Note de l'auteur : Et voilà, c'est le dernier chapitre ! L'épilogue suivra très bientôt. :D
DianeMoon : C'est peut-être parce que j'écris une histoire courte pour une fois, que tu as cette impression ? Et pourtant je me suis forcée à garder la trame aussi simple que possible, sinon je me lançais encore pour une histoire de 70 chapitres... J'espère que la fin te plaira quand même !
PF : Je compatis de tout mon cœur pour la panne d'internet, j'aurais pas survécu à ta place ! Merci beaucoup pour ta review ! :D
Bonne lecture !
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Chapitre 8 : Dean
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Sam, Jess et Charlie sur ses talons, Dean se fraya tant bien que mal un passage dans la foule agglutinée devant le bar. Même étouffée par l'épaisseur des portes, la musique était si forte qu'il lui fallut répéter plusieurs fois leurs noms aux deux vigiles de type armoire à glace pour qu'ils les cochent sur la liste des invités. On leur ouvrit et ils plongèrent dans la pénombre, le hurlement de la musique leur saturant les tympans.
Le rythme endiablé des basses lui labourait énergiquement les organes. C'était comme des coups de massue contre son cœur qui résonnaient dans sa cage thoracique. Les spots lumineux étaient braqués sur la scène, éclairant par flashs colorés les danseuses en sous-vêtements qui tournoyaient habilement autour des barres de pole-dance. Le reste du bar était plongé dans une semi-obscurité qu'une brume parfumée tamisait, avec en son centre le comptoir, comme un îlot isolé.
La musique assourdissante étouffa l'exclamation de ravissement de Charlie qui trottina droit vers la scène surélevée, comme hypnotisée par les danseuses.
« C'est plus grand que ce que je pensais ! cria Sam à son oreille pour se faire entendre.
Réprimant lui-même un sifflement impressionné, Dean se contenta d'acquiescer en scannant l'espace du regard. L'endroit était grand en effet et d'une décoration luxueuse bien qu'un peu tape-à-l'œil par l'excès de dorures et miroirs – le business semblait bien tourner pour Balthazar. Dean avait pas mal fréquenté de bars avec strip-teaseuses à l'époque où Rhonda et Don Hurley l'avaient entraîné dans une frénésie malsaine de sexe, de drogue, de vols et d'escroqueries qui avait rendu dingue Bobby jusqu'à ce qu'il décide de lui-même de s'éloigner de leur mauvaise influence. Mais jamais encore il n'avait mis les pieds dans un endroit aussi classe.
Sept filles tournoyaient autour des barres, bruyamment encouragées par une bonne trentaine d'hommes qui leur glissaient des billets. Lorsque Charlie les rejoignit en dégainant elle aussi son portefeuille avec un sourire ravi sur le visage, l'assemblée s'enflammait alors qu'une des filles venait d'ôter son soutien-gorge pour le leur jeter – ce fut Charlie qui le réceptionna avec des réflexes dignes d'un ninja.
- Où est Castiel ? hurla à son tour Jess pour se faire entendre.
Sa bague de fiançailles assortie à celle de Sam émit un bref éclat lorsque la jolie blonde s'accrocha farouchement à son bras – sans doute pour marquer son territoire, s'il en croyait les regards dangereux qu'elle jetait à toute femme s'approchant trop de son fiancé à son goût.
- Je sais pas, il m'a envoyé un message il y a une heure pour dire qu'il était déjà arrivé ! répondit Dean en scrutant les silhouettes indistinctes dans la pénombre brumeuse de la salle.
Balthazar les avait cordialement invités à venir fêter dans son bar le diplôme de fin d'études que Sam avait obtenu avec tous les honneurs, premier de sa promotion. Si Cas' lui avait déjà parlé de ce qu'il qualifiait de lieu de perdition où son frère l'avait souvent forcé à passer des soirées, ce n'était pas tout à fait ce que Dean avait imaginé. Il avait pensé qu'il s'agirait d'un endroit douteux et glauque. Mais bien au contraire, l'endroit avait l'air propre, bien tenu et même assez sélectif, à en juger par les vigiles à l'entrée et la longue file d'attente.
Ses yeux survolèrent rapidement les groupes de personnes installées sur les banquettes, jusqu'à ce qu'il repère une silhouette familière à l'éternel trench-coat, isolée dans un coin. Installé seul à une table devant un cocktail, Cas' se tenait assis les épaules un peu voûtées et les yeux tournés vers les danseuses. Le visage figé en un masque indéchiffrable, il les observait sans ciller, avec cette même concentration analytique dont il faisait preuve lorsqu'ils regardaient ensemble des films. Visiblement, il n'avait pas remarqué leur entrée.
Dean tapota l'épaule de son petit frère en lui faisant comprendre d'un signe de tête qu'il l'avait trouvé, puis se dirigea à grands pas vers la banquette où Cas' venait juste de glisser la paille entre ses lèvres pour aspirer une petite gorgée.
Coup de chance, la musique touchait à sa fin lorsque Dean se laissa lourdement tomber sur la banquette à côté de lui, le faisant sursauter. Alors que Castiel tournait la tête vers lui d'un air surpris, Dean lui passa le bras par-dessus les épaules avec un sourire séducteur en coin.
- Salut beau gosse, tu viens souvent ici ? murmura-t-il d'une voix profonde en lui adressant un clin d'œil grivois. Tu habites encore chez tes parents ?
Sans surprise, Cas' roula exagérément des yeux en poussant un soupir ostentatoire, et reposa son verre sur la table.
- Évidemment que je viens souvent, Dean. Mon frère est propriétaire du bar et vit à l'étage. Et je n'ai pas de parents, tu sais très bien que ma mère est morte et que mon père est un fils de pute, comme tu dis.
- Roh, fais pas ta mauvaise tête, Cas' ! rit Dean en l'attirant un peu plus contre lui pour déposer un bref baiser sur sa tempe. Je plaisantais.
