- Qui est l'imbécile qui a mis des sécrétions de Bandimons dans son chaudron ? demanda-t-elle avec lassitude.
- C'est moi, répondit Caume très fier de lui. Tu l'as deviné comment ?
Quelle question…Lui forcément.
- A l'odeur, lâcha-t-elle.
- Tu as vraiment un odorat surdéveloppé, affirma-t-il avec adoration
Elle soupira en renversant dans sa potion les racines de marguerite qu'elle venait de finement couper. Il était fatiguant. Elle s'était toujours trouvée trop gentille avec lui, ne voulant pas le blesser, après tout, il n'était pas méchant. Sa compassion la perdra...
Elle leva les yeux discrètement vers Tom qui était assis deux rangées plus loin. Dès le début, il lui avait rappelé quelqu'un, il était lui aussi dans un orphelinat Moldu… Où aurait-elle bien pu le voir ? Elle repassa ses années à l'orphelinat. Dans quel autre orphelinat pouvait-il bien être ? Elle ne connaissait aucun nom, cela l'avait toujours si peu intéressée.
Un seul orphelin Moldu l'avait marqué.
Les mois qui avaient suivis la mort de ses parents restaient flous. Elle se souvenait pourtant parfaitement de la pièce de théâtre offerte, six mois après son arrivée. Alors qu'elle avait vécu recluse dans son chagrin, elle avait repris vie en troquant son amertume en aversion profonde contre ceux qui l'avaient mise dans cet orphelinat : les Moldus.
Un garçon lui avait rappelé l'existence de la magie, des sorciers et de Poudlard qui viendrait la libérer de cet enfer. Alors qu'il ne lui restait qu'un trouble souvenir de cette journée, ce garçon aux cheveuxfoncésavait laissé une trace vivace dans sa mémoire. Le garçon au journal.
Etait-ce Jedusor ?
Trouver un sorcier dans ce théâtre lui avait paru tellement improbable qu'elle ne l'avait jamais envisagé. Pour savoir, il faudrait simplement le lui demander, mais après Noël...
Elle tentait d'ignorer ce qu'il s'était passé. Malgré cela, elle ne cessait de se sentir gênée en sa présence, car elle ne saisissait pas ses réactions face à Tom. Alors elle l'évitait. Ce qui n'était en soi pas très compliqué puisque, depuis quelque temps déjà, il était introuvable une fois les cours de la journée terminés.
Elle se remémora la soirée, en comptant les gouttes de belladone qui tombait une à une dans la longue cuillère qu'elle tenait dans l'autre main et soupira. Cette potion était d'une simplicité déconcertante. Il était vrai qu'elle avait toujours eu une très grande facilité dans cette matière, mais étant en année de BUSE, elle s'était attendue à avoir un peu de difficulté. Elle versa le liquide dans son chaudron et touilla distraitement sa potion.
Elle tentait de comprendre, de mettre des mots sur sa réaction ce soir-là.
Timidité ?
Panique ?
Malaise ?
Sans doute quelque chose dans ces eaux, mais pourquoi ? Elle n'était pas amoureuse. Elle essayait de s'en persuader. Ces réaction de provenaient pas de quelconque sentiments pour Tom. Non. C'était autre chose, une simple attirance, un caprice d'hormones… Ça lui passerait sans doute.
Sa potion était terminée, elle s'autorisa à enfin s'écarter de son chaudron et rangea les ingrédients qu'elle n'avait pas utilisés dans l'armoire. Le professeur Slughorn continuait de circuler dans les rangées, les mains dans le dos, obligeant les élèves à parfois décaler leurs sièges pour laisser passer son ventre. Il s'enthousiasma devant la potion de son élève modèle. En pleine réflexion, Marion ne se donna pas la peine d'écouter ses félicitations. Elle répondit d'un simple « merci monsieur » lorsqu'elle ne l'entendit plus parler et il partit vers l'élève suivant.
Elle soupira, lassée d'attendre la fin du cours. Elle leva les yeux vers l'horloge. Il ne restait que quelques minutes.
OoOoOoOoOoOoO
Voilà un mois et demi que les cours avaient repris et les révisons continuaient inlassablement.
Elle prenait son petit-déjeuner, Maureen en face d'elle lui racontait les derniers ragots qu'elle n'écoutait que d'une oreille trop occupée à tartiner sa tranche de pain.
- J'ai toujours ignoré le fait qu'elle ait beaucoup soupirants, mais depuis la rentrée, elle valse de l'un à l'autre, jouant aux libertines. Et maintenant elle est avec un Sang-de-Bourbe ! Je refuse qu'elle soit reliée à ma famille. Tu imagines l'idée qu'ils se feront de moi s'ils découvrent que c'est ma cousine. Mon avenir serait fichu ! Mes parents ne me trouveront jamais de mari et…
Elevée par une famille intransigeante lorsqu'il s'agissait des valeurs du sang et de ses relations avec les sorciers, elle prenait toujours ces soucis très aux sérieux lorsqu'ils la touchaient personnellement. Elle prit distraitement l'exemplaire du matin de la Gazette du Sorcier, son propriétaire ayant l'air d'être parti sans lui.
