Fin du hiatus improvisé de cette fanfic ! YooChun et JunSu ont décidé d'être plus sympa et plus malléables #sourire sadique# à côté de ces deux là, le YunJae est une partie de plaisir (et c'est pas peu dire XD). Quoique ça ne règle pas beaucoup de problèmes... YooChun est toujours aussi *aveugle*. Mauvaise pioche !

Ouais nan j'arrête de déblatérer pour ne rien dire ^.^'

Place à la suite ! Hauts les cœurs !

OooOooOoOooOooO

Chapitre 07

LOVEHOLICS - Shinkiru

YunHo ferma la porte en soupirant lourdement. Il se déchaussa distraitement, ne prenant pas la peine d'arranger ses chaussures devant l'entrée. D'un geste las, il posa les clés sur la table de la salle à manger, tira une chaise et s'y installa. Nouveau soupir. Le jeune homme se prit la tête entre les mains et se laissa aller. Pour de bon.

La succession de phrases qu'il ne cessait de se répéter comme un mantra, monocorde, creux et monotone, s'effilocha et il se laissa submerger par une mer de ressentiments et de culpabilité. Ces éloges de la logique et de la responsabilité perdirent tout pouvoir face au souvenir du visage de Jihye. L'expression d'un condamné, un supplicié. Son cœur se serra à lui donner la sensation de s'écorcher et se déchirer.

Comment pouvait-on tenter de le persuader qu'il avait fait le bon choix pour lui et sa sœur ? Cette femme qui se disait leur grand-mère, dernière parente encore en vie ou capable, lui avait simplement mis le couteau sous la gorge. Accepter son marché, ou s'enliser dans leurs problèmes et finir à la rue. Depuis quand marchandait-on au sein d'une famille ? Que retirait-elle comme bénéfice à avoir la garde de sa jeune sœur tous les weekends ? Jihye paraissait subir le pire des supplices aux côtés de la vieille bourgeoise. Voulait-elle la transformer en demoiselle de compagnie charmante et obéissante, jeune fille bien élevée et bonne à marier ?

YunHo tressaillit à cette pensée. Malgré ce marché, il restait encore son tuteur légal et gardait un droit de veto sur toutes les décisions de la vieille femme. Dès qu'il aurait deux longues heures libres, il lui faudrait réétudier toutes les closes du contrat qu'ils avaient signé deux ans plus tôt.

« Tu es rentré tôt… »

Le jeune homme se tourna vers le médecin, et tenta difficilement un sourire.

« Ça ne me disait rien de rester dehors tout seul… »

L'homme acquiesça et alla s'asseoir aux côtés de YunHo.

« Merci pour les affaires de Jihye, au fait ! Je suis désolé, j'ai su au dernier moment que son départ avait été avancé…
- Ce n'est rien, vraiment. Je n'avais plus grand-chose à faire avec un patient endormi, fit le médecin en balayant le sujet d'un revers de la main. »

YunHo accueillit le changement de sujet avec soulagement.

« A ce propos… comment va-t-il ?
- Physiquement, il se remet assez vite et bien. Pour le reste, je dirai qu'il a… la tête vide. »

Le jeune homme haussa les sourcils. Que voulait-il dire exactement ?

« Comment ça ?
- Il est amnésique, déclara l'homme. »

YunHo cilla, surpris et passablement choqué.

« Il a tout oublié le concernant, jusqu'à son prénom. Il se base sur ce que lui disait la personne qui l'a… malmené. »

YunHo acquiesça silencieusement. Il comprenait à présent l'hésitation du jeune homme à donner son nom.

« Beaucoup de chocs peuvent provoquer une amnésie partielle ou totale, plus ou moins longue… ça dépend, expliqua le médecin. Seulement, d'après ce qu'il m'a dit, il ne se souvenait déjà plus de rien avant que vous ne le trouviez. Je dirai que le choc doit être antérieur à ce qu'il a subi. Mais je ne vois rien qui ait pu provoquer ça. Sa tête va mieux que le reste de son corps.
- Ce n'est pas définitif, au moins ? s'inquiéta YunHo.
- Tant qu'on ne sait pas ce qui s'est réellement passé, je ne peux pas me prononcer. Le problème pourrait être résolu plus rapidement s'il était à l'hôpital, mais je pense que cette solution est exclue… »

Le jeune homme remercia intérieurement le médecin d'être aussi compréhensif. Admettre JaeJoong à l'hôpital provoquerait bon nombre de complications que YunHo ne pouvait se permettre sous peine de perdre ses droits sur sa sœur. Le moindre faux pas, et Jihye lui serait retirée sur le champ. Ainsi que le stipulait le marché. Un marché qu'il se représentait comme une arme invisible pointé vers sa tête. Avec les mois, YunHo pouvait presque sentir le canon de l'arme, douloureusement collé contre sa tempe. Personne ne lui donnerait le bénéfice du doute, et il serait immanquablement coupable et irresponsable.

