Merci à Nouky et Almark, fans de la première heure et qui ont pris le temps de se manifester malgré les années d'attente. Ce fut un plaisir de vous lire, j'espère que cette suite vous plaira et j'avoue que j'attends avec une impatience toute particulière vos impressions.
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Une bonne lecture à tous ! Et à bientôt peut-être…
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Chapitre 7
Nouvelle chance
Elle hésitait.
Immobile depuis plusieurs minutes sous la pluie glaciale, elle gardait ses yeux d'un bleu éteint rivés sur la fenêtre située à une dizaine de mètres en hauteur. Un éclair le ciel, ce qui l'arracha dans un frisson à ses pensées. D'instinct elle se dissimula derrière une échoppe fermée et se laissa glisser à terre, la respiration sifflante.
« Je dois le voir… Je lui raconterai tout, comme m'a demandé… Maman… »
Elle tressaillit puis secoua la tête, chercha à tout prix à chasser les images horribles qui occupaient son esprit depuis deux jours. Elle ne voulait penser qu'à une chose, elle ne devait penser qu'à une chose : lui. Seul lui comptait pour l'instant, elle devait s'en persuader.
« Je n'ai plus que lui, maintenant… »
Elle retint un sanglot à cette idée angoissante. Puis rassemblant ses forces, la fillette se leva avec difficultés et s'élança sur les toits. Elle rejoignit une terrasse en contrebas de la fenêtre qui l'intéressait tant. Elle n'était plus qu'à quelques pas de son but, quand soudain le doute et la peur assaillirent une fois de plus son esprit embrumé par le froid.
« Je ne la connais pas ! »
L'enfant s'arrêta en plein élan, malgré la pluie qui tombait de plus en plus drue. La phrase qui lui avait fait si mal le matin même résonna dans son esprit, comme gravée au fer rouge.
« Je ne l'ai jamais vue ! »
Son frère. Il avait raison. Elle non plus, elle ne l'avait jamais vu avant. Du moins, en réalité. Mais elle savait comment il était, elle avait vu des photos de son père : ils se ressemblaient comme deux gouttes d'eau, Naruto et lui. Et c'était sans compter l'énergie qui sourdait en lui, cette aura qu'elle seule semblait distinguer… Dès qu'elle avait croisé son regard dans la forêt, dès qu'elle avait pu se départir de sa panique, elle avait compris qui il était.
Mais lui ? Manifestement il ne s'était jamais douté de son existence. Comment l'aurait-il pu d'ailleurs ? Leur mère n'était jamais revenue à Konoha, là où elle avait laissé son fils il y avait de ça presque quinze ans. Que pouvait-il savoir à son sujet, que lui avait-on dit sur ses origines ?
Ils ne se connaissaient pas. Pourtant, elle, elle aurait donné n'importe quoi pour le voir, lui parler, tout lui expliquer. Mais lui…
Lui, il n'avait pas besoin d'elle… Et il la détestait déjà.
Depuis cinq ans qu'elle connaissait son existence, elle l'avait toujours imaginé triste et solitaire, abandonné dans ce village indifférent dont sa mère lui parlait quelquefois. Mais cette vision s'était dissipée quand enfin elle l'avait rencontré : elle sentait qu'il était heureux ainsi. Ça se voyait à la façon dont ses amis et Tsunade parlaient de lui, à la bonne humeur qui l'entourait. Une aura de bonne humeur et d'enthousiasme. Et elle qui surgissait dans sa vie, avec tous ses problèmes ! Et son "don" qui n'attirait que des ennuis….
Jamais elle n'oserait lui en parler. Il avait raison, cela ne rimait à rien puisqu'ils ne se connaissaient pas. A vrai dire, elle ne devrait même pas s'approcher de lui. Après tout, ils étaient trop différents…
Et son pouvoir à elle lui ferait bien trop de mal…
Elle se tenait debout sur la terrasse, oublieuse de la pluie qui martelait son visage et au tonnerre qui grondait, toujours plus proche. Lentement, elle détourna son regard de la fenêtre qu'elle voulait tant rejoindre, et fixa au loin les remparts du village. Un éclair baigna le paysage d'une lueur blanche irréelle, et révéla parmi les ombres les grandes portes de Konoha, fermées pour la nuit.
Si elle s'en allait, tout serait réglé. Son frère continuerait sa vie, sans s'inquiéter ni d'elle, ni de tous les secrets qu'elle avait à lui révéler. Il continuerait son existence paisible, comme si elle n'avait jamais existé.
Et elle… Advienne que pourra ? Elle n'avait plus grand-chose à attendre de la vie, de toute manière…
Elle hésitait. Elle fit un pas vers les hauts remparts, qu'elle pourrait franchir sans problème si elle le voulait. Elle s'arrêta, leva encore les yeux vers la fenêtre fermée, sans la moindre lumière.
Finalement, elle redescendit dans la rue, s'éloigna puis s'immobilisa. Pétrifiée sous la pluie, elle serra lentement les poings, comme pour se convaincre de sa décision.
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« J'ai fait n'importe quoi… »
L'obscurité régnait dans la chambre. Seule la lumière des éclairs au-dehors illuminait de temps à autres la pièce, révélant subrepticement le désordre qui y dominait toujours. Assis en travers de son lit, le dos contre le mur et les jambes repliées sur son torse, Naruto ruminait de sombres pensées, les sourcils froncés.
« J'ai raté la seule occasion de pouvoir lui parler toute à l'heure… et vu comme je l'ai traitée, elle ne voudra probablement plus jamais me revoir ! »
Yume et les doutes qu'elle avait soulevés ne le lâchaient pas. Peut-être même ne sortiront-il jamais de son esprit tant qu'il n'aurait pas fait la lumière sur cette affaire. Mais au-delà de tous ces problèmes, Naruto avait l'impression étrange, désagréable d'être passé à côté de quelque chose de vraiment important. A vrai dire, il sentait son cœur se serrer dès qu'il se remémorait la scène de la matinée. Une pierre lourde et compacte tombait au creux de son ventre dès que lui revenait le regard triste, déçu que lui avait lancé sa sœur lorsque dans un élan irréfléchi il l'avait rejetée.
« Ma sœur… ou ma cousine… ou une inconnue ? Tsunade, si ton but était de m'embrouiller un peu plus, c'est réussi ! » songea-t-il en se prenant la tête entre les mains d'un geste rageur.
Il soupira sans retenue, et sa moue renfrognée laissa peu à peu place à un visage plus triste.
« Je ne sais plus qui croire… »
D'un air absent, il joua avec les bandages qui lui couvraient les mains. Après sa discussion avec Tsunade, il avait ressenti l'irrépressible envie de s'entraîner – ou plutôt de frapper sans vergogne le premier qui croiserait son chemin. Pour ne pas s'attirer des ennuis avec quelqu'un de Konoha, il avait vite quitté le village et rejoint la forêt. Là, à l'abri des regards, il avait laissé se déchaîner la colère qu'il avait envers les autres et contre lui-même. Il ne se souvenait pas vraiment de grand-chose, mais il avait sans doute utilisé toute sa palette de talents ninpô, du simple direct du droit au puissant Rasengan, à en juger l'état d'une bonne partie des arbres de la forêt… et de ses poings.
« Encore heureux que je ne me sois pas laissé aller contre Tsunade… »
Non pas qu'il craignait lui faire du mal – quoi que, en était-il capable ? – mais Tsunade, outre le fait qu'elle était la personne la plus importante du village, avait également la riposte facile et une puissance non négligeable. Perdre le contrôle et la frapper sous le coup de la fureur était pour ainsi dire suicidaire, même pour quelqu'un… comme lui.
Il examina d'un air morne ses pansements et remua en circonspection ses doigts. La douleur ne tarda pas à se réveiller, aiguë et cuisante, et lui inspira une brève grimace de souffrance.
« Pff… A quoi bon s'inquiéter ? Grâce à l'autre crétin qui crèche en moi, demain je n'aurai plus rien… »
Sa main retomba finalement sur le matelas, inerte, et laissant aller sa tête contre le mur, il ferma les yeux. Au dehors, le tonnerre gronda de plus belle, faisant trembler les vitres.
