Bonsoir ! Voici un nouveau chapitre. J'écris peu en ce moment ce qui fait que si ça continue on va rapidement tomber en rade de chapitres à publier… enfin pas encore la peine de paniquer on n'en est pas là.

Guest complètement anonyme : Je me suis améliorée par rapport à quoi ? (même si je suis ravie de faire des progrès !) Sinon oui Pauvre Alix, pour le moment, elle n'est pas sortie de l'auberge. Je ne sais pas encore vraiment d'ailleurs si elle va s'en sortir. Réfléchis toi-même et réponds à ta question seule : peut-elle alors un dragon ? Fait-elle partie des espèces sur lesquelles reposent le sort des dragonniers ? Hahaha donc la réponse est forcément non. Désolée de te décevoir… Enfin, sans doute à bientôt

Et maintenant bonne lecture !


Mise sous surveillance

Des pas précipités dans l'escalier attirèrent l'attention de Murtagh.

- Vor Orikz korda(1) ! Jura Asward en arrivant à toute vitesse suivi par son élève Kull. Mais qu'est-ce qu'il se passe ici ? Non mais qu'est-ce qu'elle fait là ?

Il s'élança pour arrêter Alix mais Murtagh posa une main impérieuse sur son épaule.

- Non. C'est moi qui l'ai amenée… elle va devoir rester pour toujours ici.

Asward scruta le visage impénétrable de Murtagh. Le demi-frère d'Eragon avait toute la confiance de ce dernier mais il était l'être le plus puissant après le chef des Dragonniers. Tous les deux pourraient gouverner le monde et faire ce qu'ils voulaient s'il leur en prenait l'envie de par leurs pouvoirs incroyables mais aussi par leurs connaissances de l'ancien langage et du Mot, le nom de l'ancien langage. Peu de monde savait qu'ils le connaissaient mais il faisait parti de ceux-là. Asward n'appréciait pas beaucoup Murtagh, même s'il reconnaissait qu'il ne lui avait jamais rien fait, mais le fait qu'il ait tué leur ancien roi Hrothgar n'aidait pas les Nains à l'accepter.

Reposant son attention sur Alix un instant, il soupira. Si Murtagh affirmait qu'il gérait, il ne pouvait rien faire.

- Bien, si tu as besoin, nous ne serons pas loin.

L'humain acquiesça gravement et reprit sa position contre le mur, le regard dans le vague.

Alors qu'il remontait avec le Kull, celui-ci lui murmura :

- Il est étrange quand même.

Et il ne pouvait pas lui donner franchement tort.

Alors que le soleil se levait, Alix s'arrêta, poussant un cri de détresse qui brisa le cœur de Murtagh, la jeune femme se laissa tomber à terre, serra ses jambes contre sa poitrine, enroula fortement ses bras autour de ses cuisses et posa son front contre ses genoux.

Son garde resta un instant interloqué, ne sachant quelle attitude adopter. Il préférait encore qu'elle soit furieuse et hurle, qu'elle casse tout ce qui lui tombait sous la main… mais sa détresse manifeste le laissait perplexe. Il ignorait comment il fallait se comporter dans ce genre de cas. Il n'était pas sensible ni tendre. Il ne connaissait rien aux sentiments… c'était Eragon ça…

« Ne la laisse pas comme ça ! » Lui reprocha tout à coup Thorn.

« Ha oui et je fais quoi ? »

« Mais je ne sais pas, va la voir, rassure-la ! »

« Elle ne pourra jamais repartir d'ici et revoir sa famille et tout ce qu'elle connaît, tu penses vraiment que je vais pouvoir la rassurer ? »

« Dit comme ça… il n'empêche, va la voir. »

« J'aimerais bien t'y voir ! »

« Je te ferais remarquer que j'ai déjà eu plusieurs compagnes moi ! J'ai même eu deux dragonneaux ! Toi tu fuis les femmes comme la peste depuis Nasuada ! »

« Non mais… tu… »

« Pas la peine de te mettre en colère, c'est un fait. Alix pourra peut-être te remettre les idées en place… »

Et il le laissa là. Murtagh poussa un profond soupir de dépit puis il s'avança prudemment vers la jeune femme qui ne bougea pas. Lentement, en silence, sans trop savoir ce qu'il faisait ni ce qu'il allait faire, le Dragonnier s'approcha de la fille tombée des étoiles. Lentement, il s'assit à côté d'elle en tailleur et attendit en silence qu'elle se calmât.

