son triste sort…jamais elle n'avait mesuré autrement la portée de ses décisions, se contentant de faire tourner le monde autour d'elle…et d'elle seule. Pas un instant elle n'avait songé que sa fuite attirerait l'opprobre sur le nom des siens.
« Allons, juste un petit peu…moi, je serai bien doux avec toi !» avait-il dit en tirant sur le cordon qui retenait le pantalon de la jeune femme.
Se ressaisissant, elle se remit à le frapper et à essayer de lui échapper. Peut-être était-elle un déshonneur pour sa famille…mais ce n'était pas une raison pour se laisser violenter par le premier venu ! La panique l'envahit toutefois, désordonnant ses gestes et rendant inutiles ses attaques. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux tandis que l'homme détachait son pourpoint et délaçait son propre pantalon.
Tu as donc passé une année entière à te conduire comme un homme, et voilà qu'à la seconde où tu t'affiches comme une femme, tu perds tous tes moyens ? Tu n'as rien appris qui vaille ?
« Cesse de te débattre…je ne te ferai pas de mal… » répétait l'homme en tentant d'écarter ses jambes tout en se protégeant le visage. « Si tu n'es pas sage, je te prendrai par derrière…mais on dit que c'est un peu plus douloureux… »
Elle échappa un sanglot étranglé en sentant deux mains rudes caresser l'une ses cuisses, l'autre sa poitrine. Pourquoi…pourquoi n'arrivait-elle pas à s'extirper de son emprise ?
'Ne laissez pas vos émotions prendre le dessus…cela vous fait perdre contrôle sur vos mouvements…'
'Taisez-vous, Athos !' avait-elle envie de hurler en se remémorant les mots que, la veille, lui avait dit le sombre mousquetaire. Que penserait-il s'il la voyait ainsi, alors qu'elle avouerait, par le fait même, qu'il ne s'était pas trompé à son sujet, qu'elle était bel et bien une femme, une de ces traîtresses qu'il semblait tant détester ? La violenterait-il comme cet inconnu ? Ah, la dernière fois qu'elle s'était retrouvée sous son poids, il n'avait fait aucun cas de sa féminité!…Et ce bon Porthos, comment réagirait-il de s'être fait duper de la sorte, après avoir tant fait pour elle ?
Des larmes coulaient sur son visage. Ni Athos, ni Porthos ne viendraient l'aider : même pour la compagnie des mousquetaires, elle était une flétrissure méprisable…Une femme, ça ne vaut rien, à part servir aux bons plaisirs des hommes et à la continuation du genre humain. A-t-on déjà vu une femme avec une épée ? Aaah, pourquoi diable n'avait-elle pris une arme avec elle ? une dague, du moins, qu'elle aurait pu cacher sous ses vêtements ?
Rappelez-vous toujours que…
Il lui semblait qu'Athos murmurait à son oreille…
…vous n'êtes pas le seul à cacher un poignard sous vos habits…
Elle glissa prestement ses mains sous la chemise de son agresseur, parcourant des doigts son torse et ses côtés.
« Voilà qui est mieux, ma belle…laisse-toi faire….tu verras, c'est très agréa- »
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Immobile, le souffle coupé, il baissa les yeux, regardant son abdomen au sein duquel était engouffrée la lame de son propre poignard. Aramis, tremblante, en tenait le manche fermement ; immobile, elle resta dans cette position pendant un long moment. L'homme se mit à frémir aussi, son souffle saccadé s'échappant péniblement de ses lèvres. Finalement, il inspira fortement, ce simple geste lui arrachant une douleur atroce alors qu'il plissait les yeux et grimaçait de souffrance. Elle le repoussa, retirant la dague du corps ce faisant, et recula. Il se laissa rouler contre un arbre, la regardant d'un air désemparé. Aidez-moi, je vais mourir, semblaient implorer les yeux de l'agresseur. Il tenta de parler mais il ne parvint qu'à cracher un flot de sang.
Aramis, effrayée par ce spectacle, porta une main tremblotante à sa bouche, désirant réprimer un haut-le-cœur soudain. Mais ce n'était pas le sang qui la faisait chanceler, ni la vue d'un mourant…c'était la réalisation que…
L'homme, une main crispée sur sa blessure fatale, étendait maintenant son autre bras dans sa direction et semblait même articuler son prénom…
Titubant dans sa fuite, elle poussa un cri en se serrant la tête de ses deux mains.
…François était sûrement mort de la même façon.
A suivre!