Quand on parlait de Kyûbi… S'il s'endormait, finirait-il une nouvelle fois devant le démon-renard ? Plus qu'un éphémère énervement dû aux paroles moqueuses de l'insupportable démon, leur dernier échange lui avait laissé un sentiment d'étrangeté, d'inachevé. Rares étaient les quelques fois où il avait pu entrer en connexion totale avec l'esprit du Kyûbi, cependant Naruto avait pu pleinement identifier sa nature : c'était une entité puissante et brutale, profondément animale, mais à l'instinct bestial qui le poussait souvent à la destruction forcenée, s'opposait une incontestable intelligence. En revanche, si à l'occasion Kyûbi pouvait être capable d'une réflexion foudroyante, l'hésitation elle n'avait pas de place en cet esprit supérieur. Or, la nuit précédente, Naruto l'avait senti comme indécis sous ses dehors désinvoltes et ses rictus carnassiers. Cela avait inspiré au jeune homme une vague impression de malaise. Un peu tardivement, il se souvint qu'il lui avait recommandé de faire attention à l'étrangère.
« Dangereuse, cette gamine ? Même Konohamaru et son écharpe ridicule ont l'air plus menaçant… »
Pourtant, Kyûbi se questionnait sur l'arrivée de l'intruse. Cela irait-il jusqu'à l'inquiéter ? Cette dernière pensée lui fit hausser les épaules avec mépris. C'était de Kyûbi qu'on parlait !
« N'importe quoi. Rien ne peut lui faire peur, ce n'est sûrement pas dans ses gènes. Je me fais des idées… Il a seulement dû sentir qu'elle m'avait troublé. Comme toujours, il ne rate pas une occasion de prendre le contrôle… »
Bien qu'aucun coup de tonnerre ne se soit fait entendre, le battant de la fenêtre solidement fermée frémit légèrement. En apparence, Naruto n'y prêta aucune attention. Il était courbaturé, et toutes ces réflexions commençaient pour parler franc à lui peser sur le système. En soupirant, il rejeta sa tête en arrière, fixa quelques instants le plafond assombri avant de fermer avec lassitude les yeux. Se questionner ainsi n'était décidément pas dans ses habitudes.
« J'ai juste envie de dormir… Que cette journée finisse et que tout redevienne comme avant, demain… »
Au-dehors, une main se posa sur le battant et appuya dessus, d'abord avec précaution, puis de toutes ses forces. Rien à faire, la fenêtre ne bougeait pas. La main glissa alors le long du bois, chercha un mécanisme d'ouverture. Naruto n'avait pas fait un mouvement.
« Juste qu'on me foute la paix… Mais il semblerait que quelqu'un ne soit pas d'accord », songea-t-il avec fatigue.
Même s'il avait eu les yeux ouverts, il était positionné de telle sorte qu'il ne pouvait voir ce qui s'agitait derrière la fenêtre. Tous ses autres sens en alerte, Naruto attendit. La main recula et resta en suspension dans l'air, comme indécise. Naruto fronça alors les sourcils, concentra davantage son attention sur l'intrus pour le moment hors de vue.
« Etrange, je perçois à peine son chakra… Ce qui laisse deux options : soit c'est un ninja qui dissimule remarquablement bien son énergie, soit c'est un pauvre villageois normal qui n'a rien à faire ici. Dans les deux cas, c'est louche. Surtout, rester sur mes gardes… »
Son analyse à peine achevée, la fenêtre explosa.
Le temps d'une seconde, une formidable énergie s'était manifestée à l'extérieur, sous la forme d'une bourrasque qui avait tout balayé sur son passage. C'était une technique Fûton de niveau moyen, mais dans laquelle on avait mis beaucoup trop de chakra pour une cible aussi peu résistante. Sauf si l'utilisateur avait voulu créer un effet de surprise, ça laissait plutôt croire qu'il ne maîtrisait pas ce jutsu.
Stupéfait, Naruto bondit sur ses pieds. Technique contrôlée ou pas, une telle quantité de chakra ne pouvait pas être rassemblée en si peu de temps par une seule personne : ils devaient être plusieurs !
« Et il y avait plein de chakras différents mélangés, pas qu'un seul… » songea Naruto alors qu'il essayait de ressentir à nouveau l'aura de ses adversaires qui sans explications, s'était volatilisée.
- Montrez-vous !
Les yeux plissés pour mieux voir dans la pénombre, il resta muet de stupeur en constatant qu'il n'y avait qu'une seule personne dans la chambre, essoufflée, recroquevillée sur le sol au milieu des fragments de verre.
- Sasuke, si jamais tu viens encore pour une quelconque affaire urgente de Tsunade, je te jure que tu vas retourner illico sous la pluie, avec un beau cocard en prime ! s'écria-t-il, plus pour se redonner une contenance que pour intimider l'intrus, qu'il savait – percevait – pertinemment comme n'étant pas Sasuke.
Chancelant, l'inconnu se releva avec peine dans un cliquetis de verre brisé, puis tourna la tête vers le lit. Il se figea aussitôt à la vue de Naruto.
« …Rasengan. »
Une boule de chakra brilla doucement au creux de la main du jeune homme. Bien que non poussée à sa pleine puissance, l'orbe pouvait tout à fait contrer une attaque en traître, et illuminait du même coup la pièce d'une teinte bleue irréelle. Et ce qu'il vit faillit lui faire perdre le contrôle de la sphère.
Une petite silhouette aux larges vêtements trempés et aux cheveux bruns gorgés d'eau, qui clignait piteusement des yeux, éblouie par le Rasengan.
- Mais…
Naruto demeura interdit. Un éclair surgit : sa lumière crue dissipa ses derniers doutes tout en faisant tressaillir l'intrus.
- Yu… Yume ?
Entourée de ses bras, la fillette trempée recommença à trembler, peut-être de peur, de froid ou d'épuisement, ou bien des trois. Comme tirée d'une étrange torpeur, elle jeta un bref regard à la fenêtre derrière elle, puis esquissa un geste pour s'enfuir. Plus rapide, Naruto la retint par le bras et la ramena d'une main ferme à l'intérieur.
- Ah non, tu ne crois quand même pas que je vais te laisser repartir par un temps pareil ? s'exclama-t-il alors qu'elle essayait sans mot dire de se dégager. T'es trempée, regarde ça ! Il faut être fou pour se balader seul la nuit sous l'orage… Attends, surtout tu ne bouges pas !
Grelottante et apeurée, Yume acquiesça vigoureusement de la tête sous le regard impérieux de Naruto. Ce dernier se retourna alors vers la fenêtre et fit quelques signes incantatoires.
« Suiton, la barrière aqueuse. »
Usant de la plus infime part de son chakra, il rassembla l'eau de pluie qui commençait à former une flaque sous la fenêtre et l'allongea en une fine pellicule transparente. Avec précaution, il la plaça sur l'ouverture et l'étendit de façon à ce qu'elle la recouvre complètement.
« Fûton, le mur glacial… »
De l'autre main, il fit quelques signes supplémentaires. Il souffla doucement sur l'épaisse pellicule d'eau, qui se cristallisa alors sur toute son épaisseur. Quelques secondes plus tard, une vitre opaque et blanche bouchait l'ouverture, empêchant désormais la pluie d'y pénétrer. Naruto examina d'un œil critique son "œuvre".
- Bon, je ne suis pas un pro de la glace, mais avec le froid qu'il fait dehors, ça tiendra bien jusqu'à demain…
Il se tourna vers Yume qui obéissante, n'avait pas bougé mais retenait à grand-peine ses tremblements de froid. En la voyant ainsi trempée, il oublia à contrecoeur les questions qui lui brûlaient les lèvres.
- Il faut que tu te changes, ou tu vas finir par tomber malade. Je crois qu'il me reste des vêtements pas trop grands pour toi… Va dans la salle de bain à côté, je te les apporte. Et fais attention à ne pas te couper, ajouta-t-il en désignant les débris de verre,
Lui-même concentra son chakra dans ses pieds nus pour éviter de se blesser. Yume resta quelques instants immobile, visiblement étonnée, puis s'exécuta sans broncher, tandis que Naruto fouillait dans son armoire à la recherche de ces vêtements oranges qu'il affectionnait tant quand il avait douze ans. Depuis son pari gagné de passer chûnin, il avait renoncé à porter une telle couleur, mais il devait bien avouer que pour certaines missions sérieuses, arborer du noir ou toute autre teinte foncée était bien plus discret.
Après avoir donné des vêtements propres et secs à la fillette qui les accepta avec hésitation, il se dirigea vers la cuisine pour lui préparer quelque chose de chaud.