Gellert Grindelwald s'appropriait évidemment les pages des gros titres.
« Dernières tentatives de prise du pouvoir de Grindelwald »
« Ce que le ministère aurait peut-être dû nous dire »
Ou encore « Nurmengard ne libérera pas ses otages »
En dessous se trouvait une vieille photo de lui, la légende disait qu'elle avait été prise lorsqu'il n'avait que 16 ans, peu de temps avant qu'il ne soit renvoyé de l'Institut Dumstrang. C'était un adolescent habillé d'un uniforme de collégien au regard enjoué, ses cheveux blonds et bouclés lui arrivaient à hauteur des épaules.
Elle le fixa un moment, réfléchissant comment un jeune homme qui avait l'air aussi charmant avait pu devenir l'être cruel qu'il était à présent.
Elle tourna la page pour arriver sur celle destinée au Quidditch. Il y était écrit les classements de la Ligue, les résultats des derniers matchs et un petit encadré révélaient que les Flèches d'Appleby changeraient la couleur de ses robes.
Ne s'intéressant pas spécialement au sport, elle survola les articles et continua de feuilleter le journal en continuant d'écouter distraitement Maureen qui débattait toujours sur l'attitude de cette fameuse cousine. Elle passa rapidement les petites annonces. Chaudrons d'occasions avec touillage automatique à vendre. Trois nouveau-nés, une dizaine de décès, plus de la moitié dus à la guerre. De la pub pour une boutique de brocante qui venait d'ouvrir au Chemin de Traverse… A la dernière page se trouvait les lettres de lecteurs outrés ou au contraire touchés par certains articles de l'exemplaire précédent.
Elle soupira, ferma le journal, le plia et le laissa tomber sur la table nonchalamment.
- Tu m'écoutes ?
- Oui, oui… Tu hésites à écrire à ton oncle et ta tante pour le faire part de la scandaleuse conduite de leur fille.
- C'est exact ! Alors ? Je le fais ou pas ?
- Franchement, je n'en sais rien, va lui parler avant.
- Je l'ai déjà fait ! Tu ne m'écoutais pas !
- Alors réessaie, ignorant superbement le reproche de son amie.
- Elle pense que mes reproches sont basés sur la jalousie. C'est n'importe quoi ! Quelle fille saine d'esprit pourrait jalouser une telle cati…
- Maureen ! la coupa-t-elle. Oublie-là un moment. Elle ne mérite pas que tu t'énerves à ce point-là pour elle. Tu as raison, écrit à ton oncle, lui ordonna-t-elle pour mettre fin à cette conversation idiote.
Elle soupira et chercha dans son sac son manuel de métamorphose et relu le chapitre qu'ils étudieraient le jour même, pour passer le temps, mais surtout parce qu'elle était affligeante dans cette matière.
Maureen la regarda lire un moment, puis soupira à son tour.
- Tu révises encore…
- A t'entendre parler, on dirait que je ne fais que ça, plaisanta-t-elle.
- Mais tu ne fais que ça ! En cours, à la salle commune, au parc, à table, et quand tu n'as plus rien à faire, tu lis à la bibliothèque !
- Tu exagères, essaya-t-elle de contrer même en sachant qu'elle avait raison.
- En cinq ans, je t'ai toujours vu exécuter des mouvements parfaits, mais je ne t'ai jamais vu te laisser aller un peu. Toute cette discipline… Pourquoi ? demanda-t-elle, mais elle n'attendait aucune réponse. La perfection n'est pas juste affaire de contrôle, il tient aussi au fait de savoir se lâcher. Je ne te demande pas de ressembler à ma cousine, loin de là, mais parfois on a besoin de se surprendre, de s'amuser, lui expliqua-t-elle très sérieusement.
Elle observa un moment son amie dans les yeux. Elle ne cilla pas. Bon sang, elle était vraiment sérieuse ! Abasourdie, elle rangea son livre de métamorphose, remit son masque impassible et sortit de la Grande Salle.
Elle se remémorait la métamorphose lorsqu'elle atteignit un couloir particulièrement bondé. Son cœur s'accéléra en imaginant une nouvelle victime de l'héritier.
Elle s'arrêta, trop estomaquée par la scène. Elle aurait eu le temps d'agir, de lancer un sortilège de protection pour que l'adolescente évite de recevoir les bombabouses sur la tête. Elle aurait aussi pu aller l'aider à se nettoyer, voir si elle allait bien.
