Chapitre huit : Wildfire

Les funérailles de Gidéon et Fabian s'étaient déroulées le lendemain. La famille avait voulu les enterrer rapidement en petit comité. Tête baissée, je regardais leurs tombes sur lesquels un peu de neige était tombée. Molly avait beaucoup pleuré lors de l'enterrement, j'avais eu tellement mal au cœur. Cela n'aurait jamais dû arriver.

« Tu es encore là petite Mary ? »

Je sentis Benjy tirer ma veste couleur prune, pour m'embêter gentiment. Il avait toujours le mot pour rire, Benjy. Aujourd'hui, il était plus fatigué que lorsque je l'avais rencontré quelques mois plus tôt en entrant dans l'Ordre du Phénix. Il avait vieilli d'un coup, à force de baigner dans une mer d'angoisse et d'incertitude. Heureusement, je ne vivrais pas assez longtemps pour me dégrader de la sorte.

« Est-ce que tu vas m'expliquer ce qu'il s'est passé ? » demandai-je sur un ton rêche.

Après que les Aurors aient investis les lieux hier, je m'étais éclipsée au Chaudron Baveur. Tom et Mannus m'avaient vue passer, mais ils ne m'avaient rien dit. Ils avaient eu vent de la bataille et savaient que je m'y étais mêlée, de près ou de loin. Peut-être même qu'ils avaient tout entendu. Le Chaudron Baveur n'était qu'à quelques centaines de mètres du pub où j'avais vu, naïvement, James et Sirius boire un verre. Mannus avait appuyé son regard sur moi, mais son silence en disait assez. On ne parlait pas de Voldemort. On ne prononçait pas son nom. Parler de lui reviendrait à accepter le fait que nous avions peur de lui. Nous accepterions le fait qu'il amputait notre liberté.

Benjy restant mystérieusement mutique, je déposai délicatement les fleurs que je tenais en main sur les deux tombes. Je balayai de ma main la neige qui parsemait leurs nos gravés dans la précipitation, et me reculai pour les regarder une dernière fois.

« Bientôt, c'est moi qui serai là-dessous et c'est Sirius qui regarda ma tombe en déposant des fleurs. Alors ne me fais pas attendre Benjy. »

Il soupira dans mon dos et je l'entendis s'avancer vers les tombes à son tour. Il déposa à leurs pieds un vieux Souafle raflé avec plusieurs trous. C'est vrai, j'avais oublié. Gidéon, Fabian et Benjy avaient été ensemble à Poudlard et ils avaient été tous les trois poursuiveurs dans l'équipe de Quidditch de leur maison. Ils jouaient souvent ensemble pour se détendre, avant que cette guerre ne commence.

« C'est de la faute de Sirius ? » m'entendis-je murmurer avec plus de sincérité que je ne l'aurais voulu.

J'étais tellement énervée contre Sirius que j'aurais pu l'accuser d'avoir lui-même lâché ce serpent sur moi. Il m'agaçait et en même temps, il me brisait le cœur. Je voulais le haïr, le traîner dans la boue pour ce qu'il avait fait ces cinq dernières semaines, mais je savais que c'était la détresse qui le conduisait à se comporter comme un idiot. Il croyait certainement que j'avais tort d'accepter mon sort.

« Tu sais que ce n'est pas le cas » répondit Beniy d'une voix éteinte. « Tous les membres qui ont participé à l'embuscade étaient d'accord avec son plan. »

« Son plan ? »

« Sirius avait réussi à capturer sa cousine Bellatrix quatre jours en arrière. »

« Quoi ? »

J'étais abasourdie. Bellatrix était une vraie charogne, une incroyable crevure, mais on ne pouvait nier qu'elle était l'une des sorcières les plus rusées et puissantes de notre époque. Je la craignais énormément.

« On la détenait dans la cave de l'Ordre depuis quatre jours. Certains étaient d'avis de la livrer au Ministère de la Magie, mais comme on pense qu'il est infiltré par des mangemorts, on ne pouvait être certain qu'elle finirait enfermée à Azkaban. D'autres, dont Sirius, voulaient s'en servir comme appât pour tendre un piège aux mangemorts. »

Benjy fourra ses mains dans ses poches pour se réchauffer. Quand nous ouvrions la bouche, des petits nuages de condensation se formaient tellement il faisait froid.

