Chapitre huit : La fête à laquelle je n'ai pas assisté


Le 13 mai

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Les Maraudeurs doivent être les garçons les moins organisés que je connaisse. Franchement ; je comprends pourquoi ils sont si proches. Ils ont TOUS attendu la dernière minute pour organiser cette fête. Nous sommes donc à cet instant dans la Salle Commune des Gryffondor, quelques heures seulement avant la soirée, en train de bouger les chaises et d'essayer de faire une installation correcte. Mais ils sont plutôt en train de faire les andouilles.

Cependant, ils ne savent pas la fermer - tout le monde sait qu'il y a une fête.

Mais RIEN N'EST PRÊT !

- Je pense toujours qu'il faudrait décorer la pièce, marmonna Scorpius, l'air perdu, tandis que lui et Aiden soulevaient une table pour l'enlever du milieu.

Je soupirai et retirai mes cheveux blonds et poisseux de ma figure.

- Non, dis-je pour la énième fois. On n'a pas de temps pour ça.

- En plus, tout le monde s'en moque après avoir bu quelques verres de Whisky Pur Feu, ajouta Luke, tout sourire, alors que lui et Al poussaient un canapé sur le côté.

- Boire du Whisky Pur Feu est un point de la Liste, non ? demanda Aiden en collant une table contre un mur. On devrait peut-être faire ça, ce soir !

- Mouais... On avait prévu de faire ça à Pré-au-Lard, fit Al, pensif, reposant le canapé par terre et en se laissant tomber dedans. Je me trompe ?

- C'est la première fois que j'entends parler de ça, fis-je remarquer alors que les gars secouaient la tête en réponse à Albus.

- Ah bon ? On en a parlé hier, répondit Scorpius en fronçant les sourcils.

Je m'allongeai par terre et soupirai bruyamment.

- Vous en avez parlé dans votre dortoir ? leur demandai-je l'air renfrogné, les yeux vissés sur le plafond, résignée.

- Ouais ! fit Luke en me lançant un coup d'œil depuis l'autre côté du canapé qu'il était en train de pousser contre le mur, la confusion peinte sur le visage. Pourquoi t'étais pas là, d'ailleurs ?

Je me frappai le front de la main. Vraiment, je m'inquiète pour ces types.

- Soph, tu traînes tout le temps dans notre dortoir, fit remarquer Aiden en sortant sa baguette pour faire disparaître des saletés qui étaient sur les tables.

- Bref, dis-je pour changer de sujet, en espérant que le rouge eût déserté mon visage. Quand est-ce qu'on va à Pré-au-Lard ?

- Quelques jours avant les examens, me répondit Scorpius en sautant sur le canapé à côté d'Al.

J'ouvris la bouche, surprise.

- On ne devrait pas plutôt passer notre temps à réviser ? leur demandai-je, sourcils froncés.

Luke haussa les épaules.

- C'est le seul moment où on peut y aller, m'expliqua-t-il en se laissant tomber dans un fauteuil. On a fini de tout installer ?

- J'imagine, fis-je rapidement, mais il faut vraiment que je réussisse en Défense...

- Ne t'en fais pas pour ça, tu vas y arriver, m'interrompit Al en me lançant un sourire encourageant.

Je sentis mon cerveau s'embrumer tandis que je me mettais littéralement à fondre, m'installant joyeusement par terre.

Je trouve qu'il est assez inquiétant de voir comme Al arrive à contrôler mes émotions. Mais tant qu'il continue de me sourire, je pense que ça me va.

J'aime bien être dans ses bras, aussi.

- D'accord, acquiesçai-je, étourdie.

Waouh. Mes mots semblaient sortir d'une de ces filles écervelées qui consacrent leur vie entière à penser à un garçon bien précis : un garçon de rêve, sexy, parfait. Regardez-moi, j'ai même les cheveux blonds ; quel stéréotype !

Mais je ne suis pas comme ça, je vous le jure.

Bon, je m'évanouis quand Al ne fait que me sourire. Je suis comme ces filles, finalement. Facilement satisfaite - mais pas dans le genre provocatrice. Franchement...

... Merde, quoi, je suis pire que Vanessa Brown !

Bon, au moins je ne me pavane pas en mini short et en soutien-gorge sur le terrain de Quidditch. J'aime bien porter des vêtements, que vous le croyiez ou non. Merlin sait que Luke est facilement distrait au début des matchs quand Vanessa se sent d'humeur à les "encourager". Je me demande si Al aimerait que je fasse ça...

NON ! Je ne suis pas si désespérée que ça. Jamais je ne m'abaisserai à un tel niveau.

Stupide pari...