Mais c'était une Sang-de-Bourbe. Alors elle ne bougea pas et continua de la fixer.
Elle ne voulait pas que l'on croit qu'elle appréciait Emily Brook. Plus connue sous les surnoms de Mimi Geignarde ou Mimi Pleurnicharde.
Il y avait pourtant tant d'incompréhensions dans ses yeux sombres remplis de larmes et cachés derrière des lunettes aux verres épais. Cette fille ne se défendrait donc jamais ? Elle se releva gentiment en sanglotant, ignorant les moqueries, la tête basse, les épaules affaissées, le dos courbé en signe de soumission et s'en alla, le pas trainant.
Comprimée par tout le mépris qu'elle avait pour Emily, une petite voix arrivait tout de même à se créer un chemin pour lui chuchoter qu'elle aurait pu l'aider, qu'elle n'était pas insensible, que Francis aurait été déçu par son comportement.
Pourtant cette fille n'avait jamais fait preuve de courage. Elle se laissait faire, fuyait le regard des autres et s'en allait se cacher pour pleurer en tranquillité. Elle pouvait réagir, elle ne le faisait jamais.
Elle était donc responsable de ce qui lui arrivait.
Ces élèves n'avaient pas de cœur, ils osaient la critiquer, l'humilier, la rabaisser simplement parce qu'elle n'avait jamais eu le caractère pour les contrer.
Mais que pouvait-elle dire face à cela ? Elle ne valait pas mieux que tous ces élèves puisqu'elle aussi ne réagissait pas. Puisqu'elle aussi ignorait Emily. Puisqu'elle aussi l'appelait par ces surnoms ridicules. Puisqu'elle aussi ne l'avait pas aidée.
Les élèves quittaient lentement le couloir et elle finit par se retrouver seule, dégoutée par son propre comportement, elle n'osait pas bouger de là où Brook s'était fait humiliée.
Une fois de plus.
Elle ne bougeait pas en espérant pouvoir revenir en arrière, s'interposer, aider Emily, la défendre…
Marion sortit de ses pensées en réalisant qu'elle était toujours figée et regardait dans le vide.
C'était n'importe quoi ! Elle n'avait pas à aider une Sang-de-Bourbe, encore moins la défendre et rester là n'aiderait pas remonter le temps. De toute façon, cette fille ne méritait pas son aide.
Elle releva la tête, remit quelques mèches derrière ses oreilles et se rendit au cours de Dumbledore.
OoOoOOoOoOoOoOoOoOo
Une nouvelle agression transforma le sentiment de malaise qui régnait en une véritable panique. Le courrier n'avait jamais été aussi abondant, les parents inquiets en étaient évidemment la cause.
Le professeur Dippet avait fait une nouvelle annonce durant le repas, le soir-même. En plus du couvre-feu déjà mis en place depuis maintenant quelques mois, aucun élève ne devait se promener seul dans les couloirs durant la journée.
Mais malgré cela, Marion s'était éclipsée au tournant d'un couloir pour se rendre à l'infirmerie. C'était devenu une habitude. Tous les jours, à la fin des cours ou après son petit déjeuner si elle en avait le temps, elle allait rendre visite à Francis. Elle ne savait pas s'il pouvait l'entendre, alors elle ne parlait pas. Elle ne voulait pas qu'il sache qu'elle s'inquiétait pour lui.
Elle arriva à l'infirmerie et, merci Merlin, l'infirmière n'était pas là. Elle se serait fait âprement réprimander si elle avait vu qu'elle était venue seule.
Elle se dirigea vers le lit de Francis sans un regard aux autres victimes, pas même Jasson. Elle ne savait pas si c'était par dégout pour son statut social ou par honte de penser de telles choses de lui, mais une chose était certaine. C'était lié. Elle aurait voulu pouvoir se débarrasser de ce que certains élèves appelaient du racisme, mais il était ancré en elle depuis sa plus tendre enfance par son père et le renier, reviendrait à renier ses parents. Ce qu'elle ne ferait jamais.
Le dilemme était bien là et l'unique personne avec qui elle se sentait capable d'en parler était pétrifié.
Cette partie de sa vie n'avait jamais franchi ses lèvres et elle était certaine que si elle la racontait, elle ne tiendrait pas le coup. Elle fondrait en larmes.
Les larmes étaient réservées aux faibles. Son père le lui répétait souvent.
Suite au décès de ses parents, elle s'était juré de ne plus jamais pleurer et s'était créé un masque. Un masque de gentillesse, de fille sage et parfaite pour tenter de cacher tous ses défauts. Elle le savait depuis le début, mais arrivait enfin à se l'avouer. Elle avait essayé de tout garder pour elle, mais elle n'en pouvait plus. Il fallait que ça sorte. Il fallait qu'elle le dise. Mais Francis avait beau être compréhensif, il exécrait ces préjugés sur la valeur du sang. Il ne la comprendrait pas, il essaierait de l'en dissuader et elle avait besoin d'être aidée, pas jugée.
