Chapitre 7 : Rosalie Hale

Les jours passaient dans la joie de nos retrouvailles. Je me sentais tout neuf dans ce corps qu'enfin j'acceptais malgré une amertume permanente. Cette sensation désagréable qui resterait en moi et ce éternellement. Nous étions contre nature et cela me bloquait dans mon bonheur naissant. Nous serions de toute façon damnés au final alors au temps profité de ces moments et de les vivre entourer de mes êtres chers.

La vie à Rochester était plutôt paisible et je m'y sentais bien. Esmé restait à mes côtés et je jouais la plupart du temps au piano pour égailler ses journées. Le reste du temps je le passais à lire, à chasser mais surtout à parler avec mes parents. Je chassais majoritairement du puma, j'avais trouvé en cette proie mon met favori.

Nous étions en octobre 1932, la neige avait commencé à tomber et la forêt paraissait bien plus tranquille, elle était comme endormie. Le sol blanchit faisait penser à un nuage, je m'y allongeai souvent et je regardai les flocons tombaient du ciel souvent noir ces temps-ci. J'aimais voir ces étoiles de glace au dessin si particulier voleter et se parsemer, on pourrait croire à de la magie tant c'était un spectacle magnifique. Trop souvent durant notre vie humaine, nous ne prenons pas le temps de contempler les merveilles de la nature, nous les prenons comme acquise ou comme banale.

Un soir, Carlisle nous avait informés d'une soirée mondaine où nous étions tout les trois conviés. Mes yeux étaient redevenus ocre, mon apparence était bien moins effrayante qu'à mon retour. Quand je repensais à ces années, des frissons me parcouraient le corps et je ne ressentais plus que du dégoût pour ma personne. J'en parlais automatiquement à Esmé et elle trouvait automatiquement les mots qui apaisaient mon cœur. J'étais en train de me préparer pour cette soirée, je n'avais pas le cœur à me mélanger avec les humains mais je me devais de prendre sur moi pour mes parents.

Nous partîmes tous ensemble dès que Carlisle eut fini se s'habiller alors qu'il rentrait de l'hôpital. Nous arrivâmes devant la demeure des Hale, Carlisle nous en avait déjà parlé. C'était une famille bourgeoise qui ne pensait qu'à leur petite personne. Pour avoir une meilleure place dans son entreprise le père allait marier sa fille Rosalie au chef du directeur. C'était d'un pathétique affligeant, cette jeune fille ne connaitrait peut-être jamais l'amour mais cela il n'en avait que faire, tant qu'il avait ce qu'il voulait. Ils habitaient dans une maison coquette où la décoration était telle qu'on aurait pu se croire dans un cirque, tout était fait de telle sorte que les étrangers à cette demeure envient la richesse de cette famille. Par les temps qui courent avec la Grande Dépression, cette ambiance était mal venue et je me sentais pas à ma place, je revis l'image de la fillette de New-York aidant son père à vendre ses journaux. Nous entrâmes dans le salon, l'odeur de sang envahissait tout l'espace avec les odeurs d'alcool et de cigares. Le venin venait automatiquement à flot dans ma bouche, mes muscles se tendaient, mes yeux étaient plus sauvages et c'est une pression compatissante d'Esmé qui me sortit de cet état bestial.

Nous avançâmes dans l'assistance, les humains nous dévisageaient avec envie et plus particulièrement les femmes. Leur tenues extravagantes pouvaient donner le mal de tête, tout était si coloré, on pouvait croire à un mauvais défilé de mode, le thème étant m'as-tu vu ? Elles jalousaient Esmé de sa beauté et d'avoir un mari tel que Carlisle, doux, affectueux et surtout beau comme un dieu. Elles regardaient avec gourmandise mon père et moi, ce qui me répugna au plus haut point. Comment pouvaient-elles s'imaginer que mon mentor puisse tromper sa femme pour elles ? le pire était le regard qu'elles me lançaient, s'en était blessant pour leurs maris mais apparemment ils n'y prêtèrent pas attention. J'étais comme une proie pour elles et elles avaient leurs dents qui s'allongeaient tant elles me désiraient. Comme si l'une d'elles pouvaient m'intéresser. Les seules pensées qui se tramaient dans leurs esprits était l'argent et le sexe mais l'argent prédominé l'ensemble, flippant.

