« "Je t'aime.
— Je t'aime aussi Percy."
— Voici l'enregistrement audio qui a fuité après le piratage du téléphone de l'actrice Circé, dit le présentateur du show télévisé. Il semblerait que Percy Jackson et Circé aient une relation bien plus qu'amicale, et la disparition d'Annabeth Chase aux côtés du sportif semble correspondre avec cette nouvelle relation qui tombe comme un cheveu dans la soupe. C'est vrai, continua l'homme en costume. Circé débarque à New York et soudainement tout s'enflamme, nous qui pensions que Percy allait enfin faire sa demande à la fille unique de Tina Chase voilà que le couple se sépare avant même qu'on le ne remarque quelque chose. Alors est-ce un nouveau coup de Circé ou la réalité ? N'oublions pas que dès qu'elle s'approche de quelqu'un, la vie de cette personne semble s'effondrer. La question est donc la suivante, enfin les questions : est-ce réel ? Et si ça ne l'est pas, à qui veut-elle nuire ? Percy ou Annabeth ? Nous continuons d'enquêter et… »
Percy éteignit la télévision sans un mot. Blackjack assit à ses côtés regardait son maître avec un œil préoccupé, comprenant bien qu'il n'était pas dans son état normal. Le vibrement de son téléphone attira leur attention vers l'objet et Percy l'attrapa sans soupirer à l'idée de lire de nouvelles insultes. Depuis que la rumeur s'était répandu, les gens lui tournaient le dos, comme l'avait prédit son père. Ses « fans » l'insultaient, les supporters n'approuvaient pas que Circé soit présente à ses entraînements et les sponsors semblaient bien d'accord. Seuls ses amis semblaient comprendre mais il avait ce doute incessant qui lui vrillait les entrailles, ce doute qu'ils allaient finir par faire comme les autres, partir et ne plus se retourner.
« Bonjour Percy, je pense qu'il faut que l'on discute toi et moi. Retrouve-moi si tu le peux au Starbucks de la première avenue dans une heure. À plus tard, Annabeth. » - Annabeth
Ce qui choqua Percy en premier lieu fut le ton formel qu'elle n'utilisait qu'avec ses clients ou avec Léo pour rire, un délire incompréhensible entre eux. Elle n'avait jamais fait ça avec lui. Jamais. Percy se mit à paniquer, elle allait le quitter et il ne pouvait rien y faire. Il le savait.
Il avait envie d'y aller à ce café, pour la voir, la toucher, lui parler. Mais il avait aussi envie de fuir ce café, de ne jamais y aller pour rester dans sa bulle de déni qui l'enveloppait si bien. Pourtant, il se prépara. Il n'avait pas le choix en fin de compte, ne pas y aller ne changerait rien à part peut-être qu'elle serait encore plus en colère contre lui. Pas la meilleure idée en somme.
Il arriva devant la façade du Starbucks et soupira. Son attention fut tout de suite happée par la présence d'Annabeth dans un coin de la salle, emmitouflée dans un gros pull qui devait appartenir à son père ou à Grover, la blonde fixait son chocolat d'un air morne. Ses cheveux attachés en une queue de cheval mal faite lui donnait un air malade, son teint blafard et les cernes sous ces yeux n'aidant pas. Percy sentit son cœur se serrer en l'imaginant pleurer à cause de lui, en l'imaginant souffrir à cause de lui.
« Salut, dit-il dans un souffle alors qu'il prenait place face à elle.
— Bonjour.
— Désolé, y'a eu un soucis sur la route, j'ai prit plus de temps que prévu.
— C'est pas grave. »
Un silence gênant comme il n'en avait jamais eu entre eux prit place et Percy sentit sa respiration se faire plus pressée, son sang bouillonnant dans ses veines et ses poumons se contracter douloureusement alors qu'Annabeth levait les yeux vers lui.
« Tu sais pourquoi je t'ai demandé de venir, dit-elle doucement comme si sa voix avait quitté son corps en même temps que son bonheur.
— Oui.
— Je pense que c'est pour le mieux.
— Annabeth…
— Pour moi mais aussi pour toi. Tu seras libre et…
— Je ne veux pas ! coupa-t-il brusquement la faisant sursauter. Je ne veux pas, répéta Percy dans un souffle. Je te veux toi.
— Arrêtes.
— Il faut que tu m'écoutes d'abord ! Ce qu'il se passe, c'est irréel, c'est…
— Percy je t'en pris, sanglota Annabeth le faisant s'arrêter net. Tu ne peux pas dire ça après lui avoir dit… Après… »
Annabeth prit le temps de calmer sa respiration alors qu'il restait muet, incapable de répondre.