« Zut, coupure de courant », jura intérieurement Naruto en activant tous les interrupteurs qu'il croisa, sans obtenir la moindre lumière. « Et en plus, je crois que je n'ai plus de lait… »
- Du thé, ça te va ? lança-t-il à l'adresse de la porte fermée de la salle de bain.
Silence total.
« …On va dire que oui… » décida-t-il après quelques secondes, tout en allumant le gaz encore fonctionnel sous la bouilloire.
Quelques minutes plus tard, Yume apparaissait enfin, habillée d'un pantalon orange et d'un pull noir, ses longs cheveux bruns et ondulés encore humides lâchés sur ses épaules. Dans un parfait silence, elle s'assit sur le canapé à l'opposé de Naruto, qui l'enveloppa dans une couverture et lui tendit une tasse de thé chaud. A défaut de petits parchemins de flamme incantée, que Naruto avait renoncé à expérimenter – le risque qu'il fasse brûler tout l'immeuble était encore trop grand – quelques bougies brillaient ça et là, diffusant une lumière tamisée.
- Ca va mieux ? demanda-t-il à la fillette pelotonnée dans sa couverture.
Sans oser croiser son regard, elle acquiesça timidement, le nez dans sa tasse. On aurait dit qu'elle était partagée entre rester là bien au chaud et déguerpir au plus vite…
- Et si tu me disais ce que tu fais ici ?
Pas de réponse.
- Tu ne devais pas rester chez Tsunade ? Elle était censée te surveiller. A ce que je vois, c'est efficace…
Comme si elle cherchait à disparaître, Yume se recroquevilla dans le canapé, mais ne leva toujours pas les yeux vers lui. A contrecœur, Naruto abandonna ses questions.
- Ne t'inquiète pas, je ne comptais pas te ramener tout de suite, je n'ai pas envie de sortir sous la pluie. D'autant plus que si je réveille Tsunade, je sais que je passerais un sale quart d'heure. Il y a deux moments où il ne faut surtout pas déranger La Vieille : quand elle pionce, et quand c'est l'heure des résultats des courses. Crois-moi, j'en sais quelque chose, ajouta-t-il en se frottant le crâne, comme s'il se souvenait d'un coup particulièrement fort asséné par une Godaime en colère.
Un bref sourire apparut enfin sur les lèvres de Yume, à la joie de Naruto.
- Voilà, c'est mieux comme ça… Tu t'appelle bien Yume, n'est-ce pas ?
Un peu plus détendue, elle hocha la tête tout en portant la main à son cou. Naruto aperçut la chaînette en or du collier que leur avait montré Tsunade la veille même.
- "Rêve"… C'est joli comme prénom. Et ton nom ?
- …
- C'est un peu direct comme question, mais… tu ne parles pas ?
Elle se contenta d'un signe de tête, mais son regard fuyant trahissait qu'elle en était pourtant capable.
- Alors… Pourquoi tu ne dis jamais rien ?
Encore une fois, seul le silence lui répondit.
- C'est… à cause de ce qui t'es arrivé ?
Elle garda la tête basse, mais Naruto vit sans peine la tristesse faire pâlir un peu plus son visage. Muette, elle vida d'un trait sa tasse en regardant droit devant elle.
- …Désolé. Ce n'est sans doute pas le moment de te demander tout ça… Mais je me pose tellement de questions…
Elle hocha à nouveau la tête, comme pour affirmer qu'elle comprenait ce qu'il ressentait. Elle déposa la tasse vide à ses pieds et s'emmitoufla dans la couverture, les yeux brillants. Naruto ne savait plus quoi dire pour la mettre à l'aise. En soupirant, il se laissa à son tour aller dans le canapé, adossé près de l'enfant, et fixa d'un œil vague le plafond. Après quelques instants, il murmura :
- Tu sais, il y a eu une époque où je ne parlais pas beaucoup non plus. Il y avait même des jours où le seul mot que je disais était « Présent », lorsqu'il faisait l'appel à l'Orphelinat. Je crois que j'espérais qu'on fasse attention à moi comme ça, parce que j'avais l'air triste… Mais en réalité, c'était comme si je n'existais pas.
Il s'efforça de rester de marbre, malgré le rappel de ces souvenirs troublés. L'Orphelinat, c'était si loin ! L'indifférence… A l'époque, il n'en avait que trop senti les effets néfastes.
- Plus tard, j'ai fait tout le contraire, et j'ai choisi de me faire remarquer le plus souvent possible. Les seules fois où les autres me prêtaient enfin attention, c'était quand je faisais le pitre. Mais avant ça… avant, je n'étais qu'un fantôme. Quelque chose qu'on faisait mine de ne pas voir, et qui pourtant aurait donné n'importe quoi pour qu'on lui accorde un peu d'intérêt. En y réfléchissant maintenant, je pense parfois que ce n'était pas très logique comme attitude. Mais en ce temps-là, je ne voyais pas d'autre solution… Je n'en avais peut-être pas le courage, ou la force.
Il tourna la tête vers Yume, qui l'observait en silence. Lorsqu'il croisa son regard, elle détourna aussitôt les yeux et fixa le sol comme s'il était soudain devenu très intéressant. Naruto eut un petit rire amer.
- Toi aussi, c'est peut-être pour ça que tu ne dis rien. C'est un appel à l'aide, comme pour moi… pas très logique, mais un appel à l'aide quand même. Le seul que tu puisses émettre pour l'instant.
Elle leva enfin les yeux, le scruta avec un mélange de peur et de surprise. Une seconde, il crut qu'elle allait se mettre à pleurer. Il hésita, chercha ses mots, et enfin soupira.
- Ex… excuse-moi pour ce matin. Moi non plus, je ne savais pas quoi dire, et j'ai réagi comme un imbécile. Je ne voulais pas te rendre triste à ce point. C'est vrai que je ne sais pas qui tu es, et que tu as débarqué vraiment brusquement, mais… ça ne veut pas dire que je ne veux pas te connaître.
Yume resta interdite, muette devant l'expression sincèrement désolée de Naruto. Puis, lentement, un timide sourire s'esquissa sur son visage triste. Elle se pelotonna un peu plus dans sa couverture, puis avec précaution, comme hésitante, elle déposa sa tête sur l'épaule du jeune homme.
- Merci… Nii-san.
Les yeux de Naruto, déjà ronds de surprise suite à l'élan de Yume, s'écarquillèrent encore plus quand il entendit ce simple merci murmuré.
- Tiens, tu parles ? chuchota-t-il en souriant légèrement à son tour.
Un petit rire lui répondit. Jusque là crispée, comme si elle avait redouté qu'il la repousse encore, elle parut se détendre.
- Je commençais à croire que j'avais rêvé, quand tu m'avais parlé, dans la forêt…
Il sentit un poids quitter ses épaules, presque étonné que cette incertitude ait pris autant de place dans son esprit. Ainsi donc, ce n'était pas une erreur, il avait bien entendu. Et a priori, elle était saine d'esprit. Enfin, si on pouvait appeler sain d'esprit quelqu'un qui se promène sous la pluie en pleine nuit, alors que l'orage gronde… Mais après tout, n'était-ce pas le genre de choses qu'il ferait, s'il avait un but qui lui tiendrait à cœur ?
Mais quoi d'important, pour qu'elle le fasse elle ? Venir le voir ? Il serait réellement… son frère ?
Il tourna et retourna ses questions dans sa tête, indécis, et finalement posa celle qui le tourmentait depuis le début.
- Dis… Pourquoi tu m'appelles « Nii-san » ?
Personne ne répondit, mais une respiration lente et profonde s'éleva. Epuisée, Yume s'était endormie. D'abord déconcerté, Naruto sourit malgré lui. Avec des gestes malhabiles mais attentionnés pour ne pas la réveiller, il l'installa un peu plus confortablement, s'assura que la couverture n'avait pas glissé de ses frêles épaules.
Après tout, il pouvait attendre encore un peu avant de savoir… Le simple fait qu'elle soit là montrait qu'elle lui pardonnait son manque de tact du matin même. Et ça lui suffisait. Enfin serein, il ferma les yeux.
« Demain… tu me raconteras ? »
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- Tsunade !
Après l'orage qui avait duré la majeure partie de la nuit, une aube timide pointait enfin le bout de son nez, réchauffant de ses rayons les maisons de Konoha brillantes d'eau de pluie. Bien qu'il était encore tôt, une jeune femme aux cheveux noirs et courts cavalait déjà à travers les innombrables couloirs du palais de l'Hokage.
