Vampire Break

8


« Voilà… »

Sara termina les nombreux pansements de son nouveau patient, elle ne savait pas trop pourquoi, mais elle n'aimait pas le blond décoloré, il avait un regard sombre et dur. Elle ne soignait pas des anges, c'était sûr, à part Scofield, ils avaient tous une lueur animale dans le regard, comme ce William ! Elle trouvait étrange que Michael s'inquiétait pour un type comme ça. Elle regarda le jeune homme qui s'était installé aux côtés de son patient et puis rassura. Ses yeux bleus s'étaient assombris, braqués sur le corps qui gisait sur le lit blanc depuis deux heures. Spike avait pas mal de brûlures, mais, cependant, il allait bien, c'était anormalement étrange ! Elle s'inquiétait plutôt du moral de gueule d'ange, car en quelques semaines, elle était sûre que le blondinet serait sur pieds. Un gars comme ça, ça ne pouvait que se rétablir vite pensa-t-elle comme pour se soulager et banaliser son état à la fois alarmant et en bonne voie de guérison !
Michael soupira, Sara sentait pour ne pas le voir distinctement que la gueule d'ange était au bord des larmes. La version officielle voulait que le gamin et Michael s'était fait attaquer par les trois prisonniers et qu'ils avaient blessés mortellement James et William qui les avait protégé du mieux qu'il pouvait. En effet, y'avait deux mort à déplorer, quant aux troisième après quelques pansements, elle l'avait envoyé en isolement. Elle avait remarqué au visage surpris de Michael qu'il s'attendait à ce que le fautif soit plus amoché que ça. Après tout, c'était un démon !
Le blond poussa un gémissement meurtrie, lui aussi allait se prendre une baffe dans la gueule, car le regard du médecin se tourna vers l'objet des tourments de William. James était allongé sur le lit d'en face, elle soupira, il y avait peu de chance qu'il revienne de là où il était. Pas que les blessures soient graves, mais il était tombé dans un coma profond. Elle avait fait la demande de le transférer dans un hôpital plus approprié, mais pour un prisonnier presque mort… elle n'était pas sûre d'avoir ce qu'elle voulait.
Qu'importait ce qui s'était passé, car elle savait qu'au fond ça ne s'était pas passé exactement comme Michael l'avait dit, une chose était sûr, le petit génie se rendait entièrement responsable de tout. Elle commençait à le connaitre, à savoir ce que ses yeux disaient lorsqu'il préférait se taire. Sa main se posa sur celle de Scofield, qui lui semblait plus perturbé qu'il ne voulait bien l'admettre. Elle savait que William était son compagnon de cellule, mais elle ignorait encore pourquoi Gueule d'Ange ne voyait plus que lui et que personne ne pouvait plus l'approcher. Il y avait un mur invisible autour de lui. Sara lui envoya un sourire radieux mais il n'y répondit pas, fixant toujours Spike avec attention.
Le doc fronça les sourcils, elle semblait transparente, tout comme le restant du monde, d'ailleurs elle quitta la pièce, sans que Scofield ne la remarque. Il était loin, plongé dans ses pensées angoissantes. Il regardait un homme qui en fixait un autre. Avait-il déjà perdu ?

Spike releva le nez de son livre, pensif. Il allait mieux, alors, il avait joué de coups de coude avec la femme docteur pour qu'il se sauve de l'enfer ! Il détestait l'odeur qui régnait dans ce genre d'endroit. Et puis, il n'avait pas besoin d'un suivi médical, d'ailleurs, il n'avalait pas ses médicaments ! Et il était déjà totalement frais et dispo, mais ça, il le devait à Michael qui lui avait offert sa nuque à peine eut-il mis les pieds dehors. Pourtant, comme il le pensa, avec Michael tout était devenu différent, ils ne partageaient plus rien et l'humain restait obstinément fermé. Il lui donnait à manger mais Spike ne devait plus que se contenter de le regarder de loin… Car, oui, ça faisait cinq jours qu'il était dehors, et avant-hier, après un encas qui avait fichu Scofield sur les talons, il s'était totalement rétabli !
La main du vampire ferma son livre avec désintérêt, il ne lisait plus depuis bien une vingtaine de minutes de toute façon ! Il avait appris à devenir de marbre face aux coups qu'on lui balançait joyeusement dans la figure et la froideur de Michael ne l'atteindrait pas. Enfin, c'est ce qu'il essayait de se persuader. C'est pourquoi il passait maintenant le plus clair de son temps ici, à lire, pour ne plus couver du regard son 4H toute la journée.
Spike entendit un bruit de pas, ils étaient lents et tâtonnants, un large sourire ourla ses lèvres, il savait à ces pas qui s'approchait de cet endroit magique, d'ailleurs lorsque la personne fut à porté de flaire, il confirma bien vite qu'il ne s'était pas trompé. Le vampire tira une chaise pour la placer à ses côtés. Une main, une petite main caressa son cou, il inclina la tête pour regarder la bouille du gamin avant de lui tendre un sourire convainquant. C'était une caresse légère, elle n'avait pas encore beaucoup de force, mais le gamin tenait sur ses jambes, et ça… c'était parfait ! Lorsque James s'était réveillé, il avait étonné tout le monde à commencer par le doc. Ils avaient passé un peu de temps à l'infirmerie ensemble, mais William s'était bien vite remis alors que le gosse avait du prolonger sa convalescence. Mais le doc l'avait promis, il serait de sortie en début de semaine et cela en fut ainsi.

