Chapitre 8

John décolérait peu à peu. Allongé sur son lit, les mains derrière la tête, le regard fixé au plafond, il était beaucoup plus calme qu'une demi-heure plus tôt. Le médecin avait eu le temps de relativiser la situation et de faire redescendre la pression.

Il était toujours fâché après Sherlock et lui en voulait encore de s'être comporté comme un gamin ingrat et colérique mais le blond se disait que sa réaction avait peut-être été un peu trop violente. Après tout, le détective avait agi comme il le faisait au quotidien, c'est-à-dire en traitant son colocataire comme s'il était à son service et non pas un ami. Il ne devait probablement pas comprendre ce qu'il avait fait de mal.

John soupira. Tout le monde l'avait prévenu que vivre avec Sherlock Holmes serait compliqué. Et il avait voulu relever le défi, à la fois parce qu'il avait vraiment besoin de quelqu'un pour partager son loyer que parce qu'il avait trouvé le détective intriguant. Et fragile. Même si le brun ne l'avouerait jamais, il était comme un enfant, centré sur lui-même et dépendant des autres. Et ça, le médecin avait mis du temps avant de s'en rendre compte parce que son colocataire cachait bien cette facette de sa personnalité.

L'intelligence de Sherlock était à part et le détective en tirait une fierté qui le faisait se placer au-dessus des autres, même s'il ignorait des choses simples, comme par exemple, la disposition du système solaire. Mais au fond, il était comme n'importe qui : il avait besoin d'attention, que ce soit par le biais de compliment sur ses capacités cognitives ou par la présence de quelqu'un à ses côtés.

Mais comme il se savait plus intelligent que tout le monde, le détective ne pouvait s'empêcher de rabaisser les autres, ce qui faisait qu'il y avait peu de personnes pour lui accorder l'amitié qu'il réclamait. Et lorsque quelqu'un, en l'occurrence John, daignait enfin être là pour lui, Sherlock était incapable d'en prendre soin parce qu'il se considérait comme plus intelligent et que son attention ne devait se porter que sur des gens qui en valait la peine. Des gens aussi intelligents que lui. Des gens comme James Moriarty.

John serra les dents. Il n'avait rien à envier à ce psychopathe. Moriarty était dérangé, hautain, pervers et prétentieux. Il ne servait que ses propres intérêts, aimait battre les autres et n'était pas digne de confiance. Sauf qu'il était également redoutablement intelligent. La qualité qui plaisait le plus à Sherlock.

Alors, le médecin avait beau être attentionné envers le détective, il avait beau être là pour lui n'importe quand, il avait beau faire de son mieux pour lui faire plaisir, il serait toujours inférieur à Moriarty. Et ça l'agaçait au plus haut point parce qu'il considérait son colocataire comme son meilleur ami et qu'il savait que le brun ne le traiterait jamais comme son égal.

Un gargouillement interrompit les pensées du blond qui grimaça. C'était son estomac qui venait de produire ce son parce qu'il avait faim. Après avoir jeté un coup d'œil sur l'heure qu'affichait son portable, il se rendit compte qu'il était largement l'heure de dîner.

En pensant qu'avant de manger, il devrait ranger les courses que Sherlock avait éparpillées sur la table, John retint un soupir. Rien ne lui serait épargné aujourd'hui. Il se leva de son lit et descendit l'escalier en prenant soin de garder un visage fermé. Après tout, ce n'est pas parce qu'il avait faim qu'il n'était plus fâché après le détective.

Alors qu'il avait décidé d'ignorer son colocataire, le médecin ne put s'empêcher, par réflexe, de tourner la tête vers le canapé du salon lorsqu'il entra dans la pièce. Sherlock y était assis et leva les yeux vers son ami, qui s'empressa de détourner le regard, désireux de lui montrer qu'il était toujours en colère. Le blond avança à grands pas vers la cuisine et se stoppa en découvrant que la table était vide de toutes courses. Le docteur plissa les yeux et fronça les sourcils, avant de pivoter lentement vers le brun.

— Tu as … Rangé les courses ? demanda-t-il lentement, comme s'il n'osait pas y croire.

— Oui, répondit simplement le détective.

— Pourquoi ? s'étonna John.

Sherlock resta silencieux mais le regard pénétrant qu'il lança au médecin valait tous les aveux du monde. Tout le monde aurait trouvé que ce regard était blasé, arrogant, comme si le brun cherchait à faire comprendre à son colocataire que sa surprise était totalement mal venue parce qu'il ne voyait pas en quoi ranger les courses était spectaculaire et que le premier imbécile venu aurait été capable de le faire. Mais le blond comprit que derrière les apparences, le message était bien différent d'un simple mépris.

John ne put retenir un sourire. Son ami n'avait jamais été simple à comprendre. Mais si le médecin n'égalait pas son intelligence, il réussissait pourtant à deviner les émotions que cachait le détective derrière son air hautain et froid. Et ça, c'était un avantage que Moriarty n'avait pas et n'aurait jamais.

— Excuses acceptées, lança le blond.

Sherlock garda un air impénétrable et John n'insista pas. Avant que son ventre n'ait eu le temps d'émettre un autre gargouillement, il se tourna vers la cuisine pour aller préparer le dîner, le cœur un peu plus léger que quelques minutes plus tôt. Finalement, le brun n'était peut-être pas un cas si désespéré que ça.