« Nous avions prévu de faire ça dans un endroit plutôt fréquenté, en apparence. Il n'y avait que des membres de l'Ordre dans le pub ce soir-là. Nous avions laissé courir la rumeur que nous comptions déplacer Bellatrix pour l'enfermer au sous-sol de ce prétendu repaire secondaire de l'Ordre. Nous étions prêts, nous savions que nous allions en coincer beaucoup. Marlène, Franck, Emmeline et Peter étaient postés dans la rue. James, Sirius, Remus, Caradoc et moi étions à l'intérieur, jouant aux clients éméchés. Alastor surveillait l'arrière-cour avec Gidéon et Fabian. Tout avait été planifié, nous étions sûrs de notre coup. »

Je croyais connaître la suite de l'histoire sans l'avoir vraiment tendue. Ma gorge se serra. Les mangemorts savaient que c'était un piège, ils avaient été informés de tous les détails du plan. Evidemment. Il fallait être bête pour se laisser avoir aussi facilement, Sirius savait pourtant qu'il y avait un traitre parmi nous. James et Lily aussi. Alors pourquoi n'avaient-ils pas écouté Dumbledore ?

« Dumbledore a essayé de nous dissuader, il nous a dit que nous devions livrer Bellatrix aux Aurors. Mais nous étions tous d'accord. Il fallait qu'on tire avantage de cette situation. »

« Alors qu'est-ce qui n'a pas été ? » demandai-je lentement, bien que je connaissais déjà la réponse à ma question.

« Ils étaient trop nombreux et on a été dépassé. Et ensuite, tu-sais-qui est arrivé et on a paniqué… »

« Et Bellatrix, qu'est-ce qu'elle est devenue ? »

« Tu penses bien qu'elle nous a échappé. Je ne sais pas comment, mais elle n'était plus là quand nous sommes retournés au quartier général. Sturgis s'était fait assommer. Ils sont dû découvrir où nous la cachions et ils ont profité de la libérer pendant l'embuscade. Je t'avoue que je ne sais pas Mary, tout cette affaire est floue. Sirius ne nous a pas dit clairement comment il avait réussi à l'attraper non plus. »

« Elle s'était peut-être laissée capturée pour découvrir l'emplacement de notre quartier général. »

« A quoi ça leur servirait au juste ? On va changer de repaire de toute manière et ils en seront de nouveau au même point. »

« A moins qu'ils cherchent à mettre la main sur quelque chose que nous détenons. »

Benjy me regarda étrangement. Un ange passa.

« A toi de me le dire Mary. Je me demande d'ailleurs où tu étais pendant ce temps, pour que tu arrives si vite après la bataille. »

Je souriais intérieurement. Le meilleur moyen de défense, c'était l'attaque. Benjy pourrait faire un bon traître. Il était malin, très malin même. Je ne pouvais évidemment pas lui parler de Regulus, je devais donc arranger un peu la vérité à mon avantage.

« Je me promenais quand j'ai vous ai entendu. Vous faisiez beaucoup de bruits. Le Chaudron Baveur n'était pas très loin je te signale. »

Benjy réfléchit quelques secondes, puis me prit contre lui et me frotta chaleureusement le dos. Il se sentait coupable de m'avoir accusée de non-dits. Au fond, Benjy savait aussi que notre malchance n'était pas due au hasard. Il avait compris qu'un traître se cachait parmi nous. Et il venait justement de croire que c'était moi. Ce n'était pas bon pour l'Ordre. Si nous commencions à nous méfier les uns des autres, nous n'irions pas loin. Semer le doute était la meilleure arme que Voldemort avait en sa possession pour nous détruire. Ses partisans pouvaient se cacher n'importe où. Au Ministère de la Magie. Dans l'Ordre du Phénix. Dans la maison d'à-côté. C'était très intelligent de sa part. Il fallait absolument lui montrer qu'ensemble, nous étions plus fort que lui.

« Je vais rentrer Mary, je suis épuisé. Tu devrais aller te reposer toi aussi. »

Il me serra brièvement dans ses bras et quitta le cimetière. J'étais de nouveau seule, dans le froid, à regarder la neige tomber sur les tombes de mes deux amis. Finalement, je me détournai. Il était clair que ma quête du traître allait m'éloigner de tout le monde. Des soupçons naîtront, menant à des émotions contradictoires que je ne pourrais réprimer. Je pourrais même finir par les haïr. J'avais très peur et soudain, l'aide que Regulus m'offrait m'apparut comme une évidence. J'avais terriblement besoin de son aide, pour le bien de l'Ordre du Phénix.


Le soir arrivé, mes pas me guidèrent jusqu'à la maison de James. Lily m'avait ordonné de venir manger avec eux. Et puis, je n'avais pas le cœur de rentrer au Chaudron Baveur, ni de discuter avec Mannus. Il voudrait certainement me parler de l'embuscade de l'Ordre, qui avait été relayée dans une dizaine de journaux illégaux, comme le Chicaneur.