- J'en suis conscient, répliqua Cas' avec un rictus provocateur. Je plaisantais aussi.
Dean ne put retenir un sourire attendri de s'étaler sur son visage alors que la musique reprenait, plus forte et rapide encore. Cas' avait un humour pince-sans-rire et parfois très noir, mais il balançait ses piques avec un visage tellement neutre que ça pouvait être difficile à déceler. Il eut un mal fou à se retenir de rétorquer qu'il savait que Cas' savait qu'il savait qu'il plaisantait – wow, ça faisait mal au crâne – et pencha la tête pour joindre leurs lèvres. Cas' ouvrit immédiatement la bouche pour approfondir le baiser. Il avait un goût d'alcool, de citron et de sirop sur la langue. La musique hurlait et faisait tambouriner son cœur à un rythme anormal. Le sol tremblait sous la semelle épaisse de ses docs et tous ses organes vibraient sous la force des basses.
Dean brisa le baiser et sourit contre les lèvres de Cas' en y donnant un petit coup de langue taquin.
- T'as pris quoi, comme boisson ? J'aime bien le goût.
Cas' fronça les sourcils pensivement et prit son verre sur la table pour le lui tendre.
- Aucune idée. Je l'ai pris parce que j'aimais bien la couleur. On dirait un soleil couchant.
Le verre était agrémenté d'une rondelle de citron, d'une paille rose et d'un petit parasol en papier coloré. La boisson elle-même était un dégradé de rouge vers l'orange. Au lieu de prendre le verre, Dean avança la tête juste assez pour saisir la paille entre ses dents et aspirer quelques gorgées sous le regard intense de Cas'.
Il allait commenter la boisson – trop sucrée, pas assez d'alcool – quand un flash soudain de lumière les tira de leur bulle. Ils tournèrent tous les deux la tête pour constater que Charlie se tenait plantée là avec un sourire canaille et son téléphone à la main. Visiblement, elle venait tout juste de les prendre en photo.
- Désolée ! s'époumona-t-elle en s'approchant pour qu'ils l'entendent. Mais vous étiez trop mignons tous les deux, je n'ai pas pu résister !
Elle dut s'y reprendre à plusieurs fois et finalement leur hurler droit dans les oreilles le reste :
- Balthazar nous a réservé une salle VIP pour qu'on puisse discuter au calme ! Venez !
Lorsque Dean se releva, une pointe de douleur lui traversa le genou et le fit tressaillir, mais il se contenta de grincer des dents et suivre le groupe en slalomant entre les gens qui dansaient – ce n'était pas seulement un bar de strip-tease mais aussi une boîte de nuit, de toute évidence. Charlie l'avait averti qu'il n'était pas rare que des séquelles subsistent pendant des mois, voire des années après la guérison, principalement au niveau des jointures. Près de trois mois s'étaient écoulés depuis qu'il avait cessé le traitement, et jusqu'à présent il n'avait guère eu que quelques migraines, de la fatigue et du mal à dormir – mais tout cela était plus probablement dû au stress du procès qui se compliquait chaque jour un peu plus au fur et à mesure que le réseau d'Azazel et ses magouilles se dévoilaient et que la presse en faisait ses choux gras.
Ils franchirent une porte dissimulée par un lourd rideau de velours rouge et pénétrèrent dans un somptueux salon rouge à l'ambiance feutrée, avec deux larges canapés se faisant face, ainsi que des fauteuils agrémentés de coussins, une table basse garnie de nourriture, et une télévision écran plat. La musique du bar s'estompa et disparut tout à fait lorsqu'ils refermèrent la porte.
- C'est parfaitement insonorisé, précisa Balthazar avant de désigner le salon d'un mouvement gracieux de la main. Mais je vous en prie, faites comme chez vous et servez-vous en petits fours et toasts.
Tandis que Balthazar s'installait sur l'un des fauteuils avec l'assurance d'un coq dans sa basse-cour, Jessica et Sam le prenaient au mot et goûtaient les petits fours. L'attitude aussi royale que Balthazar, Charlie s'installa d'office au centre d'un canapé en faisant signe à Dean et Cas' de venir s'asseoir à ses côtés.
Ce ne fut qu'une fois assis dans la tranquillité du salon alors que ses oreilles résonnaient encore du vacarme du bar, que Dean réalisa que le rythme frénétique des basses était resté empreint dans sa cage thoracique. Non seulement son cœur ratait des battements, mais les pulsations étaient si puissantes et irrégulières qu'il semblait vouloir surgir de sa poitrine ou remonter dans sa gorge. Dean prit une profonde inspiration pour tenter de le calmer, mais en vain.
- J'ai entendu dire que Zachariah est en fuite, n'est-ce pas ? lança Balthazar sur le ton de la conversation en croisant les jambes.
Dean tenta d'ignorer la désagréable sensation cardiaque et se servit une part de gâteau ornée de crème fouettée.
- Il ne s'est pas présenté au tribunal, confirma Jess en grignotant un bout de petit four.
- Et Uriel m'a dit qu'il a vidé la caisse de la pharmacie et s'est enfui, acquiesça Castiel avec raideur.
- L'enfoiré est en cavale ? demanda Dean la bouche pleine et s'adossant confortablement dans les coussins en posant malgré lui la main sur son genou bien que la douleur ait déjà disparu.
Sam replaça ses cheveux derrière ses oreilles – ils devenaient vraiment longs – et parut pensif :
- Il n'ira pas bien loin, maintenant que la police a communiqué son signalement aux aéroports et frontières. Mais l'avantage est que sa fuite a définitivement convaincu le jury de sa culpabilité, et toutes les archives de malversations que Uriel et Cas' nous ont fournies sont une preuve accablante qui implique directement Alastair et Azazel.
- Le procès avait mal commencé, avec les attaques de l'armée d'avocats d'Azazel sur le passé de Meg et leurs coups vicieux pour tout mettre sur le dos de Balthazar...