Nous fûmes accueillis par notre hôte et il nous présenta à ses collègues. Tous étaient des hommes bien trop sûr d'eux et qui étaient fiers de leur fortune alors que tant mourraient de faim, ils étaient pédants et se pavanaient. Si j'avais été à leur place, j'aurai été couvert de honte, comment vivre avec tant de morts sur leur conscience, ils n'étaient pas mieux que tous les malfrats que j'avais tués ces dernières années. Puis ce fut au tour du directeur et de son fils, les King, c'étaient les personnes les plus hautaines que j'avais rencontré, sûrs d'eux avec une arrogance hors du commun. Leur physique n'était pas ingrat et il jouait de leur charme et de leur argent pour faire ce dont ils voulaient de leurs proches. Le fils en particulier aimait les plaisirs charnels et il attendait avec impatience sa nuit de noces pour montrer à sa fiancée quels étaient les délices sexuels et ses goûts. Elle devra être une femme obéissante et soumise, elle ne devra avoir aucune personnalité et ne devra jamais parler ou le contredire. Je plaignais à ce moment même sa fiancée, quel homme pouvait museler ainsi une femme, il n'est pas digne d'être aimé. Les yeux de ce chien s'illuminèrent lorsqu'il vit sa bien aimée arriver.

Rosalie Hale était plutôt belle et elle le savait beaucoup trop. Elle ne désirait que le regard des hommes et rien d'autre. Elle se satisfaisait de sa situation et n'aurait pas voulu vivre autrement. Elle s'imaginait amoureuse de ce Royce, elle n'imaginait pas à quel point elle allait être malheureuse. Elle avait de longs cheveux blonds qui étaient noués sur sa nuque délicate, de grands yeux bleus et une frimousse à damner un homme. Tous les hommes se retournaient devant elle et elle en riait intérieurement. Pathétique. Mes parents la regardèrent entrer et moi je regardais par la fenêtre par ennui. Elle était belle mais ce n'était pas du tout mon genre physiquement mais surtout intellectuellement. Elle avait beau être cultivée, elle préférait les joies matérielles plutôt le véritable goût de la vie. Elle était vraiment cupide et ses pensées ne valaient pas mieux que celles des autres femmes de la pièce.

« Alors ce sont donc eux la famille du docteur Cullen ? Hum, la femme est vraiment très belle mais vu comme elle me regarde c'est que je ne la laisse pas de marbre. Quand au garçon aux cheveux auburn, il ne me regarde même pas cet idiot, c'est bien le seul homme d'ailleurs, il est étrange. Je suis certaine que je ne laisse pas indifférente… même le docteur me regarde. Que la vie est belle ! Et mon fiancé qui me regarde comme si j'étais un soleil. »

Si elle savait toutes les pensées de son bien aimé, elle serait bien déçue. Il ne pensait qu'aux cochonneries qu'il pourrait faire de son corps, il ne pensait aucunement au bien-être de sa future femme. Il ne la comblait que pour arriver à ses fins, quel porc ! C'était indigne d'un homme s'il en était vraiment un, ce que je doutais en écoutant ses pensées.

« Quel chanceux je suis ! Je vais avoir la plus délicieuse créature dans mon lit et elle ne sera rien qu'à moi… elle a de très belles jambes et je ne parle même pas de sa poitrine bien ronde. Hum, un vrai régal. Pourquoi attendre le mariage, elle pourrait très bien me combler avant nos sacrements et puis elle n'a pas l'air si farouche… je devrais en profiter… mon petit Royce, tu es vraiment un veinard… »

Un flot de venin vint immédiatement dans ma bouche en réaction à ces pensées malsaines. C'était devenu un reflexe depuis que je n'avais chassé que des démons. Je sentais que malheureusement cette jeune fille allait regretter toute sa vie le choix de ses parents même si elle était pour l'instant en parfait accord avec eux. Bien qu'elle ne pense qu'à son bien-être et qu'elle riait du malheur des autres, Rosalie Hale devait être au fond une personne bonne. J'éprouvais de la compassion pour elle et peut-être même avais-je pitié d'elle ? Mais qu'en avais-je vraiment à faire, elle n'était qu'une humaine dont le flot de pensées n'avait pour sujet qu'une personne, sa propre personne. Elle était un être égoïste et elle ne faisait que de se plaindre, elle voulait toujours plus et elle jalousait les autres. Alors pourquoi ces sentiments à son égard ? Peut-être parce que je me sentais concerner en entendant les pensées de son fiancé, qui soit disant ne cacher pas son indifférence pour sa future femme. Il en était pathétique, plus il était à son contact et plus ses pensées devenaient salaces. Sur ce je préférais sortir tant je ne pouvais être au contact de ces humains qui ne faisaient que de se pavaner.