C'est Lily qui m'ouvrit la porte et son regard doux me réconforta aussitôt. J'avais passé toute la journée dans un café moldu, à réfléchir à ma vie et je m'étais fait la réflexion qu'elle était bien merdique. Lily m'invita à entrer en m'enlaçant par les épaules et elle me conduisit directement au salon. Le canapé nous attendait déjà, avec ses couvertures si douces que je pourrais m'y noyer éternellement. J'étais bien chez eux. Au fond de moi, j'aurais adoré avoir le même cocon douillet avec Sirius. Avoir notre propre canapé rembourré, nos meubles anciens, notre vaisselle de luxe que nous ne sortirions qu'aux grandes occasions, notre chat et notre hibou. Notre chez nous. J'avais rêvé de cette "vie à deux" ces dernières années, depuis le jour où je lui avais dit « on peut essayer ». Cela me semblait si loin aujourd'hui. Toutes ces considérations superflues n'avaient plus de valeur et ne portaient plus rien de symbolique. Ce n'étaient juste que des faux souvenirs, une désillusion, un espoir qui ne naîtrait jamais.

« Je suis contente de te voir, tu m'as manqué ! Quelle idée de t'installer au Chaudron Baveur ! »

« On s'est vue hier » riai-je de bon cœur.

« Oui mais honnêtement, je ne savais pas si j'allais te revoir sur tes deux pieds » me confia-t-elle d'une voix sèche.

Elle avait croisé les bras sur son ventre légèrement rebondi. Elle était enceinte de quatre mois. J'espérais voir la naissance de ce bébé avant de passer dans le monde à l'envers, mais cinq mois, c'était long, même très long. Je crachais déjà du sang en pagaille alors j'imaginais que je n'en aurais bientôt plus dans mes veines.

« Tu étais d'accord avec eux, avec ce plan ? Tu es au courant pour le traître, il était évident que vous alliez vous heurter à un mur Lily. Sirius je peux comprendre, il est impulsif, mais toi… »

« On a aucun moyen de savoir qui c'est et on ne peut pas rester les bras ballants à ne rien faire Mary. Ils tuent des innocents. Et si nous continuons à ne rien faire, le traître se doutera de quelque chose. On ne peut pas savoir, Mary, on a juste voulu agir pour une fois. Je n'aime pas comme on nous marche sur les pieds » conclut Lily avec fermeté.

Cette discussion était close. Lily me l'avait fait clairement comprendre à travers son regard déterminé. Elle soupira puis posa une main sur son ventre. Et si c'était James qui était mort ce soir-là, m'aurait-elle servi le même discours ? Aurait-elle continué à défendre ce point de vue si son bébé s'était retrouvé sans père ? Je me résignai et tournai la tête pour observer l'obscurité avaler le soleil à l'extérieur.

« Comment s'est passée la dernière écographie ? »

« Bien, il va bien... C'est un garçon, on l'a su jeudi dernier » me souffla-t-elle avec un sourire comblé. « Tu es la première au courant ! »

« Tu m'avais promis que nous l'annoncerions à Sirius et Mary en même temps » s'indigna James en surgissant de la cuisine. Il avait encore des égratignures, mais elles étaient discrètes. Je remarquai également qu'il portait un tablier ridicule avec des petites fleurs bariolées. Je dus me mordre la lèvre pour m'empêcher d'éclater de rire. Lily faisait de véritables miracles, jamais James Potter n'aurait porté une horreur pareille avant de se mettre en couple avec elle.

« J'ai fait ça, moi ? » défia-t-elle James avec un sourire diaboliquement angélique.

Lily me faisait parfois flipper.

« Les autres ne vont pas tarder à arriver ! »

Elle se releva énergiquement du canapé et déposa un baiser sur la joue de James au passage. Lily disparut dans la cuisine, me laissant seule avec James. Il soupira et prit place près de moi, calant sa main dans mes cheveux pour m'embêter. Je détestais qu'il me touche les cheveux, surtout qu'il finissait en général par m'en arracher une poignée telle la brute qu'il était.

« Alors Mary, comment va Gatus ? »

« Vu comme ta voix transpire de sarcasmes, tu seras ravi d'apprendre que je ne l'ai pas revu depuis la dernière fois. »

« Franchement Mary, ne me dis pas que tu vas retourner avec ce type ? Son cerveau doit être aussi grand que le petit pois que Peter m'a enfoncé dans le nez en cinquième année. »

« Charmant » ricanai-je. « Heureusement que nous n'étions plus amis en ce temps-là, je me suis épargnée une dizaine d'ulcères je crois. Ce n'est pas le cas de Lily. »

« Je me souviens très bien, tu étais chiante à cette époque. »

« N'importe quoi ! Je ne te parlais même pas » m'indignai-je à mon tour. « Tu étais trop occupé à persécuter les plus faibles que toi. »

« C'est reparti » soupira James avec un sourire. « Dire qu'à l'époque Sirius me soûlait à me parler de toi sans arrêt, je n'en pouvais plus. Je t'aurais volontiers poussée dans le lac noir si j'en avais eu l'occasion. »

Je lui donnai un coup de coussin dans le torse, ce qui le fit rire davantage. Vraiment, j'adorais discuter simplement avec James. Il n'avait pas changé, ne me prenait pas en pitié et ne me hurlait pas dessus parce que j'avais osé aller aux toilettes toute seule.

