The Earth, blue as an orange

23 Novembre, quelque part entre 1 et 2 heure du matin.

Des tempêtes de neige avaient été annoncées depuis la veille au matin. En cette nuit blanche tous les trottoirs, les rues et les toits avaient été recouvert par quelque centimètre de flocon même la route, soumis à ces basses température, cédait du terrain face aux engelures.

Aussi, l'obscurité de la nuit tranchait vivement avec la neige, celle-ci capturant l'éclairage urbain. Des étoiles gelées venant mourir sur terre, faisant comme un banc de sédiment bleuté prés à nourrir les semelles de rare noctambule.

Kenny, revêtu de son plus épais et chaud imperméable orange, avait fait le mur. Ses pas froissaient la neige, laissant imprimer ses empruntes un temps avant que la pluie tendre les recouvre. Il serra un peu plus fortement son col face à la température ambiante. Une bourrasque glacial vint trancher dans le vif, le laissant frissonné, sa capuche rabattu en arrière tant le coup de vent fut violent. Alors les pellicules vinrent s'agglutiner dans sa chevelure blonde ayant là, à la lueur des néons, plus de reflet d'argent que de blé.

Il s'assit, sans égard pour l'humidité, sur la croupe d'un massif de béton entourant la hampe d'un panneau publicitaire rotatif. Engouffrant ses gants dans la neige, il jeta sa tête en arrière les engrenages de ses vertèbres et de ses omoplates roulèrent, gratifiant la nuit d'une légère série de craquement. Ses yeux céruléens regardaient avec une insistance presque contemplative se dérouler le grand panneau publicitaire. Vu à l'envers et dans le présent désert qu'était la ville, ces messages médiatique étaient comme perdus, dépossédés de tout but et dans le regard du blond ils reprenaient vie… Le premier affichage montrait sur fond noir une bouteille de parfum pour femme entre les mains d'une mannequin solaire, un slogan flottait quelque part en amorce, mais vu à l'envers ce n'était que des lettres torturés aux sens dénaturés. Puis vint un second affichage, là Kenny fit l'effort de déchiffré le message tant l'image contrastait avec le paysage; c'était un modèle de beauté sur une plage exotique, l'inscription y disait : « This is your life »…

Le jeune homme se détourna du spot, l'ironie était de mauvais goût, il n'y avait ni odeur sucrée, ni plage et encore moins de belles femmes pour égayer sa vie. Le paysage était irrémédiablement froid, frigide. Mais cela le satisfaisait, cette beauté en chaire de poule, vaste et solitaire valait tous les clichés du monde. Un bleu vespéral régnait en seul maître.

De l'autre côté de la route, à sa gauche, brillait l'enseigne lumineuse d'un petite surface de vente ouverte 24/24. Une lumière de glacier franchissait la verrière du magasin, de loin on pouvait entrevoir les rayons multicolores plein de sachet plastique, aguiché au mur c'était les armoires réfrigérantes avec leurs bouteilles de toutes tailles, toutes formes, toutes teintes. Kenny voyait la silhouette du vendeur, regardant d'un œil amer par la fenêtre la neige tomber. Kenny se détourna.

En face, un passage piéton. Un feu tricolore bordé la berge de goudron. Il était au rouge. Pas une voiture n'attendait de pouvoir avancer, les très rares autos circulant à cette heure ne respectaient plus le code de passage. Désert urbain.

Une clochette retentie, percutant en écho les murs de la nuit et des volutes neigeuse. Un jeune homme sorti du point de vente. Il se fondait au paysage comme son incarnation. Il portait un bonnet péruvien marin, une veste polaire d'une même couleur et un jean sombre; seul une écharpe jaune orangé tranchait dans sa manière, l'impression d'un éclair fugace dans sa vive démarche. L'activité de ses muscles tempérait dans la canicule polaire. Kenny le suivit du regard, une fois qu'il sorti de son champ de vision il retourna à son observation du feu tricolore, alternant rouge, vert, orange… Rouge.

Comme un signal, il sorti de sa poche son paquet de cigarette et un briquet, il souffla de mécontentement il ne lui en restait plus qu'une. Il la plaça entre ses lèvres, tendant son briquet. Le jeune homme du magasin passa devant lui, aucun des deux ne cilla, continuant leurs activité. Kenny jura, le briquet ne fonctionnait plus… Ses bras tombèrent sur ses genoux, la cigarette toujours au bout des lèvres, les yeux vers le feu de circulation, attendant un nouveau changement. Un cliquetis métallique se fit entendre tout prés, une flamme embrasa le bout de nicotine que Kenny pompa comme une bouffée d'oxygène. Il regarda son sauveur. Toujours le même garçon. Il avait le regard obscur, la peau légèrement bronzé, et des mèches noirs s'extirpait de son bonnet.

- Merci.

Un sourire apathique s'appliqua sur le visage du garçon puis il s'en alla. Kenny leva les yeux, des volutes de fumée dardant de sa bouche et du bâton de mort, pareil à un dragon volcanique.

Orange.

La terre était bleu comme une orange.