Boum
-Je savais qu'un jour ça ne retomberait sur la figure ! Je le savais !
John Watson fulminait au bas de leur appartement. Les murs étaient noircis, un trou béant remplaçait le lieu qu'avait été le salon de l'endroit où il vivait avec son colocataire, celui-ci assis sur un morceau du mur gisant à présent dans la rue. Ils avaient tous deux des couvertures orange sur les épaules et le médecin faisait les cent pas en rageant, le détective consultant le regardant faire sans rien laisser paraître.
-Je t'avais dit d'arrêter de lui parler ! cracha le blond en pointant un doigt sévère sur Sherlock Holmes. Mais bien évidemment tu préfères mettre nos vies en danger plutôt que de m'écouter !
Le brun ne répondit pas. Il ne haussa même pas les épaules. Il gardait le silence, suivant les allées et venues de son compagnon, les mains jointes sous son menton.
-Tu vas nous tuer, un de ses quatre ! Tu vas nous tuer ! cria alors John en manquant de s'arracher les cheveux.
Gabriel Lestrade accourut vers eux pour savoir s'ils allaient bien. Il préféra s'arrêter à quelques mètres pour attendre que la tempête Watson cesse et se calme d'elle-même.
-TU ES IMMATURE SHERLOCK !
L'inspecteur de police fit la grimace en entendant cela. Le manque de réaction de l'autre lui fit comprendre aisément qu'il n'allait pas s'excuser auprès de John et que ce dernier n'était nullement prêt à redevenir tranquille. Fallait-il intervenir ?
Il se tourna vers Mycroft Holmes, aîné de celui assis au milieu des décombres, et lui demanda silencieusement ce qu'il fallait faire. L'homme travaillant pour le MI-6 ne dit rien, se contenta de jeter un coup d'œil sévère à son cadet avant de demander des explications.
-Nous n'avons pas encore réussi à les avoir, justement, marmonna Gabriel en se grattant la nuque.
-JE TE JURE QUE SI TU NE CESSES PAS DE LUI PARLER, C'EST MOI QUI VAIS ALLER AU DEVANT DU PROBLÈME SHERLOCK !
-J'imagine que nous n'allons pas tarder à le savoir, chuchota Mycroft en se postant juste à côté de son amant. Encore un coup de Moriarty ?
-J'ai l'impression...
Ils virent John tomber à genoux devant le détective. Ils virent le brun grimacer, ses lèvres se tordre en une moue indescriptible, puis une main prendre avec timidité et gêne celle du médecin.
-Ça ne se reproduira pas, souffla-t-il en baissant la tête.
-Mais... Mais qu'est-ce qu'il t'a dit pour que ça saute, Sherlock ? gémit le blond en prenant un masque désespéré.
-Eh bien il m'a nargué comme quoi je n'étais absolument pas capable de faire une bombe à retardement avec des restes de chimpanzé, un four à micro-ondes et une cuillère à café. Alors j'ai dû lui prouver que si, j'en étais parfaitement capable. La preuve !
Il écarta les bras pour englober la scène. Il y eut un lourd silence.
-Sherlock...
-Ce ne serait pas arrivé si vous ne m'aviez pas empêché de suivre les autres enquêtes ! lança le détective en se tournant vers Gabriel. Ce n'est pas parce que j'ai manqué d'humanité au cours de la dernière qu'il fallait me priver de ça !
-Sherlock tu avais osé dire au mari de la défunte que sa femme avait bien fait de se faire assassiner car tu commençais à en avoir assez de récupérer tous les chats du quartier pour les disséquer sur la table de la cuisine ! s'emporta John en fermant les yeux.
-Et ? En quoi est-ce un manque d'humanisme ?
-Ce type est un protecteur des animaux ! TOUT dans son appartement le prouvait !
-Et alors ? Ce n'est pas la première fois que je dis ce que je pense ! Vous devriez y être habitué ! Ce n'était pas une raison pour ne pas me passer d'enquêtes !
-Si Gabriel ne nous a pas appelé c'est parce qu'il n'y a pas vu d'intérêt ! Tu n'avais pas à faire péter l'appartement parce que tu t'ennuyais !
L'inspecteur de Scotland Yard secoua la tête, dépité, et préféra rebrousser chemin plutôt que d'avoir affaire à ces deux-là. Mycroft le suivit (non sans avoir levé les yeux au ciel) et avec une légère grimace à la figure. Il n'avait pas vraiment envie de rapporter tout cela à leur mère...