Très longtemps après, alors qu'il commençait à avoir faim, elle releva la tête. Les yeux injectés de sang à cause de ses larmes, les joues mouillées et de larges cernes soulignant ses immenses yeux bleus, elle lui sembla plus belle que jamais. Son cœur eut un raté avant de battre plus rapidement. Sans rien laisser transparaître néanmoins, il soutint son regard alors qu'elle tentait de reprendre contenance.

- Qu'est-ce que je vais faire maintenant ? Murmura-t-elle.

Il aurait voulu la prendre dans ses bras, la serrer contre lui et lui promettre que tout irait bien. Mais il ne pouvait pas se le permettre. Il ne pouvait même pas lui faire cette promesse parce qu'il n'en avait aucune idée.

- Il faut que nous retournions à Gil'ead.

Respirant profondément, Alix acquiesça en silence puis elle se leva. Blême, elle tremblait et marchait telle une convalescente. Pourtant, Murtagh ne tenta pas de l'aider, il se doutait que son geste serait mal interprété.

« Thorn ? »

Comprenant ce que son dragonnier voulait, le dragon acquiesça :

« Je vous ouvre le passage. »

Le retour se fit en silence. Alix marchait à ses côtés, les yeux rivés sur le sol. Son attitude était tellement différente que lors de leur arrivée qu'il en était déstabilisé. Le Dragonnier songeait que la vérité venait d'ébranler profondément la jeune femme. Il y avait du monde dans les rues mais les Alagaësiens se taisaient et s'écartaient de leur passage. Le dragon volant au dessus d'eux aidait sans compter que le regard froid de Murtagh ajoutait au tableau de la crainte et du respect qu'inspiraient les dragonniers. Attentif à tout, le surveillant de l'étrangère remarqua rapidement que les gens avaient saisi qui elle était. Ils étaient attentifs et interrogatifs et il lut dans leur esprit qu'elle leur faisait peur. Peut-être pas autant que lui mais la fille tombée du ciel suscitait la crainte… ce dont soit elle se moquait éperdument soit elle ne s'en rendait pas compte.

Elle ne lui parla pas et ne leva pas les yeux, son attention entière concentrée dans ses pensées.

Murtagh dissuada qui que ce soit de faire le moindre commentaire par quelques regards glacés dont il avait le secret. Les soldats les laissèrent entrer sans rien dire et bientôt Alix retourna dans sa cellule. Murtagh entra à sa suite et il la vit s'asseoir sur sa paillasse. Ils restèrent quelques secondes à se regarder dans les yeux.

- Tes armes, dit-il simplement.

« Plus sentimental, tu peux aussi ? » Le nargua Thorn.

« J'aimerais bien t'y voir ! »

Le dragon rit franchement dans son esprit, ce qui le mit davantage encore de mauvaise humeur.

Alix retira sa ceinture en quelques mouvements et la lui tendit. Le dragonnier la récupéra puis se recula. Après un dernier regard, il s'éloigna vers la porte qu'elle avait cassée. Une seconde, il se demanda comment elle avait eu la force de la détruire ainsi, même lui ou Eragon, n'importe quel elfe même, n'aurait pu le faire sans l'aide de la magie. Il ne posa néanmoins aucune question.

- Merci, murmura-t-elle alors qu'il passait la porte.

Il lui jeta un regard en biais sans se retourner avant de remettre la porte en place et de la réparer par magie grâce à quelques sorts qu'il improvisa.

- Et alors ?

- Comment ça « et alors » ? Murtagh, je veux bien te croire la concernant mais on ne peut pas la laisser vadrouiller toute seule dans la nature ! Rétorqua Eragon.

- Bah mets-la sous la responsabilité d'Asward.

- Il a déjà Ryujinsco et puis ce n'est pas lui qui me demande de la relâcher.