Elle regarda son ami, toujours allongé sur un lit de l'infirmerie.
Il ne l'entendrait peut-être pas. Après tout personne ne savait ce qu'il se passait chez les victimes pendant qu'elles étaient pétrifiées. Elle pourrait parler sans avoir le souci de recevoir des reproches en retour et elle se sentirait soulagée.
Tout ce qu'elle voulait, c'était que ces mots sortent de sa bouche au moins une fois.
Elle prit une grande inspiration, la gorge nouée et cherchant ces mots qu'elle n'avait jamais pu dire.
Mais s'il l'entendait ? Que lui dirait-il une fois réveillé ? Serait-elle prête à perdre son unique véritable ami pour quelque chose qu'elle avait réussi à garder pour elle si longtemps ?
Non, elle avait tenu jusqu'à maintenant, elle pouvait encore se taire.
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOo
La fin de l'année se ressentait de plus en plus. La fatigue aussi. Elle avait eu du mal à se réveiller le matin, avait donc pris du retard en se préparant, manqué le petit déjeuné et avait risqué d'arriver en retard aux premiers cours de la journée. Son ventre n'avait cessé de gargouiller durant la matinée et ce fut d'un pas rapide qu'elle se rendait à la Grande Salle pour déguster son premier repas de la journée.
La tension était palpable entre les maisons, puisque toutes voulaient gagner la coupe. Serpentard était toujours en tête malgré leur défaite contre les Gryffondors le mois dernier, mais pour y rester, il fallait que Serdaigle gagne contre les lions ce week-end.
Mais pressée comme elle l'était, elle ne voyait pas les regards haineux et menaçants que les élèves lui lançaient en voyant la couleur de sa cravate.
Elle s'assit sans un mot, se servit un verre d'eau, une tranche de pâté en croûte, de la salade et des pommes de terre rôties et mangea en silence.
Rassasiée, elle repoussa son assiette vide et s'étira. Maureen s'était mise à parler avec sa voisine, voyant qu'elle ne l'écoutait pas. Elle avait été d'humeur exécrable toute la matinée et n'avait envie de discuter avec personne.
Pour se changer les idées elle observa le contenu des plats disposés sur la table. Elle essaya de résister à la tentation d'un dessert, mais sa gourmandise prit le dessus sur son estomac qui criait grâce. Alors qu'elle dégustait une tartelette au citron, une fillette de deuxième année à Serdaigle entra dans la Grande Salle en hurlant. Ses mots étaient mêlés à ses sanglots et le directeur avait du mal à la comprendre. De là où elle se trouvait, elle n'arrivait pas à entendre ce qu'il se disait, mais quelques minutes plus tard le Professeur Dippet retourna à la table de ses collègues et prit la parole.
- Il semblerait qu'il y ait eu une nouvelle agression. Tous les préfets doivent immédiatement se rendre dans leur salle commune respective avec le reste des élèves. Le directeur de votre maison viendra vous dire ce qu'il en est lorsque nous aurons discuté des mesures à prendre. En attendant, vos cours de l'après-midi sont annulés.
Elle soupira, des cours de plus à rattraper pour les examens et pleins d'appréhensions pour la nouvelle victime.
Elle suivit les préfets en chef, jusqu'à la salle commune. En entrant, elle s'installa sur un fauteuil et sortit un livre de son sac qu'elle se mit aussitôt à lire. Maureen soupira voyant qu'elle serait fermée à toute conversation jusqu'au retour de Slughorn et s'éloigna vers un groupe de filles particulièrement bavardes.
Un lourd silence s'abattit dans la salle lorsque le professeur Slughorn entra.
- A compter d'aujourd'hui, tous les élèves devront regagner leurs salles communes une fois le dernier cours de la journée terminé. Aucun élève ne devra quitter son dortoir sans que le directeur de maison ne l'ait autorisé. A la fin de chaque cours, un professeur vous accompagnera dans la classe suivante. Tous les entrainements de Quidditch sont reportés à une date ultérieure, mais les matchs restent fixés pour le moment. Les préfets sont soumis aux mêmes règles et leurs rondes sont annulées.
Les élèves de Serpentard étaient tous rassemblés autour de lui et l'écoutaient en silence, alors que quelques mois plus tôt certains se seraient encore permis de râler pour que les entrainements soient conservés. Il roula le parchemin qu'il venait de lire et reprit, bouleversé.
- Je demande à tous ceux qui pourraient avoir des renseignements à fournir concernant ces agressions de venir en parler, à moi ou un quelconque professeur, sans délai.
