Helloooo ! Je sais, j'avais promis un chapitre rapide, j'ai échoué bouh ! Je vais pas déblatérer sur mes problèmes persos, le pourquoi du comment et me justifier de ces six voir sept mois d'absence parce que je vous ai fait attendre suffisamment comme ça, alors je vous souhaite bonne lecture ! :)

Juste une petite review parce que ça motive énormément et que ça fait plaisir.

Mention spéciale à Vlad, toujours fidèle au poste qui avait (presque) vu juste !


Chapitre 7

Au nom du père...

Regulus avait toujours été le fils prodige aux yeux de ses parents. Et ceci pour une seule et simple raison : il était l'exact opposé de Sirius. L'affection de leurs parents, c'est lui qu'il l'avait, les cadeaux, les embrassades, aussi. Sirius avait les cris, les injures, parfois les gifles. Et pourtant, bien qu'il méprise du plus profond de son être ses parents et leurs convictions, ainsi que ce qu'ils avaient fait de son frère, le Gryffondor avait dans le souvenir, qu'à une époque, il avait été complice avec Regulus. Ils avaient joué ensemble, ri et partagé les mêmes peines. Et puis ils avaient grandi et Regulus avait fait semblant de ne plus le voir, de ne plus avoir de frère. Sirius s'en était trouvé un nouveau, un qui le comprenait, qui le soutenait. James. Les années les avaient séparés, lui et Regulus et pourtant, aujourd'hui, ils se retrouvaient face à face. Son cadet sembla hésiter un instant entre poursuivre son chemin et rester.

À la poitrine de son frère brillait l'insigne verte et argentée de Préfet. Sirius n'en avait pas connaissance et il en fut légèrement déstabilisé.

- Félicitations pour ton poste de Préfet, murmura-t-il.

- Merci, fit Regulus un peu surpris avant de bien vite se reprendre. Tu avais déjà quitté la maison quand la lettre de Poudlard est arrivée…

Le ton acide et agressif n'était pas dissimulé et Sirius ne fit même pas semblant d'être blessé par ses paroles. Il avait pris beaucoup de mauvaises décisions au cours de sa vie mais celle de quitter la demeure familiale n'en faisait définitivement pas partie.

- Je dirai à maman que tu vas bien, lâcha finalement son cadet. Elle sera contente de l'apprendre. Elle a beaucoup pleuré quand tu es parti.

- N'essaie pas de me culpabiliser en me racontant à quel point maman était triste, le coupa Sirius. On sait tous les deux que ce n'est pas vrai.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Te voir. Te parler.

- N'essaie pas de faire croire que tu veux jouer au grand frère protecteur avec moi, cracha Regulus. On sait tous les deux que ce n'est pas vrai. Va plutôt droit au but.

Sirius hocha la tête. Le plus tôt il en aurait fini avec cette conversation, le mieux se serait. Il avait tourné la page familiale le jour où, cet été, il avait pris sa valise et quittant sa maison sans se retourner, avait pris la direction de celle de James.

- Est-ce que papa voit toujours Hydrus Fawley ?

- Pourquoi je saurais les fréquentations de papa ? répondit automatiquement Regulus.

- Il te traîne toujours avec lui dans ses réunions, contra Sirius.

Regulus leva les yeux au ciel et secoua la tête.

- Pourquoi voudrais-tu savoir cela ? Aux dernières nouvelles tu ne semblais pas t'intéresser aux affaires de papa ni les approuver, cracha Regulus.

- Je veux juste…

Sirius s'interrompit brutalement. Il pouvait se confier à Regulus, lui expliquer. Son frère n'était pas un monstre, ne l'avait jamais été. Il n'y avait qu'à le voir avec leur elfe de maison, Kreattur, qui pourtant était aussi repoussant physiquement que désagréable, pour en être convaincu. Alors si Regulus pouvait prendre la défense d'un elfe de maison, très certainement pouvait-il éprouver de la compassion pour une jeune fille en danger, fusse-t-elle d'origine Moldue.

Seulement Sirius s'en rendait compte désormais, il ne souhaitait pas se confier à son frère. Pourquoi était-il venu d'ailleurs si ce n'est pour raviver de vieilles douleurs sur des plaies qui commençaient tout juste à se refermer ?

- Oublie ça, se reprit-il en envoyer valser le sujet d'un geste de la main. Je ne sais pas pourquoi je suis venu te voir, c'était une erreur.

Dans ce couloir humide et froid, Sirius se trouvait stupide et gêné. Il esquissa un geste vers Regulus comme pour le serrer dans ses bras mais se rappela que cela faisait bien longtemps que lui et son puîné n'avaient pas partagé d'étreintes. D'ailleurs il ne se souvenait pas qu'ils se soient jamais fait de câlins.

Résigné, Sirius consentit enfin à battre retraite.

- De ce que je sais, papa n'a pas vu Hydrus Fawley depuis juin dernier, à la réception organisée par les Nott.

La voix de Regulus le rattrapa instantanément et Sirius fit volte-face.

- Il ne faisait que parler de la rénovation de son manoir de New Forrest. Je m'en souviens parce qu'il semblait vraiment excité par cette perspective. Il disait qu'il n'aurait plus beaucoup de temps à accorder une fois que les travaux auraient commencé. Sa femme en revanche, continua Regulus sans remarquer son malaise, vient presque toutes les semaines prendre le thé avec maman. Elles parlent beaucoup.

- De quoi ? s'enquit le Gryffondor.

- Comme si ça m'intéressait, soupira Regulus. Disons, qu'elles ont toutes les deux quelque chose en commun : la perte d'un enfant.

- Je ne suis pas mort, grinça Sirius.

- Il y a différentes sortes de pertes, Sirius.

Le jeune homme ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Regulus avait raison, il le savait. Ne trouvant rien d'autre à dire il acquiesça à défaut de parvenir à dire merci.

Des bruits de pas se firent entendre derrière eux et un groupe de Serpentards apparut à l'autre bout du couloir. Ces derniers se dirigeaient vers eux, Rosier en tête.

- Et les Rosiers, ils parlent aux Fawley ?

Sirius regretta presque cette question qui était sortie de sa bouche sans prendre visiblement la peine de passer par la case cerveau. À l'autre bout du couloir, le groupe de Serpentard s'était figé les observant avec attention. Sirius pouvait sentir le regard de Rosier faire la navette entre en son frère et lui.

- Pourquoi ils ne le feraient pas ! Toutes les familles Sang-Purs se connaissent Sirius !

- Je pose juste des questions…

- Et je t'ai répondu, le coupa son cadet d'un ton énervé. Mais tu m'ennuies avec tes interrogations et j'ai des amis qui m'attendent.

Il ponctua sa phrase d'un coup de tête en direction de Rosier et de son groupe.

- Je ne savais pas que vous étiez amis, observa sceptiquement le Gryffondor.

- Tu ne sais pas beaucoup de choses sur moi, Sirius, lâcha son frère.