« Mais je ne pense pas qu'il ait besoin d'un scanner ou d'une IRM, ajouta le médecin. Même s'il nous est arrivé salement amoché… »

YunHo se leva et se dirigea vers le comptoir qui séparait la salle à manger de la partie cuisine. Il lui fallait une distraction… aussi minime fusse-t-elle.

« Thé ou café ? proposa YunHo en sortant deux mugs d'un placard.
- J'ai eu ma dose de caféine pour le restant de la journée, plaisanta le médecin. Va pour du thé, s'il te plait ! »

Le jeune homme mit l'eau à bouillir et s'accouda au comptoir, tourné vers la salle à manger. L'horloge du four micro-onde affichait une heure qui acheva d'assombrir la matinée de YunHo.

« Dis-toi que le temps passe plus vite quand on a l'esprit occupé. Et puis, je suis là pour surveiller notre inconnu, rassura l'homme. A moi aussi, ça aidera à passer le temps. »

YunHo se demanda sérieusement si le médecin avait réellement une vie sentimentale avec son épouse. La bouilloire siffla, expulsant violemment un long jet de vapeur brûlante. YunHo versa l'eau chaude dans les mugs déjà pourvus de leur sachet de thé, puis en déposa un devant l'homme. Il se rassit. Le médecin eut un sourire indulgent et posa une main sur l'épaule de son jeune voisin.

« Ne t'inquiète pas pour Jihye… tu n'as rien à craindre, crois-moi. Gardes-en un peu pour le jour où elle te parlera de son petit ami et voudra te le présenter. »

YunHo manqua de s'étouffer avec sa gorgée de thé. Toussant, il tenta de s'imaginer ce jour fatidique. Angoissant. Le médecin riait à présent. YunHo renifla, amer.

« Vous étiez sûrement aussi fier quand ce jour est arrivé pour vous et votre fille, répliqua-t-il, ironique.
- … sûrement oui, pouffa le médecin. »

###

YooChun s'effondra littéralement sur un des fauteuils de son appartement, vidé de ses forces, et écœuré. Il n'aspirait qu'à une seule chose : passer le restant de l'après-midi, la soirée et la nuit, dans cette position avachie, et ne plus avoir affaire avec le monde extérieur. Sa vie reprendrait son cours normal le lendemain, très tôt le matin s'il le fallait ; pour le moment il la mettait en suspens.

Tournant la tête vers la baie vitrée, il vit le balcon inondé de soleil. Malgré sa nouvelle résolution de rester le dos vissé au fond du fauteuil, il trouva un reliquat d'énergie pour se lever, fermer les volets et tirer les rideaux, avant de retourner s'allonger. Désormais dans l'obscurité, il lui sembla retrouver un certain calme, malgré l'angoisse qui le tenaillait depuis que JunSu était venu le prévenir de son départ pour le milieu.

Loin d'être oiseau de mauvaise augure, ou tout simplement pessimiste, YooChun ne pouvait s'empêcher d'imaginer une multitude de scénarii catastrophes dans lesquels il arrivait quelque chose de grave à son ami. Son imagination paraissait avoir une nouvelle et inépuisable source d'inspiration cruelle et effrayante depuis l'exil de JaeJoong. YooChun n'était pas non plus paranoïaque – du moins pas plus que la moyenne – mais il se doutait que l'Autorité leur réservait de bien mauvaises surprises. L'Autorité… ou quelqu'un d'autre. Qui savait ? Pire encore… les deux.

Le jeune homme secoua violemment la tête, refusant de s'enliser dans une véritable névrose paranoïaque. Il avait décidé de faire confiance à Oracle, malgré les avertissements teintés de menaces qu'une petite voix ne cessait de répéter dans un coin de son esprit, et ce depuis que l'homme lui avait promis monts et merveilles. Plutôt mourir que d'accorder plus de crédit à un membre de l'Autorité qu'à Oracle, songeait YooChun. Et sur cette pensée, la voix répliqua avec sarcasme qu'il suivait précisément les traces de JaeJoong. Le jeune homme la bâillonna sans plus d'hésitation et s'efforça de penser à autre chose.

Inévitablement, il réfléchit au plan qu'Oracle leur avait rapidement esquissé. Pour l'heure, il s'agissait de retrouver JaeJoong, quelque part dans la région où YooChun serait à son tour catapulté. La suite n'était que pures spéculations et hypothèses pour YooChun. Le jeune homme se doutait qu'Oracle n'avait rien laissé au hasard, mais il ne parvenait pas à comprendre pourquoi elle ne leur disait rien de plus. Craignait-elle qu'ils ne prennent peur et se désistent ? Oracle savait qu'ils étaient prêts à tout. Tout. Ses motivations lui étaient parfaitement mystérieuses.

Après tout, il s'agissait d'Oracle. Tout était mystère avec elle.