- J'imagine que ça va se rayer de la liste dès que la fête commencera, non ? leur demandai-je en m'étirant un peu.

Les garçons m'ignorèrent et continuèrent de discuter de leurs projets pour Pré-au-Lard, et de je-ne-sais-quoi-d'autre.

- Hé ! Il y a une FÊTE qui commence dans moins de dix minutes !

Rien.

- Les gens vont bientôt commencer à arriver !

Sérieux ? Toujours rien ?

- 'Y a une fille avec des gros seins qui arrive !

Typique.

Ils se retournèrent, cherchant avidement dans la Salle Commune la fille qui n'existait pas. Je levai les yeux au ciel, m'approchai d'eux à grands pas, et claquai des doigts devant la tête de Luke.

- Va te préparer, lui dis-je en croisant les bras d'un air de défi.

- Va-t'en, Soph, fit-il d'un ton absent, en regardant par-dessus mon épaule.

J'en restai bouché bée. Mais il est bête à quel point, au juste ?

- Tu sens mauvais, Luke, me plaignis-je.

- J'avais entrainement ce matin, et...

- Est-ce que j'ai précisé que Vanessa serait à notre soirée ?

Waouh, c'était rapide ! Scorpius et Al se mirent à rire et le suivirent dans leur dortoir, toujours en train de parler d'on-ne-sait-quoi. Je m'éloignai vers le dortoir des filles, quand je fus retenue.

Par les cheveux.

C'est très bizarre, d'avoir mal quand on vous tire les cheveux. Ce n'est pas vraiment douloureux pour les cheveux eux-mêmes (après tout, ils ne sentent rien), mais ma tête a l'impression de recevoir le sortilège Doloris. Toutes les filles qui lisent ceci devraient comprendre la douleur horrible que je traverse, non ?

Voulez-vous bien l'expliquer à Aiden ?

Je lui lançai un regard noir, me frottai l'arrière du crâne et refoulai les larmes qui me piquaient les yeux.

- Aiden, un de ces jours...

- J'ai besoin de ton aide.

Il semblait inquiet et vulnérable ; mais j'avais vraiment mal à la tête. Alors je me mis à rire.

Je suis horrible.

- Tu aurais dû y penser AVANT de tirer mes cheveux, répliquai-je en me massant la tête.

Il me supplia du regard.

- S'il te plait, fit-il d'une petite voix.

Je soupirai.

- Si c'est à propos de Lily, je...

- Je suis désespéré, Soph ! m'implora-t-il de ses grands yeux noisette. Ce pourrait être ma dernière chance de convaincre Lily une fois pour toutes que...

- C'est là que j'ai un problème, le coupai-je, sentant ma précédente colère refaire surface. Je ne veux pas que tu la convainques, pour pouvoir dire ensuite que tu t'es tapé toutes les filles de Poudlard...

- C'est différent, Soph !

Il se mit à faire les cent pas, le visage plissé de concentration et de douleur.

- Je ne veux pas coucher avec elle.

Je croisai à nouveau les bras, sceptique.

- Ah bon, t'es sûr ?

- Ben... D'accord, bien sûr que je veux coucher avec elle, avoua-t-il, mais pas que ça. J'aime passer du temps avec elle. C'est pas juste pour...

- Tes hormones ? lui proposai-je.

- Voilà, fit-il en hochant violemment la tête. C'est bien plus que ça.

Il avait les yeux pleins d'espoir. Et, malheureusement, il ne me laisserait probablement pas tranquille jusqu'à ce que j'accepte.

Je laissai mes bras retomber le long de mon corps et regardai le sol, résignée.

- Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?

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- C'est stupide ! sifflai-je en direction d'Aiden, en m'entendant à peine à cause de la forte musique beuglante. Qui organise une fête avec plein d'alcool mais pas de nourriture ?

- Va chercher Al pour qu'il t'aide, répondit-il en regardant par-dessus la tête des élèves d'un air distrait. Il saura trouver de la nourriture, et ça devrait me donner assez de temps avec Lily.

- Je ne peux pas distraire Al, insistai-je pour la énième fois. Je ne sais pas comment faire !

- Bien sûr que si, répliqua-t-il comme si c'était évident. Si tu portais une robe, ça aiderait, mais tu as choisi de porter... ça.

- Je ne suis pas une provocatrice, Aiden, râlai-je, les dents serrées.

Il me fit un geste évasif de la tête en direction d'Al, qui discutait avec deux gars de l'équipe de Quidditch.

- Vas-y, et n'oublie pas d'avoir l'air d'être dans tous tes états, ajouta-t-il en s'éloignant joyeusement à travers la foule.