« Il était même jaloux quand tu parlais à Remus et pas lui » me rappela James en passant une main dans ses cheveux.

Et dire que parallèlement, il se tapait la moitié du Château. Sirius était plein de contradictions. Je ne pouvais pas lui en vouloir, il avait eu une enfance difficile au sein d'une famille où l'amour ne brillait qu'à travers des regards hautains et impersonnels. Son père avait une réputation bien bâtie, sa mère était une grande dame enviée de beaucoup de sorcières. Mais le sang pur ne faisait pas tout. Mon père avait failli avoir une crise cardiaque quand je lui avait appris, entre deux bouchées de gaufres au sucre, que j'avais quitté le gentil Gatus Lobster pour un Black. Il était devenu tout bleu et ma mère avait dû l'allonger, puis lui donner un petit remontant pour qu'il reprenne des couleurs.

« J'espère être là pour voir si ce bébé te ressemblera ou s'il sera beau comme sa mère » continuai-je à le taquiner.

« Il sera en tout cas plus beau que le bébé que vous auriez pu avoir, toi et Sirius. »

Cette phrase m'effraya. Elle impliquait tout et rien à la fois. Et oui, si je n'étais pas condamnée, est-ce que j'aurais eu un enfant avec Sirius ? Mon cœur tomba au fond de mon estomac et je souris piteusement à James.

« Tu sais bien qu'il aurait fini par me tromper un jour ou l'autre, avec une fille plus jeune et plus belle que moi. Faire un enfant avec Sirius n'aurait pas été la meilleure des idées » lui exposai-je calmement.

« Enfin Mary… »

« Ne le défends pas. »

James s'installa confortablement dans le canapé et j'oubliais presque qu'il portait un tablier ridicule. Peut-être était-ce tout simplement parce que je n'avais plus envie de rire.

« Alors Emmeline t'en a parlé aussi ? »

« Bien sûr » rétorquai-je en le fixant sèchement dans les yeux.

« Elle n'aurait pas dû. Je suis sûr qu'elle s'est méprise, Sirius n'aurait jamais fait… ça Mary. »

« Tu peux le dire, il m'a trompée, mets des mots sur la vérité James. »

Il n'aimait pas ce que j'étais en train de dire, ses yeux me vrillaient intensément, douloureusement. C'était normal, il voulait protéger l'estime de son meilleur ami. J'aurais fait pareil avec Lily, même si c'était pure fiction, car il faut l'avouer, Lily ne tromperait jamais James s'il était mourant.

« C'est pour ça que tu lui as dit que tout était fini ? Il est venu m'en parler. »

« En partie, je ne sais pas, ça vaut mieux pour nous. »

Là, il était agacé. Mais il ne fit aucun commentaires. A la place, il leva gracieusement sa baguette et deux verres de rosé flottèrent jusqu'à nous. J'en attrapai un et regardai James curieusement.

« Promets-moi que vous n'allez pas vous disputer ce soir, Lily tient beaucoup à cette soirée. Ce qu'il s'est passé lors de l'embuscade l'a beaucoup ébranlée.

« D'accord » maugréai-je.

« Même s'il te provoque, ok ? »

J'hochai la tête et James se remit à sourire d'une arrogance peu commune.

« Si tu te comportes bien, je suis certain qu'il sera enchanté de t'emmener dans notre chambre d'ami. »

« James » me lamentai-je.

Il me pinça la joue comme à une enfant de quatre ans, Merlin c'était insupportable, et nous trinquâmes ensemble. Lily nous regardait depuis l'encadrement de la porte de la cuisine, heureuse que nous nous entendions aussi bien. Ce n'avait bien sûr pas toujours été le cas ; à une époque, j'aurais volontiers empoisonné sa nourriture pour qu'il cesse de se pavaner à Poudlard comme s'il en était le directeur.

Je bus une gorgée de rosé et me sentis immédiatement plus apaisée. Des coups à la porte me sortirent de mes pensées et James fut revenu dans la salon en un rien de temps avec Remus et Peter.

« Remus ! Peter ! » les appelai-je depuis le canapé en me hissant sur le dossier comme une baleine échouée.

Remus avança dans ma direction tandis que Peter se foutait de la gueule de James et de son fameux tablier à fleurs.

« Tu as perdu le peu de virilité qu'il te restait Cornedrue » l'entendis-je entre deux rires étouffés maladroitement par la bouteille de vin qu'il avait apportée.