Puis il se détourna et suivit Rosier qui se pencha pour lui chuchoter quelques mots à l'oreille tout en gardant un œil sur le Gryffondor. La rage se mit à bouillir dans les veines de Sirius qui regarda son petit frère s'éloigner avec son pire ennemi, impuissant.


Tap tap tap. Tap tap tap.

Charlie leva les yeux de son livre pour trouver l'origine du bruit indésiré. Quelques tables plus loin, James Potter était occupé à taper un stylo contre la couverture d'un livre en relisant ses notes. Les lunettes de travers et le nez froncé, il se grattait fréquemment le crâne. Remus et Pettigrow l'encadraient mais pas de trace de Black.

La jeune fille soupira. Ces deux derniers jours, elle avait l'impression que peu importe l'endroit où elle se trouvait, deux secondes après, un membre des Maraudeurs s'y trouvait. À croire qu'ils la suivaient à l'aide d'un sort de localisation ! Elle secoua la tête en prenant conscience de ses propres pensées. Paranoïa, nous voilà ! Remarque, paranoïaque ou pas, Remus était bien en train de l'observer de derrière son livre, ce qui prouvait qu'elle n'avait pas tout à fait tort. Et après tout, une petite voix lui fit remarquer qu'elle avait plus d'une raison d'être méfiante en ce moment, même si les Maraudeurs n'étaient pas forcément dans sa "top list" des gens à éviter.

Un coup d'œil à sa montre et une nouvelle bouffée de stress monta en elle, menaçant de la faire suffoquer. Plus que deux heures, cent vingt petites minutes avant sa ronde dans les couloirs de Poudlard. D'ordinaire, elle n'était pas si nerveuse lorsqu'il s'agissait de faire ses prérogatives de Préfète mais la ronde de ce soir était particulière. Charlie devait la faire avec Rogue, l'autre Préfet de Serpentard et le fait que ce dernier fasse partie des fréquentations de Rosier n'aidait pas vraiment à la rassurer.

La Serdaigle rangea ses affaires. Elle pouvait toujours se faire porter malade. Ou ne pas y aller. Bien sûr, elle devrait rendre des comptes le lendemain auprès de Flitwick mais mieux valait cela que d'être retrouvée morte au détour d'un couloir, non ?

Soudainement, une lumière se fit dans sa tête à la vue de Lily marchant droit sur elle.

- Faut qu'on parle, Charlie…

- Tu pourrais me remplacer pour ma ronde de ce soir ?

Son intervention sembla prendre de court la Préfète de Gryffondor qui resta perplexe un instant. Charlie se sentit obligée de développer.

- Vu que j'ai pris ton tour avec Remus… tu avais promis de me remplacer un soir… et je me sens pas bien…

- Je… oui, bien sûr, Charlie, sourit la rousse d'un air qui se voulait réconfortant.

La Serdaigle ferma les yeux, se disant que dès qu'elle saurait le nom de son partenaire de ronde, elle serait moins encline à l'aider. Décidant de ne pas perdre une minute pour le lui annoncer, Charlie prit une grande inspiration et sans prendre la peine d'articuler lâcha la bombe.

- Roguet'attendraàvingtheurestrentedanslehallboncourage.


- Tu veux que je quoi ?! demanda Severus qui était certain d'avoir mal compris.

- Donne moi juste quelques minutes. Pour lui parler.

Rogue considéra un moment son camarade avant de secouer la tête.

- Pas question.

Severus devait bien l'avouer, après six ans passés aux côtés d'Evan Rosier, il lui arrivait encore d'avoir du mal à cerner l'homme. Certes, ils partageaient plus ou moins les mêmes idéaux et convictions, encore que leur investissement respectif n'était pas le même. Mais il y avait toujours eu une sorte de barrière invisible entre eux. Déjà, par le statut de leur sang. Severus était un Sang-Mêlé, Rosier un Sang-Pur. Severus était donc inférieur à Rosier bien que selon lui, si l'on comparait la taille de leurs cerveaux, il était sûr de remporter la victoire.

Puis, par leurs fréquentations. Rosier était au courant de tout ce qui était important. Il était au cœur d'un réseau de partisans du Seigneur des Ténèbres, répétant à ceux qu'il en jugeait dignes les rapports dont on lui avait fait part. Severus lui, ne pouvait se targuer d'être au courant des derniers faits, alors qu'il se morfondait encore de Lily…

- Je te demande juste quelques minutes, rouspéta Rosier, agacé. Slughorn n'en saura rien !

- Débrouille-toi autrement !

- Je croyais que tu voulais m'aider à éliminer le problème à la racine ?

Severus grimaça en entendant Rosier retourner ses propres mots contre lui. Rosier et lui n'étaient pas amis. C'était un fait. Ils s'utilisaient l'un et l'autre dans l'intérêt de chacun. Une sorte d'arrangement tacite en somme. Sevrus faisait les devoirs de Rosier et en échange celui-ci lui assurait une certaine tranquillité de par l'aura de terreur qu'il dégageait auprès des élèves des autres maisons. Si Rosier pouvait se débarrasser des Maraudeurs pour lui, finis les problèmes, bonjour Lily ! Cela lui permettait non seulement de se faire bien voir par son camarade de maison en « l'aidant » mais également de récupérer son amie. D'une pierre, deux coups !

Et ce serait là un juste remerciement pour toutes les bonnes notes que Rosier avait pu obtenir grâce à sa précieuse aide.

- Clairement, tu n'as pas du prendre le problème très à cœur, si Potter est toujours debout sur ses deux jambes ! fit-il observer.

Rosier plissa les yeux en percevant le reproche dans sa voix. Une fraction de seconde. Un court instant pendant lequel Severus se demanda s'il n'avait pas été trop transparent dans ses reproches et son amertume. Puis le doute s'effaça en même temps qu'apparaissait un sourire sur les lèvres de Rosier.

- Je prends le problème très à cœur, Severus, crois-moi. Tout sera réglé demain matin.

Severus leva un sourcil circonspect mais ne dit rien, préférant réfléchir.

- Je dois passer à la bibliothèque avant ma ronde, lâcha-t-il soudainement. Je pense que j'arriverai en retard de dix minutes au maximum.

Le sourire de Rosier s'élargit à ces mots.

- Je n'en demandais pas temps, Severus. Dix minutes, c'est amplement suffisant pour ce que je compte faire à Lemon !

Un malaise s'installa chez le Serpentard et l'idée que quelque chose de terrible se préparait le rattrapa.

- Tu ne comptes pas la tuer, pas vrai ? crut-il bon de s'enquérir. Parce que si demain on retrouve son corps, je serai le premier suspecté…

Rosier se contenta d'éclater de rire comme s'il venait d'écouter la meilleur plaisanterie de sa vie et non pas une question quand à l'éventualité d'un meurtre.