Dehors la neige continuait à tomber, les nuages épais cachaient le ciel étoilé. Je respirai à plein poumons pour oublier toutes les futilités qui encombraient ces bas esprits. J'entendis les pas de ma mère derrière moi et je me tournai pour lui faire face.

« Tu ne semble pas bien mon fils… Tu es sûr que tu vas bien ? Ce n'est pas trop dur pour toi le contact des humains ?

- Non, pas du tout. La tentation du sang est supportable sinon je serai déjà parti depuis longtemps. Ce qui me gêne, ce sont toutes les âmes malsaines qui peuplent cette demeure…

- leurs pensées sont si affreuses que ce que tu dis ?

- plus que tu l'imagines… », Soufflais-je.

Elle grimaça même comme cela ma mère était bien plus belle que ces femmes qui l'enviaient à l'intérieur et qui étaient ridicules dans leurs robes bigarrées. Elle interrompit ma réflexion.

« Et nous concernant, quels sont leurs mots ?

- Que nous étions bien trop beaux, les femmes veulent nous avoir dans leur lit Carlisle et moi. Quant aux hommes, ils ont une imagination plus que débordante et malsaine te concernant. Rien de très original…

- en effet, rien de très original. Tu nous tiens au courant si quelqu'un a des hypothèses sur notre nature… »

Je lui souris et hochai la tête. Elle me fit un baiser sur le front.

« Et bien je retourne vers les véritables monstres et faire semblant de m'amuser. Ne sois pas trop long et viens nous rejoindre… »

J'hochais une nouvelle fois la tête et me retournai pour laisser vagabonder une dernière fois mon esprit avant de retourner dans cette demeure male fréquentée. J'entendis des pas inconnus derrière mon dos, je ne savais depuis combien de temps ma mère m'avait quitté car je ne faisais que regarder la neige tomber. La personne se racla la gorge et je dus me résigner à me retourner.

C'était la cousine de Rosalie, elle portait un manteau en hermine blanche pour se donner de l'importance. Elle avait des cheveux blonds, courts et coiffaient en de longues anglaises. Elle portait pour cela des rajouts et elle rêvait d'être comme sa cousine, tout aussi belle et tout aussi riche. Pour cela elle pensait que je pourrais être son amant et lui offrir en cachette tous les cadeaux dont elle rêvait. Si ma condition me l'avait permis, ces pensées m'auraient retourné l'estomac.

« Bonsoir », commençai-je d'une voix glaciale. Autant cacher ma véritable voix.

« Bonsoir », me dit-elle de sa voix la plus aguicheuse, sachant qu'elle était fiancée. « Que faites-vous donc seul dans la nuit ? Puis-je vous accompagner ?

- je voulais prendre l'air simplement, l'air est suffoquant à l'intérieur… si cela ne vous gêne pas, je préfèrerai être seul…

- et si je restais à vos côtés, nous pourrions discuter… et peut-être plus », ajouta-t-elle tout bas, pour ne pas que je le l'entende si j'avais été un humain sentant.

« Veuillez m'excuser mais je tiens à ma solitude. Je ne veux pas vous froisser mais votre famille vous attend à l'intérieur et il n'est pas convenable qu'une jeune fille comme vous soit avec un étranger surtout à la veille de ses fiançailles… »

Elle partit de son plein gré et avec des pensées pas très sympathiques à mon égard. Je restais encore un moment dehors, je regardais encore les flocons voltigés, tout était si apaisant. Je sentais cependant les regards féminins qui me vrillaient dans mon dos et les pensées qui s'accompagnaient. Un regroupement d'humaines peu discret s'était formé devant la fenêtre dans le seul but de me voir, vraiment pathétique. Je revins dans la salle commune et je vis la décadence humaine, les invités avaient tous un peu trop bu, les femmes gloussèrent sur mon passage et les hommes avaient le regard qui brillait et le visage rougi. Ces derniers m'apostrophèrent :

« Alors mon cher, on regarde les flocons tomber, n'est-ce pas puéril ?