- Tsunade ! Ne me dîtes pas qu'elle est encore couchée ! marmonna la jeune femme en jetant des regards furieux de tous côtés. L'heure est grave !
Sa sacoche de médecin bringuebalant à son côté, Shizune traversa sans s'arrêter les multiples salles de réunions et autres bureaux administratifs encore déserts. Elle arriva enfin aux appartements de la Godaïme, et sans prendre le temps de retrouver son souffle, y entra. Quelques secondes plus tard, la tornade baptisée Shizune faisait irruption dans la chambre de l'Hokage et réveillait sans ambages son occupante.
Tâche facile à écrire, certainement pas à faire.
- Tsunade, je t'en prie, lève-toi ! hurla-t-elle en secouant la chose pelotonnée sous les couvertures. Il y a urgence !
- Grumblrm, Ton-ton, arrête, j'ai pas de réglisse à te donner… grommela une voix ensommeillée sous les draps.
Affalé sur un coussin non loin de là, le petit cochon leva la tête à l'entente de son nom et du mot magique « réglisse », friandise qu'il aimait tant. Il jeta un coup d'oeil vaguement désapprobateur à sa maîtresse et son assistante qui semblait prendre un malin plaisir à faire du bruit, puis se retourna sur son coussin et se rendormit aussitôt dans un grognement de bonheur.
- Ton-ton ? s'exclama Shizune, abasourdie. C'est pas Ton-ton, c'est moi, Shizune ! cria-t-elle en secouant son amie de plus belle, ce qui ne causa rien de plus qu'un autre grommellement. Allez, debout !
- Rmhm, qui que tu sois, laisse-moi dormir… pas pioncé de toute la nuit dernière… bien le droit de me rattraper…
- J'en n'ai rien à faire, de tes heures de sommeil en retard, il y a plus important ! Yume a disparu !
- Encore deux p'tites minutes, larmoya Tsunade en cachant son visage sous l'oreiller.
- Mais j'y crois pas, une vraie gamine ! Quand je pense qu'ils t'ont choisie pour Godaime ! S'ils avaient vu comment tu te comportes le matin, ils n'y auraient même pas songé !
La chose sous les couvertures ne broncha pas sous "l'insulte". Ou plus vraisemblablement, elle ne l'avait même pas entendu, déjà repartie au pays des songes. Shizune soupira sans retenue. Elle connaissait bien Tsunade : si effectivement elle avait passé une nuit blanche, ce petit jeu pouvait durer des heures entières. Il était temps de passer à la vitesse supérieure. Il fallait l'énerver, mais pas n'importe comment…
Avec précaution, elle se pencha, souleva l'un des coins de l'oreiller et murmura d'une voix chantante :
- Tsunade, les courses de chevaux viennent d'être interdites. Elles ont été jugées trop épuisantes pour ces pauvres animaux…
- Gnhein ?
L'effet fut immédiat. Une main jaillit de sous les couvertures, agrippa l'oreiller et le balança de l'autre côté du lit, tandis que l'ex-dormeuse se redressait en hurlant d'une voix indignée :
- Ils ont osé faire quoi ? ! ?
- Je n'arrive pas à croire que ce truc marche encore, ricana Shizune qui prévoyant une réaction aussi spontanée, avait pris grand soin de s'éloigner du lit.
Tsunade la dévisagea, les yeux plissés comme si elle essayait intensément de réfléchir. Avec ses cheveux blonds en bataille, sa moue extraordinairement désabusée et son ample chemise qui avait glissé sur son épaule, on avait réellement du mal à croire qu'elle était la toute puissante Godaime de Konoha.
- …Rhumpf, encore cette blague débile, grommela la jeune femme en se prenant la tête dans les mains. P'tain, j'ai une de ces migraines…
Avec déception, Shizune perçut l'odeur d'alcool que sa panique lui avait jusque là caché.
- Encore une cuite ? Tu bois trop, Tsunade, et tu sais que ce n'est pas bon pour ta santé.
- J'fais ce que je veux. Et pis j'bois pas, répliqua l'autre d'une voix pâteuse.
- C'est ça. Et la bouteille et le verre vides là-bas, c'est Ton-Ton le responsable, peut-être ?
- …un p'tit peu alors.
- Hum, ça me semble déjà plus crédible. Combien de verres ?
A la vue de Tsunade, échevelée et mal réveillée, qui commençait à laborieusement compter sur ses dix doigts, elle eut un soupir exaspéré.
- C'est bon, c'est bon ! Arrête, tu vas te faire mal.
- Eh ?
- Je n'ai rien dit.
- C'est pas parce que j'ai la gueule de bois que j'suis sourde, marmonna Tsunade alors qu'elle concentrait tant bien que mal son chakra dans ses mains.
L'Hokage appliqua ses doigts fins brillant d'une lueur bleue sur ses tempes et ferma les yeux tandis qu'elle soignait progressivement sa gueule de bois. Consciente qu'elle devait rester silencieuse pour ne pas la déranger, Shizune renonça à lui rappeler ce pourquoi elle était là et jeta un regard réprobateur au verre et à la bouteille désespérément vides. Elle dût tout de même admettre que cela faisait longtemps que son Hokage et amie ne s'était pas saoulée. Depuis un an qu'elle était la chef du village et donc une kunoichi très affairée, Tsunade n'avait abusé que rarement de l'alcool, et seulement lorsque quelque chose la tracassait plus que de coutume.
« Elle a peut-être repensé au passé, à Dan et Nawaki…» songea l'assistante, anxieuse.
Elle hésita à la questionner sur ce sujet, puis se résigna. Tsunade n'était déjà pas du genre à s'épancher sur ses déprimes, et le fait qu'elle se réveillait à peine la motiverait sans doute encore moins à se confier… même à son assistante et pour ainsi dire meilleure amie.
« Et puis, il y a plus important ! » se dit Shizune en se souvenant de la raison de sa venue.
Elle se retourna pour constater avec stupeur puis exaspération que Tsunade avait fini son soin et oscillait dangereusement, les yeux fermés, donnant la très nette impression… de s'être rendormie assise.
Aux grands maux les grands remèdes.
-Tsunade ! REVEILLE-TOAAA !
- J't'ai dit que j'étais pas sourde ! hurla à son tour la Godaime cette fois-ci définitivement réveillée en repoussant son amie qui la secouait comme un prunier.
- Tu ne dormais pas, très bien, mais explique-moi ! Comment ça se fait que tu sois aussi fatiguée ?
- J'ai pas dormi de la nuit, c'est tout !
- T'es encore allée t'amuser dans ce casino, hein ? s'exclama Shizune qui savait parfaitement que si Tsunade avait vaincu ses habitudes d'alcoolique désespérée, elle n'avait en revanche pas chassé le démon du jeu qui l'habitait. Je t'ai pourtant dit que les fonds de Konoha n'étaient pas destinés à ce genre de bonne cause, en admettant que les loisirs de l'Hokage en soit une !
- J'ai rien pris dans les caisses de Konoha, j'ai fait cette connerie qu'une fois, et va vérifier si ça te chante ! Et puis d'abord, le Konoha SunShine Palace est en rénovation depuis qu'un débile de mauvais joueur y a tout cassé à coups de Katon !
- Parfait, un lieu de perdition en moins !
- De quoi ? hurla Tsunade en attrapant Shizune par le col.
- Les shinobis n'ont pas besoin d'aller s'abrutir devant ces machines comme tu le fais aussi allègrement !
- Répète un peu pour voir !
- OOÏÏÏÏÏNNNNK ! ! ! ! !
Shizune allait riposter avec toute sa puissance vocale disponible, quand un cri aussi strident qu'outré fusa dans la pièce, allant jusqu'à faire trembler les vitres et le verre vide posé sur la table. Les deux médic-nins tournèrent précipitamment la tête vers la source d'un tel grincement, pour apercevoir Ton-ton perché sur son coussin, les oreilles dressées et son petit groin crispé par l'énervement. Après quelques secondes marquées par un silence lourd de tensions, le cochon se rallongea dans un grognement dédaigneux, sans toutefois les quitter de ses petits yeux haineux.
- T'en fais du bruit dès l'matin, Ton-ton, fit Tsunade, les sourcils froncés.
- Hum, nous aussi je crois, murmura Shizune, qui réalisa qu'il était temps pour elles de se calmer.