C'était bizarre. Je n'avais pas l'impression d'avoir enterré deux de nos amis ce matin. En temps de guerre, tout semblait aller plus vite. On vivait dans la précipitation, dans la peur du regret. Ce dîner représentait à lui tout seul ce paradoxe. On oubliait vite en temps de guerre, car c'était le seul moyen de nous protéger de l'horreur de notre quotidien.

« Toujours aussi jolie » me complimenta Remus en m'embrassant la joue.

« Il ne faut pas mentir à une goule Remus, elles sont teigneuses » lui murmurai-je tout bas. « Et elles adorent le pâté de loup-garou, je dis ça mais je ne dis rien. »

Il roula des yeux et secoua piteusement la tête. Remus était le plus gentil garçon que je connaissais, à part Gatus évidemment. Toujours de bons conseils. J'aimais l'écouter parler, sa voix rauque, son intelligence, Remus n'avait presque pas de défauts. Un homme parfait. Dommage qu'il se dénigre toujours à cause de son problème de fourrure.

Peter me salua à son tour et quelque chose me frappa chez lui. C'était un changement subtil, imperceptible pour ceux qui n'étaient pas de fins observateurs.

Je le pointai alors avec un air conspirateur.

« Toi tu as l'air différent » annonçai-je en plissant les yeux.

Peter blêmit.

« Différent de quoi ? »

« Allez, comment elle s'appelle ? » le narguai-je en poussant mon doigt contre son torse.

James et Sirius s'étouffèrent avec leurs verres de rosé.

« Tu as des preuves Mary ? » James avait les yeux écarquillés. Peter, qui semblait beaucoup plus reposé qu'avant, blêmit encore plus. Aussi transparent que le professeur Binns.

« Non, je trouve juste que tu as meilleure mine » dis-je à Peter en lui faisant un clin d'œil.

« Tu es rentré dans la cour des grands et tu ne nous l'as même pas dit, Queudver ? » s'excita James en renversant du rosé sur sa chemise. Il ne l'avait pas remarqué, trop occupé à inspecter Peter sous toutes les coutures. Il reniflait même son manteau.

« Vous vous trompez ! » gémit Peter en repoussant James. « Je couvais juste un rhume, c'est tout. »

« Ça sent la femme, ton manteau sent la femme. »

Je voyais les narines de James s'affoler comme celles d'un dragon. Il lui tournait autour, encore et encore. J'avais rarement vu James aussi excité et douteux. Je plaignais Lily, s'il se comportait de cette façon au lit, ça devait être très angoissant.

« Ça expliquerait pourquoi tu n'as pas pu m'héberger la semaine dernière » émit Remus en se grattant le menton. « Tu avais l'air… occupé quand j'ai toqué à ta porte. »

Le pauvre Peter, il était livide. C'était de ma faute. Mais j'avoue que c'était marrant. Peter méritait de rencontrer quelqu'un de bien, et moi j'avais envie de connaître la personne qui le rendait plus heureux. James tentait de lui tirer les vers du nez mais Peter ne lâchait rien, à part un kilo de sueur. Une chose était sûre, James comptait le harceler toute la soirée jusqu'à ce qu'il ait une réponse satisfaisante.

« Et toi Mary, tu vas bien ? »

Remus me fixait avec inquiétude.

« Mais oui, pourquoi ça n'irait pas ? »

Je jouais à la plus bête, certes, mais Remus ne se démonta pas. C'était ce que j'aimais chez lui, il ne se contentait pas des faux semblants. Il creusait dans l'âme des gens. Il racontait souvent que Lily était dotée d'une bonté incroyable, qu'elle arrivait à faire ressortir le meilleur chez chacun. Le fait est que Remus était pareil, mais il ne s'en rendait absolument pas compte.

« Tu étais proche de Gidéon et Fabian. »

« Ça m'a fait un choc… mais je crois que m'engueuler avec Sirius m'a permis de taire un peu mon chagrin. »

« En parlant de Sirius, il m'a hurlé dessus quand tu es partie, il est certain que c'est moi qui t'ai dit pour le plan » déplora Remus en secouant la tête. « Tu lui manques et il est malade que tu le rejettes tout le temps. »

« Il m'engueule comme du poisson pourri. »

« Il t'aime, tu sais que c'est différent » affirma-t-il et je lui confirmai d'un regard vaincu qu'effectivement, la différence était infime, mais j'étais encore capable de la percevoir. C'était pour cette raison que je n'avais pas eu le courage de couper nos liens définitivement et que nous nous détruisions à petit feu depuis cinq semaines.

« Et toi Remus ? La pleine lune était tout bientôt là. »

« Je survis. »

A chaque fois que je mentionnais sa lycanthropie, Remus se renfermait sur lui-même.

