Après la cérémonie de bienvenue, chacun avait regagné ses appartements. L'escorte de Lulah, à l'exception de son frère Gymir, avait été logée dans les casernements, avec les soldats de la cité. Fili de son côté put enfin retrouver ses proches en privé, exception faite de Kiriel qui, lasse d'attendre, s'était endormie. Le jeune guerrier fut un peu désappointé de penser qu'il ne la verrait sans doute plus, à présent, avant le lendemain, car tous devaient se préparer pour le dîner du soir, un dîner officiel avec toute la cour, destiné à présenter Lulah à tous les nobles d'Erebor.
- Dans cinq jours, dit Thorin à Fili, je dois me rendre dans la Forêt Noire. Bard viendra aussi. Nous avons un concile avec les elfes, que je ne peux absolument pas repousser. Il y a des questions importantes à discuter et j'aimerais que tu viennes avec moi.
Devant l'expression résignée de son neveu, il ajouta, conciliant :
- Je sais que tu arrives à peine, Fili, mais cette réunion est extrêmement importante et je pense que tu devrais être présent.
- Très bien, mon oncle, soupira le jeune nain. Serons-nous longtemps absents ?
- Deux ou trois jours je pense, pas davantage. Thranduil envoie ses nefs d'apparat pour nous faire traverser le lac. Kili et ta mère, sans oublier Tauriel, s'occuperont de ta fiancée pendant ce temps-là.
Fili opina, l'esprit ailleurs, puis réintégra avec plaisir ses appartements pour prendre un bain et se préparer pour le dîner. Il songea que d'ici peu, il partagerait les lieux avec celle qui serait alors sa femme... cette pensée lui fit prendre pleinement conscience que sa vie était sur le point de changer de manière irrévocable. Puis il pensa à ce qu'avait dit Thorin et se renfrogna. Peste soit des elfes et de leur concile ! Il aurait bien aimé pouvoir se délasser quelques temps et profiter de ses proches enfin retrouvés... hélas, il savait bien qu'il n'avait pas le choix et que ses obligations ne feraient que croître au fil des années à venir. Les relations entre Erebor et la Forêt Noire avaient été très longtemps tendues, en raison du mariage de Kili avec une elfe, d'abord, ensuite de la tentative d'enlèvement dont Tauriel avait été victime et qui avait eu pour effet qu'un nain soit très gravement blessé *. Pourtant, au fil du temps, Thranduil et Thorin avaient fait quelques efforts l'un et l'autre, pour le bien commun de leurs deux peuples. Bard, maître de la ville de Dale, n'était pas étranger à l'entente fragile qui régnait à présent entre les deux puissants souverains qui étaient ses voisins ; il avait beaucoup discuté et négocié pour permettre au Roi sous la Montagne et au Roi sous la Forêt d'arriver à quelques accords sans pour autant froisser leur fierté respective. La diplomatie de Balin avait fait le reste.
Fili soupira à nouveau, plongea la tête dans l'eau et ressortit en s'ébrouant comme un chien. Ses cheveux allaient mettre des heures à sécher mais il s'en moquait, il était trop content de pouvoir se débarrasser de la poussière de la route.
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Comme toujours, Fili et Kili trouvèrent le dîner interminable. Ils avaient tous deux horreur de ces soirées "officielles". Par ailleurs, Kili était contrarié : sa fille avait fait une scène terrible lorsqu'elle s'était éveillée et que ses parents lui avaient dit qu'elle ne pouvait toujours pas voir son oncle, qui était en train de se préparer. Eux aussi d'ailleurs, avaient-ils ajouté, et elle se devait d'attendre le lendemain. Kiriel n'avait pas l'habitude qu'on lui refuse quoi que ce soit et elle avait fait une telle comédie que Kili avait fini par s'emporter contre elle, ce qui ne lui était encore quasiment jamais arrivé. On avait du entendre ses éclats de voix dans toute l'aile royale, mais ce n'était pas cela qui le préoccupait. Il savait que sa fille pleurerait durant des heures ce soir-là avant de s'endormir et, la colère passée, il en était chagriné. Il revoyait le petit visage ulcéré, pour ne pas dire choqué, lorsqu'il avait ordonné à la fillette de retourner dans sa chambre et de ne plus en sortir avant d'être calmée. Kiriel n'avait que très rarement été punie dans toute sa courte vie et Kili se rendait compte qu'il détestait faire preuve de sévérité envers elle. Même si en l'occurrence il y avait bien été forcé. Devinant ses pensées, Tauriel assise à ses côtés lui serra discrètement le bras pour le rasséréner et il lui sourit avant de laisser à nouveau errer un regard vague sur l'assemblée, essayant de donner le change et de faire semblant de s'intéresser aux conversations.