- Mouais…
D'un air quelque peu buté, Tsunade lâcha le col de son assistante qu'elle tenait toujours fermement et détourna les yeux, maussade.
- Désolée, finit-elle par marmonner.
Shizune resta un instant muette : même si Tsunade avait dit ça du bout des lèvres, elle savait qu'elle était sincère.
- Oh, ce n'est pas grave… moi aussi, je me suis emportée. Tu passes bien moins de temps à jouer depuis qu'on est revenues à Konoha.
Les épaules de Tsunade s'affaissèrent dans un soupir.
- Moui, peut-être… Je n'ai pas dormi parce que je repensais à certaines choses. Et non, je n'ai pas envie d'en parler.
« Repenser à certaines choses », cela ne signifiait pas tant de possibilités que ça dans le cas de Tsunade. Comme l'avait supposé son assistante, elle semblait s'être remémoré le passé. Pourquoi dans un moment pareil, cela par contre, Shizune n'en savait rien et ne chercherait pas à en apprendre plus, par respect pour son amie.
- Bon, que me vaut l'honneur de ta visite ? dit enfin Tsunade en défaisant machinalement sa natte faite pour la nuit.
- Hein ? marmonna Shizune d'un air profondément intelligent, perdue dans ses pensées. Ah oui ! Tsunade, l'heure est grave !
- Ah ?
Circonspecte, Tsunade se contenta de hausser un sourcil. Shizune avait parfois tendance à dramatiser certains faits sans la moindre importance… tout du moins, du point de vue de la Godaime.
- Quand je suis allée à ton bureau ce matin, j'en ai profité pour voir si Yume allait bien, et il n'y avait plus personne dans sa chambre ! Elle s'est enfuie !
Tsunade s'arrêta enfin de coiffer, ou plutôt d'essayer de démêler ses longs cheveux blonds, et leva les yeux vers Shizune.
- Hein ?
- Enfuie ! J'en suis certaine ! Par la fenêtre, et en plein milieu de la nuit si j'en crois l'état de la chambre, il y a de l'eau de pluie partout ! Elle a réussi à détruire le kekkai que tu avais appliqué pour condamner la fenêtre ! Mais tu te rends compte ? Ton jutsu ! Elle a détruit ton jutsu, celui d'une Hokage !
- Enfuie… souffla Tsunade, le regard perdu dans le vide.
- Et comment va-t-on la retrouver, maintenant ? Ce n'est qu'une enfant, encore faible de surcroît ! Si elle a quitté Konoha, elle…
- Et c'est pour ça que tu me déranges ?
Shizune resta interdite. De la déprime totale à une plus vraisemblable colère noire, elle s'était attendue à toutes les réactions. Toutes, sauf à celle-là. Tsunade la fixait avec de grands yeux étonnés, mais un sourire qu'elle avait apparemment du mal à retenir se cachait au coin de ses lèvres.
- Mais… mais oui ! balbutia finalement Shizune. Elle s'est enfuie, elle a disparu ! C'est… c'est grave… non ?
- Disparue… Tu en es sûre ?
La Godaime arborait à présent un grand sourire, ce qui déstabilisa encore plus son assistante.
- Mais… bien évidemment ! Elle n'a laissé aucune trace avec l'orage qui a brouillé toutes les pistes, personne ne sait où elle a bien pu aller !
- Moi, je sais.
Silence stupéfait.
- Et au fait, cette gamine est bizarre, je te l'accorde, mais elle ne pourra pas ajouter à sa liste d'exploits étranges le fait d'avoir brisé un de mes jutsus.
Nouveau silence. Tsunade sourit de plus belle, manifestement contente de l'effet produit chez Shizune.
- C'est moi qui l'ait annulé.
Mutisme ébahi d'une Shizune sidérée.
- Mais… mais… mais pourquoi ? parvint-elle à aligner au bout de quelques secondes. Pourquoi un tel risque ? Comment faire maintenant ? Comment va-t-on la retrouver ?
- Je t'ai dit que je savais où elle était.
- Quoi ?
- Chez Naruto.
- Naruto ? Comment ça, chez Naruto ? Pourquoi chez lui ? Et, et comment tu sais ça ?
- Je fais parfois des choses inutiles et inconsidérées, mais je n'aurais pas commis une aussi grosse bourde sans prévoir une autre sécurité en cas de problème.
Tsunade achevait enfin de démêler ses cheveux et les rattacha en une queue basse sur sa nuque. D'un geste vif, elle retroussa sa manche droite et appliqua sur son avant-bras sa main gauche brillante de chakra. Se profila alors sur la peau un dessin aux arabesques noires et compliquées, que Shizune reconnut comme un sceau médical : conçu pour surveiller à distance un patient, certains médic-nins assez puissants l'utilisaient au cours de missions dangereuses, afin de connaître en temps réel l'état de santé de leurs coéquipiers et pouvoir agir en conséquence le plus rapidement possible s'il y avait un blessé.
- Hier soir, je suis retournée voir Yume. Depuis sa rencontre avec Naruto, elle semblait déprimée mais aussi nerveuse. Alors j'ai eu l'idée de… tester sa détermination. Avec son accord, je lui ai appliqué un sceau complémentaire à celui-ci, avoua-t-elle alors que les marques sur son bras s'estompaient mais restaient visibles. Je lui ai expliqué que c'était pour surveiller son état, mais je n'ai pas précisé qu'il me permettait aussi de savoir à tout moment où elle se trouvait dans un rayon d'action de 20 km. J'ai prétexté vouloir intervenir rapidement si je sentais qu'elle faisait une rechute. Elle n'a pas émis de protestation. Et sans qu'elle ne s'en aperçoive, j'ai désactivé le jutsu invisible qui barrait la fenêtre.
La surprise sur le visage de Shizune s'effaça peu à peu devant une mimique rassurée.
- Apparemment, elle s'en est rendu compte au cours de la nuit. Je n'ai cessé de suivre ses déplacements à distance grâce à ce sceau. Mais ne t'inquiète pas, si j'avais senti qu'elle voulait réellement partir, mes ANBU et moi-même l'aurions arrêtée avant même qu'elle ait pu s'approcher des remparts.
- … Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
- Parce que tu es assez mère-poule à tes heures, répondit Tsunade avec un sourire ironique. Si je t'avais mise au courant, tu aurais sûrement cherché à surveiller Yume. Et même s'il y avait peu de chances qu'elle te repère, je voulais être certaine qu'elle était totalement libre… de choisir ce qu'elle allait faire.
- Très bien, admit Shizune de mauvaise grâce. Mais pourquoi aller chez Naruto ? Ca a un rapport avec son attitude envers lui ? Elle le connaîtrait vraiment ?
- Ca, je n'en sais strictement rien. La seule chose qui me paraît claire à présent, c'est qu'elle est sincère, et qu'elle ne joue pas un rôle qu'on lui a assigné. A son âge, je ne crois pas qu'un espion, même compétent, serait sorti en pleine nuit sous un tel orage, il aurait plutôt attendu une occasion moins risquée et en public. Il faut que Naruto soit vraiment important pour elle… ou alors, elle est complètement folle. Dans un cas comme dans l'autre, je ne pense plus qu'elle soit là pour nous nuire.
- Je vois, c'était donc prévu, marmonna pensivement Shizune en s'asseyant sur le lit à côté de son amie. Mais que faut-il faire à présent ? A part son nom, nous ne savons pas grand-chose sur Yume, il ne faut quand même pas l'oublier…
- Je ne l'oublie pas, je crois même qu'on ne se doute absolument pas de ce qu'elle cache, dit Tsunade d'un air vague. Puisque les choses sont ainsi, je compte sur Naruto pour l'aider à s'intégrer ici. Quand elle le jugera nécessaire, Yume nous racontera ce qui est réellement arrivé au Camp de la Brise, je reste persuadée qu'elle en faisait partie. Ca prendra le temps qu'il faudra… Mais je crois que pour une fois, Naruto sera content.
- Tu en es sûre ? Ca ne s'est si bien passé que ça hier…
- Mais si j'en crois mon sceau, elle est toujours chez lui. Cette gamine s'est attachée à lui, on dirait, et lui-même était curieux d'en savoir plus. Alors qui sait ? Laissons-les faire pour le moment, nous aurons bien le temps de nous occuper de cette affaire aujourd'hui. En attendant, je vais prolonger ma nuit, je croaaaaaa… termina Tsunade par un long bâillement.