- Sans compter leurs accusations comme quoi la vidéo serait fausse, grimaça Sam. Ils ne reculent devant rien. À les entendre, on croirait qu'Azazel est un ange et que nous sommes tous des calomniateurs envieux de sa fortune !
- J'avais raison d'insister pour qu'on fasse appel quand ils ont essayé de nous proposer en douce un arrangement pour nous faire taire ! renchérit Jess avec un sourire triomphant. Le jury s'est laissé manipuler au début, mais quand Uriel a fini par accepter de témoigner, ça a complètement changé la donne. Et maintenant que Zachariah s'enfuit avec une valise de billets...
- Et la presse qui nous a filé un coup de pouce en publiant l'interview de Meg et le scandale de pots de vin, emplois fictifs, prêts avec intérêts abusifs et argent blanchi de la banque d'Azazel...
- … On a l'opinion du public de notre côté et je crois que d'ici quelques mois on devrait non seulement remporter le combat haut la main, mais décrocher des dommages et intérêts colossaux !
Un sourire éclaira le visage de Dean qui s'amusait de voir son petit frère et sa fiancée compléter leurs phrases respectives avec la même énergie, le même enthousiasme. Quand ils se mettaient à parler, rien ne les arrêtait, et Dean avait pu assister à leur verve et leur répartie mordante lors des quelques séances où il s'était mêlé au public pour suivre l'évolution du procès. Ils étaient définitivement fait l'un pour l'autre, et rien n'aurait su lui faire davantage plaisir que de voir Sammy trouver le bonheur et bientôt fonder sa propre famille.
Il observa du coin de l'œil Castiel qui écoutait attentivement les deux avocats exposer leur optimisme, comme plongé dans une profonde réflexion, et se pencha par-dessus Charlie pour lui adresser la parole :
- Hé, Cas'... Ça veut dire que tu vas prendre le poste de Zachariah à la tête de la pharmacie, maintenant qu'il s'est barré ? Tu vas être le nouveau shérif en ville ?
Cas' tourna la tête vers lui avec un air surpris avant de plisser les yeux en contemplant la question.
- C'est bien possible en effet. Techniquement, je n'ai jamais été renvoyé et je n'ai pas fait de lettre de démission. J'ai été mis à disposition, donc je pourrais tout à fait revenir et le remplacer pour diriger Uriel et Anna.
- Et tu te penses capable d'avoir à nouveau Uriel sous tes ordres, après la raclée que tu lui as administrée ? ironisa Balthazar d'un air affable. Tsk tsk, ce n'est pas une manière de traiter son soi-disant meilleur ami, Cassie...
Dean haussa les sourcils et regarda Cas' avec stupeur. Il était toujours si calme et stoïque qu'il lui était difficile de l'imaginer s'emporter au point de frapper qui que ce soit – et certainement pas quelqu'un d'aussi massif et charpenté qu'Uriel.
- T'as foutu une branlée à l'armoire à glace ?
Cas' baissa les yeux d'un air contrit et joignit ses mains sur ses genoux, le regret évident sur son visage.
- Oui. Il y a trois mois, quand j'ai appris la vérité. J'étais un peu... contrarié. Mais depuis qu'Uriel nous aide et a témoigné au barreau, nos relations se sont nettement améliorées. Nous échangeons des textos régulièrement et je lui ai même proposé de nous rejoindre ce soir, mais il a refusé. Il n'aime pas les bars et attroupements de gens.
- Et toi, Sam ? demanda Charlie d'un ton enjoué. Maintenant que tu as décroché ton diplôme premier de ta promotion, qu'est-ce que tu comptes faire ? Ouvrir ton propre cabinet et te la jouer Ally McBeal ? Tu as la coupe de cheveux, déjà !
Sam échangea un doux regard avec Jess et lui prit la main avec un air solennel.
- À vrai dire, Jess et moi avions prévu de nous marier dès la fin de mes études, mais nous avons décidé de remettre ça à la fin du procès. Vous serez bien sûr tous invités dès que nous aurons une date ! En attendant, les parents de Jess ont eu la gentillesse de me proposer un emploi dans leur agence.
- Regardez-le faire son modeste ! rit Jessica. Mes parents ont été tellement impressionnés par les talents d'orateur de leur futur gendre au procès qu'ils le veulent absolument, surtout après avoir vu ses résultats brillants à Stanford !
Charlie émit un couinement enthousiaste et se pencha pour donner un coup de poing enjoué dans l'épaule de Cas. Le pharmacien sursauta et la dévisagea avec de grands yeux bleus choqués.
- T'as intérêt à attraper le bouquet que lancera Jess au mariage ! s'esclaffa-t-elle tandis que Cas' se massait l'épaule avec un air confus.
- Hein ? Mais pourquoi ?
- Promets-moi seulement de le faire, répliqua Charlie avec un sourire de requin tout en passant son bras par-dessus les épaules du pharmacien. Pour me faire plaisir, d'accord ?
- D'accord. Je te le promets, acquiesça Cas' avec une ébauche de sourire hésitant.
- Tu viens officiellement de devenir mon nouveau meilleur ami – désolée Dean, tu resteras mon deuxième préféré !
Une lueur amusée éclaira les yeux de Dean tandis que Charlie se penchait à l'oreille de Cas' pour lui dire quelque chose qui lui arracha un bref rire rauque – et rares étaient ceux qui pouvaient se vanter d'avoir fait rire le pharmacien taciturne. Charlie et Cas' ne s'étaient croisés qu'une ou deux fois avant ce soir, mais la jeune fille l'avait immédiatement adopté et ses débordements d'affection semblaient autant troubler Cas' que lui faire plaisir.
La voix de Sam s'éleva dans le salon et Dean reporta son attention sur le canapé d'en face :
- D'ailleurs, comment ça se passe entre Cas' et toi ? Ça fait trois mois que vous êtes ensemble maintenant, je crois ?