- Je ne vais pas tuer Lemon, Severus, sois tranquille. Elle est bien trop précieuse pour cela…


Le vent soufflait, envoyant claquer les pauvres gouttes d'eau qui tombaient du ciel contre les fenêtres du château. La tempête avait éclaté peu avant la fin du dîner et Lily trouvait que cela donnait un air lugubre de film d'horreur à l'école. Rusard avait même allumé des torches supplémentaires tellement le ciel était sombre et chargé.

La Gryffondor regretta presque d'avoir accepté la demande de Charlie, un peu plus tôt. Faire une ronde alors qu'elle pourrait être dans son lit en train de réviser. Bien sûr, c'était une promesse qu'elle avait faite, elle se devait de la respecter. Elle aurait juste aimé que cela ne tombe pas le même soir que celui où Sever… Rogue faisait la sienne. L'éviter était suffisamment ardu ainsi. Certains jours, elle arrivait à prétendre qu'il n'existait pas, à faire comme s'ils ne s'étaient jamais connus, n'avaient jamais partagé tous ces moments. À d'autres instants, c'était juste l'enfer. Tous leurs souvenirs lui revenaient comme une vague en pleine face, et elle était submergée par l'émotion. Dans ces moments, elle se forçait à rester déterminée et résolue et à ne pas courir à sa suite, quand la cloche sonnant, il prenait ses livres et s'éloignait avec son allure de chauve-souris.

Parfois, elle le surprenait en train de la regarder. Et elle s'imaginait lire dans ses yeux le remord, la peine, le pardon et la nostalgie d'un temps où ils étaient amis et désormais révolu. Puis il clignait des yeux ou elle détournait le regard et la magie était rompue, tous deux retournant à cette routine d'ignorance qu'était désormais devenue la leur.

Une fois tous les deux mois, en raison des tours pour les rondes de Préfets, pourtant, ils étaient obligés de composer avec la présence de l'autre. Généralement, cela se passait dans le silence le plus complet, une distance minimum de cinq mètres entre leurs deux corps. Après tout, il aurait été dommage que par inadvertance, il touche une Sang-de-Bourbe !

Le lieu de rendez-vous était désert et Lily vérifia sa montre. 20H22. Elle était en avance. Elle s'appuya contre un des piliers du hall et promena son regard aux alentours à la recherche de son camarade. Sever… Rogue avait toujours été quelqu'un de ponctuel. Logiquement, il ne devait pas tarder.

Un miaulement acariâtre la fit sursauter et elle pencha les yeux vers le chat qui la fixait. Mr Teigneux* et son nez écrasé, lui donnant un air rebuté, semblait particulièrement mauvais ce soir. Ses yeux orangés coulaient et son pelage se collait par endroit. Son air grognon était souligné par ses moustaches qui paraissaient attirées par le sol, pauvres victimes de la gravité.

- Dégage, stupide chat, marmonna Lily en le poussant avec son pied. Je suis Préfète. J'ai le droit de me balader dans les couloirs. C'est mon rôle.

Le chat se contenta de miauler une nouvelle fois avant de déguerpir.

- C'est ça, maugréa la rousse, va chercher ton maître…

Elle le suivit du regard mais un bruit de pas lui annonça que son attente risquait de bientôt prendre fin. Elle se tourna vers l'origine du bruit quand un coup de vent brusque souffla sur les torches dans le Hall, les faisant vaciller. Certaines d'entre-elles s'éteignirent même. Lily sentit un petit coup de panique étreindre son corps et prit une inspiration pou rester calme.

- Lumos, fit-elle en pointant sa baguette devant elle.

Maintenant qu'il faisait sombre, il était difficile de s'y repérer, et elle trouvait l'endroit encore plus effrayant.

- Sever… Rogue ?

Aucune réponse. La Préfète se mit à tourner sur elle-même tout en avançant vers la direction dont les pas provenaient.

- Rogue ? Si tu es là, montre-toi. C'est pas drôle et le plus tôt on commencera la ronde, le plus tôt on sera débarrassés. C'est ce que tu veux, c'est ce que je veux, donc pourquoi pas ne pas imposer sa présence à l'autre plus que nécessaire ?

- Rogue ne viendra pas, fit une voix grave.

Effectivement, ce n'était pas Rogue qui se trouvait devant elle. C'était Rosier. Dans la semi-obscurité, avec ses vêtements noirs, son visage paraissait flotter. Sa baguette tendue entre elle et lui, Lily observa un moment les ombres qui dansaient sur ses traits, lui donnant l'air d'un démon d'un autre temps. **

Immédiatement, les yeux de la Gryffondor se portèrent sur ses mains dans lesquelles reposaient sa baguette. Il jouait avec, la faisant tournoyer entre ses doigts fins comme si tout cela n'était qu'un jeu, une formalité.

- Je dois avouer que je suis un peu déçu, fit le Serpentard. Je m'attendais à ce qu'il s'agisse de Lemon.

- Charlie ne se sentait pas bien, annonça Lily en gardant fermement tendue sa baguette dans la direction de Rosier.

Rosier hocha les épaules, pas convaincu par cette explication. À vrai dire, Lily ne l'était pas vraiment non plus. Elle commençait à avoir de légers doutes quant au véritable état de santé de la Serdaigle. Et elle avait beau se sentir trahie en ce moment, pauvre brebis égarée qu'elle était devant le grand méchant loup, ce n'était pas contre Charlie que sa colère était dirigée. C'était contre Rosier, le manipulateur, le responsable, l'origine de ce mal qui rongeait Charlie et petit à petit, sa propre santé mentale.

Quelques pas se firent entendre puis une voix résonna dans le Hall.

- Lemon ?

Lily reconnut Severus et tourna la tête vers la provenance du cri. Si elle lui faisait savoir qu'elle était là, peut-être Severus prendrait-il sa défense contre Rosier ? Ou alors, il aiderait juste son camarade à cacher ses os, une fois que celui-ci en aurait terminé avec elle. Elle refoula cette dernière hypothèse au loin et ouvrit la bouche quand la pointe d'un baguette magique se plaça sous son menton, la forçant à relever la tête pour faire face à Rosier qui s'était rapproché. Il secoua la tête de droite à gauche et posa un doigt sur ses lèvres, l'intimant au silence. Elle ne se fit pas prier pour lui obéir.

- Lemon ? répéta la voix de Severus.

De là où ils étaient cachés, dans un renfoncement dans le mur entre deux statues, Lily pouvait entrapercevoir sa silhouette qui tournait sur elle-même.

- Foutue Serdaigle, jura son ancien ami. J'vais la faire moi, cette ronde et j'irai me plaindre à Flitwick !

Il s'éloigna, continuant de pester entre ses dents. Sa voix devenait de plus en plus ténue jusqu'à ne plus être qu'un faible murmure et Lily eut le sentiment que c'était également le cas de son courage qui diminuait au fur et à mesure qu'elle comprenait que désormais, il n'y avait plus qu'elle et Rosier.