Heureusement, l'attention générale était focalisée sur Lulah et Fili, assis eux aussi côte à côte. Kili plaignit mentalement son frère, sachant combien celui-ci détestait tout ce décorum, et lui aussi pensa que pour le prince héritier, futur roi d'Erebor, tout cela ne faisait que commencer.
- Je suis bien content de n'être que le cadet, pensa-t-il. Même si ça m'embête pour Fili, qu'il ait à supporter tout ça.
Il se promit de passer du temps avec son frère enfin revenu et de tout faire pour le distraire de la charge qui peu à peu commençait à peser sur lui. Puis, la pensée lui vint que désormais Fili allait être beaucoup, beaucoup moins disponible, entre ses diverses obligations et sa future femme. Cette réflexion l'amena à se demander si son frère aîné avait souffert de son propre mariage avec Tauriel, en ce sens qu'il avait dès lors était obligé de partager son petit frère avec quelqu'un d'autre et d'accepter qu'un couple a besoin de se retrouver souvent seul.
- C'est drôle, pensa encore Kili. Je n'avais jamais pensé à ça. Ça va me faire vraiment bizarre, maintenant que Fili a quelqu'un.
Il regarda Lulah. Fili et elle étaient assis en face de Tauriel et lui, tout près de Thorin qui occupait seul le bout de la longue table puisqu'Erebor n'avait pas de reine. Dis occupait la première place sur le côté, ensuite son fils aîné et sa fiancée, en face Kili, le prince cadet, ainsi que son épouse. Tout cela répondait à une étiquette précise et les deux princes regrettaient toujours le temps insouciant où ils festoyaient avec leurs amis, chacun s'asseyant où bon lui semblait, où chacun riait et racontait ce qu'il voulait. Ah oui, c'était le bon temps.
Lulah paraissait très à son aise, nota Kili. Elle trônait, littéralement, gracieuse et distinguée, répondant avec élégance lorsqu'on lui adressait la parole, ses bijoux scintillant de mille feux dans la lumière. Elle était décidément très belle. Pourtant, plus il la regardait et plus Kili commençait à éprouver un léger sentiment de malaise. Il ne savait pas trop pourquoi mais il avait l'impression qu'il n'allait pas très bien s'entendre avec elle.
- Allons ! se morigéna-t-il mentalement. C'est idiot de dire ça. Je ne la connais pas et si elle plaît à Fili... ce n'est pas le cadre idéal pour voir qui elle est vraiment. En plus, elle arrive à peine, elle ne connaît personne, elle doit être un peu tendue.
Il se fit ensuite la réflexion que de telles cérémonies, dîners, présentations officielles etc, n'avaient jamais eu lieu pour Tauriel. A l'époque, son épouse elfique était presque une honte pour Erebor. Thorin avait autorisé leur mariage mais Kili n'avait pas oublié son regard assassin ce jour-là. Un mariage qui avait eu lieu dans la plus stricte intimité. Nul doute que celui de Fili serait un très, très grand mariage, auquel seraient conviés tous les seigneurs nains, Bard de Dale et même Thranduil. Kili n'en éprouvait aucune jalousie, il bâilla même discrètement d'ennui en pensant que ce serait affreusement solennel et ennuyeux. Du même coup, pensa-t-il, ce mariage ne pourrait pas avoir lieu de si tôt. Il allait falloir inviter tous ces gens, attendre leur réponse, puis leur laisser le temps de venir. Il y en avait pour des semaines et des semaines. Enfin, ça c'était l'affaire de Thorin et Balin, pas la sienne. Encore une fois, Kili se réjouit de penser qu'il avait pour sa part échappé à tout cela. En revanche, il fronça soudain les sourcils en remarquant le regard dégoûté que Lulah portait discrètement sur l'assiette de Tauriel. Cette dernière avait fait d'immenses efforts, au fil des années, pour s'intégrer au peuple des nains et vivre selon leurs coutumes mais, malgré toute sa bonne volonté, elle n'avait jamais pu se résoudre à consommer de la viande. Pendant longtemps elle s'était débrouillée seule pour se procurer une nourriture acceptable par une elfe, allant jusqu'à la cuisiner elle-même, bien qu'elle prenne ses repas avec sa nouvelle famille, de peur de s'attirer l'inimitié des cuisiniers d'Erebor. Mais tout cela appartenait au passé et ses menus végétariens étaient à présent entrés dans les mœurs de la cité naine. Ce soir-là, elle dégustait un potage aux herbes qui serait suivi de rouleaux de légumes frits. Elle ne vit pas le regard de Lulah car elle discutait avec son voisin de table, mais Kili le vit et cela ne lui plut guère, car cela réveillait en lui le souvenir très pénible des débuts de son mariage, lorsque son épouse et lui-même étaient traités en parias par presque tous les nains d'Erebor.