Dean haussa les sourcils en regardant son petit frère qui se penchait en avant tout en tenant la main de sa fiancée. Il avait un sourire stupide et avide de ragots collé sur le visage – une vraie commère.
Tous les regards indiscrets étaient tournés vers Dean qui se contenta d'enfourner le reste du gâteau dans sa bouche sans se gêner pour bien mâcher la bouche ouverte.
- Ouais, ça se passe bien, répondit-il laconiquement, sur la défensive.
- Mais encore ? demanda Balthazar en levant le menton d'un air supérieur.
- Bah quoi ? Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise de plus ?
La conversation allait vite tourner à l'interrogatoire à ce rythme là, et Dean n'avait jamais aimé faire l'étalage de sa vie personnelle. Ce qui se passait entre Cas' et lui ne regardait qu'eux deux.
Le pharmacien se racla la gorge et se pencha par-dessus Charlie pour parler à voix basse :
- Dean, on devrait peut-être leur dire... Ils le sauront bientôt de toute façon.
- Savoir quoi ? demandèrent Charlie, Sam et Jess en même temps.
Dean poussa un soupir de capitulation et ouvrit la bouche pour lâcher le morceau, mais Balthazar le devança :
- Nos deux tourtereaux viennent d'acheter un appartement ensemble. Ils ont signé le bail hier.
Dean fronça les sourcils en lui jetant un regard agressif.
- Comment tu sais ça, toi ?
Balthazar esquissa un sourire enjôleur en croisant les bras sur son ventre.
- Je surveille les comptes de Cassie, vois-tu, mon cher beau-frère. Je veille à ses intérêts.
Cas' jeta un regard exaspéré à son frère.
- Je t'avais pourtant interdit de m'espionner, Balthazar.
- En effet. Et il n'y a rien de tel qu'une interdiction pour me donner envie à coup sûr de l'enfreindre.
- Tu n'as pas mieux à faire ? J'ai trente et un ans, ça devient ridicule.
- Il n'y a de ridicule que le ridicule, sourit le quarantenaire d'un air goguenard.
- Ça ne veut rien dire.
Pendant que Cas' et son frangin se regardaient en chien de faïence et échangeaient des piques, Dean tentait de garder un air détaché tandis que Sam le félicitait et exprimait à quel point il était heureux pour lui.
- Mais comment vous allez faire avec Meg ? demanda Jessica en lissant pensivement ses cheveux blonds qui ondulaient sur son épaule. Enfin je veux dire... elle est gardée sous protection policière en tant que témoin clé pour l'instant, mais elle m'a dit l'autre jour qu'elle retournerait sans doute vivre chez Castiel après le procès.
- Meg est une amie qui m'est très chère, répondit posément Castiel en se servant une bière. Je n'ai pas eu l'occasion d'en reparler avec elle, mais elle est et sera toujours la bienvenue. Comme vous tous. L'appartement que nous avons acheté comporte une chambre d'ami, acheva-t-il avec une ombre de sourire.
Pendant que la conversation du groupe dérivait sur le propre projet de Sam et Jess de s'installer ensemble dans une petite maison horriblement cliché avec la barrière blanche et un chien – apparemment Sammy tenait dur comme fer à acheter un labrador – Charlie se décolla de Cas' pour se pencher à l'oreille de Dean :
- Entre votre procès et tout le boulot que j'ai eu à l'hôpital j'ai pas eu le temps de te demander, mais dis moi... comment tu t'en sors, niveau frustration sexuelle ? Pas trop dur ? Sans mauvais jeu de mot.
Dean baissa les yeux sur celle qu'il considérait comme sa petite sœur. Charlie le dévisageait avec de grands yeux ouverts et confiants – ce n'était pas de la curiosité malsaine, plutôt de la bienveillance. Il hésita une seconde avant de se dire qu'après tout, c'était grâce à elle si Cas' et lui étaient ensemble. Sans elle, il aurait continué à croire que Cas' n'était pas intéressé et se foutait de sa gueule, et aurait sans doute noyé sa peine dans les histoires sans lendemain comme il l'avait toujours fait avant de rencontrer Cas'.
- Je commence à m'habituer, répondit-il en haussant les épaules. Dès que ça devient un peu chaud, je m'isole avec mon ordi – merci pour le lien du site porno lesbien d'ailleurs. Et Cas', il, euh...
Il se racla la gorge en jetant un regard méfiant aux autres pour s'assurer que personne n'écoutait. Cas' n'était plus sur le canapé, il avait rejoint Jess qui lui montrait sur son téléphone diverses photos d'appartements en lui demandant son avis, tandis que Balthazar et Sam discutaient avec animation de la dernière séance du procès et des attaques fourbes des avocats d'Azazel.
Dean s'humidifia les lèvres et acheva en un murmure plus bas :
- … il m'achète chaque semaine des magazines de cul et des mouchoirs.
- … Hein ? Sérieux ? souffla Charlie en cillant, bouche bée.
Dean grimaça en hochant la tête, mortifié. Cas' lui tendait à chaque fois le sac plastique du Seven Eleven avec Busty Asian Beauty, des magazines hétéros ou gays voire BDSM parfois franchement dégueulasses, ainsi qu'une part de tarte et un pack de bière. Comme une offrande. Le tout avec un air de chien battu – Dean n'avait pas encore eu le cœur de lui dire qu'avec internet il n'avait pas besoin de tout ça.
- Je te jure. J'en ai tellement que je sais plus où les ranger. Et tu sais le pire ? Il demande conseil au vendeur du Seven Eleven. Il va vraiment finir par passer pour un... »
Il n'avait pas terminé sa phrase que Charlie était déjà en train de mourir de rire en se frappant énergiquement le genou. Dean ne put s'empêcher de rire à son tour comme à chaque fois qu'il essayait de s'imaginer Cas' demander conseil à ce pauvre vendeur qui bossait au Seven Eleven. La dernière fois qu'ils avaient fait les courses ensemble, le jeune étudiant avait eu l'air terrorisé et avait même réprimé un mouvement de recul lorsque Castiel avait tendu la main vers lui pour payer.
