Ziva, après avoir repris ses esprits, décida d'aller voir Ducky, car lui, elle en était sûre, n'essaierait pas de la dissuader de partir. Il ne commenterait pas ses motivations, et la laisserait tranquille.
-Ah … dit le légiste en voyant l'Israélienne entrer dans sa morgue. Ziva …
- Ca va ? répondit l'intéressée d'un ton presque naturel.
- Oh mais très bien ma chère, et toi ? J'ai entendu dire que tu voulais …
- Partir. Coupa Ziva, se raidissant.
- Oh, à chaque fois que quelqu'un dit ça, j'ai l'impression que la personne veut se suicider, alors qu'en fait, c'est juste qu'elle veut…, l'entrain de Palmer se stoppa et il réalisa encore une fois qu'il avait un humour bizarre lorsqu'il vu les regards que lui lançaient Ducky et Ziva. Nous quitter.
- Euh, Jimmy, peux tu aller demander pour moi à Abby si elle vient à mon repas le 3 Janvier ?
Palmer comprit le message, et s'en alla.
- Donc, tu vas t'en aller…Et puis-je savoir les raisons de ce départ ? Demanda Ducky en enlevant des radios du panneau. Il ne l'avait pas une seule fois regardée, ce qui avait surpris et déstabilisé Ziva, qui s'était attendue à un autre accueil.
- Euh, c'est-à-dire que… Elle se reprit. Mon père a besoin de quelqu'un qui a l'habitude de l'espionnage et des missions sous-couverture en Europe. Je me suis dit que…c'était une bonne chose de –euh faire une pause-euh… Ducky la regardait maintenant dans les yeux, d'un regard sceptique, qui la déstabilisa de nouveau, mais cette fois, ne se reprit pas tout de suite.
- Ziva, si en venant tu espérais que je te supporte dans ta démarche, tu t'es trompée. Même si je le désirais, je ne pourrais pas te soutenir là-dessus. Cette attitude m'a même surprise de ta part, vois-tu.
Il avait un ton froid, un regard grave, qu'elle ne lui connaissait pas.
Mais cette fois, elle n'allait pas se laisser faire, non.
- Quelle attitude ? demanda-t-elle, sur un ton de défis.
- Quelle attitude ? répéta Ducky dans un soupir. Voyons Ziva…Ce n'est pas dans ta nature de te défiler.
Ils étaient face à face, chacun d'un côté d'une table d'autopsie, et se regardaient dans les yeux.
- Ni de fuir. Ton comportement et tes réactions ne sont pas habituels depuis quelques temps. Je suis bien placé pour le savoir, car c'est à moi que tu viens te confier. Et d'après ce que j'ai compris de toi, de ton fonctionnement, je sais que c'est parce que tu perds tes repères, tu remets en cause tes principes les plus fondés. Cela peut se produire lorsque le sujet ressent une émotion, un sentiment jusqu'à alors inconnu, ou alors ignoré mais que plusieurs choses le lui rappellent sans cesse, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rester à juste les ressentir, jusqu'à ce qu'il ressente le besoin de faire quelque chose en conséquence de ce sentiment. Et là précisément, je pense qu'il s'agit de l'amour et du remord.
Pendant toute son explication, il ne l'avait pas quittée des yeux, son regard la sondant, guettant sa réaction. Qui ne se fit pas attendre.
Elle eu un petit mouvement de surprise, puis sa gorge se serra, et des larmes perlèrent aux bords de ses yeux.
Elle savait à quel risque elle s'exposait en venant lui se confier à lui, celui qu'il en profite pour creuser en elle pour comprendre ses moindres réactions. Après quelques temps, elle pensait être assez bien protégée, et avait confiance en lui. Elle croyait avoir le contrôle : il ne pouvait pas voir au-delà de ce qu'elle voulait bien lui montrer.
Mais au bout d'un moment, elle avait compris que si, il était passé outre sa carapace et fouillait petit à petit en elle.
Sans doute pour lui laisser l'illusion d'être protégée, il ne lui en avait jamais parlé, et n'avait jamais cherché à lui prouver sa réussite. Cependant, elle ne pensait pas qu'il était allé si profond, et l'entendre dire exactement ce qu'elle avait ressenti lui causa un choc.
Ces sentiments là en particulier, elle avait cherché à les cacher au plus profond d'elle-même, et croyait avoir réussi. Mais il les avait trouvés. Et analysés. Presque comme Gibbs.
- Et alors ? Je ne vois pas en quoi cela vous concerne, Docteur, répliqua-t-elle, continuant de le défier, même si sa voix tremblait et la rendait beaucoup moins crédible.
- Cela me concerne car cela te concerne, Ziva. Ainsi que cela concerne tout le reste de l'équipe, et c'est pourquoi nous faisons tous tout notre possible pour te garder parmi nous.
Ces mots avaient été prononcés d'une voix plus douce. L'Israélienne ne répondit pas tout de suite.
- Je fais ce que je veux. Je suis libre. Vous n'avez rien à me dire !
- Bien sûr. Mais permets-moi de quand même te donner un conseil : dis-lui. Je suis sûr que cela t'aidera, et même si cela ne te fait pas rester ici, tu partiras tranquille.
- MAIS QU'EST-CE QUE VOUS AVEZ TOUS AVEC CA ? hurla Ziva, qui s'enfuit de la salle et se réfugia dans l'ascenseur qu'elle arrêta encore une fois.
Ca, c'était une mauvaise, mais alors très mauvaise idée, que d'avoir hurlé. Tout l'étage du dessus avait dû l'entendre, ou entendre un hurlement et alors quelqu'un allait contacté Ducky qui aurait expliqué ce qui s'était passé. Et tout le monde allait la regardé encore plus bizarrement lorsqu'elle monterait.
C'était parce qu'elle avait perdu le contrôle. Oui, elle, Ziva David, officier de liaison surentrainé, fille du Directeur du Mossad, avait perdu le contrôle. Pendant une simple discussion.
Stop. Elle devait tout arrêter. Si elle ne se contrôlait plus maintenant, alors qu'elle n'avait pas encore vraiment parlé avec son père, ça promettait pour la suite. Elle ne devait pas arriver au Mossad déstabilisée, faible.
Surtout, ne plus parler avec ses collègues jusqu'au surlendemain matin. Après tout, ce n'était pas énorme, juste un jour et demi, par rapport à certaines missions qu'elle avait faite lorsqu'elle était encore une Autre, une Ziva sans sentiment. Mais justement, elle n'était plus cette personne. Elle avait changé, évolué ! Maintenant, elle avait besoin de contacts, de contacts avec ces personnes avec qui elle s'était trop liée, comme elle le réalisait. Car ce n'était même pas des amis pour elle, mais une famille, comme celle qu'elle n'avait jamais eue.
Elle ne pourrait pas…Rien que de les éviter, ne plus devoir leur parler pendant quelques heures, ne rien leur montrer, redevenir cet être froid et insensible qu'elle avait été, lui paru impossible. Elle s'imagina alors, perdue dans un désert, seule, désespérée, repensant à ses collègues, se disant qu'avec eux, tout se finissait toujours bien, et que par sa faute, elle allait mourir sans jamais les revoir.
Mais non, cette fois ci, tout ne se finirait pas bien, puisque malgré tout ce qu'ils pouvaient et pourraient lui dire, elle partirait.