- Et Sakura ? Je te rappelle qu'elle a entraînement avec toi tout à l'heure.
- Ca aussi, c'est arrangé. Préviens-là juste que Yume est chez Naruto. Elle comprendra.
- Très bien… Eh, ne dors pas trop longtemps quand même, prévint Shizune en voyant Tsunade replonger sous ses couvertures. L'Hokage qui fait la grasse matinée en semaine, ça ne fait pas très sérieux comme image…
- Ce qu'il me faudrait, c'est un bon p'tit-dej'… ça me réveillerait…
- Ah… tu veux que je te l'amène ? demanda son assistante, qui avait la très légère impression de faire une grosse erreur.
- Tu ferais ça ? minauda l'Hokage d'une petite voix interrogatrice sous ses couvertures.
- Euh…
- Magnifique ! s'exclama Tsunade en jaillissant aussitôt des couvertures, un énorme sourire sur le visage. Alors ce sera comme d'habitude ! Croissants, café, bref, tu connais ! Et n'oublie pas le saké !
- On ne te changera jamais, toi, répondit Shizune en se levant, un petit sourire en coin. Je me demande si les autres Hokage avaient aussi leur comportement bien à eux, le matin…
- Ils étaient puissants, mais au bout du compte, ils n'étaient toujours que des humains eux aussi, lança Tsunade d'un ton docte comme pour se justifier. Pour le sake, apporte celui du Pays des Nuages, il est excellent au lever !
- Ah non, pas question ! répliqua Shizune avec virulence, je croyais que tu plaisantais en parlant d'alcool !
- Eh bien, un peu de whisky, alors…
- Tsunade, tu sors à peine d'une cuite !
- Euh, du vin ?
- Dès le matin ? Ca va pas, non ?
- Un jus de fruits ?
- De l'eau, oui !
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Un souffle de vent. Une lumière grise, intermittente. Un grognement sourd. Un écho. Un grincement métallique.
- Eloigne-toi…
- Laisse-moi tranquille… je ne veux pas te parler…
- …Eloigne-toi… pas t'approcher… pas normale… faire attention…
- Tais-toi, laisse-moi dormir…
- …Ne t'approche pas… d'elle…
- Va-t-en…
- Naruto… Naruto !
Il ouvrit brusquement les yeux. Le souffle coupé, il fixa de ses pupilles exorbités la bougie éteinte devant lui, qui fumait doucement. Aux aguets, il écouta le silence pesant qui régnait dans la pièce.
Rien. La voix avait disparu.
Toujours à l'affût du moindre bruit, il se décida néanmoins à respirer, reprit son souffle anormalement saccadé. Qu'est-ce qui s'était passé ? Un rêve, un cauchemar ? Une vision ? Quelle était cette voix lointaine, modulée, étouffée par ce qui semblait être un mur… ou une très grande distance ?
« Qui était-ce ?… Cette voix me rappelait quelqu'un par moments… »
Péniblement, il se leva et s'assit tandis que la couverture tombait à ses pieds. En grognant un peu sous la lumière qui l'aveuglait par la fente d'un rideau, il se prit le visage entre les mains. Il venait à peine de se réveiller, et il était tout aussi fatigué que la veille, peut-être même plus. Etrange, pour le Naruto toujours pétant la forme qu'il était.
« Curieux comme impression… Et qu'est-ce que je fous là ? »
Son regard erra de la fenêtre à la télévision qui ne marchait plus depuis belle lurette (à vrai dire, il s'en fichait royalement, il avait autre chose à faire que de rester planté devant Konoha-première), puis glissa vers la table basse où traînaient quelques rouleaux de techniques et des bougies, toutes éteintes. Il remarqua avec un certain étonnement une tasse posée à terre, vide.
« Qu'est-ce que je fais dans le salon… et pas dans ma chambre ? »
Ses yeux se posèrent sur la couverture et y restèrent quelques secondes pendant qu'il reprenait ses esprits. Il haussa très lentement les sourcils, et son regard retourna vers la tasse, puis vers la couverture. Puis la tasse. Et ses yeux s'illuminèrent enfin.
- Yume ?
Le silence persista. Il se retourna vivement, fouilla du regard l'appartement… vide.
- Yume !
Il se leva d'un bond et courut à la cuisine, l'explora d'un oeil beaucoup plus inquiet qu'il ne le croyait, en vain.
« C'est pas vrai… elle est partie ? ! »
- Yume !
Un bruit de verre étouffé parvint enfin à ses oreilles, provenant de sa chambre. Il s'y précipita et resta pétrifié sur le pas de la porte. Elle était là, avec à la main un sac d'où s'échappaient quelques tintements de verre brisé, traces de son arrivée la nuit précédente. Elle le fixa de ses grands yeux bleus étonnés. Il soupira de soulagement.
- Ah, tu étais là…
« Pourquoi je m'inquiète comme ça pour elle ? » se dit-il avec exaspération.
Il allait faire un pas de plus quand la mystérieuse voix de son rêve revint dans son esprit, plus distincte que jamais.
« …Ne t'approche pas… d'elle… »
Un brusque vertige l'envahit soudain. Il tomba à genoux, dut s'agripper au montant de la porte pour ne pas s'écrouler à terre. Il voyait trouble, le souffle lui manquait. Le bruit frénétique de son coeur battait à ses tempes, tandis qu'il se posait la question :
« Pourquoi…Yume… C'est de Yume… qu'il parlait ? Pourquoi… ? »
Qui était "il" ? Etait-il vraiment question de Yume ? Pourquoi ne pas s'approcher d'elle ?
« Pourquoi y faire attention ?… Après tout, ce n'est qu'un rêve… »
Rien qu'un rêve. Juste un rêve.
La respiration sifflante, il leva péniblement les yeux pour se retrouver face à l'enfant. Accroupie près de lui, sa longue natte de cheveux bruns sur l'épaule, elle le fixait d'un air interrogateur. Un court instant, il crut voir une lueur de déception, et même de peur dans ces pupilles bleues comme les siennes.
- C'est rien, finit-il par répondre à cette question muette. Je suis juste… fatigué…
Ce n'était en rien un mensonge, il n'avait mal nulle part. Il se sentait même très bien, mise à part cette fatigue inexpliquée qui lui donnait le vertige. Un peu comme après un entraînement particulièrement éprouvant en matière de concentration.
« Si c'est vraiment comme après un entraînement, je devrais me sentir mieux d'ici quelques minutes… Pas la peine de s'inquiéter. »
Avec un peu plus d'assurance, il se releva et tenta de sourire devant le regard scrutateur de Yume.
- Tu vois ? Je vais bien ! Je croyais que tu étais déjà partie, alors je me suis inquiété… Non en fait, je crois que j'ai carrément paniqué. C'est bête, hein ?
A la mine de la fillette, il comprit qu'elle ne trouvait pas ça bête du tout. Cela avait même plutôt l'air de franchement la préoccuper.
- Ca ira mieux quand j'aurais mangé, affirma Naruto avec un grand sourire. Tu as faim ?
Toujours muette, l'enfant acquiesça d'un timide signe de tête.
- On va voir ce qu'on peut y faire alors… Ah ! Et merci d'avoir ramassé tout ça, tu n'étais pas obligée, ajouta-t-il du même ton enjoué en voulant prendre le sac qu'elle tenait à la main.
Il ne comprit pas tout de suite le mouvement de recul qu'eut alors Yume, ni pourquoi son regard, si perçant qu'il le mettait par moments mal à l'aise, devenait soudain fuyant. Après quelques secondes où il sentit malgré lui son coeur se serrer, il choisit d'ignorer cette attitude et l'invita à le suivre jusqu'à la cuisine.
« Après tout, c'est pas la première fois qu'on réagit comme ça avec moi… Ca voudrait dire qu'elle est également au courant pour Kyûbi ? »
Il préféra oublier cette désagréable question, il se pencha sur celle du petit déjeuner, qui rapidement devint un gros problème.
« J'aurais pourtant juré qu'il me restait des céréales… Bof, tant pis, de toute façon j'ai plus de lait… Un p'tit-dèj traditionnel, même pas la peine d'y penser… Ah, quoique, j'ai du riz, là… Oooh mais qu'est-ce que ça fait là, ça ? » songea-t-il après avoir jeté un bref coup d'oeil à la date de péremption du produit qui, de toute évidence, n'avait plus sa place dans une cuisine depuis… un certain temps.
