Merci pour les commentaires!
J'ai l'impression que je vais me faire tuer à cause de ce chapitre, et pour deux raisons: il est court, et puis, la fin est, disons... J'espère tout de même que vous n'allez pas me tuer pour de vrai, sinon vous n'aurez pas la suite!
Sur ce, je vous souhaite tout de même une bonne lecture!
POV: Furuichi
Tatsumi et moi sommes assis sur le toit comme à notre habitude. Mon déjeuner est déposé à mes côtés, presque intouché. J'ai réussi à me rendre à quatre bouchées avant de le mettre de côté, ce qui est pratiquement mon record. Tatsumi mange son sandwich avec appétit mais sans conviction. Je sais bien que ce qui l'empêche d'avoir son entrain habituel est nul autre que moi-même. J'ai vraiment le gout de rire, à défaut de pleurer. Dire que j'ai toujours voulu être la cause de son bonheur, maintenant que je suis celle de son malheur, je ne sais plus que faire.
Je n'ose pas le regarder. Lui me regarde en coin, je le vois bien. Il s'inquiète, et il a raison en plus. Je me sens tellement mal. Comment éviter de l'inquiéter? Qu'est-ce que je pourrais faire pour alléger sa souffrance? Comment lui montrer que je vais bien, même si ce n'est pas le cas? Comment éviter qu'il se soucie de moi au point qu'il s'oublie soi-même?
Qu'est-ce qui lui ferait plaisir?
Que je guérisse, je suppose? S'il n'avait plus à s'inquiéter pour moi, il pourrait enfin profiter de sa propre vie comme il l'entend. S'il n'avait plus à rester en permanence proche de moi, il pourrait aller s'amuser, peut-être même se faire d'autres amis. Il pourrait aller aux arcades, se promener en ville, ce qu'il ne fait plus par ma faute. J'ai peur des foules, maintenant, et je ne supporte plus d'aller au centre-ville à moins d'y être obligé. En fait, je ne peux plus aller nulle part. Le seul endroit où je me sens à l'aise, c'est dans ma chambre. C'est vraiment pathétique, complètement pathétique. Si seulement je pouvais encore me promener en pleine rue avec lui... Si seulement je pouvais encore lui sourire sincèrement comme avant... Si seulement...
J'arrête ces pensées avant de sombrer dans la déprime. Ce n'est pas le moment, avec Tatsumi à mes côtés qui s'inquiète. Je ne peux pas me mettre à paniquer parce que je lui fais du mal et ainsi lui causer encore plus de tort! Ce serait complètement stupide!
Je reprends mon calme et essaie de réfléchir. Que pourrais-je faire pour qu'il arrête de s'inquiéter pour moi? Une réponse me vient à l'esprit, et je décide que c'est la bonne. Je murmure donc son prénom pour attirer son attention et il tourne ses yeux vers moi. Je rougis légèrement au vu de ce que je m'apprête à faire, mais je lui demande quand même :
- T-Tatsumi... Est-ce que je peux... t'embrasser?
Il semble d'abord surpris, mais il hoche la tête. Je m'approche donc de lui et pose ma bouche sur la sienne. Mon plâtre m'empêchant d'être à l'aise, je décide de m'assoir sur ses cuisses et de prendre appui sur ses épaules. J'approfondis le baiser encore plus malgré la gêne qui me prend. C'est très différent de la dernière fois : j'ai pris l'initiative en pleine connaissance de cause, ce qui est cent fois plus embarrassant.
Toutefois, je ne dois absolument pas fuir maintenant. Je veux lui montrer que je veux guérir, que je veux absolument m'en remettre pour pouvoir aller plus loin. Je dois le faire réaliser que j'ai la volonté de m'en sortir et que je m'en tire même très bien. Il doit penser que je vais bien si je suis capable de lui faire ce genre d'avance par moi-même. J'essaie également d'y mettre toute la technique que je peux, en dépit de mon manque d'expérience, pour qu'il apprécie au maximum cette situation.
Je passe mes mains autour de son cou et me rapproche de lui encore plus. Un malstrom d'émotion que je ne peux contrôler me prend : la peur, l'amour, le désir. Je ne sais même plus laquelle prime sur les autres. Tout ce que je sais, c'est que, contrairement à ce que je pensais, même de l'embrasser m'est difficile. En même temps, j'ai le gout de continuer, parce que c'est vraiment bon. Il me fait ressentir des sensations que je n'aurais jamais imaginées, pas même en rêve. J'ai rêvé de faire cela avec lui une multitude de fois, mais ça n'a jamais été aussi réussi que maintenant. C'est à se demander s'il n'a vraiment aucune expérience. Je sais bien que ce n'est pas le cas, mais tout de même...