« Bonjour William… »
« Bonjour… alors, on vient prendre des cours ? »
« Hum ! »

James voulait maintenant changer, il voulait prouver qu'il pourrait dès à présent changer le court de sa vie, oui, il avait choisi le mauvais chemin, mais Spike lui avait démontré qu'il n'était pas encore désespéré. Il pouvait se refaire, se racheter une conduite et il allait le prouvé. Son héros lui avait proposé de l'aider à reprendre ses études, et si c'était Spike le prof, il était sûr de mettre tout en œuvre pour réussir.
Ils se retrouveraient là, tous les jours, comme le lui avait promis le blond et le jeune homme n'avait pas perdu de temps, puisqu'après un détour dans sa cellule pour s'apercevoir qu'il avait été déménagé pendant son absence à son grand soulagement, avec un autre adolescent, il était donc venu ici directement.
Pendant leur convalescence, Spike avait mis un mot sur son déficit scolaire. Il était atteint de dyslexie, et Spike se jurait de pouvoir corriger ça, avec de la poésie. James eut un sourire, il n'avait jamais aimé ça, en fait, il n'y avait jamais rien compris. A présent assis auprès de son professeur vampirique, James regarda le livre tendu, c'était un court poème que William avait sélectionné pour le gamin. Assez court pour être lu et compris sans l'embrouiller. La langue était riche, sans employer de mots trop compliqué, oui, ce poème était parfait ! Lire, c'était un plaisir, pas une contrainte, c'est pourquoi, ils commenceraient en douceur.
William le connaissait par cœur, car c'était l'un de ses préférés. De plus, comment expliquer à ce gamin, qui en avait déjà trop vu, qu'il avait fréquenté le poète en question… quand il était encore humain et qu'il l'avait entendu, fasciné déclamer ces vers aussi profonds qu'entêtant…

« Em…mily Dickin…son, une femme ? »
« Hum, très jolie qui plus est. Une poétesse anglaise du 19ème siècle. »
« Oh ? Une de tes conquêtes ? »
« Oui, je suis bien conservé, n'es-ce pas ? »
« Pour sûr… »

Un silence gêné s'installa, es-ce que le gosse avait compris ce qu'il était réellement ? Comprenait-il ce qu'il était réalité ? William le brisa en disant les premiers mots du poème. Il ne devait pas regarder James de cette façon, pas comme il regardait son casse-croûte ! C'était immoral, mais il devait se l'avouer, le rentre-dedans que lui faisait le jeune homme était tout à fait déplacé.

« To… make a pr… pr… »
« Prairie. Tu sais ce que c'est ? »
« Hum… la nature ? »
« Exacte ! Continue. »
« It takes a clover and one bee. One clover and… a bee, and reverie. The… reverie… alone… will… do, If… bees are… few. »

Un petit poème gentillet, vraiment, mais qui cachait une grande finesse. Spike se baissa comme pour chuchoter quelques secrets.

« C'est un très joli poème… tu sais pourquoi ? »

Le visage en face de lui fit un moulinet négatif. Il n'avait rien compris à ce charabia !