Ce dernier retira doucement sa baguette de sous son menton mais ne recula pas, envahissant toujours son espace personnel.

- Puisque je suis coincé avec toi, Evans, autant en profiter pour parler un peu, lâcha-t-il.

- Ou tu pourrais aussi me laisser partir, fit observer la jeune fille.

Le Serpentard fit mine de réfléchir et elle eut un sursaut d'espoir pendant une fraction de seconde. Puis, il ouvrit la bouche et tout s'écroula.

- Non. Ce ne serait pas drôle.

D'un geste si rapide qu'elle ne vit rien venir, il l'attrapa par le poignet et la retourna, de sorte que son dos à elle était plaqué contre son torse à lui. Son bras droit encercla son cou, la maintenant debout dans une étreinte d'acier mais limitant le passage de l'air dans ses poumons. Il commença à la traîner de la sorte puis la relâcha soudainement. Lily trébucha mais se rattrapa in extremis à une table et aspira une grande goulée d'air. C'est en l'entendant fermer la porte qu'elle comprit qu'il l'avait emmenée dans une salle vide qu'il devait certainement être en train de verrouiller et d'insonoriser. Elle décida que c'était le moment ou jamais de tenter de l'ensorceler quand elle constata avec effroi que ses mains étaient vides.

- C'est ça que tu cherches ?

Elle se retourna vers Rosier, une baguette dans chaque main, un sourire railleur pendu sur ses lèvres.

- Rends-la moi, ordonna-t-elle.

Pour toute réponse, il rangea sa baguette dans la poche arrière gauche de son pantalon en toile. Lily le regarda faire et croisa ses bras sur sa poitrine.

- Je sais ce que tu as fais à Charlie.

- Alors tu sais que tu n'es pas en position de force, argua son interlocuteur.

La rousse analysa un instant son expression faciale. Il ne semblait pas surpris outre mesure par le fait qu'elle soit au courant de son manège. Il paraissait même satisfait. Interloquée, elle se demanda s'il lui arrivait d'être pris de court, de paniquer, de perdre pied. Sûrement pas en public.

- Tu sais, j'essaie juste d'aider ton amie, fit remarquer le Serpentard.

La Gryffondor ricana en entendant ces paroles.

- Vraiment ? En essayant de la tuer ? Tu es certain qu'il n'y a pas un meilleur moyen de l'aider ?

- Pourquoi tout le monde croit que je veux tuer Charlie ?! s'énerva Rosier.

Ce brusque changement d'attitude – il était en train de plaisanter quelques secondes auparavant – effraya la Préfète qui recula de quelques pas.

- Ce n'est pas ce que tu comptes faire ? questionna-t-elle.

À la réflexion, si elle posait des questions, comme Rosier aimait être le centre d'intérêt et entendre sa propre voix, logiquement, il y répondrait. Et tant qu'il répondait à ses interrogations, il ne lui ferait pas de mal. Cela lui permettrait d'en savoir plus quant à ses intentions vis-à-vis de Charlie également. Elle comptait bien engranger le plus possible d'informations utiles à ce sujet et si jamais elle survivait à cet entretien, ou s'en souvenait, ce qui était peu probable, elle se dépêcherait de prévenir et les Maraudeurs et Dumbledore.

- Non, nia Rosier et bizarrement, Lily ne remit pas en doute sa sincérité à ce propos.

- Alors, quoi ? Tu veux juste t'amuser avec elle ? Lui faire peur ?

- Je ne joue pas, corrigea le jeune homme. Je construis un futur meilleur. Plus juste. Pour moi et pour Charlie.

Là, par contre Lily avec quelques doutes.

- Mais c'est pas ça un futur meilleur, Rosier ! Ça, c'est la mort !

Le regard qu'il lui lança la laissa pantoise. Comme si elle avait vu juste, comme si elle avait lu son esprit. Bien sûr que c'était la mort, c'était de ça qu'il se nourrissait ! Des nouvelles sinistres dans les journaux chaque matin, il se réjouissait. Il soupirait de délectation en sentant l'odeur de la peur, du sang et des larmes. Il fit un pas vers elle et l'idée de reculer ne l'effleura même pas. C'était fini. Elle était piégée dans une salle verrouillée sans espoir que personne ne vienne à sa rescousse. Elle ne fuirait pas.

- Je sais ce que vous voulez faire, toi et tes petits amis, Evans, commença Rosier. Vous voulez tout dire à Dumbledore.

Elle ne prit pas la peine de montrer son étonnement. Il le sentait. Il le savait.

- Ton cher Severus m'a tout raconté. Parce que oui, Severus vous a espionné et oui, il m'a tout répété. Pas si loyal que ça ton copain… mais je suppose que cela dépend du point de vue.

Il avait encore fait un pas et Lily se força à garder la tête haute. Elle ne détournerait pas le regard devant lui. Droite et fière jusqu'à la fin elle resterait.

- Tu sais, au début, quand il m'a dit que c'était l'idée de Potter, je l'ai cru. Et puis j'ai vu son regard. Il était si fier de lui, le petit Severus, sûr qu'il était d'être enfin débarrassé de son pire ennemi. C'est là que je me suis dit : Evan, Severus déteste Potter. Il l'accuserait de n'importe quoi pour en être libre. Il serait même prêt à le vendre pour protéger les intérêts de quelqu'un de valeur à ses yeux… comme un ami. Tout le monde sait que tu es la seule véritable amie qu'il ait jamais vraiment eue.

Lily ignora la petite voix intérieure qui mourait d'envie de crier à la face de Rosier que si elle avait été sa seule véritable amie, jamais il ne l'aurait traitée comme il l'avait fait. Jamais il ne l'aurait abandonnée !

- Je dois en finir avec le problème, tu comprends, continua Rosier. Charlie est un peu trop entourée en ce moment. Ça joue en ma défaveur.

- Je ne suis pas la seule à me préoccuper de Charlie, riposta enfin la Gryffondor. D'autres prendront ma suite.

- Oui, Black, Potter, Lupin et Pettigrow. La joyeuse bande de clowns, railla-t-il.

- Ils te feront regretter, promis la jeune femme.

Bien sûr, elle n'en était pas certaine alors qu'elle prononçait ces mots mais ça, Rosier n'était pas obligé de le savoir. Autant l'impressionner en le faisant croire qu'une sanction s'abattrait sur lui si jamais il touchait à elle. Ça pouvait toujours la sauver.

- Dans ce cas, lâcha Rosier en traversant la distance qui les séparait, ils le leur feront regretter aussi. Ils n'aiment pas que l'on se mette en travers de leur chemin.

Lily voulut lui demander à qui le « ils » faisait référence mais elle n'en eu pas l'occasion. La main de Rosier se referma sur sa gorge, appuya avec une telle force qu'elle se demanda si sa jugulaire n'allait pas exploser.

- Je suis désolé, Evans, mais ça risque de faire mal.