Encore une fois, Kili chassa ces pensées de son esprit. La scène qui avait eu lieu avec sa fille avant le dîner l'avait mis de mauvaise humeur, il ne devait pas pour autant tout prendre en mal, se dit-il sévèrement. Lulah était la fiancée de Fili, alors il était bien décidé à la trouver parfaite, sans se laisser influencer par de vieux souvenirs poussiéreux. Comme il était occupé à se faire des remontrances à lui-même, il ne vit pas l'expression méprisante qui passa, très rapidement, sur le visage de sa future belle-sœur lorsque ses yeux pâles glissèrent sur lui. Il est vrai que ce fut très bref et que la belle se recomposa aussitôt un visage avenant et un sourire de circonstance.
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Thorin et sa sœur Dis s'étaient retrouvés au coin du feu pour bavarder, comme cela leur arrivait encore quand le Rois sous la Montagne avait une soirée libre, renouant ainsi avec les habitudes prises durant les décennies passées dans les Montagnes Bleues. Passer une soirée avec sa sœur avait le don de détendre Thorin, de le relaxer.
- Eh bien voilà, soupira-t-il en étendant ses jambes devant le feu. Fili a fini par trouver. Que penses-tu de sa fiancée ?
- Elle a manifestement l'étoffe d'une reine.
Dis marqua une pause en enfilant son aiguille et poursuivit :
- Elle sera certainement parfaite, lorsque le temps sera venu. Elle a la morgue et la prestance nécessaires.
Thorin, qui connaissait sa petite sœur par cœur, leva un sourcil : le ton dont elle avait prononcé ces mots laissait présager qu'elle ne livrait pas toute sa pensée.
- Mais ? fit-il.
- ... mais je ne sais pas encore si elle rendra Fili heureux.
Dis prenait toujours son temps pour se faire une opinion sur les gens.
- Au moins c'est une naine, fit encore Thorin, qui paraissait pourtant légèrement soucieux.
- Oh, toi ! bougonna la princesse. Parfois je me dis que tu aurais bien mérité que Fili s'éprenne d'une fille d'une autre race, comme son frère. Rien que pour voir la tête que tu aurais fait. Une jolie petite hobbite aux pieds velus, par exemple. Hein ? Qu'est-ce que tu dirais de ça ?
- Je n'ai rien contre les hobbits, répondit Thorin d'un ton léger. Il y en a même un pour lequel j'éprouve beaucoup d'estime et d'affection -ça me fait penser que je devrais lui écrire, il y a longtemps qu'il n'a pas donné de ses nouvelles. J'irais jusqu'à dire qu'il y a sept ans, j'aurais sans doute préféré que Kili s'éprenne d'une hobbite plutôt que d'une elfe. Et ne me fais pas ces yeux furieux, ajouta-t-il. Je t'assure que j'apprécie sincèrement Tauriel. Mais je mentirais en prétendant que ça a toujours été le cas. Cela étant, elfe, hobbite ou autre, la situation serait exactement la même aujourd'hui et cela ne changerait strictement rien concernant Fili. Aucun sang-mêlé ne pourra jamais hériter du trône d'Erebor, quelle que soit son ascendance. Tu le sais aussi bien que moi. Si Fili s'était entiché d'une fille d'une autre race, comme tu dis, en aucun cas il n'aurait pu l'épouser. J'ai cédé pour Kili, je n'aurais pas pu pour son frère aîné. Je n'aurais tout simplement pas pu. Cela m'aurait crevé le cœur de le faire souffrir mais j'aurais dû m'y opposer catégoriquement et faire en sorte d'éloigner la fille en question, très, très loin de lui. Alors je ne sais pas si je le mériterais, mais lui certainement pas. Il ne mérite pas d'être aussi malheureux.