« Et bien, il contient le monde en quelques mots. Le pouvoir des mots. Ne les oublie jamais Jimmy. Clover… bee… reverie. Tu n'entends pas ? Dans le mot reverie, on entend clover et bee. Ferme les yeux. Ici il n'y a ni herbe, ni abeille, mais pour peu que l'on sache à quoi ça ressemble, et même si on ne le sait pas. On peut les imaginer. Qu'es-ce que tu vois ? »

Le jeune homme ferma les yeux sous la recommandation de Spike. Alors ce poème parlait d'imagination ? Un sourire glissa sur ses lèvres, il pouvait presque entendre le bourdonnement d'une abeille. Il se rappelait qu'une fois, il en avait vu quelques unes dans le parc où l'emmenait sa mère. Il se rappela avoir cherché dans l'herbe crasseuse un trèfle et il l'avait trouvé, oui. Le trèfle à quatre feuille qui devait apporter beaucoup de chance à sa moman, comme il s'amusait à l'appeller. Et puis, c'est le bruit d'une voiture qui freine durement, qui lui revint en échos. Il se souvient de tous ces adultes qui se pressent, qui chuchotent, qui observent. Et lui, enfant de dix ans, dans les jupes de sa mère, il s'approche pour comprendre ce qu'il s'est passé. Il sent le bras de sa mère trembler et puis cette même mère hurle et enfin pleure se laissant tomber à genoux vers cette personne à terre. Ils sont témoins de la mort de son père. Un paternel qui s'était proposé d'acheter des glaces à son fils, afin de fêter son nouvel emploi, oui, il pouvait enfin se permettre quelques luxes. Acheter une glace pour son fils, voilà quelque chose qu'il n'avait encore jamais fait ; mais voilà, la friandise n'arriva jamais et c'est le regard neutre, que son fils regarda la glace répandue par terre qui se mêlait au sang de son papa. Le trèfle fut jeté à terre, car plus rien ne serait comme avant. En quelques secondes sa vie bascula dans l'horreur.

Une larme glissa sur la joue du jeune homme, mais son sourire se ré-affermit. Tout ça c'était passé, ils avaient longtemps galéré. Il savait que sa mère avait tout fait pour le nourrir, quitte à vendre son corps au plus offrant, et lui, lui, il avait ramené de l'argent pour l'empêcher de faire ça, mais il avait pris définitivement le mauvais chemin. Rien n'était perdu, non, rien n'était jamais perdu !

« L'humain, peut-être l'égal de dieu, d'une certaine façon. Faire vivre, revivre quelqu'un, quelque chose, un souvenir, une odeur même. Rien n'est perdu… Il est profond, hein ? Tu vois… la poésie c'est pas si atroce que ça. »
« Tu lui ressembles… »
« A qui ? Emily ? » Plaisanta-il. Spike savait qu'il était beau gosse, mais de là à l'être plus que cette femme…
« Nan… mon père. Enfin… T'as des enfants ? »
« Moi ? Non ! Et grand diable, je n'en veux pas ! »
« Ils auraient beaucoup de chance… »

Jimmy voyait ça de son côté, du côté humain. Faire des bébés Blade, il ne voyait pas en quoi ils seraient chanceux. Soit, ils ne crameraient pas en sortant par grand jour. Mais… avoir un père suceur de sang… c'était pas le pied ! Et puis, il débloquait carrément ! Ce n'était pas parce que chez Marvel les Blade existaient que forcément il pourrait donner naissance à de telles aberrations. Il était mort, sa semence devait l'être aussi, point barre ! Il partait loin dans ses délires ! William sentit le petit Jimmy se blottir entre ses bras, alors c'est un père qu'il recherchait en Spike ? Pourquoi pas, il avait était homme à tout faire autre fois, mais père, c'était quelque chose qu'il n'avait jamais encore testé. Son bras se referma sur le jeune puis il le berça, comme un père aurait pu le faire.
Son regard tomba sur le petit à qui il envoya un sourire, il prendrait soin de lui, c'était une promesse qu'il se faisait. Mais bientôt James lui envoya un regard que le vampire n'apprécia guère. Voulait-il d'un père ou… d'autre chose ? Il ignorait quelle relation ils avaient entamé depuis son réveil, mais quelque chose le laissait perplexe. Le gamin se suréleva lui volant un baiser. Un gamin, hein ? En tout cas le baiser qu'il lui tendit n'eut rien du tout d'enfantin et c'est Spike qui du l'arrêter avant que l'indécence ne soit franchie pour de bon. Cependant, lorsque le vampire se tourna, il fut surpris pas la soudaine présence de Michael. Avait-il assisté à ça ? Spike fronça les sourcils, il se sentait comme un T-Bag pris la main dans le sac avec un ado pré-pubert. Soupirant, il se tourna vers Gueule d'Ange délaissant son élève, qu'avait-il à lui dire ?