- Il croit peut-être pouvoir nous voler nos petites femmes mais il se trompe…

- Jouez-vous le romantique rien que pour séduire ? Ou faites vous l'enfant et le sensible pour briser leur cœur ? »

Je ne préférais pas leur répondre et passer mon chemin, je trouvais mes parents dans un petit salon à l'écart. Carlisle me tournait le dos et Esmé était assise sur un petit canapé, ils m'attendaient et voulaient partir loin de cette décadence.

« Pouvons-nous partir ?

-Nous n'attendions que toi… Nous ne voulions pas interrompre tes pensées et partir en te hâtant.

-J'aurai très bien pu les interrompre, la neige ne risque pas de cesser de tomber et il y en aura bien devant la maison. Désolé je n'ai pas été très présent ce soir…

-Nous en parlerons durant le retour et à la maison. Ne t'inquiète pas pour cela Edward. »

Nous prîmes congé de l'assemblée qui ne parut pas avoir remarqué notre légère absence et sortîmes en toute hâte pour nous éloigner de cette ambiance malsaine. Un serviteur nous amena notre voiture et au moment où j'allais entrer, la cousine ressortit :

« Vous partez déjà ? C'est bien dommage, vous auriez pu nous accompagner Rosalie et moi dans le petit salon avec nos amies, vous ne vous seriez point ennuyé », sourit-elle. Son regard brillant montrait son état d'ébriété.

« C'est très aimable à vous d'avoir pensé à ma compagnie mais je me vois dans l'obligation de refuser. Passer une bonne fin de soirée Mademoiselle. »

Je rentrai dans la voiture et alors que nous partions, je vis à la fenêtre une Rosalie Hale froide et dure. Elle n'aimait pas les effets de l'alcool et de voir sa cousine se soustraire à son éducation la mettait hors d'elle. Elle n'avait pas apprécié mon désintérêt pour sa propre personne et de savoir qu'une de ses proches m'avait soutiré quelques mots la déshonorait. Elle aurait dû être cette personne, n'était-elle pas la plus exquise ? Ses pensées n'étaient pas très aimables concernant notre famille, l'amour qui nous unissait. Elle ne connaissait pas cela avec sa propre famille même si sa mère était tendre avec elle. Elle jalousait notre beauté et notre réussite. Elle ne se rendait cependant pas compte de la chance qu'elle avait d'être humaine. Nous disparûmes de son champ de vision et elle retourna auprès de ses invités.

Durant tout le trajet qui nous séparer de notre demeure, je songeais à cette effroyable soirée. Jamais de ma vie comme de ma non-vie, j'avais vu une telle décadence. De savoir que c'était à cause d'êtres aussi mauvais que de pauvres personnes mourraient tous les jours de faim et de froid me rendait malade. Pourquoi me sentais-je concerné par les maux humains ? Je n'avais pas de réponses à cette question. Etait-ce de vieux instants qui remontaient ? Je ne pensais pas, ce devait être la souffrance qui m'entourait… J'essayais de me trouver une raison valable et dus y renoncer par manque de réponses, ce qui me mit de mauvaise humeur.

Mes parents furent silencieux tout du long mais ne pensait pas moins de cette nuit :

« Je ne pensais pas assister à une telle débauche. En moins de deux cents ans, je croyais avoir tout vu, tout lu sur la nature humaine. Je me suis lourdement trompé. Les nouveaux riches se comportent comme la pire « bassesse » italienne comme dirait Aro. Cela me donne encore plus foi en mon métier, je me dois d'aider ces âmes en peine… »

La compassion, la noblesse et la patience de Carlisle étaient immenses. J'étais fier de ses capacités à pardonner et de sa croyance en l'humain.