Les cours de Sortilèges étaient toujours les plus bruyants. L'atmosphère y était propice pour bavarder en raison des séances pratiques nombreuses à s'essayer à de nouveaux sorts. Charlie adorait généralement ses cours. Généralement. Ce matin-là, elle était mal-à-l'aise. D'ordinaire, elle s'asseyait à côté de Lily et la simple présence de la Gryffondor à ses côtés, même si elles ne parlaient pas forcément ensemble, la rassurait. D'ordinaire, Lily n'arrivait pas en retard. En fait, d'ordinaire, Lily venait aux cours ce qui n'était apparemment pas le cas aujourd'hui. C'était simple, si la Gryffondor avait été là, jamais Rosier n'aurait pu s'asseoir à ses côtés.

Charlie avait décidé de l'ignorer. Elle avait fixé ses yeux sur le tableau, écoutant avec peut-être un soupçon de zèle les paroles de Flitwick. Seulement la phase d'exercices pratiques était désormais arrivée et le minuscule professeur se baladait entre les rangs, vérifiant et reprenant les élèves en difficulté. Ce qui donnait la parfaite occasion à son voisin de table pour lui rappeler sa présence. Bien que cela ne soit véritablement pas nécessaire. Les frissons qui parcouraient son échine le lui rappelaient sans cesse. Son regard azur se balada sur la classe, cherchant une chevelure rousse. Peut-être que Lily en avait eu marre d'elle et était partie s'installer à côté de quelqu'un d'autre ? Mais non, il n'y avait aucune Lily Evans dans la salle. En revanche, il y avait un Rogue visiblement remonté contre elle car il ne la lâchait pas des yeux et semblait vouloir la tuer par la pensée. La Serdaigle se détourna brusquement quand une main se posa sur sa cuisse.

Elle fusilla le responsable du regard mais ce dernier était concentré sur sa tâche qui consistait à faire apparaître un fin filet d'eau clair pour remplir un verre. Le seul indice de son précédent comportement était le rictus satisfait qui ornait ses lèvres et qui n'avait vraisemblablement rien à voir avec la réussite de son sort.

Les joues brûlantes de honte, elle attrapa sa main et la rejeta furieusement au loin.

- Qu'est-ce qu'il te prend ? feula-t-elle.

- Tu rougis, remarqua le Serpentard en ignorant sa question. Aurais-tu apprécié ?

- Je n'apprécie rien de ce qui vient de toi, lui rétorqua-t-elle, glaciale. Encore moins quand c'est le résultat d'un chantage.

Une ombre passa furtivement dans le regard de Rosier, lui signifiant d'être prudente et de mesurer ses propos si elle ne voulait pas voir les choses dégénérer.

- Tu finiras par t'y faire, reprit-il en retrouvant bien vite son allure assurée.

Charlie l'ignora préférant rouler des yeux. À quelques tables d'elle, Potter attrapa son regard et le prénom « Lily » se forma muettement sur ses lèvres. La jeune fille pouvait lire le point d'interrogation en suspens au travers de ses yeux noisette et sa gorge se serra. Quelque chose était arrivé. C'était impossible que personne, pas même les camarades de maison de la Gryffondor, ne sachent où elle se trouvait. Quelque chose était forcément arrivé.

Charlie ferma les yeux un instant, se remémorant les précédents événements depuis le début de ce cours. Le regard furieux de Rogue, celui satisfait de Rosier et celui perdu de James. Les trois étaient liés, elle le sentait. Son instinct pourtant lui disait de voir plus loin, que ce n'était pas suffisant. Aussi remonta-t-elle le cours du temps, cherchant dans ses dernières interactions avec Lily, une preuve susceptible de la mener sur la voie de la solution. La dernière fois qu'elle avait vu la rousse remontait à la veille quand elle lui avait demandé de la remplacer pour sa ronde avec… Rogue. Lily avait accepté. Mais ça, Rogue ne le savait pas avant de voir Lily arriver à la ronde, non ? À moins que Lily n'y soit pas allée et auquel cas, cela expliquerait pourquoi Rogue était furieux puisqu'il ignorait qu'elle avait échangé sa ronde avec Lily.

Cependant, ça ne collait pas, Lily était sérieuse. Elle respectait le règlement et accomplissait ses responsabilités de Préfète avec motivation. Elle ne se serait jamais désistée sans une bonne raison. Comme s'il avait suivi son raisonnement interne, le sourire de Rosier s'agrandit et les yeux de Charlie s'écarquillèrent d'horreur. D'un geste brusque, elle se leva, repoussant sa chaise qui s'écrasa au sol.

- Miss Lemon, que se passe-t-il ? couina Flitwick. Le cours n'est pas encore terminé.

- Je... Je...

Les mots restèrent coincées dans sa gorge mais le professeur ne s'en formalisa pas. La porte de la salle s'ouvrit d'un coup, laissant apparaître McGonagall, l'air encore plus pincé que d'habitude.

- Filius, le salua-t-elle. Une urgence.

Concis et droit au but. Le minuscule professeur regarda un instant ses élèves et soudain poussa un couinement aigu avant de suivre McGonagall qui avait déjà filé, sûrement vers le bureau du directeur.

Le moment de flottement qui suivit empêcha les élèves de bouger, donnant l'impression qu'ils suivaient encore le cours mais que leur professeur était devenu invisible. Puis les premiers murmures se firent et très vite un véritable brouhaha envahit l'espace scolaire. La voix de McGonagall résonna soudain dans l'école, amplifiée.

« Les élèves sont libérés de cours pour ce matin. Vous êtes libres de vos occupations. Merci. »

Un à un, ils se levèrent. Charlie prit conscience du fait qu'elle était toujours debout, immobile. Se rappelant soudain du pourquoi et du comment elle avait terminé ainsi, elle attrapa son sac quand une poigne de fer interrompit son geste.

- Lâche-moi, Rosier, lâche-moi !

- Doucement Lemon chérie, chuchota le Serpentard qui semblait beaucoup s'amuser. Je veux juste te poser une simple question et tu alertes tout le monde.

Un regard aux alentours permit à la jeune fille de constater qu'effectivement, certains élèves avaient arrêté leur geste pour les observer. C'était notamment le cas de Rogue qui fronçait les sourcils, de Marlène McKinnon qui chuchota quelque chose à Emmeline Vance et de Black qui avait brisé sa plume. Rosier adressa d'ailleurs au Gryffondor un grand sourire, et la Serdaigle fut obligée d'en faire de même quand elle le sentit raffermir encore plus sa prise sur son poignet. La pression était telle qu'elle se demandait s'il ne lui avait pas brisé l'articulation. Elle se mordit la lèvre, espérant retenir les larmes de douleurs qui affluaient.

- Lâche moi Rosier, répéta-t-elle plus posément une fois que Black se fut détourné de la scène.

- Je n'ai pas très envie de te lâcher, en fait, murmura ce dernier.