« Ça va être l'heure de la bouffe… je venais voir si tu t'étais pas endormi dans un de tes bookins ! »
« Non… on arrive… »

N'était-ce que cela ? Michael fit une grimace, il voulait parler à William depuis qu'il était sortie de l'infirmerie, mais il n'en avait pas eut le courage. Il l'avait fui ! Et lorsqu'il avait été enfin prêt à parler, C-Note ou même Abruzzi déballait dans la cellule en demandant un truc en urgence ou bien, le blond était introuvable, certainement à l'infirmerie… Aujourd'hui, il s'était dépêché de partir du PI pour discuter avec Spike, mais visiblement, ils n'avaient plus rien à se dire, ce gamin ne le lâcherait plus, pour preuve, William venait de dire, on, car maintenant, ce Jimmy ne le quittait plus d'une semelle !
Le vampire attrapa le gamin par la main, soucieux de l'attitude de son grand protégé, avait-il des soucis avec les gars ? De toute façon, Scofield ne lui confiait plus rien… alors pourquoi était-il venu ? Soudainement de mauvaise humeur, il dépassa Michael et alla s'installer à leur table, il fit signe à C-Note de s'approcher, celui-ci s'installa en face en sortant une nouvelle vanne sur son teint blafard. Depuis qu'il avait sympathisé avec le militaire, la confrérie avait faire de Spike un ennemi publique numéro un. Mais qu'importait, le blond adorait C-Note, il ignorait pourquoi, peut-être parce qu'ils s'envoyaient des vannes à longueur de journée. Westmoreland alla prendre place à leur côté accompagné d'Abruzi. Il fit en sorte que le génie fut obligé à prendre le siège à sa droite puisqu'il ne restait plus qu'une place à côté de T-Bag qui s'était gentiment incrusté à la table sans invitation.
Il n'écouta pas les différentes discussions sur le plan, ou les problèmes liés à celui-ci. Il avait été convenu qu'il n'irait pas au PI même après les insinuations grotesques d'Abruzzi et de T-Bag ! Sans mot dire, il regarda son plateau repas puis dispatcha son contenu entre ses deux protégés, franchement, déjà qu'un vampire ne mangeait que par… envie de faire comme tout le monde, mais si la bouffe ressemblait… à de la cervelle bouillie… très peu pour lui !

« Will, tu devrais manger… »
« Hum… je mangerais ce soir, t'inquiète pas… »

Ce soir, il avait une gorge à croquer, tout en disant cela, Spike se tourna vers Gueule d'Ange pour le regarder. Il n'aurait su dire pourquoi, ni comment, mais son compagnon lui cachait quelque chose. Ils n'avaient pas encore parlé de l'incident au gymnase, était-il encore choqué par ce qu'il cachait au fond de lui ? Sa main tapota l'épaule de son colocataire, le tirant de ses réflexions. Son frère aurait-il des problèmes ?

« Abruzzi a des problèmes, on risque de perdre le P.I. »

Spike serra l'épaule de Scoco puis lui frotta le dos. C'était le premier geste tendre qu'il acceptait sans se défaire de son emprise. Spike eut un court sourire, vu qu'ils étaient accompagnés de leur deux bêtes noires, il n'irait pas jusqu'à le coller trop près de lui. Allons savoir ce qu'en penserait T-Bag ou Abruzzi ! De toute façon, tout irait bien, il le savait, car jusqu'à maintenant, Michael réussissait tout ce qu'il entreprenait. Bon, ok, des fois avec plus d'huile de coude qu'il ne l'avait pensé en théorie, mais ça marchait ! Alors rassurant, il lui tendit un sourire.

Après le repas bon enfantin, grâce à la querelle entre C-Note et T-Bag, le blond entraîna ses deux protégés loin du réfectoire où une dispute entre le clan arien et la famillia latinos menaçait d'exploser.

« William Savage… vous avez de la visite… »

Visite ? Lui ? Nan mais attendez, depuis quand quelqu'un venait le voir ? Il regarda stupéfait Gueule d'Ange avant d'emboiter le pas derrière le maton, mais diable, qui savait qu'il était là !