Je soupirai et secouai la tête avant de me diriger vers Al.

C'est l'heure du spectacle !

- Al !

Je l'attrapai par le bras et le tirai de force vers moi d'un geste rapide. Je voulais que mon problème lui semble extrêmement urgent, comme si j'avais besoin de son aide et que ma vie était en jeu. Malheureusement, il ne s'attendait pas à mon agressivité et trébucha en avant, en gros, en me faisant accidentellement tomber par terre. Et, la cerise sur le gâteau, il tomba aussi.

Sur moi.

Ça ne faisait pas partie de mes plans. (Je suis sérieuse !)

Il s'enleva précipitamment de moi tandis que les deux garçons sifflaient en s'en donnant à cœur joie. Rougissante, je me relevai et évitai ses yeux.

- Désolée, marmonnai-je en ramenant des cheveux en avant pour me cacher le visage.

Il se baissa, cherchant mon regard, et ses sourcils se froncèrent d'inquiétude.

- Ça va ? me demanda-t-il en ignorant les mecs qui ricanaient derrière lui.

- En fait, j'ai besoin...

- Je t'ai fait mal quand je... ?

Il s'arrêta là, en espérant clairement ne pas avoir à terminer sa phrase. Je secouai vivement la tête pour le sortir de sa détresse.

- Non, non ! Tout va bien ! couinai-je. Mais j'ai vraiment besoin de ton aide. On a un problème.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Il nous faut de la nourriture, dis-je d'une petite voix pour que les élèves autour de nous ne m'entendent pas.

Alors qu'il se penchait vers moi pour mieux m'entendre, mon cœur s'accéléra.

- Quoi ?

- Il nous faut de la nourriture ! répétai-je un peu plus fort en essayant de garder des pensées claires alors qu'il était si proche. On a de l'alcool, mais on n'a rien à manger.

Heureusement, il se recula pour regarder la pièce et se rendre compte qu'en effet il n'y avait aucune nourriture. Je soupirai de soulagement.

Ne me regardez pas comme ça !

- J'imagine qu'on devrait aller en chercher, alors, dit-il en me regardant à nouveau.

Je hochai la tête.

- Ouais. Tu veux bien m'aider ?

- Oui, bien sûr...

Il fit un geste de la main à ses coéquipiers, qui souriaient toujours d'un air entendu, et me suivit hors de la Salle Commune. Ce n'est qu'à ce moment que je compris à quoi ça ressemblait.

Oups !

- Tu t'amuses bien ? me demanda-t-il en enfonçant les mains dans ses poches tandis que nous descendions dans les étages du château.

Je haussai les épaules, ne ressentant qu'une chose : la culpabilité de l'éloigner d'Aiden et de Lily.

- Mouais. C'est un peu stressant de faire partie des organisateurs, lui répondis-je honnêtement.

Il acquiesça d'un air compréhensif, et resta silencieux. On pouvait entendre nos pas claquer contre les marches. Plus les minutes passaient, plus la gêne s'installait.

Ce qui est assez triste, car après ces quelques semaines, je pensais qu'on aurait au moins pu se considérer comme étant amis.

Est-ce que des amis ont des moments de gêne, en général ?

- T'as décidé dans quelle école de guérisseurs tu veux aller ? me demanda-t-il en essayant de briser la glace.

Je laissai échapper un rire creux et ironique.

- Pour l'instant, il faut que je réussisse la Défense, avouai-je, sentant la peur assaillir mon ventre, tandis que nous tournions dans un autre couloir. C'est la seule matière qui m'empêche de me projeter.

Al parut mal à l'aise.

- Je t'assure que tu vas t'en sortir.

- J'ai un problème de stress.

Comme là, maintenant, tout de suite : je suais à grosses gouttes, aussi dégoûtant que cela paraisse. J'imagine que si j'avais mis la robe qu'Aiden m'avait dit de porter, je n'aurais pas transpiré autant - mais ça aurait aussi voulu dire que je n'aurais pas pu me pencher sans montrer mon décolleté à tout le monde. Nan, j'avais décidé de porter des vêtements normaux, et ça me cachait assez pour garder la sueur à l'intérieur.

Pourquoi étais-je si stressée ?

Peut-être que c'était parce que j'étais seule avec Al dans un couloir sombre, sans oublier qu'il faisait plutôt chaud dans le château à cette période de l'année. Je soupçonnais cependant que la température n'y était pas pour grand chose.

Imaginez mon état le jour de l'examen pratique de Défense.

- Tu connais tout de manière suffisante pour réussir, me promit-il. Même en étant stressée.

- Peut-être bien, lui dis-je, avant de changer de sujet. Tu sais ce que tu veux faire, toi ?