« Si tu n'as nulle part où aller, tu peux venir au Chaudron Baveur, je peux partager mon lit avec toi. »

Mon petit air faussement coquin le fit rire. Tout le monde savait que s'il se glissait sous les mêmes draps que moi, même en anorak, Sirius le pourchasserait dans tout Londres pour lui arracher sa fourrure poil par poil.

« Hey les amoureux, vous venez ? » cria Lily depuis la cuisine.

Remus et moi échangeâmes un sourire malicieux et rejoignîmes Lily pour l'aider à dresser la table à manger. Je m'occupais des assiettes et des couverts, tandis que Remus disposait les verres et les sous plats. L'odeur du bœuf braisé au sirop d'érable me chatouillait les narines, ça sentait tellement bon.

De nouveaux coups frappèrent à la porte d'entrée et de là où j'étais, je reconnus la voix enjouée de Marlène. Au secours. Je n'avais pas envie de la voir. Lily remarqua mon trouble puisqu'elle me caressa le bras gentiment.

« Je sais que tu ne l'aimes plus beaucoup mais ça aurait fait bizarre de ne pas l'inviter. »

C'était la pire excuse que j'aie entendue dernièrement. Bizarre de ne pas l'inviter. J'eus envie de rire, Lily était tellement drôle, mais à la place, je me déconfis violemment. Sirius était arrivé en même temps que Marlène et il lui tenait le bras comme un gentleman. Je m'accrochai instinctivement à la manche du costume de Remus. Il fronça les sourcils, ma main le serrant très fort, et me questionna du regard. Je me contentai de sourire d'un air hypocrite. Suivant mon regard qui lançait des Avada Kedavra en série, il vit la même chose que moi. La précieuse bouche de Sirius sur la joue dégoûtante de Marlène.

« Respire Mary. »

Remus, si tu savais comme je voudrais ne plus respirer du tout. Ça m'épargnerait bien des soucis. Sirius ne m'avait pas vue, il saluait ses vieux amis joyeusement. Le tuer, l'écorcher vivement, et semer les morceaux de son cadavre 12 Square Grimmaurd. Je n'avais plus que cette idée en tête.

« Mary ! Quel plaisir de te voir ! Tu as l'air en forme ! »

Ne me touche pas. Trop tard, sa main s'était posée sur mon épaule. Elle me fit la bise comme si nous étions des amies fidèles. C'était un simulacre de bonnes intentions. Je pris le temps de respirer tranquillement selon le conseil de Remus, et affichai un sourire amer.

« Oui moi aussi, heureuse de te voir Marlène. »

Je le faisais pour Lily. Uniquement pour Lily. Sirius avait enfin remarqué ma présence quand Marlène avait hurlé mon nom. Il me regardait, mains dans les poches, nonchalamment appuyé contre le mur de la salle à manger. Est-ce qu'il comptait dire quelque chose ? Devais-je lui pardonner de me pourrir la vie ? Est-ce qu'il faisait exprès d'être aussi proche de Marlène ? Savait-il combien il me faisait souffrir en la touchant elle, et pas moi ?

« Eh ben, je suis jalouse, ton bracelet est très joli. »

Gentille Marlène, fausse Marlène. Je me crispai malgré tous mes efforts pour garder ma haine au fond de moi. Il n'y avait pas que mon bracelet qu'elle convoitait.

Les yeux de Sirius repérèrent ledit bracelet automatiquement. Il enragea aussitôt et pour cause, ce bracelet en argent m'avait été offert par Gatus. Fière de l'avoir mis en rogne, je tournai le dos à Marlène et continuai à mettre la table avec Remus.

Sirius, Peter, Marlène et James retournèrent dans le salon.

« On attend encore quelqu'un ? » aboyai-je à Lily quand elle posa le bœuf braisé, les pommes de terre et les carottes sur la table. « Excuses-moi, je suis à cran. Elle me met à cran. Elle le fait exprès, tu sais qu'elle le fait exprès » répétai-je comme une barjot.

« Tu t'assiéras à côté de James, d'accord ? Je ne tiens pas à ce que tu tues la moitié de mes invités. »

« Franck et Alice arrivent quand ? » s'enquit Remus.

« Tout bientôt, on se met à table dès qu'ils sont là. »

Je me renfrognai dans mon coin, cachée de Sirius et de Marlène. C'était fou comme je perdais mon sang-froid avec elle. Remus restait avec moi, à l'écart, craignant que je le contamine avec mes mauvaises pensées.

« Je me disais Mary, ton anniversaire est la semaine prochaine, on pourrait faire une petite fête en ton honneur ! » se réjouit Lily en serrant son ventre dans ses mains. Un réflexe de femme enceinte. C'était mignon. Comment pouvais-je encore m'énerver contre elle ?

« Une fête pour célébrer mon passage prochain dans l'au-delà ? Pourquoi pas » répondis-je d'un ton léger.