« Ces pauvres gens, les voir aussi vulnérables me touche. Et tous ces mariages d'argent, ces jeunes filles ne connaitront jamais cet amour que je partage avec Carlisle. Cela me rend tellement triste pour elles… »

J'aurai voulu montrer mon soutien à ma mère mais l'espace de la voiture ne me le permettait pas. Nous étions arrivés et tout nous parut calme et reposant. Je me sentis mieux mais une colère intérieure faisait encore rage en moi à cause de mon intérêt pour les vies humaines. Je préférai aller chasser, laisser libre cours à mon côté sauvage, je ne voulais faire vivre cela à ma famille. Quand ils surent mes intentions, ils me suivirent afin d'évacuer leur propre tension.

Des mois passèrent, l'hiver était presque terminé, une fine couche de neige recouvrait encore le sol mais pas assez pour résister aux premiers jours du printemps. Nous n'avions jamais parlé de la soirée chez les Hale, ce souvenir étant encore trop présent dans nos esprits et notre malaise était encore réel. Le mariage de Rosalie était prévu dans les prochains jours, je ne savais pas vraiment la date du fait de mon peu d'intérêt pour la vie humaine.

J'avais décidé de ne plus être sensible au monde humain, je ne lirai leurs esprits que pour surveiller leur avis sur notre nature et leur questionnement, je ne pouvais me laisser aller à leur contact et ressentir de la compassion. Je n'avais pas la personnalité de mes parents pour cela, ni leur patience et leur dévouement.

Toute la ville de Rochester ne parlait que du prochain évènement, de cette alliance entre les Hale et les King, ce qui ne faisait point baisser l'orgueil et l'arrogance des concernés.

Un soir alors que Carlisle n'était pas encore rentré, je m'étais mis à courir dans les bois pour libérer toutes mes émotions que j'accumulais, j'avais beau me confier à ma mère, j'avais ce besoin irrépressible de courir. Je sentis alors une odeur de sang humain et avec elle celle de mon mentor, mon incompréhension était totale, il me fallait rentrer pour avoir des explications. Je courus le plus vite possible, je fonçais tel un boulet de canon, les animaux se turent sur mon passage, je me souciai même plus du doux son de leur cœur qui battait tant j'étais pressé.

Quand j'arrivai devant la maison, Esmé m'attendait sur le pas de la porte et me sourit quand j'arrivai.

« Ne rentre pas, elle a perdu beaucoup de sang et tous deux nous ne sommes pas assez résistants pour rester de glace… Il l'a mordu mais sa robe est toute tâchée, j'ai senti ma faiblesse, c'est pour cela que je t'ai attendu dehors…

-Quand tu dis « elle » tu parles de qui ? Qui Carlisle est en train de transformer ?

-Rosalie Hale, me dit-elle dans un souffle en baissant les yeux.

J'étais en colère, pourquoi Carlisle avait-il mordu la femme dont l'union était la plus attendue ? je rentrai et préférai ne plus respirer du fait de l'explication de ma mère, si elle avait eu du mal à résister, je préférai ne pas être tenté. J'entendis mon père s'affairait à allonger la jeune femme, je montai rapidement les marches et me précipitai à l'entrée de son bureau, il m'invita d'abord à entrer car il m'avait entendu entrer en furie dans la maison.

« Tu veux des explications, n'est-ce pas ?

-Oui et j'espère que tu en as des bonnes… Rosalie Hale, tu sais très bien que toute la ville va être à sa recherche… Tu aurais pu choisir une autre personne…

-Laisse moi te montrer comment c'est déroulé notre rencontre d'abord…

-Dis plutôt car j'aimerai être également au courant », intervint Esmé.

Je n'eus pas besoin des explications de mon père car malgré sa souffrance Rosalie se remémorait les évènements qui l'avaient amené à se faire mordre. Je ressentais ce froid, cette douleur, cette honte, tant de sentiments et de sensations. Les dernières heures de cette humaine ne furent pas des plus heureuses.