« C'est mieux comme ça. Je demanderais à Grover de venir chercher mes affaires d'ici peu. »
Percy aurait voulu hurler qu'il en était hors de question, qu'il l'aimait plus que sa propre vie et qu'il ferait tout pour elle, mais il ne fit rien. Annabeth se leva, laissant un billet sur la table pour payer sa consommation et s'en alla la tête basse et les épaules secouées par ses larmes. Il l'avait perdu.
Il l'avait perdu.
Perdu.
Annabeth.
Le prénom de la blonde résonnait dans sa tête, son visage meurtri tournant dans sa mémoire. Il l'avait perdu.
Percy se fit réveiller par Blackjack qui réclamait de quoi manger et le brun se leva pour lui servir ses croquettes, retournant se coucher sans un mot, sans un geste de plus. Il n'était qu'un zombie depuis une semaine, verrouillant sa porte et éteignant son téléphone, personne n'avait pu venir le voir depuis qu'Annabeth avait mit le point final à leur relation.
« Percy ! fit une voix derrière la porte d'entrée. Percy, c'est Nico. Ouvres. »
Rien.
Le brun regardait l'oreiller inoccupé à côté du sien, fixant l'endroit où la jeune femme dormait habituellement.
« Percy ! Ouvres, fit la voix de son cousin. Ok, si tu es derrière, écartes toi. Léo, dégommes-moi cette porte.
— C'est comme si c'était fait. »
Un bruit tonitruant se fit entendre puis plus rien. La porte d'entrée se déverrouilla et les garçons entrèrent, cherchant Percy jusqu'à le trouver en boule sous sa couverture, un t-shirt d'Annabeth plaqué contre son nez.
« Bon sang, siffla Léo. C'est lui cette odeur ?
— Ok, étape numéro 1, lui faire prendre une douche, soupira Nico. Jason ?
— Je vais faire couler l'eau. »
Tout ce passa sans que Percy ne réagisse, comme s'il n'était qu'un légume, qu'un corps sans âme. Les garçons le mirent sous l'eau et attendirent qu'il se lave mais sans grand résultat. Nico grommela des insultes envers son cousin mais se retrouva bien vite en caleçon sous le jet d'eau pour venir s'occuper de lui, Jason tentant de faire réagir Percy alors que Léo préparait de quoi manger après avoir sorti Blackjack.
Percy se fit installer par Jason sur le canapé, et ce dernier alluma une série Netflix amusante pour le détendre pendant qu'ils s'occupaient de l'état de l'appartement. Une semaine sans sortir mais aussi sans sortir le chien. C'était un véritable dépotoir.
« Faut que tu parles, Percy, dit Nico soudainement. À nous, à Perspéhone même si tu le veux, mais faut que tu parles.
— Elle m'a quitté.
— Oui.
— Bon sang, siffla Jason. Vous deux, vous avez un manque de tact !
— C'est un fait, Jason, reprit Léo. On ne va pas dire non pour lui faire plaisir. Elle l'a quitté. Point. Faut que ça rentre et qu'il digère.
— Il faut…
— Ils ont raison, Jason, le coupa Percy. Je dois digérer. Je vais y arriver, il me faut juste du temps.
— Tu veux qu'on fasse quelque chose ?
— Vous pourriez m'amener chez mes parents ?
— Ouais. On va faire ça. Je vais préparer une valise, souffla Nico. Appelez Sally, elle s'inquiète. »
C'est ce qu'ils firent. Sally les attendait devant la porte d'entrée du Complexe Poséidon lorsqu'ils arrivèrent avec Percy et Blackjack, le chiot, ravit d'être de nouveau sorti, couru jusqu'à la maison et alla directement jusqu'au bureau de Peter pour dire bonjour. Percy, lui, resta interdit devant le bâtiment qu'Annabeth avait totalement fait rénové.
« Je veux ma chambre.
— Tu es sûr ? Tu auras plus d'indépendance ici et…
— Maman. Je veux juste ma chambre, s'il te plaît. »
Sally acquiesça. Percy monta les escaliers jusqu'à sa chambre d'enfant, croisant son père et son chien en haut qui attendaient. Peter prit son fils dans ses bras, le laissant aller à ses émotions, et pour la première fois depuis qu'Annabeth avait disparu de son champs de vision une semaine plus tôt, Percy éclata en sanglot.