- Mais de toute façon on ne va pas la garder emprisonnée toute sa vie… si ?

- Cette réflexion m'étonne un peu de toi mais non, tu as raison… bon, puisque tu sembles avoir confiance en elle, surveille-la, toi.

- Moi ?!

- Oui, toi. Je suis occupé et loin, Asward a d'autres préoccupations… Angela… je ne savais même pas qu'elle était encore en vie – quoique je ne sais pas pourquoi je m'en étonne… - et puis c'est toi qui me demande de la faire sortir. Alors… puisque le roi Calvin l'a mise sous notre autorité, je te la confie. Tu la gères à partir de maintenant. Quoi que tu décides.

- Merci mon frère, ironisa-t-il.

- Ne fais pas cette tête, ça va te donner un but comme ça, tu me fatigues à errer partout.

Malgré tout, Murtagh sourit à son frère qui le lui rendit.

Après la chute de Galbatorix, Murtagh et Thorn étaient restés plus de soixante ans isolés, à voyager entre le nord et le sud, voguant au gré des vents. Ils n'étaient revenus qu'à la mort de Nasuada et ils avaient assisté à ses obsèques de loin. A partir de là, il avait contacté Eragon et ils l'avaient rejoint. Les cinquante années suivantes les deux frères avaient vraiment fait connaissance et il avait soutenu Eragon dans son rôle de chef des Dragonniers. Eragon avait beaucoup changé et sa puissance tranquille l'avait un moment déstabilisé. Finalement Murtagh avait compris qu'il avait autant besoin d'Eragon que son frère avait besoin de son soutien. Depuis, il… faisait des allers-retours un peu partout, partageant son temps entre des missions pour Eragon et les Dragons en Alagaësia ou autre, des voyages pour lui et Thorn et l'éducation des jeune Dragonniers et Dragons.

Il n'était pas malheureux, au contraire, sa vie lui apportait un équilibre et une paix longtemps recherchés mais il lui manquait quelque chose que même Thorn ne parvenait pas à combler. Pourtant, heureusement que son dragon était là.

- Bien, d'accord !

- Tu me l'amèneras un jour hein ! Allez, à plus tard ! Et salue Thorn.

- Et tu salueras Saphira.

Les deux frères se sourirent par miroir interposé.

Il lui fallut trois jours pour se décider. Trois jours plus exactement avant que Thorn ne parvienne à le convaincre. Finalement, d'un pas décidé, il retourna à la prison où la jeune femme se trouvait toujours. Croisant Asward, il l'arrêta :

- Comment va-t-elle ?

Le nain soupira.

- Elle ne mange plus et boit à peine depuis sa crise de l'autre jour. Ryujinsco reste des heures avec elle à tenter de la faire parler mais rien n'y fait. Elle s'est plongée dans son mutisme et refuse d'en sortir. Je sais qu'Eragon t'a dit que c'était à toi de la gérer… alors dis-moi ce qu'il faut que l'on fasse…

- Vous, rien. Je vais la sortir de là.

Sans plus d'explication ni quoi que ce soit, Murtagh s'éloigna.

Arrivé devant la cellule silencieuse de la jeune femme, il hésita une seconde.

« Secoue-toi les écailles et entre ! »

« Quand est-ce que tu reviens de la chasse ? »

Lui envoyant une image de gros daim à moitié dévoré, le dragon répondit :

« Dans peu de temps, j'ai terminé. Prends ton temps, je te dirai quand je serai à la tour. »

Faisant signe au soldat qui montait la garde depuis qu'elle avait réussi à s'enfuir pour qu'il lui ouvrît la porte, le Dragonnier patienta, les mains dans le dos puis entra dans la cellule.

Alix était assise sur le sol, en face de la fenêtre, les yeux clos à profiter des quelques rayons du soleil qui pénétraient dans sa cellule. Elle l'avait entendu, il en était certain. Mais il ne parlerait pas le premier et il savait qu'elle n'était pas décidée non plus.

Murtagh resta longtemps debout à la regarder. Plus d'une heure, c'est certain. Finalement, elle leva son regard sur le sien et plongea ses prunelles pleines de chagrin dans ses yeux.