Et alors qu'ils riaient à en perdre haleine, affalés sur le canapé sous le regard perplexe des autres, Dean sentit une soudaine douleur lui percer le cœur, vive et brûlante. Le souffle coupé, il crispa sa main contre sa poitrine et se redressa vivement en position assise – la douleur s'estompa aussitôt pour laisser place à de simples palpitations comme celles qu'il se traînait depuis quelques jours.
Charlie riait toujours et essayait d'expliquer à Cas' entre ses larmes la raison de son hilarité. Personne ne semblait avoir remarqué le bref inconfort de Dean.
La douleur avait disparu comme elle était venue, et même son genou ne lui faisait plus mal du tout.
Inutile de les inquiéter pour rien, se dit Dean alors que Charlie, Balthazar et Jess se liguaient comme les traîtres qu'ils étaient pour les forcer, Cas' et lui, à chanter ensemble un duo de karaoké.
Ce n'étaient que quelques séquelles persistantes. Pas de quoi s'affoler.
L'écran plat s'alluma pour diffuser I'm your angel de R. Kelly et Céline Dion pendant que Charlie se mettait à les filmer avec son téléphone et que Balthazar leur fourrait d'autorité dans la main un micro à chacun. Blasé, Dean roula exagérément des yeux avant de se décider à jouer le jeu. Si c'était ce qu'ils voulaient, ils allaient en prendre plein la vue.
Empoignant fermement le micro pour s'égosiller en suivant les paroles qui défilaient sur l'écran, Dean chantait horriblement faux en en faisant des tonnes, en total contraste avec Cas' qui se tenait raide comme un piquet à réciter d'un ton monocorde de sa voix rauque.
Et alors qu'il se bousillait les cordes vocales et que Sammy n'en pouvait plus de rire, Dean ravala ses inquiétudes pour profiter de l'instant présent avec les gens qu'il aimait.
oOo
Un souffle d'air frais s'infiltra par la fenêtre entrouverte et fit doucement onduler le rideau. L'obscurité pâlissait à l'arrivée de l'aube, et la poussière pleuvait en poudre d'or dans les longs rayons qui traversaient le salon.
L'appartement était calme, son silence uniquement peuplé par la rumeur étouffée de la ville. En tendant l'oreille, on pouvait presque entendre la respiration paisible de Sam et de Jessica étroitement enlacés dans l'unique lit, dans la chambre juste à côté.
Une forme indistincte remua sur le canapé avec un froissement de drap. Les cils frémissant sur ses joues constellées de taches de rousseur, Dean enfouissait son visage blême dans son oreiller humide de sueur. Une grimace le déformait, ses sourcils tellement froncés qu'un pli se creusait sur son front.
Et soudain, avec une inspiration étranglée, ses yeux s'ouvrirent en grand. Il n'y restait pas une trace de sommeil alors qu'il haletait en repoussant d'une main tremblante les draps collés à sa peau nue, le corps tremblant et uniquement vêtu de son boxer.
Ses doigts agrippèrent son genou et un cri rauque s'étouffa dans sa gorge lorsqu'il se redressa en position assise, sa jambe repliée contre son torse luisant de transpiration.
Les yeux écarquillés, il fixa son genou gauche qui avait tellement enflé qu'il avait presque doublé de taille. Si Dean avait cru quelques mois plus tôt avoir atteint son seuil maximum de douleur, il s'était gravement trompé. C'était cent fois pire à présent.
Non seulement son genou était bloqué en position pliée et il était proprement incapable de tendre la jambe ni même la remuer d'un millimètre, mais il lui semblait qu'on lui enfonçait lentement, très lentement, une lame chauffée à blanc dans la rotule.
Se recroquevillant sur lui-même avec un gémissement d'animal blessé, aveuglé par la douleur et les larmes qui brouillaient sa vue, il tenta de masser la zone qui le torturait, mais la panique lui coupait le souffle. Il avait cru être débarrassé, et avait ignoré les symptômes qui revenaient progressivement tant il avait craint de revivre ce cauchemar.
À cet instant, il aurait fait n'importe quoi, vraiment n'importe quoi, pour que la douleur s'arrête.
La respiration rauque et précipitée, il grinça des dents en enfonçant ses ongles dans son genou – il lui semblait qu'on lui arrachait lentement la rotule, la pelant couche par couche jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien, uniquement pour recommencer aussitôt, en un cycle infernal. Cette fois, Dean ne pouvait plus se mentir à lui-même ni espérer qu'il ne s'agisse que de séquelles qui allaient disparaître avec le temps.
Ce n'était pas terminé.
Et ce n'était pas seulement son genou. Son épaule aussi le lançait par vagues douloureuses et semblait complètement rouillée. Son cœur s'emballait en un rythme irrégulier dans sa poitrine, comme un oiseau qui essayerait de s'échapper en cognant furieusement contre les barreaux de sa cage. Ses paumes et la plante de ses pieds lui brûlaient et le salon tournait autour de lui, se déformait sous ses yeux.
Il amorça un geste pour saisir son téléphone resté sur la table basse, et sa vision devint complètement noire. L'instant d'après, il se trouvait recroquevillé en position fœtale sur le sol, faible et agité de violents tremblements. Comme la veille au bar, une douleur fulgurante lui transperça le cœur et ne disparut que lorsqu'il se redressa tant bien que mal.
Sa main crispée surgit et s'agrippa convulsivement à la table basse jusqu'à attraper son téléphone. Malgré l'engourdissement de ses doigts et son genou qui ne l'aurait pas fait davantage souffrir si on le lui sciait sans anesthésie, il parvint à composer le numéro de Cas'.