- Alors dis-moi ce que tu as fait à Lily dans ce cas ! siffla-t-elle.

Il ne dit rien et la frustration de la Serdaigle n'en devint que plus grande.

- Dis-moi !

Autour d'eux, les élèves avaient repris leur mouvement de foule vers la sortie de la classe, se réjouissant de leur matinée libre improvisée, ignorant la scène se jouant devant eux. Ils n'y avaient qu'eux deux qui n'avaient pas bougé. Rosier tira brusquement sur le poignet de Charlie, qui poussa un léger cri où se mêlaient la surprise et la douleur, la rapprochant de lui. Désormais leurs bouches ne se trouvaient plus qu'à quelques centimètres l'une de l'autre.

- Tu veux un conseil Lemon ? Je ne m'inquiéterais pas trop pour ton amie Sang-de-Bourbe.

Charlie voulut lui demander la signification de ces paroles mais avant qu'elle ait put ouvrir la bouche, Rosier reprit.

- Black n'arrête pas de nous fixer. C'est ton petit copain ou quoi ?

Voyant que le Serpentard attendait une réponse, elle secoua négativement la tête, ce qui sembla réjouir celui-ci. Son sourire s'agrandit et après avoir murmuré tout bas un « Parfait ! », il se pencha et déposa un baiser à la commissure des lèvres de la jeune fille. Charlie avait à peine réalisé ce qu'il venait de se passer, qu'il lui avait libéré le poignet, et était parti sans se retourner, la laissant au bord du malaise.

Elle ferma les yeux, cherchant par tous les moyens à faire fuir la vague de nausée qui l'habitait désormais. En la touchant, c'est comme s'il l'avait souillée. Elle se sentait poisseuse.

- Ça va ? grogna quelqu'un côté d'elle.

Avant qu'elle ait pu ouvrir la bouche, deux mains se posèrent sur son poignet douloureux.

- Tu devrais le faire voir à Mrs Pomfresh, continua Black. Mais après tout, c'est toi qui vois…

- Mon poignet va très bien, répondit Charlie en faisant un mouvement de son bras droit pour appuyer ses dires, mais la grimace qui l'accompagna démentit ses propos.

Black secoua la tête, l'hésitation entre énervement et désespoir se lisant clairement sur son visage. Il sembla opter pour la voix de la sagesse car il finit par soupirer.

- Un jour Lemon, tu seras bien obligée de m'écouter.

Disant cela, il secoua les épaules et s'éloigna vers ses trois camarades qui l'attendaient à la sortie de la salle. D'un geste de tête, Charlie vit qu'il la désignait tandis qu'il parlait avec véhémence puis les trois têtes se tournèrent dans sa direction. Elle les fixa et se décida pour leur faire un salut de sa main droite, comme attestant que peu importe ce qu'avait pu dire Black, c'était faux même si c'était vrai.

Ce n'est que quand elle les vit partir qu'elle s'en voulut et qu'elle regretta. Si quelqu'un pouvait l'aider, c'était eux. En quelques enjambées rapides, elle les rattrapa.

- Attendez ! Attendez ! Black, ne m'oblige pas à te courir après !

En entendant son nom, le brun se retourna et la détailla, circonspect. Charlie mit un moment à saisir qu'il attendait qu'elle développe sa pensée.

- J'ai besoin de ton aide, souffla-t-elle d'un coup avant qu'elle ne se dégonfle.

- Tu veux que je t'accompagne à l'infirmerie ? interrogea Black et elle pouvait lire le scepticisme qui transparaissait dans tout son corps.

- J'ai besoin de votre aide, répéta-t-elle un peu stupidement comme gênée de ne s'être adressée qu'à Black.

James s'avança et posa une main sur son épaule.

- Qu'est-ce que tu veux Charlie ? Qu'est-ce que tu as à nous dire ?

La phrase qui suivit fut extrêmement dure à sortir pour la Serdaigle. Elle se mordit la lèvre, se griffa les paumes et se secoua la tête. Mais elle avait fait ce premier pas et désormais, elle se devait de l'assumer. Et puis, elle avait plus ou moins le sentiment d'être responsable de cette situation alors autant tout tenter pour la résoudre et s'en défaire.

- Je crois qu'il est arrivé quelque chose de grave à Lily, lâcha-t-elle.

.

- Donc techniquement Rogue est le dernier à l'avoir vu ? redemanda Remus pour ce qui lui semblait être la millième fois.

- Oui… ou peut-être non ! s'énerva Charlie. Je sais pas… ! Mais je sais que j'ai échangé ma ronde avec Lily pour ne pas voir Rogue et que Rogue me fusillait du regard ce matin parce qu'il ne pouvait pas savoir que j'avais échangé ma place avec Lily si Lily n'est pas venue à cette ronde ce qui est hautement probable étant donné que Lily n'était pas en cours ce matin et que Lily ne rate jamais un seul cours ce qui veut forcément dire que quelque chose de mal lui est arrivé car sinon elle aurait été en cours et…

- Respire Lemon, pensa bon de lui rappeler Black ce dont elle ne tint pas compte.

- … et cette chose de grave aurait pu se produire hier soir, pendant qu'elle se rendait à cette ronde où elle n'est jamais arrivée ! conclut-elle.

De toute sa vie, jamais Charlie n'avait eu autant la sensation de frustration. Elle avait l'impression qu'elle essayait vainement de démontrer sa non-stupidité quand les minutes, les secondes comptaient. Peter la contemplait avec des yeux ronds semblant se demander comment elle avait pu débiter autant de mots à une telle vitesse sans prendre une inspiration, Remus se prenait pour le Penseur de Rodin et Black était égal à lui-même. Seul Potter avait le visage fermé de celui qui réfléchit mais penche dans la bonne direction.

- Ça se pourrait, admit-il au bout d'un moment.

Charlie qui jusqu'à alors avait fait et refait les cent pas dans la salle de classe vide qu'ils occupaient, se laissa tomber sur une chaise en levant les bras et soupirant un vague « Merlin, merci ! ».

- Pourquoi Rogue voudrait-il du mal à Lily ? intervint Remus. C'est pas logique…

- Qui sait ce qu'il se passe dans sa petite tête recouverte de cheveux gras, ricana Black.

- Je ne dis pas que Rogue est l'agresseur, corrigea Charlie.

Mais bizarrement, c'était trop tard, le mal était fait. Elle savait que ce malentendu était le résultat de ses cachotteries et autres mensonges mais elle ne parvint pas à se convaincre de tout leur avouer, à leur parler de Rosier et de ses sous-entendus, de ses menaces.

- Non, avoua Black en se levant de la table sur laquelle il était perché pour plonger sa main dans sa poche arrière. Tu sous-entends juste qu'il est lié à la disparition mystérieuse de ton amie.

Il secoua devant elle un bout de parchemin vierge et jauni.

- Une petite discussion s'impose, appuya James.