- Soit, admit Dis. Pour une fois tu as raison.
- Pour une fois ? fit semblant de s'offusquer le roi.
Elle lui jeta un coup d'œil malicieux et ils rirent tous les deux.
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Kili et Tauriel, eux aussi, tout en se préparant à aller se coucher discutaient de la nouvelle venue. Elle était et serait sans doute pour quelques temps encore l'unique sujet de conversation des nains d'Erebor.
- Je suis content que ce dîner soit terminé, grognait Kili en se déshabillant. Thorin m'a dit qu'il prévoyait une autre cérémonie, d'ici quelques jours, avec cette fois tous les nains de la cité, pour présenter Lulah. Et ensuite, le mariage... enfin, je ne sais pas quand. J'aimerais que tout cela soit déjà derrière.
Tauriel surgit silencieusement dans la chambre. Elle venait d'aller vérifier que sa fille dormait paisiblement mais son ouïe acérée avait perçu les paroles prononcées par son mari.
- Je trouve tout cela pesant également, admit-elle. Mais voilà, on ne peut pas faire autrement. Ah là la, ajouta-t-elle sur un ton moqueur, mais qu'est-ce qui m'a pris d'épouser non seulement un nain mais encore un prince d'Erebor !
- C'est la fatalité, ma pauvre, grommela l'intéressé. Tu l'as trouvée comment, cette Dame Lulah ?
Tauriel suspendit ses gestes un bref instant, réfléchissant à la question. Ou plutôt à la réponse.
- Je pense, dit-elle enfin, lentement, qu'elle correspond tout à fait à ce que ton oncle espérait. Et Fili et elle font un couple assorti.
- Mouais... je veux dire : oui, ça sûrement. De toute façon, nous ne l'avons pas vue suffisamment longtemps pour savoir vraiment qui elle est, n'est-ce pas ? Elle doit avoir beaucoup de qualités, si elle a su plaire à Fili.
- Sans doute, murmura Tauriel sans insister.
Pourtant, un très long moment plus tard, tandis que Kili s'endormait à ses côtés elle demeura longtemps songeuse, les yeux grands ouverts dans le noir. Lulah la détestait déjà et ne changerait jamais d'avis, Tauriel en avait la certitude. Ce serait sans doute assez pénible à vivre, mais ce qu'elle craignait surtout, c'était que la nouvelle venue ne prenne la tête de la faction des "anti-elfes" d'Erebor. Elle comptait encore nombre d'ennemis ici, cela non plus ne changerait jamais. Jusqu'à présent, la volonté de Thorin prévalait et faisait taire les mécontents. Mais si Lulah était suffisamment adroite et déterminée, elle pouvait lui causer pas mal de soucis, car si un trop grand nombre de nains à Erebor commençait vraiment à se plaindre de sa présence, cela placerait le roi dans une situation inconfortable, sinon pénible. Tauriel ne doutait plus du soutien de son "oncle par alliance", ainsi qu'il le disait lui-même, et le connaissait assez pour savoir qu'il ne se laisserait influencer par personne. N'empêche que tout cela pourrait très bien créer des dissensions difficiles à Erebor. La jeune elfe savait également que la sympathie de Fili lui était acquise. Pourtant, comment réagirait-il s'il devait trancher entre sa belle-sœur et son épouse ? Oui décidément, la venue de Lulah, fiancée et bientôt épouse du prince héritier, changeait à nouveau totalement l'équilibre des forces en présence.