Lily était une habituée de mes blagues macabres. Remus aussi. Ils me souriaient timidement et ça me faisait du bien. Seul Sirius m'aurait pris au mot et m'aurait hurlé que ce n'était pas drôle de rire d'un sujet si sensible. Après tout, il n'y avait que la vérité qui blessait. Avait-on déjà été mal à cause d'un mensonge ? Un temps peut-être, mais au final, ce n'était qu'éphémère, parce qu'on se raccrochait toujours à la vérité.

« Alors c'est décidé, réserve ton vendredi soir ! Je m'occupe de tout ! »

L'entrain de Lily m'emballa moi-aussi. Finalement ce n'était pas une si mauvaise idée.

« Et Pétunia ? Elle t'a reparlé depuis le diner ? »

Le sourire de Lily s'effaça.

« Oh tu sais je crois qu'elle n'a pas apprécié que James humilie Vernon. »

Je me rappelais ce moment gênant en détail. Mais après coup, j'avouais volontiers que c'était drôle. Ce n'était tout simplement pas le bon moment pour user de l'humour et révéler son côté arrogant à des gens aussi guindés. Il aurait dû attendre le cinquième rendez-vous.

« Elle va revenir, ne t'inquiète pas ! »

Loin d'être convaincue, Lily esquissa un mince sourire et alla ouvrir la porte. Franck et Alice venait d'arriver. Il était enfin temps de passer à table.

Le diner s'étira sur deux heures. Deux longues heures où Sirius me fixa, parfois en ignorant la personne qui lui parlait. James n'arrêtait pas d'abattre ses mains sur moi, partout, profitant de la moindre occasion pour me fourrer un coup de coude dans les côtes. Je regrettai de ne pas être assise près de Marlène en fin de compte. Je m'étais retenue tant bien que mal de cracher mon sang dans mon assiette, mais au bout d'une heure, je dus battre en retraite. Je m'éclipsai aux toilettes pour déverser tout ce que j'avais retenu en moi en arrivant chez James. La tête dans la cuvette des toilettes, je crus étouffer tellement je toussais. Le sang coulait en petits ruisseaux et se mélangeait à l'eau cristalline qui recouvrait le fond de la cuvette. Ce n'était pas glamour du tout.

Et surtout, je voulais que personne ne sache que mon état empirait. Alors, quand j'entendis la voix de Sirius de l'autre côté de la porte que j'avais fermée à clés, je me tendis et tirai hâtivement la chasse d'eau. Je me rinçai la bouche au robinet et quand j'eus vérifié deux fois qu'il n'y avait plus de trace du délit, j'ouvris à Sirius.

Il me toisa attentivement. Ses prunelles grises étaient si belles.

« Tu faisais quoi là-dedans ? »

Bonne question. Que fait-on généralement dans des toilettes Sirius ? Je penchai la tête sur le côté.

« Je faisais pipi. »

« Je t'ai entendue tousser Mary. Et tu es pâle comme la mort » poursuivit-il, suspicieux.

« C'est généralement ce qui arrive quand on va mourir, on est pâle comme la mort Sirius. Maintenant si tu veux bien m'excuser » dis-je avec mauvaise foi en le dépassant pour rejoindre la tablée.

Ouf, il n'essaya pas de me retenir. J'étais angoissée à l'idée qu'il découvre que le Médicomage qui était censé me sauver était mort et que mon état s'empirait beaucoup plus vite qu'escompter. Déjà qu'il m'espionnait à mon insu, alors que ferait-il s'il l'apprenait ? Il me suivrait partout jour et nuit, c'était certain.

« Ah on se demandait où vous étiez passé ! » s'exclama Marlène.

Sirius ne dit rien et se contenta de se rasseoir, toujours en m'analysant. Ses onyx étaient entièrement rivés sur moi et bizarrement, j'étais contente qu'il ne regarde que moi. Marlène dut vite le remarquer puisqu'elle amena son sujet de conversation favori sur la table.

« Alors Mary, tu es contente que Gatus soit revenu ? Vous étiez très proches avant. »

Mange tes pomme de terre en silence, Marlène. Qu'est-ce qu'elle m'agaçait avec ses piques camouflées de bons sentiments. Je répondis d'un bref sourire et reportai mon attention sur Sirius. Il était vraiment beau, élégant et hypnotique. Sa chemise noire lui allait comme un gant, ouverte sur une partie de ses tatouages. Ses yeux me déshabillaient et m'invitaient dans un monde où il n'y plus que nous qui existions. Sirius et moi, nos deux corps nus dansant l'un avec l'autre, se frottant sensuellement ensemble, s'unissant pour ne faire plus qu'un. Je me faisais sûrement un film parce qu'il me manquait atrocement. Mais je préférais ce film à la réalité.