- Au moins pour savoir si Evans est bien venue à cette ronde.

Charlie sentait que les événements lui glissaient entre ses doigts et elle commença à paniquer. Le fait que Black marmonne, sa baguette tapotant le parchemin, « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises » ne fit rien pour aider.

Soudain, sous ses yeux, le parchemin s'anima et des petits points se mirent à bouger. Alors qu'elle se penchait pour voir de quoi il s'agissait, Black referma la carte, lui jetant au passage un regard ironique du genre « Dommage ! » et annonça d'une voix forte :

- Il est au septième étage.


Severus n'avait rien vu venir. Il avait certes entendu les pas précipités dans sa direction mais avant qu'il ait pu se retourner, deux mains l'avaient déjà agrippé par le col et plaqué contre le mur le plus proche.

- Où est Evans ? le secoua un Potter furieux.

- Inquiet pour ta petite-amie ? le railla Rogue pour cacher son incompréhension.

- OU EST-ELLE ? rugit le Bigleux.

- Bordel, James ! fit la voix de Lupin le Faux-Malade. On avait dit pas d'agression, juste quelques questions !

Les deux mains le lâchèrent et Severus tomba au sol. Mais à peine parvenait-il à se relever qu'une baguette magique se plaçait juste sous son nez.

- Ce n'est pas parce qu'on compte juste lui poser quelques questions qu'on ne peut pas le menacer, railla Black.

Le Serpentard lui lança un regard haineux. Comme il les détestait ces Maraudeurs soit-disant tellement braves mais qui l'attaquaient à quatre contre un. Ils étaient au complet. Potter et sa touffe de cheveux faussement décoiffés qui lui donnait la gerbe à lui, Severus. Black et sa mâchoire serré, persuadé qu'il était d'être mieux que tous les Serpentards réunis mais qui ne valait pas un clou de plus. Lupin et ses prétendus principes à deux balles qu'il était le premier à oublier quand cela pouvait couvrir ses amis. Et Pettigrow qui derrière ses petits poings grassouillets levés avait le charisme d'un phacochère.

Et puis, il la vit. Lemon. Derrière les quatre garçons, les yeux écarquillés d'horreur comme si ce qu'elle voyait était d'une violence telle qu'elle ne pouvait le supporter. Ses yeux étaient cerclés de rouges et elle se tenait clairement en retrait. Elle n'approuvait pas, elle se démettait de toute responsabilité mais pourtant, elle ne faisait rien. Comme toujours. Une bouffée de haine le souleva aux tripes. Il les détestait tellement les quatre Maraudeurs et Lemon aussi ! C'était elle la cause de toute cette mascarade, pour une raison qu'il ignorait, mais elle n'en restait pas moins le centre.

- Je commence à devenir impatient Servilus, alors tu ferais peut-être mieux de répondre à la question de Cornedrue. Tu sais ce qui arrive quand je deviens impatient, continua de menacer Black.

Severus eut envie de lui mettre sa baguette dans un endroit bien particulier de son anatomie où il serait douloureux pour lui de la récupérer mais il se contint. Au lieu de ça, il fit un geste dans la direction de Lemon. Misérable petite Lemon.

- Qu'est-ce que tu veux savoir ? grinça-t-il à son intention.

Elle ne fit aucun pas vers lui, aucun geste. Elle ne le regarda même pas, détournant les yeux pour croiser ceux de Potter. Pour une raison inconnue, cela agaça Rogue. Il lui faisait l'honneur de proposer de lui répondre et elle, elle regardait Potter ! C'était comme lui confirmer que Potter aurait toujours plus d'importance que lui et cela le mettait dans une rage folle.

- Je veux savoir ce qui est arrivé à Lily le soir où elle m'a remplacée pour la ronde que je devais faire avec toi.

Cela avait été à peine plus qu'un murmure. Et quelque part à l'intérieur de lui, Severus savait pourquoi. Elle connaissait la réponse, elle refusait juste de l'admettre. Lui-même venait de saisir. Et il se haïssait ! Il se détestait d'avoir encore une fois cédé devant plus charismatique que lui, de s'être écrasé même si ce n'était que pour dix pauvres petites minutes. Dix minutes, c'était suffisamment de temps pour ensorceler quelqu'un, le torturer et puis le tuer. Pourtant, lorsqu'il parla, ce n'est pas contre lui que le reproche était lancé, ce n'est pas lui qu'il cherchait à faire culpabiliser et regretter. C'était Lemon et seulement Lemon. C'était bien plus facile de rejeter la faute sur elle que d'émettre l'hypothèse qu'il puisse avoir ne serait-ce qu'une once de responsabilité dans le drame qui avait pu se jouer la veille au soir.

- Il voulait te voir et tu sais qu'il déteste quand ça ne se passe pas comme il le prévoit…

Il ne termina pas sa phrase. L'instant d'après Lemon avait disparu en courant vers les étages inférieurs et le poing de Black s'abattait sur son nez, le laissant sonné à même le sol, a essuyer son sang.

Sirius secoua sa main endolorie. Il y était peut-être allé un peu fort avec Servilus. Peut-être. Mais à sa décharge, l'abruti l'avait mérité. Il accéléra le pas en voyant les boucles cuivrées de Lemon disparaître devant lui. Elle allait vite pour quelqu'un avec de si petites jambes. Derrière lui, James et un peu à la traîne, Remus qui aidait Peter. Et tous couraient dans la même direction même si chacun avaient ses propres raisons.


Il parvint à rattraper la Serdaigle juste avant qu'elle n'atteigne les portes de l'infirmerie. Il se positionna devant elle, lui barrant le passage et essaya de l'attraper par le bras.

- Lemon, attends !

- Dégage de mon chemin Black !

- Lemon !

- Je dois voir Lily ! Je dois savoir si elle va bien !

Elle se dégagea de son étreinte, se débattant comme une forcenée mais une fois encore, il put la rattraper à temps. Le cri de douleur qu'elle lâcha lui prouva que c'était sur son poignet droit que ses mains s'étaient refermées.

- Pas avant que tu nous aies expliqué ce que voulait dire Rogue ! grogna-t-il.

- On s'en fout ! protesta-t-elle.

- On peut toujours voir ça après Sirius, marmonna James en arrivant et en essayant de jouer les intermédiaires.

Sirius savait parfaitement pourquoi il agissait ainsi. Il voulait voir Evans, s'assurer qu'elle allait bien et il comprenait. Mais lui avait besoin de savoir que Lemon allait bien.

La Serdaigle profita d'ailleurs de son instant de distraction pour filer et elle aurait probablement atteint son but s'il n'avait pas eu d'aussi bons réflexes. Ses bras se refermèrent sur sa taille et la tirèrent en arrière avec force, l'écrasant contre son torse avec une facilité due à la légèreté de son poids. Un cri de rage traversa ses lèvres et Charlie tenta de lui donner des coups avec ses talons.