Il se maudit intérieurement d'avoir choisi de rester dormir chez lui cette nuit. Depuis le début du procès, Sam et Jess avaient squatté son appartement, et Dean avait passé le plus clair de son temps chez Cas' : c'était plus spacieux et il y avait même une barre de pole-dance sur laquelle il s'amusait à essayer d'imiter les mouvements de gymnastique des strip-teaseuses sous le regard amusé de Cas' – et c'était beaucoup plus dur que ça en avait l'air. Et comme par hasard, il fallait que cette saloperie de maladie revienne en force juste quand il avait décidé de passer un peu de temps avec son petit frère pour l'aider à réviser son prochain plaidoyer.
Haletant, Dean essuya ses larmes d'un revers rageur de poignet et s'accouda à la table basse, sa main tremblante sur son genou gonflé. Il se sentait tellement faible qu'il peinait à garder sa prise sur son portable qu'il pressait contre son oreille. Ses doigts s'amollissaient comme du coton alors que la tonalité résonnait.
« Allez, réponds... siffla-t-il entre ses dents en respirant de son mieux par le nez. Bordel, réponds...
Une vague de douleur lui arracha un spasme lorsqu'il tenta une fois de plus d'étirer la jambe, mais en vain. Comme un mécanisme rouillé, sa jambe était bel et bien coincée. Son mouvement fit basculer son verre d'eau qui glissa de la table basse et s'écrasa au sol.
Enfin, la tonalité fit place à un bruissement soyeux puis la voix rocailleuse de Cas' à son oreille :
« … Dean ? »
- Cas', articula Dean entre ses dents d'une voix brisée. Cas', j'ai besoin de toi. Il faut que tu m'aides.
Un court silence, puis un son indiquant sans doute que Cas' était en train de se lever de son lit.
« Je m'habille et j'arrive tout de suite. », assura Cas' d'une voix déjà plus éveillée et chargée d'inquiétude. « Que se passe-t-il ? »
- Ça recommence, lâcha Dean en enfouissant son visage dans son genou douloureux. Le traitement a pas marché, ça recommence, et c'est pire qu'avant. J'en ai marre, Cas', j'en ai ras le cul de cette putain de maladie...
Il avait prononcé ces derniers mots d'une voix étouffée par un gémissement rauque de douleur, tremblant de tous ses membres.
- Quelle maladie ?
Ce n'était pas Cas' qui venait de parler, mais Jessica. Dean releva vivement la tête lorsque la lumière inonda le salon. Ébloui et saisi de vertiges, il vit la jeune avocate le toiser de haut, les mains sur ses hanches en une attitude autoritaire. Ses cheveux blonds ondulaient sur ses épaules nues et son pyjama ne laissait que peu à l'imagination – son haut figurant deux schtroumfs était tendu sur sa poitrine et dévoilait son nombril tandis que son short laissait ses jambes fuselées à nu.
« Dean ? Allô ? »
Dean laissa son portable glisser de sa main trop faible – le téléphone tomba au sol en continuant d'émettre la voix angoissée de Cas' – et croisa le regard choqué et suspicieux de son petit frère. Car Sam se tenait là aussi en caleçon et t-shirt, ses cheveux trop longs encadrant son visage.
- Je crois que tu as des choses à nous dire, grinça Sam d'une voix blanche en serrant les poings. De quelle maladie tu parles ? Pourquoi je ne suis pas au courant ?
- Il nous expliquera ça une fois à l'hôpital, objecta Jess en fronçant les sourcils. J'appelle tout de suite une ambulance. »
Jessica tourna les talons pour aller chercher son téléphone. Dean tenta de protester en se relevant, mais déplier de force sa jambe lui arracha un hurlement à glacer le sang. Il perdit l'équilibre et son pied s'abattit sur les débris de verre alors que tout devenait flou autour de lui et qu'il sentait sa conscience lui échapper.
Les cris de Sam et la sensation de mains puissantes qui le relevaient sombrèrent dans les ténèbres.
oOo
« Et quand est-ce que tu comptais me le dire, au juste ?
Pâle et la mâchoire crispée, Dean foudroya son petit frère du regard – Sam le toisait de haut avec la bitchface du siècle et les bras croisés comme une épouse mécontente.
- Jamais, ok ?! Je comptais ne jamais te le dire !
- Hé, mais arrête de gesticuler ou je risque de te charcuter le bras ! les interrompit Charlie qui essayait tant bien que mal de percer la peau avec l'aiguille du cathéter.
Dean soupira et laissa retomber son crâne sur l'oreiller, allongé et tremblant sur le lit d'hôpital. L'air empestait le désinfectant et la lourde odeur des souffrances et angoisses accumulées dans les lieux. À part pour rendre visite à la jeune interne, Dean n'avait jamais mis les pieds ici. Pas en tant que patient, en tout cas. Charlie lui avait fait passer tous les tests chez elle pour le diagnostiquer et s'était chargée de lui faire les perfusions jusqu'à ce que Cas' prenne le relais. Le tout au noir et avec du matériel emprunté à l'hôpital – pour lui éviter de devoir payer plein pot sans son assurance.
L'aiguille perça sa peau avec la pression familière dans son avant-bras. Il ferma les yeux en déglutissant tandis que l'aiguille se retirait et que Charlie branchait le tube avec un air professionnel. Ce n'était pas uniquement son stéthoscope qui lui pendait au cou, sa blouse blanche impeccable avec son nom en badge, son air assuré, ses gestes précis – la jeune fille avait visiblement fait d'immenses progrès depuis quelques mois, elle avait gagné en charisme et ressemblait chaque jour un peu plus à un vrai médecin qui sait exactement ce qu'il fait.
- Et voilà, je t'ai préparé un cocktail bien corsé en doxycycline, amoxicilline, azithromycine, cefuroxime, ceftriaxone, le tout relevé d'une pointe d'ibuprofen pour la douleur.
- À tes souhaits, ironisa Dean au ton enjoué de Charlie qui fixait la perfusion à son bras avec un sparadrap transparent et épais.
La douleur dans son genou s'était calmée et ça avait désenflé depuis que Charlie avait drainé le liquide en piquant plusieurs fois avec sa seringue – et ça, bordel, ça avait fait super mal. Son pied bandé aussi le lançait et il prenait bien garde à ne pas trop bouger.