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Fili lui aussi soupira de soulagement en réintégrant ses appartements. Il était heureux de se retrouver enfin seul et de pouvoir se détendre durant quelques heures. Le voyage de retour avait été insupportablement long, car il avait fallu aller au pas d'escargot de la litière qui emportait Lulah vers son nouveau foyer. Le prince aurait bien aimé avoir un peu plus de temps pour retrouver ses amis en privé, mais ils étaient arrivés tard et il avait fallu ensuite se préparer pour le dîner, qui lui-même s'était éternisé.
Le garçon se dévêtit et se laissa tomber sur son lit sur lequel il s'étira voluptueusement. Les nains ont beau être grégaires, Fili ce soir appréciait sa solitude. Il en avait besoin pour... pour se retrouver, peut-être ? Il éprouvait la sensation déplaisante de ne pas avoir pu être lui-même un seul instant depuis des semaines. C'était d'ailleurs absurde, car il n'avait rien changé à sa manière d'être. Non, vraiment rien. N'empêche que le malaise persistait. Sans doute parce que sa vie avait commencé à changer de manière radicale. C'était certainement cela qui lui causait ce sentiment. Il était fiancé, bientôt il serait marié et plus rien ne serait plus jamais pareil.
- Ça doit me rendre plus nerveux que je n'en ai l'impression, pensa-t-il.
Pourtant, quel soulagement de penser que sa "quête" avait enfin abouti, et quelle joie d'être enfin de retour à Erebor ! La chance avait finalement daigné lui sourire, alors qu'il avait perdu tout espoir. Lulah était la fille d'un marchand nain à la fortune considérable, qui occupait de ce fait une position importante au sein de son clan. Comme toujours, son rang avait valu à Fili un accueil poli, sinon cordial. Comme toujours, il y avait eu des dîners officiels et des discussions ennuyeuses. Et comme toujours, il avait essayé de repérer les naines célibataires. Pourtant, c'était presque par hasard qu'il avait rencontré Lulah alors qu'il pensait à repartir, bredouille une fois de plus. C'est que la belle naine ne se montrait pas volontiers en public. Elle avait confié à Fili qu'elle n'appréciait guère les repas qui s'éternisaient (ce en quoi d'ailleurs il était tout à fait d'accord avec elle), parce que les nains sont ainsi faits qu'ils ne peuvent pas manger sans vider force chopes de bière et que plus les repas sont longs plus le nombre de ceux dont le cerveau est envahi par les brumes de l'alcool augmente.
- Et cela les rend incroyablement bêtes, avait conclu Lulah. Je ne supporte pas les gens ivres.
Comme Fili, même s'il aimait la bière, comme n'importe quel nain qui se respecte, et même s'il aimait boire un verre avec ses amis, n'avait cependant pas tellement d'affection pour les ivrognes, cela ne l'avait nullement choqué.
Lulah était toujours vêtue de manière très élégante, mais elle n'y faisait jamais allusion, cela semblait faire partie d'elle-même et Fili était soulagé de ne pas être submergé sous des déluges de commentaires à propos de robes et de bijoux, comme cela avait été le cas avec Winnifer. Non, avec Lulah il pouvait avoir de vraies conversations. Elle l'avait beaucoup questionné sur sa famille, sans cacher sa curiosité à ce sujet, mais comme ses questions n'étaient jamais indiscrètes et toujours sensées, Fili avait trouvé plaisir à parler des siens, dont l'absence lui pesait lourdement.
Séduit par la franchise de la naine, il lui avait à son tour révélé la réalité de sa "quête". Lulah l'avait accueillie en hochant gravement la tête :
- Bien entendu, c'est une nécessité, avait-elle seulement dit ce jour-là. Même si je comprends ce que cela peut avoir d'un peu effrayant au premier abord. Etes-vous mal à l'aise avec cette idée, Fili ?
- Oui, avait avoué le jeune nain. Je suppose que je n'étais pas suffisamment préparé à assumer ce... enfin, cette nécessité. Et j'ai du mal à... comment dire ? J'ai toujours du mal à l'accepter, je crois.
Sa belle compagne n'avait rien répondu. Jusqu'à ce que, plusieurs semaines plus tard, Fili lui prenne carrément la main avant de dire d'un ton grave :
- Lulah, vous savez pourquoi je suis ici. Je pense... non, je crois que vous seriez une épouse parfaite pour moi, et une reine parfaite pour Erebor, quand ce temps sera venu. Je crains de n'avoir pas grand-chose à vous offrir, seulement la promesse de vous être fidèle et de toujours veiller sur vous, de faire en sorte que vous ne manquiez jamais de rien, ni vous ni... -il avait toussoté- vos, ou nos futurs enfants. Accepteriez-vous de m'épouser ?