Elle était allée chez une de ces anciennes amies et avait passé une journée en agréable compagnie, notamment avec le fils dénommé Rémy de cette dernière. Elle jalousait cette famille et rêvait de celle qu'elle aurait avec son Royce et qu'elle se venterait devant toute la ville du bonheur qu'elle vivait. Elle était restée dîner chez ces personnes simples et avait éconduit le souhait du mari de la raccompagner. Il faisait encore froid, la neige recouvrait encore un peu le sol. Elle arrivait près de chez elle quand elle vit cet attroupement d'hommes dans lequel se trouvait son cher et tendre. Quand elle entendit sa voix, elle avait tout de suite su qu'il avait bu et même de trop. Il était accompagné d'amis à lui dont un homme sudiste dont l'accent traînant l'avait marqué. Royce l'avait montré à ses messieurs et pour la faire mieux apprécier, il lui avait fait un tour sur elle-même. Elle fut blessée par ces attentions, elle n'aimait pas quand les hommes buvaient trop et c'était la première fois qu'elle voyait son bien aimé dans cet état. Les hommes quand à eux avaient bien apprécié le spectacle et en avait demandé plus. Tout devint flou dans son esprit, les évènements s'embrouillèrent et seule une douleur dans son bas ventre subsistait.

Elle avait reçu plusieurs coups et avait été violée à maintes reprises. Dans ses brèves tentatives d'évasion et ses tentatives de défense pour protéger sa virginité, ils l'avaient frappée durement et plus que de raison, l'alcool aidant pour beaucoup. Lorsque son calvaire se fut arrêté, le froid l'empara, elle avait cru que c'était la mort qui l'emportait, tout était flou autour d'elle. Elle se souvint alors de l'arrivée de mon père, elle avait été en colère sur le coup mais il était l'aide dont elle avait espéré mais elle pensait qu'il était bien trop tard pour elle. Elle se souvint de s'être évanouie un instant et d'avoir ressenti à son réveil une douleur comme elle n'en avait jamais connu. Même la souffrance qu'elle avait ressentie lors de son viol répété n'était rien à côté. Elle aurait préféré mourir cent fois dans cette rue plutôt que de souffrir de la sorte. C'était comme des milliers de flammes qui léchaient son corps et qui l'emportait dans les feux de l'enfer.

Je sentais dans son esprit le combat qu'elle menait pour ne pas crier car lorsqu'elle avait crié, sa douleur s'était amplifiée et elle ne voulait pas que ça recommence. Je secouai la tête pour reprendre mes esprits et quittai celles de la jeune femme torturée. Carlisle expliquait comment il l'avait trouvé, je n'avais pas besoin de savoir ma version mais je le laissai continuer son récit à ma mère. Lorsqu'il eut fini je repris la parole.

« Qu'allons nous faire maintenant, tu sais que toute la ville sera à sa recherche. C'était Rosalie Hale, Carlisle… »

Mon père soupira, j'entendis les pensées de la personne concernée et elle prenait très mal la façon dont j'avais dit son nom. Même en pleine torture, elle gardait son mordant et se trouvait au dessus des autres, ça promettait pour les années à venir si je devais supporter sa présence.

« Si tu avais vu ce gâchis qu'aurais-tu fait à ma place ?

-je ne crois pas que je l'aurai transformé. Je ne pense pas qu'elle soit faite pour notre vie. Elle aurait du avoir le choix.

-il était bien trop tard pour elle, elle succombait de ses blessures, je ne pouvais pas la laisser partir, un tel gâchis…

-je sais Carlisle, je sais »

Ce fut tout ce que je pus dire, ma mère durant toute notre discussion avait gardé le silence mais elle était de tout cœur avec son mari et aurait fait la même chose. Elle réconforta mon mentor en lui montrant son soutien. Je vis alors les pensées de Carlisle, il pensait qu'il avait peut-être sauvé ma moitié et que qui sait, Rosalie Hale serait peut-être mon Esmé. Il m'expliqua dans ses pensées pourquoi il en était arrivé à ses conclusions. Le fait qu'elle ne cessait pas de me regarder du coin de l'œil durant toute la soirée, le fait que je l'ignorais et qu'en partant nous avions échangé un regard, tout cela lui avait fait penser à un amour probable entre moi et cette jeune femme.

Je ne préférai pas me disputer avec mon père en cet instant, je préférai m'éclipser le temps de la transformation et le laisser s'occuper du tout nouveau membre de la famille et de lui expliquer. Je sortis de la pièce avec ma mère, nous lui laissâmes de l'espace pour lui annoncer sa nouvelle condition.