Tout à la redécouverte du contenu de ses placards, Naruto vit à peine Yume déposer son sac dans un coin et s'asseoir à la table après quelques hésitations. Après avoir visité toute sa cuisine sans résultats, Naruto rouvrit pour la troisième fois un placard incroyablement bien garni comparé aux autres qui étaient relativement vides.
« Je vais quand même pas lui dire qu'il n'y a rien pour le p'tit-dèj… ça craint ! »
D'un air dubitatif, il attrapa l'un des nombreux paquets aux multiples couleurs qui emplissaient le placard.
« Et si j'osais… »
- Eh ! Ca te dit, ça, au p'tit-dèj ? demanda-t-il en se tournant vers elle, un sachet à l'emballage rouge et jaune à la main.
Yume fixa l'objet du regard quelques secondes, avant d'hausser les épaules, l'air non pas indifférente mais simplement perplexe. Ce fut au tour de Naruto d'écarquiller les yeux.
- Attends, tu ne sais pas ce que c'est, ça ? Tu n'en as jamais mangé ?
L'enfant secoua négativement la tête, silencieuse et étonnée. Le sachet que tenait le jeune homme, visiblement de la nourriture d'après le personnage dessiné dessus qui mangeait avec appétit, lui était totalement inconnu.
- Alors là, il va falloir réparer cette énorme erreur, et tout de suite ! s'écria Naruto en ouvrant avec entrain le sachet. Tu vas voir, c'est le meilleur plat au monde ! Laisse-moi juste le temps de les faire cuire !
A peine 5 minutes plus tard, il posa devant Yume un bol fumant plein d'un étrange bouillon, de morceaux de viandes et de longs filaments peu engageants qui flottaient à sa surface.
- Et voilà ! Itadakimasu ! s'exclama joyeusement Naruto en s'asseyant lui aussi devant un bol au contenu identique et qui malgré son aspect assez bizarre, exhalait un fumet plus qu'agréable aux narines de Yume.
En hésitant, la fillette plongea ses baguettes et attrapa quelques filaments, jeta un regard circonspect à Naruto qui entamait déjà son propre bol avec un plaisir évident. L'air de prendre son courage à deux mains, elle mit les fils dans sa bouche et les aspira tout comme elle l'avait vu faire, avant de les mâcher prudemment.
- Alors ? demanda Naruto d'un air désinvolte, en réalité soucieux de connaître son avis.
La réponse ne se fit pas attendre. Yume, qui n'avait rien voulu manger depuis la veille au matin était affamée. Sans plus d'hésitations, elle plongea littéralement le nez dans son bol, dévorant son contenu avec autant d'enthousiasme que Naruto. Ce dernier eut un grand sourire.
- Ravi que ça te plaise ! On appelle ça des ramens. Là, ils sont au porc, mes préférés ! Sérieusement, tu n'en avais jamais mangé ?
Yume secoua la tête en signe de négation, puis regarda d'un œil dubitatif son bol sans cesser de manger.
- Quand même bizarre que tu n'ais jamais entendu parler d'un truc aussi délicieux, souligna Naruto sans s'apercevoir que Yume avait cillé un court instant. Des tas de gens ne comprennent pas que je puisse en manger même le matin, mais moi, je pense que tant qu'on aime, il n'y a plus à se poser de questions, non ?
Yume reprit une nouvelle lampée de ramens, visiblement d'accord avec lui.
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Accroupi sur une terrasse voisine, un ninja aux cheveux gris encore plus en bataille que d'habitude observait la scène de son oeil unique. Un sourire s'esquissa derrière son masque.
- Des ramens au petit-déjeuner… Rien à dire, ils font la paire, tous les deux ! murmura-t-il en riant doucement. C'en est étrange même… Bof, après tout, ça ne me concerne pas…
Avec une lassitude qui montrait clairement qu'il était fourbu, Kakashi se releva et repartit sur les toits.
- …Et j'ai plus important à faire pour l'instant. Maintenant que j'ai vu comment il allait, direction le palais de l'Hokage. Quelle tête va faire Tsunade en entendant mon rapport, je me le demande bien…
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Figé, les baguettes encore dans la bouche, Naruto regardait en fronçant les sourcils par la fenêtre. Les toits et les façades des maisons voisines que l'on pouvait apercevoir étaient déserts, ce qui pour un début de matinée, était on ne pouvait plus normal.
« J'aurais juré avoir senti quelqu'un pas loin… J'ai rêvé ? »
Sans quitter l'ouverture des yeux, il avala sa bouchée de ramens, méfiant. Yume semblait n'avoir rien remarqué, bien qu'elle ait elle aussi cessé de manger. Du bout de ses baguettes, elle triturait d'un air indécis l'ingrédient en forme de spirale (nda : que les japonais appellent « naruto », tiens donc !) qui flottait au fond de son bol. Elle leva enfin les yeux.
- Dis…
A l'entente de la petite voix timide qu'il n'avait pas perçue depuis la veille, Naruto se tourna aussitôt vers Yume et s'efforça de ne pas paraître trop étonné.
- …ça… ça fait quoi d'avoir un démon en soi ?
Naruto manqua s'étouffer avec ses ramens. Lui qui voulait avoir l'air décontracté, il pouvait repasser. S'interdisant de tout recracher, il avala avec peine et toussa plusieurs fois, les larmes aux yeux. Visiblement consciente de la gravité de sa question, Yume attendit sans ciller qu'il se remette, muette et grave. Mais contrairement à ce qu'il avait vu chez quelques autres personnes, il n'y avait aucun mépris, aucune peur dans ses yeux. Juste de la curiosité, et quelque chose d'autre qu'il n'arrivait pas à définir. Peut-être de l'inquiétude ?
- Ben, c'est assez bizarre, parvint-il enfin à aligner d'une voix d'abord rauque. La plupart du temps, je ne sens même pas qu'il est là, un peu comme si on s'ignorait… Mais quand je suis en colère, il parvient parfois à agir presque sans ma volonté, par le biais de son chakra. Mon sensei Jiraya m'a appris à contrôler cette énergie, mais ce n'est pas toujours facile. Kyûbi n'est pas prêteur, ajouta-t-il dans un sourire rassurant.
- Et… il est gentil ? Je veux dire… il se comporte comment avec toi ?
- Oh, ce qui est sûr, c'est qu'il a son caractère, fit Naruto en repensant à leur "discussion" de l'autre nuit. Très énervant même, parfois. Et si un jour, il a l'occasion de s'échapper de moi, je pense qu'il le fera sans hésiter. C'est un démon, après tout… Mais mine de rien, il m'aide beaucoup. Et puis, tant que je ne recroise pas certaines personnes, dit-il en songeant à Itachi et l'Akatsuki qu'il n'avait pas vus depuis plus d'un an, je n'ai rien à craindre. Yondaime, l'homme qui l'a scellé en moi, a fait du bon boulot…
- Yondaime…
Il observa Yume, qui faisait à nouveau tournoyer le naruto entre ses baguettes. Elle avait sans aucun doute d'autres questions plein la tête, mais semblait se retenir de les poser.
- C'est bizarre quand même… Si on ne compte pas les adultes qui étaient présents le soir où Kyûbi a attaqué, il n'y a pas le centième de Konoha qui soit au courant de mon secret. Alors, comment ça se fait que toi, tu le saches ?
Yume ne répondit pas tout de suite, comme pesant le pour et le contre. Les yeux ternes, elle posa ses baguettes d'un air résigné.
- …C'est un peu à cause de ça, si on ne se connaît pas, murmura-t-elle finalement.
Naruto n'osa ni bouger ni rien dire, de crainte qu'elle ne s'arrête. Il allait enfin savoir qui elle était réellement, quels étaient leurs liens, pourquoi elle était là, maintenant ?
Pourquoi l'appelait-elle « Nii-san »… ?
Yume inspira profondément. Pendant quelques instants, elle parut chercher ses mots.
- En fait… ma mère… elle…
Elle se tut soudainement, et il fallut plusieurs secondes à Naruto pour comprendre que c'était parce qu'on avait frappé à la porte. Il jura intérieurement.