- Eh bien, oui, répondit-il en souriant. Je pense que j'aimerais être prof.

La surprise m'en fit perdre ma mâchoire, et il continua :

- Enfin, ce n'est que logique ; je porte le nom de deux professeurs, mon père a fait office de prof pour un groupe d'élèves quand il était en cinquième année, être ton prof particulier, c'est super (mon cœur gonfla dans ma poitrine en entendant cela), et j'adore ça. Alors pourquoi pas ?

Je me mis à rire.

- Tu feras un prof formidable, Al, lui dis-je en retournant l'idée dans ma tête.

Moi, médicomage (avec un peu de chance), et Al, prof... Ouaip. Ça me plairait beaucoup, cette situation, quand nous nous marierons.

Enfin...

- Tu penses ? me demanda-t-il d'un air amusé.

- Bien sûr !

Je poussai une porte et descendis encore quelques marches.

- Si tu enseignes comme tu le fais pour mes cours particuliers, je suis sûre que tu seras un super prof.

- Ça t'a vraiment aidée ? s'enquit-il avec hésitation.

- Complètement.

J'ouvris une autre porte et trouvai la coupe à fruits géante.

- Je suis vraiment contente que tu m'aides.

J'étendis le bras pour chatouiller la poire verte (elle est trop mignonne ! j'adore son petit rire), mais Al m'attrapa la main et me tourna vers lui.

Merlin.

Ses yeux verts brillaient à la faible lumière des couloirs (nous étions dans les cachots), et il paraissait mal à l'aise et inquiet. Je n'arrivais pas à parler ; ma main était attachée à la sienne, et mon souffle se faisait plus rapide. Son regard était bien trop intense.

- Soph, il faut que je te dise quelque chose, murmura-t-il en vrillant ses yeux aux miens.

Je hochai la tête et serrai les lèvres. Je ne faisais pas confiance à ma voix.

Il se rapprocha un peu plus en jetant un coup d'œil dans le couloir vide pour vérifier que personne d'autre ne l'entendrait.

- J'ai fait quelque chose d'affreux, avoua-t-il d'un air inexplicablement coupable. J'espère que tu pourras me le pardonner.

Ma bouche devint très sèche.

- Qu'est-ce que tu as fait ? lui répondis-je dans un chuchotement.

J'avalai ma salive et essayai de chasser la brume de mon esprit. Il serra ma main et prit son inspiration.

- Je suis...

- ... pris en flagrant délit.

Nous nous écartâmes l'un de l'autre en entendant la voix sortir des ombres. Il était évident que, dans notre monde, nous n'avions pas entendu les pas de Rusard. Merde, merde et merde.

- Retenue ! fit-il entre deux respirations sifflantes en boitillant jusqu'à nous avec sourire sadique.

- Le couvre-feu n'est pas passé ! protesta Al, qui semblait extrêmement agacé.

Je jetai un coup d'œil à ma montre. 22h16. Oups.

Rusard me parut plutôt joyeux quand il vit mon expression d'horreur.

- Retenue la semaine prochaine, les amoureux. Retournez dans votre Salle Commune, où vous pourrez poursuivre vos activités honteuses.

- Nous ne sommes p...

- Mr Potter, voulez-vous une deuxième retenue ?

Al referma la bouche, semblant particulièrement maussade. Rusard sourit de toutes ses dents pendant tout le trajet du retour, vérifiant que nous retournions dans notre Salle Commune.

Il était un peu parano, si vous voulez mon avis.

- Bon, bah on n'a pas de quoi manger, dit Al avec amertume tandis que nous passions par le portrait qui menait à la tour des Gryffondor. Ils devront survivre sans repas du soir, j'imagine. On se voit demain, je suis hyper crevé.

- Mais...

- Bonne nuit, Soph.

Il me laissa au milieu des fêtards bourrés et affamés qui titubaient et essayaient de danser sur de la musique qui était trop bruyante pour être supportable. Mon regard fit le tour de la pièce, mais je ne trouvai Aiden nulle part. Luke boudait dans un coin avec Scorpius, ayant apparemment été tous les deux à nouveau rejetés.

Quelle fête réussie.


NOTE

Voilà un chapitre de plus ! Je n'ai mis que 20 jours pour le traduire et le publier, vous y croyez ?

Pepoune : Merci pour ta review, ça me fait toujours autant plaisir ! Dans ce chapitre, Sophia n'était pas trop à plaindre niveau bêtises, mais la vie n'est toujours pas si simple que ça... J'espère que tu auras aimé !

Merci encore aux deux autres revieweuses ! A très bientôt,

Delfine