Les mains chaudes de Cas' continuaient de lui masser le genou avec une expertise qui lui fit songer pour la énième fois que plutôt que pharmacien il aurait dû devenir kinésithérapeute. Ses massages étaient toujours divins, que ce soit pour le genou, les pieds, le dos ou la nuque, et le laissaient toujours dans un état de léthargie qui l'endormait très vite comme un bébé.
- Je ne comprends pas.
Dean rouvrit les yeux avec lassitude pour regarder à nouveau son petit frère qui tirait toujours une tronche de deux kilomètres de long.
- Tu comprends pas quoi ?
- Pourquoi ? Pourquoi nous cacher, à Bobby et surtout à moi, que t'étais malade ? Pourquoi Charlie, Balthazar et même Cas' sont au courant et pas nous ?! Sans vouloir t'offenser, Cas', ajouta aussitôt Sammy avec un geste d'excuse.
- Je ne suis pas offensé, le rassura Cas' en cessant le massage pour se relever avec un air austère. Et pour répondre à ta question, Sam, j'ai repéré ton frère lorsqu'il est venu prendre ses médicaments dans ma pharmacie et je l'ai traqué jusque chez lui parce qu'il me plaisait. C'est pour ça que je savais dès le début qu'il avait la maladie de Lyme, tu n'as pas à te sentir laissé pour compte.
Dean se racla la gorge avec embarras.
- Hum. Merci pour la touchante déclaration, Cas'.
Charlie qui retirait ses gants et les jetait dans la poubelle renchérit :
- Et c'est moi qui l'ai diagnostiqué et traité pour lui faire économiser le prix d'une consultation et de l'hôpital. C'était un bon exercice pratique pour moi, même si finalement je pense m'orienter vers la chirurgie à la fin de mon internat.
- Ça ne répond pas à ma question, trancha Sam en plissant les yeux d'une manière qui rappela à Dean ce gamin boudeur et râleur qu'il avait été autrefois. Pourquoi nous le cacher, Dean ?
Avec son jean froissé, son t-shirt délavé qui lui servait de pyjama et ses baskets aux lacets défaits qu'il avait enfilées sans chaussettes, Sam peinait à avoir l'air intimidant. De toute façon, le jour où Dean Winchester serait intimidé par son géant de petit frère n'était pas venu. Même si lui-même n'était guère mieux, les cheveux en vrac et cul nu sous sa chemise d'hôpital ouverte sur le derrière.
- Moi je crois au contraire que ça y répond parfaitement, intervint Jessica qui était restée silencieuse depuis leur arrivée précipitée dans l'hôpital.
Les bras croisés exactement de la même manière que Sammy, la jolie avocate blonde était toujours vêtue de son pyjama sexy, mais sa silhouette était enveloppée dans le trench-coat trop large que Cas' lui avait gentiment déposé sur les épaules dès son arrivée. Nageant dans tout ce tissu beige qui lui descendait presque jusqu'aux chevilles, Jess fixait sur Dean un regard acéré – celui qu'elle réservait à la défense au procès, d'habitude.
- Arrête moi si je me trompe, Dean, mais Charlie a dit qu'elle t'a soigné pour t'éviter de payer... Est-ce que tu as caché tout ça à Sam et Bobby pour une raison financière ?
Un silence s'écrasa dans la chambre, uniquement interrompu par une sonnerie stridente. Charlie plongea la main dans la poche de sa blouse blanche et en sortit son bipeur.
- Oups. On m'appelle pour une urgence. Je vais vous laisser gérer cette conversation gênante sans moi. Peace out, bitches !
Effectuant de la main le salut vulcain avec un tournoiement de blouse blanche, Charlie quitta les lieux d'un pas précipité, les laissant seuls dans une ambiance électrique.
- Une raison financière ? s'assombrit Sam avec un air incrédule. Mais l'assurance de Dean couvre à 100 % les consultations et hospitalisations... n'est-ce pas ?
Dean se pinça l'arête du nez avec un soupir abattu. Entre la fatigue qui le terrassait, son cœur qui n'était plus foutu de battre correctement et son genou qui le torturait, il n'était vraiment pas d'humeur pour cette conversation.
- Je ne devrais pas être là, grommela-t-il en ouvrant des yeux las. Ça va coûter la peau du cul, j'ai pas les moyens de...
La main ferme de Castiel agrippa son épaule et le plaqua de force au lit alors qu'il tentait faiblement de se relever.
- Dean a résilié son assurance santé l'an dernier car il s'est endetté pour payer tes études de droit, Sam, lâcha Cas' d'une voix monotone. C'est pour ça que Charlie et moi l'avons aidé à se soigner.
- Traître... grinça Dean en fusillant le pharmacien du regard.
Cas' soutint son regard empli de reproche avec calme.
- Je ne te laisserai pas quitter cet hôpital tant que tu ne seras pas totalement guéri, Dean. Nous avons bien vu que te soigner à domicile en cachant la vérité à ta famille n'a fait qu'empirer ton état. Charlie a dit tout à l'heure que la maladie de Lyme est en train de devenir chronique et d'évoluer vers le stade 3.
- Ok, tu sais quoi ? Va te faire foutre, Cas'.
- Non.
Le pharmacien avait plissé les yeux d'un air froid en articulant ce mot et Dean était sincèrement incapable de dire s'il s'agissait de sarcasme ou si Cas' l'avait pris au sens littéral. Il soupira et leva sa main libre pour la poser sur celle toujours agrippée à son épaule.
- Attends une seconde, Dean... souffla Sam en venant s'asseoir sur la chaise à côté du lit pour se mettre au niveau de son frère. C'est quoi cette histoire d'endettement pour Stanford ? Tu m'avais dit que maman nous avait ouvert à chacun un compte d'épargne dès notre naissance en prévision de nos études !