« C'est pas vrai, jamais tranquille ! »
Un court instant, il hésita à laisser poireauter l'intrus dans le couloir et à ignorer les coups qui se répétaient à la porte, chaque fois un peu plus forts, mais un dernier regard vers Yume l'en dissuada. Assise bien droite sur sa chaise, les yeux baissés sur ses mains posées, presque crispées sur ses genoux, elle paraissait avoir fait le voeu de ne plus jamais ouvrir la bouche. En soupirant, il alla à contrecoeur regarder à l'oeilleton de la porte, bien qu'il savait, à l'aura qu'il percevait, que l'arrivant était quelqu'un de connu.
« Ah, c'est Sakura. Qu'est-ce qu'elle vient faire ici ? »
Il allait ouvrir la porte quand il s'immobilisa, la main sur la poignée, et songea à vérifier s'il était présentable. Il se rendit alors compte qu'il était en pyjama.
« Aaaaah ! Je peux pas me montrer comme ça, pas devant elle ! »
- Euh, j'arrive, une minute ! lança-t-il à la porte par mesure de précaution – Sakura n'était pas toujours très patiente, surtout le matin – en courant dans sa chambre pour se mettre un T-shirt et un pantalon acceptables.
Une minute moins 3 dixièmes plus tard, il ouvrait précipitamment la porte, juste à temps pour voir Sakura, le bras levé, qui s'apprêtait à frapper d'une façon disons plus bruyante et convaincante.
- Laisse la porte tranquille, je t'ai entendue, dit-il aussitôt pour la calmer.
Si Sasuke avait utilisé un simple seau d'eau pour le réveiller, Sakura, elle en revanche, avait pris l'habitude de défoncer les portes depuis qu'elle était l'élève de Tsunade. Naruto en savait malheureusement quelque chose.
- Bonjour ! Je pensais que tu dormais encore, je ne tenais pas à t'attendre durant des heures, expliqua Sakura avec un grand sourire.
- Ouais, comme d'habitude…
Un peu surpris, il la vit ramasser et charger sur son épaule un énorme sac de voyage et entrer dans l'appartement sans plus de cérémonie.
- Euh… ce n'est pas que tu me déranges, mais je peux savoir ce qui t'amène si tôt ? demanda-t-il prudemment.
- Aha, secret-défense ! lança-t-elle d'un ton taquin.
Alors qu'elle déposait son sac dans le salon, Naruto se rappela de la présence dans la cuisine de Yume qui a priori, n'avait rien à faire là. Si Sakura voyait que la fillette s'était échappée et était venue chez lui, elle irait immédiatement prévenir Tsunade ! Mais peut-être qu'il pourrait dissimuler Yume par un jutsu d'illusion, au moins jusqu'à ce que Sakura s'en aille…
- Euh, Sakura-chan…
Mais Naruto n'avait pas même fait un geste que déjà Yume apparaissait dans l'embrasure de la porte de la cuisine, ayant probablement reconnu la voix de Sakura. Comble de l'étrange, la jeune fille aux cheveux roses ne manifesta aucune surprise et parut même contente de la voir.
- Bonjour Yume ! Comment vas-tu ? Tu as meilleure mine qu'hier ! fit-elle en s'approchant de la fillette.
Lui qui s'était attendu à des hauts cris, Naruto resta bouche bée tandis que Yume acquiesçait d'un simple signe de tête à la question de Sakura, visiblement aussi surprise que son hôte. Après quelques secondes de réflexion, il crut comprendre.
- Ah je vois… dit-il d'un ton désabusé. C'était toi qui nous espionnait derrière la fenêtre. C'est pour ça que tu savais qu'elle était là…
- Derrière la fenêtre ? Non, ce n'était pas moi. Je viens directement du palais de l'Hokage.
- Mais alors, comment tu pouvais être au courant que…
- Grâce à ça. Yume, tu me le permets ?
L'enfant acquiesça silencieusement, tout en tendant son bras gauche à Sakura. Celle-ci lui remonta la manche de son pull jusqu'au coude et effleura son poignet de ses doigts préalablement chargés de chakra. Des signes noirs se dessinèrent soudain sur la chair de Yume, serpentèrent de sa main jusqu'au milieu de son avant-bras pour finalement former un sceau à l'écriture fine et déliée.
- C'est un jutsu assez complexe que lui a appliqué Tsunade hier soir, expliqua Sakura. Il lui permet de connaître à tout moment et avec précision la position de Yume tant qu'elle est dans Konoha et ses alentours.
Naruto cilla. Ainsi, Tsunade savait déjà tout.
- Ah… Alors, la vieille t'a envoyée pour que tu lui ramènes Yume. Evidemment.
- Pardon ? fit Sakura, étonnée, en lâchant le bras de Yume.
Il se renfrogna. Avec la réaction colérique dont il avait fait preuve la veille, il trouvait un peu léger le fait que Tsunade n'ait envoyé qu'une chûnin pour récupérer Yume. C'était même très risqué… Mais après tout, cette chûnin, c'était Sakura.
« Bien joué, Tsunade. », songea Naruto en serrant les poings jamais il ne lèverait la main sur sa coéquipière, quelles que puissent être ses motivations.
- Franchement, cette vieille chouette croit que Yume est dangereuse. Elle devient parano, tu vois un espion, là, toi ? s'exclama-t-il, montrant d'un bref signe de tête l'enfant, qui regardait d'un air intéressé le sceau recommençant à se fondre dans sa peau. C'est n'importe quoi ! La vieille voudrait même la soumettre à un interrogatoire, mené par des Anbus ! C'est…
- Eh ! Parano ou pas, c'est ma sensei que tu traites de vieille chouette ! l'interrompit Sakura. Rappelle-toi qu'elle ne fait que respecter la loi, elle y est obligée, elle est Hokage !
- Les lois sont faites pour être enfreintes, quand le bon sens les rend ridicules ! Un Hokage est censé le savoir, ça !
- C'est pas aussi simple, et tu le sais ! s'écria-t-elle, semblant se retenir de lui asséner un de ses directs devenus légendaires. Si Tsunade elle-même ne montre pas l'exemple, on…
Elle s'arrêta net, parut chercher ses mots puis soupira bruyamment tout en passant une main agacée dans ses longs cheveux roses.
- Oh, et puis, je ne vois pas pourquoi je discute de ça avec toi puisque de toute façon, ça ne changera rien à l'affaire.
- C'est ça, t'as tout à fait raison, répliqua Naruto, acide. Ramène-lui Yume après tout, puisque je ne peux jamais rien dire.
- Si tu me laissais au moins t'expliquer pourquoi je suis là, tu ferais une autre tête… Enfin je pense. Et tu ne traiterais pas Tsunade de vieille chouette.
Elle attendit en vain une quelconque réaction de son interlocuteur, puis dit enfin :
- Elle a décidé de te confier la garde de Yume, à titre d'essai.
La déclaration laissa Naruto stupéfait. L'enfant à ses côtés se tourna précipitamment vers Sakura, semblait ne pas en croire ses oreilles non plus.
- Et si je suis là aujourd'hui, c'est "pour veiller à ce que l'environnement dans lequel elle va évoluer sera propice à son intégration dans Konoha". En clair, que tu t'occupes bien d'elle. Ordre de Tsunade, acheva Sakura dans un sourire.
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- ATCHAAA !
Tsunade renifla bruyamment alors qu'elle descendait les marches semblant plonger dans les entrailles de la terre.
« Raah, je n'arrête pas d'éternuer depuis que je suis dans ce foutu escalier. J'ai attrapé froid la nuit dernière, ou c'est l'humidité ? »
La seconde hypothèse était plus que probable. L'air, au fur et à mesure qu'elle progressait, devenait glacial, et une certaine moiteur régnait.
« Ou alors, on parle de moi… » songea-t-elle, suspicieuse quand au sifflement qui persistait dans ses oreilles. (nda : au Japon, on dit que quand on éternue, c'est signe qu'on parle de vous).
Jugeant la question comme secondaire, elle reporta son attention sur l'escalier qui n'en finissait pas. Le bruit de ses pas pressés résonnait sur les murs de béton. Un nuage presque opaque filtrait de ses lèvres au rythme de sa respiration, tandis qu'elle réfléchissait au pourquoi de sa présence dans cet endroit qu'elle n'avait jamais apprécié.
« Ils m'ont appelé de toute urgence, "un problème avec les nouveaux"… C'est bien leur genre d'humour, tiens. »
Elle descendait l'escalier qui menait à la morgue souterraine de Konoha, là où avaient été acheminés les cadavres du Camp de la Brise… et qui vraisemblablement, causaient quelques soucis, même morts.
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Vos impressions ?
A très bientôt !
Elenthya