Lulah l'avait considéré avec gravité.
- Je me demandais si vous m'en trouveriez digne et si vous me le demanderiez, Fili, avait-elle enfin dit.
- Je vous le demande.
Elle avait semblé se recueillir un moment, la tête légèrement baissée, et Fili avait patienté. Enfin, relevant ses yeux si pâles, la belle naine avait répondu avec grâce :
- Je vous épouserai, Fili. Et je tâcherai d'être pour vous l'épouse et la reine que vous escomptiez.
Ensuite étaient venues les fiançailles. C'était normal. Aucune famille n'aurait accepté de laisser partir son enfant, à plus forte raison une fille, aussi loin et parmi des étrangers, sans avoir des garanties officielles quant à son avenir. C'était également la raison pour laquelle l'un de ses frères, accompagné d'une escorte, l'avait accompagnée. Gymir se devait non seulement de représenter sa famille, mais encore de s'assurer que les promesses qui avaient été faites à sa sœur seraient tenues.
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Assise devant son miroir, Lulah contemplait son reflet tandis que la servante que l'on avait mise à sa disposition terminait de lui tresser les cheveux après les avoir longuement brossés.
- Avez-vous encore besoin de moi, ma dame ? s'enquit-elle.
- Non, répondit distraitement l'intéressée. Vous pouvez vous retirer.
Demeurée seule, elle s'observa encore un long moment dans le miroir, avant de décider qu'elle était satisfaite d'elle-même et de son apparence. Elle fit ensuite, lentement, du regard le tour des lieux. De cela aussi elle était parfaitement satisfaite.
- Erebor, fit-elle à mi-voix.
Elle avait un peu de peine à réaliser qu'elle se trouvait vraiment là, dans la cité mythique. Cela ressemblait à un rêve à la fois fascinant et légèrement effrayant. Mais Lulah savait maîtriser ses peurs, mieux, les convertir en atouts.
- Mais demain, décida-t-elle en se levant. Tout cela peut attendre demain. Pour le moment, je vais aller dormir. Je vais dormir à Erebor, ajouta-t-elle d'un ton rêveur.
Erebor sur lequel elle règnerait un jour et ses enfants après elle. Tout cela avait les apparences du rêve. Aussi, lorsqu'elle s'étendit entre ses draps, la naine se pinça discrètement le bras pour se convaincre que tout était réel. Pas trop fort : elle n'avait pas envie d'avoir une marque.
Avant de fermer les yeux, elle passa mentalement en revue les différents membres de la famille royale, dont elle venait de faire la connaissance. Disons plutôt qu'elle avait pu mettre des visages sur les noms qu'elle connaissait déjà, Fili lui ayant longuement parlé de ses proches. Aussi avait-elle l'impression de les connaître déjà depuis quelques temps. Première chose à faire, ce à quoi elle commencerait à travailler dès le lendemain : se débarrasser de l'elfe, dont la seule présence lui était tout simplement odieuse. Tout en laissant le sommeil la gagner, Lulah songea que si sa future belle-famille avait été capable d'accepter pareille aberration, il ne devrait pas être difficile d'obtenir le renvoi de cette Oreille-Pointue qui se pavanait outrageusement à la table royale - sérieusement, où allait le monde ? Qui aurait jamais pu croire qu'une telle chose puisse arriver ?-
Oui, ce serait déjà un bon début.
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Au chapitre prochain, les masques tombent... mouah ha ha ! Mais ça n'arrangera rien, tout au contraire.
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Vous qui aimez l'univers de la Terre du Milieu et les films de Peter Jackson : je vous encourage à aller faire un petit tour sur le site : Excursion in Middle Earth. Un petit forum sympa qui aurait besoin d'être dynamisé. Vos fics et créas personnelles (tous fandoms confondus) y seront bienvenus. Entre autres choses. Et si vous hésitez, sachez qu'il y a un topic réservé tout exprès aux visiteurs.
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* voir Diables d'elfes