- LÂCHE MOI ! LÂCHE MOI ! LÂCHE MOI !

Elle hurlait. Elle était comme hystérique et Sirius sentit sa détermination vaciller. Il desserra ses bras et la regarda tomber au sol alors qu'elle le suppliait encore de la lâcher en sanglotant cette fois-ci. Remus et Peter étaient arrivés et tous contemplaient la scène, perdus et inquiets.

Ce fut Peter qui l'aperçut le premier. Droite comme un i, le professeur McGonagall s'avança vers eux et Sirius se demanda si elle avait assisté à ce qui venait de se passer dans son intégralité. Si c'était le cas, elle ne le montra pas. Elle s'accroupit devant la jeune fille au sol, avec une souplesse impressionnante pour son âge, sans doute due à sa condition de chat. Doucement, elle lui tendit un mouchoir en tissu écossais et Charlie le saisit et se tamponna distraitement les yeux avec sans prendre conscience qu'elle en aurait probablement fait meilleur usage en se mouchant. Quand elle eut recouvré un semblant de calme, le professeur de Métamorphoses l'aida à se relever et parla d'une voix douce que Sirius ne lui connaissait pas.

- Miss Lemon, j'ai besoin que vous et vos amis, Messieurs Black, Lupin, Potter et Pettigrow, me suiviez chez le directeur.

Les quatre garçons s'exécutèrent mais Charlie resta debout, immobile. McGonagall se tourna vers elle, sans la brusquer et leva juste un sourcil interrogateur.

- Mais...mais… Je n'ai rien fait de mal, professeur…

- Bien sûr que non, Miss Lemon, la rassura-t-elle.

Mais quelque part, Sirius savait que cela ne pouvait rien signifier de bon.


Le professeur Dumbledore les attendait, assis dans son grand fauteuil, derrière son bureau. Charlie lui trouva un air vieux qu'il n'avait pas habituellement. Alignés tous les cinq debout devant son bureau, ils patientaient. Fumseck, le phénix, était sur son perchoir mais à lui aussi Charlie trouva un air malade. Il s'élevait dans la pièce de temps à autre quelques cris mélodieux de sa part tel un chant funeste en l'honneur de quelques soldats décédés au front. Dumbledore l'écoutait, impassible puis soudain, il les regarda tour à tour, les détaillant un à un, sondant leurs âmes à travers leurs regards.

- J'ai mis dans cette école tout mon temps et mon énergie. Et fier de ce que j'en avais fait, un endroit de partage, sûr et accueillant, j'en suis venu à croire un peu naïvement que jamais la guerre qui déchire notre monde n'atteindrait les élèves de cette école. Nous l'avons tous cru. Et force est d'admettre que nous nous sommes trompés. La guerre est plus que présente. Preuve en est, ce message sur le mur, ce qu'il se passe en moment…

Sa voix était faible. Presque mourante.

- Miss Evans est actuellement à l'infirmerie, soupira-t-il. Argus Rusard l'a trouvée ce matin-même, aux premières lueurs, grâce à l'intervention de Mimi Geignarde qui a signalé une élève baignant dans son sang au niveau des toilettes du deuxième étage. Mrs Pomfresh fait tout son possible pour la rétablir...

- Mais elle va bien ? intervint Potter sans se préoccuper de couper le directeur.

- Elle devrait s'en sortir, conclut Dumbledore. Nous l'avons trouvée à temps bien que quelqu'un se soit donné beaucoup de mal pour que ce ne soit pas le cas.

Charlie accusa durement le coup et elle dut plaquer une main sur sa bouche pour ne pas se remettre à pleurer. Elle pouvait sentir ses lèvres trembloter et elle avait beau les serrer, cela ne faisait qu'augmenter les spasmes.

- Mais il y a autre chose dont j'aimerais parler seul à seule avec Miss Lemon, poursuivit le Directeur.

Les Maraudeurs acquiescèrent et commencèrent à se diriger vers la sortie. Charlie les observa faire quand elle identifia le sentiment qui grandissait dans son ventre. Celui de la solitude, de l'abandon. Elle ne voulait pas qu'ils la laissent. Elle désirait qu'ils restent.

- Ils peuvent écouter, professeur, déclara-t-elle d'une voix forte et sûre d'elle alors même qu'à l'intérieur elle sentait qu'elle craquait.

- En êtes-vous certaine ? s'assura le vieil homme à la barbe blanche.

Elle ferma les yeux, compta jusqu'à quatre et hocha la tête. Elle ne tenait pas à rester seule.

- Je dois être honnête avec toi, Charlie, soupira Dumbledore en la tutoyant désormais. Je dois t'annoncer une bien mauvaise nouvelle. À l'heure actuelle, nous ignorons comment et pourquoi mais des Mangemorts ont pénétré chez toi et brûlé, détruit toute ta maison.

- D'accord.

Bizarrement, bien que le choc fasse mal, elle trouvait qu'elle le prenait remarquablement bien. Elle s'impressionnait par son stoïcisme. Sûrement parce que sa maison lui paraissait bien matérielle par rapport à la vie d'une personne.

- Où se trouve mon père ? Je dois le voir. Il n'est pas blessé au moins ?

Le silence pesant dans la pièce, elle ne le perçut pas, ni les regards lourds de sens échangés. En revanche son épiderme se hérissa et Fumseck pleura. Triste musique pour un triste présage.

- Je suis désolé, Charlie, secoua doucement la tête Dumbledore. Ton père est porté disparu.

Si Charlie avait eu l'impression qu'un poids lui était tombé sur la tête quand elle avait appris la nouvelle concernant l'état de Lily, ce qu'elle ressentit en entendant ces paroles fut cent fois pire. Elle avait le sentiment que tout son monde, tout ce qui était autour d'elle, venait de se casser en mille morceaux, elle y compris. Elle sentait que ses jambes ne la portaient plus et elle se serait sûrement effondrée si Remus n'avait pas passé son bras autour d'elle pour la soutenir. Enfin, elle supposa que c'était Remus car elle ne voyait plus grand chose avec ses yeux qui étaient brouillés de larmes. Son cerveau semblait déconnecté comme s'il avait encore du mal à assimiler l'information.

Elle avait du mal à respirer comme si elle se noyait dans la tempête qu'était devenue sa vie.

Un cri parvint à ses oreilles : un cri rauque, brisé, méconnaissable.

Son cri.

Et Charlie s'accrocha à ce bras autour de sa taille comme une noyée se serait accrochée à une bouée, parce que désormais, c'était tout ce qui lui restait.


* Là encore, j'ai calculé et déduit que Rusard avait dû avoir plusieurs chats au cours de sa carrière. Et pas que des femelles ! Donc voici Mr Teigneux. Spéciale dédicace à ma Susan chérie d'amour !

** J'ai fait quelques recherches et Rosier est le nom d'un ange déchu, prince des dominations qui aime séduire les femmes et les tuer ensuite. D'où la référence.