Je m'éloigne de lui à contrecœur pour respirer et le regarde. Son expression m'est complètement étrangère; je n'ai aucune idée comment l'interpréter. Je me mets à douter de ce que je fais, mais je me secoue intérieurement. Ce n'est pas le moment de flancher. Je referme les yeux et l'embrasse à nouveau malgré la douleur et mon pressentiment.
Tout ce que je veux, c'est qu'il soit heureux.
~xxx~
Cela va faire bientôt une semaine que je suis sorti de l'hôpital. Dans une autre semaine, on va pouvoir enlever mon plâtre, et je marcherai enfin normalement.
Depuis notre première nuit ensemble, je n'ai pas quitté Tatsumi plus que cinq minutes. Nous sommes passés chez lui et avons pris la plupart de ses choses, qu'il a ensuite ramenées chez moi. Depuis une semaine, il habite maintenant avec ma famille. Ça me gêne énormément, mais je ne suis pas capable de faire autrement.
Les parents de Tatsumi ont été étonnamment compréhensifs. Ils me connaissent bien, puisque je suis son ami depuis la maternelle, c'est surement pour cette raison qu'ils ont accepté de se séparer de leur fils malgré qu'il n'ait encore que seize ans et qu'il soit encore mineur. Ils ont dû voir sa volonté de rester avec moi et ma propre incapacité à m'en séparer.
Nous utilisons toujours le même lit, mais nous dormons dos à dos. Il ne peut pas encore me toucher sans que je prenne peur. J'ai toujours de la difficulté à manger, mais au moins, j'ai arrêté de vomir. On peut dire que je vais mieux. Pourtant, on ne pourrait pas dire que je sois heureux. J'ai toujours des cauchemars, j'angoisse dès que Tatsumi n'est pas dans mon champ de vision. Je suis pire qu'un enfant, c'est épouvantable. J'ai essayé de me séparer de lui pendant seulement cinq minutes, cinq courtes minutes, mais j'ai commencé à faire de l'hyperventilation et à imaginer mille-et-un dangers. Il est revenu rapidement, mais ça m'a pris du temps avant de reprendre mes esprits.
J'ai l'impression de m'imposer à lui, et je me sens vraiment mal pour ça. J'aimerais mieux être autonome, mais je ne supporte pas la solitude. Tatsumi est vraiment trop gentil avec moi, tellement que j'ai du mal à supporter sa gentillesse. Il me traite avec le plus grand soin, évite de me toucher et me laisse l'embrasser quand je veux. Il est aux petits soins pour moi. J'ai de la chance qu'il soit là pour moi.
Malgré tout, je ne peux m'empêcher de me demander si c'est vraiment la meilleure solution. De jour en jour, je n'en deviens que plus dépendant de lui. Il ne s'agit même plus d'amour, à ce stade-là; c'est carrément de la dépendance affective. Sans compter que nous n'agissons pas vraiment comme un couple. À part les baisers que nous échangeons, qui au demeurant restent inconfortables et forcés, nous agissons comme un parent et son enfant. Je m'en sers comme d'un bouclier pour le monde extérieur, et lui m'en protège. Notre relation est vraiment tout sauf saine. Et nous nous enfonçons encore plus dans cet état des choses, incapables d'imaginer une autre solution parce qu'il n'y en a pas.
Il n'y a absolument rien d'autre à faire que de laisser le temps me guérir, si tant est qu'il en soit seulement capable. Je n'arrive plus à imaginer seulement demain, mais j'ai l'impression que je ne guérirai jamais, et que plus j'essaierai, plus je m'enfoncerai. J'ai l'impression d'être brisé à jamais en mille miettes qui jonchent le sol et qui s'étendent si loin que je ne serai jamais capable de toutes les récupérer. Tatsumi essaie, patiemment et lentement, de les recoller ensemble, mais il ne les retrouvera jamais toutes, parce que certaines sont trop petites pour être vue à l'œil nu. Malgré tout, il s'efforce et s'enfonce dans un casse-tête dont la solution n'existe plus, dont le modèle original a disparu et dont les pièces ne sont plus compatibles. Il s'enfonce avec moi sans que je sois capable de l'arrêter, sans que j'en aie même la force ou la volonté. Je le fais sombrer dans ma propre misère, parce que je ne peux pas la tolérer seul.
Nous sombrons, lentement mais surement, et je suis incapable d'empêcher l'inévitable. Tatsumi, pardonne-moi de t'impliquer là-dedans, rejette la faute sur moi puisque c'est bien à cause de moi que tu te retrouves mêlé à tout cela. Si seulement tu pouvais en venir à me détester et à me laisser seul pour ton propre bien. Si seulement tu n'étais pas aussi gentil avec moi et que tu me rejetais. Si seulement tu laissais retomber les pièces que tu trouves et que tu arrêtais d'essayer de les assembler.
Si seulement tu ne m'aimais pas...