- Tu vas rester comme ça longtemps à me regarder ? Murmura-t-elle.

- Il paraît que tu ne veux pas parler alors je ne voulais pas te déranger.

Elle rit jaune et ferma les yeux. Il ne bougea toujours pas.

- Pourquoi tu ne manges pas ?

- Je n'ai pas faim.

- Il faut avouer que tu n'as pas été particulièrement bien traitée depuis ton arrivée, en particulier par moi.

Elle haussa les épaules sans chercher son regard.

- Cela n'a aucune importance. Les personnes qui ne sont pas prudentes ne survivent en général pas très longtemps dans ce type de monde.

- Je ne vais pas relever le fait que cette remarque est légèrement insultante et je vais te demander plutôt si tu n'as vraiment aucun moyen de rentrer chez toi.

La jeune femme soupira d'agacement :

- Sans vouloir t'insulter, tu ne comprendrais pas. J'ai besoin de… d'outils et de choses tellement complexes qu'ici je ne pourrais même pas songer avoir ! Sans compter que je n'ai pas fait les spécialisations adéquats pour m'en sortir… et même si j'ai les bases, vous n'avez même pas le… bah non ça n'existe même pas dans votre langue parce que ça n'a pas encore été découvert ! Sinon je pourrai tenter d'envoyer un message mais il me faudrait beaucoup beaucoup d'énergie et je n'y ai pas accès… de toute façon, je ne sais pas où nous sommes dans l'espace… Et je ne peux même pas essayer de me faire clairement comprendre parce que les trois quarts des mots dont j'ai besoin n'EXISTENT pas ! C'est… rageant !

Elle se tut et serra ses mains de part et d'autre de sa tête. Murtagh la regarda une longue minute avant de lui proposer :

- ça te dirait une promenade à dos de dragon ?

Alix releva lentement la tête.

- C'est… c'est vrai ?

- Thorn voudrait te rencontrer.

Il ne lui dit pas qu'il était maintenant son gardien et qu'il était seul à choisir ce qu'elle deviendrait. Pour le moment, elle n'avait pas à le savoir. Il devait simplement lui faire voir son monde et lui montrer qu'elle pouvait y vivre. Il était beau, elle devait vouloir vivre.

« Et c'est toi qui pense ça ? » S'amusa Thorn.

« Laisse-moi… »

« Je suis rentré. »

« On arrive. »

« J'attends. »

Faisant fi du sarcasme de son compagnon d'âme, Murtagh reposa son attention sur l'étrangère qui lui répondait :

- Attends, c'est sérieux ?

- Oui. Je suis venu te sortir d'ici.

- J'ai le droit de quitter la prison ?

A son air, il comprit qu'elle ne le croyait pas vraiment. Il devait donc lui dire une partie de la vérité.

- Je dois rester à tes côtés, mais oui.

- Ha je me disais aussi.

- Alors ?

Elle scruta toute sa cellule puis se leva.

- Et où irons-nous ?

- Où tu veux !

- J'ai étudié votre carte et une partie de votre histoire mais j'avoue que je ne connais pas grand-chose à votre monde encore… et puis Thorn a son mot à dire non ?

Murtagh marqua un instant de surprise. Peu d'humains non initiés aux secrets des Dragonniers comprenaient les Dragons, tous avaient tendance à oublier qu'ils étaient des êtres intelligents et que les Dragonniers ne leur donnaient pas des ordres, ils agissaient de concert avec eux. Et elle qui venait d'un autre monde l'avait saisi, comment ? Plus il la côtoyait, plus il se posait des questions. Alix était plus complexe qu'il ne l'avait supposé.

- Alors nous en discuterons avec lui à la tour.

- La tour ?

- Là où nous étions… l'autre nuit. C'est là-bas que logent les Dragonniers et leur dragon.

- Ha.

- Viens, allons chercher tes affaires, lui proposa-t-il lorsqu'il perçut la lueur de tristesse dans ses yeux.


(1) Par le marteau d'Orik ! (langage Nain)


J'espère que ce chapitre vous aura plu ! Qu'en pensez-vous ? Et souvenez-vous que les reviews sont notre unique rétribution !

Alors à vos claviers )