Cas' lâcha son épaule doucement mais pas sa main, et s'assit sur le bord du lit en entremêlant leurs doigts comme pour l'encourager à dire la vérité.
Dean tourna légèrement la tête pour regarder Sam avec lassitude.
- J'ai menti, sourit-il malgré les palpitations cardiaques très désagréables qui tambourinaient dans sa poitrine. Je savais que t'aurais renoncé à Stanford si t'avais su qu'on avait pas un rond. Et je savais que tu lâcherais tout si t'apprenais que j'étais fauché et malade, alors je t'ai rien dit. Et j'ai bien fait, comme tu vois : t'es diplômé, t'es un avocat du tonnerre qui gagne le procès du siècle et t'as rencontré ta fiancée. Je regrette pas une seconde ce que j'ai fait.
Les yeux de chien battu de Sammy se mirent à briller de larmes qui ne débordaient pas. Il empila lui aussi sa main sur celles jointes de Dean et Castiel.
- Mais maintenant, c'est à notre tour de t'aider, affirma-t-il avec détermination. Alors fais comme Cas' dit et reste dans ce lit. Rétablis-toi et laisse-nous gérer les frais.
Dean eut un rire amer en secouant la tête.
- Ah ouais ? Et comment vous comptez payer tout ça, hein ? Même si la banque d'Azazel s'effondre et que les intérêts de tous les prêts sont reconnus comme abusifs comme t'essayes de le prouver dans le procès, même si ma dette est annulée... Cas' et moi on s'est ruinés à acheter un appartement, Bobby est au bord de la faillite et vous, vous aurez bientôt votre mariage à financer. Non, dès que cette perfusion est finie, je me barre d'ici et je me démerderai comme je l'ai toujours fait. Je survivrai.
Derrière les épaules de Sam, Dean vit Jessica approcher d'un pas feutré, ses chaussons frôlant à peine le sol.
- Tu n'as plus besoin de te sacrifier, Dean, souffla la jolie blonde avec un pâle sourire. Mes parents ne refuseront pas d'apporter une aide financière à mon futur beau-frère. Si on remporte le procès comme je le crois, on aura largement de quoi payer l'hôpital ET notre mariage, alors ne t'inquiète de rien.
Jess déposa elle aussi sa main fine et gracieuse sur la pile de trois mains.
- Balthazar t'aidera si je le lui demande, ajouta Cas' d'une voix rocailleuse. Il sera même ravi de voir qu'on ne peut pas se passer de lui, le connaissant. Et il me reste encore quelques économies de côté.
- Mais...
Dean n'eut guère l'occasion de protester, qu'ils sursautèrent tous lorsque la porte de la chambre s'ouvrit avec fracas. Ils tournèrent tous la tête et se lâchèrent la main pour voir entrer un Bobby furibond dont les yeux lançaient des éclairs.
Grommelant dans sa barbe en retroussant ses manches avec humeur, l'homme barbu traversa la pièce à grandes enjambées furieuses – Castiel, Sam et Jessica s'écartèrent automatiquement pour lui dégager le passage.
- Espèce d'idjit ! cracha-t-il en empoignant la chemise d'hôpital de Dean pour le relever de sorte à ce qu'il lui parle nez à nez. J'ai cru avoir une crise cardiaque avec l'appel de Sam, et Benny vient de tout me raconter ! Pour qui tu te prends, à me cacher pendant des mois que t'es malade et que t'as même pas de quoi te payer des médicaments ni l'hôpital ? Tu t'es pris pour la dame aux camélias ou tu voulais juste faire la princesse en détresse ?
Dean écarquilla les yeux avec une inspiration de surprise, soulevé par la poigne rude de son père adoptif. Mais derrière la colère et son expression orageuse, son visage se convulsait d'inquiétude paternelle et ses yeux étaient embués de larmes.
- Je suis désolé, Bobby... s'excusa-t-il en essayant de rajuster la chemise qui était en train de se défaire et risquait de le laisser à poil devant tout le monde. Je pensais réussir à tout gérer seul et n'inquiéter personne, et j'ai failli y arriver. S'il n'y avait pas eu cette rechute...
La respiration de Bobby s'était faite laborieuse alors qu'il relâchait Dean en lui pressant maladroitement l'épaule.
- Sam et toi je vous considérais déjà comme mes fils bien avant que je vous adopte officiellement, déclara-t-il en s'asseyant lourdement sur le bord du lit. Alors quand tu as le moindre problème, quel qu'il soit, tu m'en parles et je trouve une solution. Je suis là pour vous aider et vous soutenir tous les deux. C'est à ça que je sers, alors ne t'avise plus de l'oublier, et surtout pas pour m'épargner ou une connerie de ce genre ! Tu n'as plus la responsabilité du bonheur de cette famille, c'est MA responsabilité ! Est-ce que je me fais bien comprendre, fiston ?
Dean cilla, la gorge si serrée qu'il en avait du mal à respirer – et ça n'avait rien à voir avec les symptômes de sa foutue infection bactérienne.
Aussi hocha-t-il la tête en silence, incapable d'articuler un mot. Derrière Bobby, il pouvait voir les silhouettes immobiles de Sam, Jess et Cas' qui le regardaient, l'émotion à vif dans leur regard.
Et derrière encore, adossé contre l'encadrement de la porte, Benny se tenait là les mains dans les poches à observer de loin.
- La famille ne s'arrête pas avec le sang. » acheva farouchement Bobby, le regard sombre sous la visière de sa casquette.
Le regard de Dean passa du visage de son père adoptif à celui de son frère qui serrait la main de sa fiancée, puis de Benny qui esquissait un sourire en coin, et pour finir, Cas' qui se tenait à ses côtés à veiller sur lui. Dean voulut articuler un remerciement, mais l'émotion étouffa ses paroles et il ne put qu'acquiescer en baissant les yeux.
Une larme solitaire dévala sa joue jusqu'à mourir au coin de ses lèvres où naissait un sourire.