Je savais que nous n'allions pas nous réconcilier aujourd'hui. Sirius était suspicieux, il cherchait à découvrir ce que je lui cachais. Il était fort à ce jeu-là, il trouvait toujours. Je ne savais pas mentir. Et bien sûr, je lui en voulais toujours énormément de me couver comme un botruc brûlé au troisième degré et de m'avoir trompée. Rien que ses actes étaient antinomiques.

« Tu es sûre que tu ne veux pas rester ? » me redemanda Lily une dixième fois.

Cette fois-ci, c'était moi qui levait les yeux au ciel.

« Je vais rentrer, merci pour le diner. »

J'avais dit aurevoir à tout le monde, sauf à Sirius, mais je n'avais pas tellement envie de l'approcher. Marlène était restée avec lui dans la maison, ce qui m'avait assez énervée pour que je ne me sente pas coupable de ne rien lui avoir dit en partant. Et si c'était avec Marlène qu'il m'avait trompée ? Emmeline ne m'avait pas dit de qui il s'agissait après tout. Mon cœur se fendit en mille morceaux à cette possibilité. Je maudis Merlin d'avoir cédé à ses avances et d'être, indubitablement, tombée amoureuse de Sirius Black.


Avec toute cette histoire, j'avais presque oublié la proposition de Regulus. Ce n'était qu'en me réveillant le lendemain à huit heures, à cause de coups frappés à ma porte, que la mémoire me revint immédiatement. Enfin, elle me revint lorsque je tombai sur lui en ouvrant ma porte. Croyant que c'était la femme de ménage, je n'avais pas pris la peine de cacher mes jambes nues. Mon t-shirt cachait à peine mes fesses.

Le haussement suggestif de sourcils qu'eut Regulus en détaillant ma tenue vestimentaire de haut en bas me fit virer au rose bonbon. C'est fou comme il était différent de Sirius. Son indifférence m'aurait clairement glacée sur place si je ne ressemblais pas à une grosse fraise tagada.

Je ne savais plus quoi faire. J'étais figée sur mon pas de porte, les fesses à l'air, devant le petit frère de mon ex. Curieux ce que la vie nous réservait parfois.

« Je ne tiens pas à voir… ça » m'apprit-il en pointant mes jambes découvertes d'un air suffisant.

Ça fait toujours plaisir de savoir que l'on dégoûte les gens. Légèrement vexée, je rentrai dans ma chambre et enfilai un peignoir blanc avec un hippogriffe brodé dessus. Regulus referma la porte derrière lui et s'assit sur mon lit sans que je ne l'aie invité à le faire. C'était déjà assez gênant qu'il m'ait vue en culotte, alors qu'il s'assoie sur mon lit où j'avais bavé me mettait encore plus mal à l'aise.

Quand je me retournai face à lui, son visage eut un tic nerveux en découvrant l'hippogriffe sur mon peignoir, au niveau de ma hanche droite.

« Merlin… » murmura-t-il, affligé.

« Ne regarde pas si ça ne te plait pas. »

J'étais très calme, bras croisés sur ma poitrine pour tenir mon peignoir fermé. Lui était assis, ses coudes sur ses genoux, sa longue cape noire recouvrant une partie de mon lit. Son regard était braqué sur moi.

« Alors tu as réfléchi à ma proposition ? »

Son air dédaigneux me confirma qu'il n'était pas enchanté de sa propre proposition. Génial. Dans quoi est-ce que j'allais encore m'embraquer ? Si je n'avais pas autant besoin de lui, je l'aurais déjà rembarré.

« Est-ce que tu vas me dire pourquoi tu veux mon aide ou non ? »

« Pas avant que nous ayons fait un serment inviolable. »

« Pardon ? » m'étranglai-je.

C'était extrême. J'aurais dû m'en douter, j'étais naïve de croire que je pouvais m'associer à lui sans y laisser ma peau. Regulus s'impatienta.

« C'est simple. Soit oui, soit non. »

« Tu vas me tuer si je te dis non ? »

« Le venin le fera très bien lui-même, inutile que je perde mon temps aussi inutilement. »

« Tu m'as dit que tu connaissais un moyen d'en retarder sa progression ! »

« Soit oui, soit non. »

Sa voix ferme et froide me transperça. Regulus me faisait peur en cet instant. Jusqu'à maintenant, je n'avais pas saisi la gravité de la situation. Une panique incontrôlable me gagna quand je réfléchis à la nocivité de Regulus et à ce que je devrais sacrifier pour ce serment inviolable. Que m'obligerait-il à faire ? Tuer. Mon cœur n'arrivait plus à suivre, je me sentis soudainement très mal. Une douleur vive contracta ma poitrine, au niveau de mon sein gauche. Et je tombai lourdement par terre, lorsque mes jambes ne purent continuer à me supporter.