La sonnerie de la porte d'entrée coupa brusquement le fil de ses pensées. Il était trop tôt pour qu'il s'agisse de JunSu, aussi YooChun songea un instant à ignorer la sonnerie qui retentit une seconde fois. Mais les coups empressés qui suivirent l'en dissuadèrent aussitôt. Bon gré mal gré, laissant de côté le mauvais pressentiment qui refit surface, il quitta le fauteuil et alla ouvrir la porte. Il n'avait jamais vu le jeune homme qui se tenait sur le palier, mais lui semblait revenir tout droit d'une bagarre, couvert d'égratignures et d'hématomes. L'étonnement prit le pas sur sa mauvaise humeur.

« Oui ?
- Park YooChun ? s'assura l'inconnu.
- … c'est pour quoi ? éluda le jeune homme.
- Je… j-je suis M-Malky Larsis, bredouilla-t-il. J-j'ai été placé en duo temporaire avec votre partenaire pour u-une sortie de c-contrôle. »

Le mauvais pressentiment parut littéralement exploser en une horrible certitude, bien plus encore lorsque YooChun détailla un peu mieux le jeune homme.

« Que s'est-il passé ? grinça-t-il.
- Un… u-un incident…
- Et JunSu ? coupa-t-il
- A… à l'hôpital, i-il est en observation. »

Malky eut tout juste le temps de finir sa phrase, YooChun se chaussait déjà, cherchant en même temps à tâtons ses clefs. Il se précipita hors de son appartement, claquant la porte derrière, Malky sur les talons. Encore étourdi de leur mésaventure, ce dernier peinait à suivre le rythme effaré du jeune homme.

Le complexe où siégeait la très respectée Autorité possédait son propre hôpital, et bien d'autres services que cette haute institution refusait de partager avec le reste de la population. Les employés étaient logés au sein même de ce complexe, aussi il ne leur fallu qu'une dizaine de minutes pour rejoindre le centre hospitalier.

Arrivés à l'accueil, ils ne trouvèrent personne. Pianotant nerveusement des doigts sur le comptoir immaculé et froid, YooChun ne se sentait aucunement d'humeur à attendre que quelqu'un daigne rejoindre son poste. Le jeune homme décida de partir lui-même à la recherche de JunSu. Sur le point d'y aller, il se souvint que Malky l'avait suivi, et se tourna vers lui.

« Vas te faire soigner, je vais le chercher, conseilla-t-il.
- Pardon ?
- Tu as vu dans quel état tu es ? »

Le rouquin ne releva pas, ni ne bougea quand YooChun le quitta définitivement pour retrouver son ami. Malky soupira lourdement. YooChun avait sûrement raison de lui conseiller de s'occuper de ses blessures… il n'en ferait cependant rien. A quoi bon soigner un hématome si deux autres suivraient dans l'heure ?

Malky le regarda s'éloigner presque en courant après avoir rapidement observé le plan de l'hôpital et de ses dix étages. Qu'il devait être bon d'avoir un partenaire – non, un ami – de la sorte… quelqu'un qui ne profiterait pas des autres, ne les utiliserait pas comme de vulgaires pions sans valeurs et dont le sacrifice ne ferait aucun remous. Quelqu'un digne de confiance et d'amitié. Malheureusement, dans ce microcosme que l'Autorité avait instauré, amitié et confiance étaient loin d'être des valeurs sûres. Malky tourna les talons, bien décidé à rentrer chez lui le plus vite possible. Il avait un rapport à rédiger pour le lendemain matin. Un fois qu'il serait terminé, il pourrait tout oublier.

La base de son crâne l'élança brusquement, le forçant à s'arrêter, la tête entre les mains, luttant contre le vertige provoqué par la douleur. Oublier… du moins une fois que toutes ses blessures seraient guéries. Prudent, il reprit sa route, dépassant la salle de repos du personnel de l'étage et une poignée de portes anonymes. Il ne remarqua pas l'une d'elles qui s'ouvrit silencieusement sur son passage, ni le bras qui surgit de l'ombre. Une main l'attrapa par la manche. Malky se sentit violemment tiré vers l'arrière, et avant qu'il ne pût crier de surprise, une autre main se plaqua sur sa bouche.

Il reconnut aussitôt la poigne douloureuse qui le força à s'engouffrer dans l'étroit débarras. Il ne se débattit pas ; mieux valait pour lui qu'il reste calme et docile. Sa tête se cogna contre le mur à l'endroit exact où se formait une bosse ; Malky gémit de douleur. Un corps solide, massif, s'appuya contre lui, l'empêchant de bouger, de fuir. Mais jamais le jeune homme n'avait tenté de se soustraire à sa prise…

« Tu es en vie, nota la personne. Impressionnant. Je ne sais pas par quel miracle, mais c'est un fait. Survivre à deux mercenaires… bel exploit. »

Malky serra les dents et tenta de regarder son agresseur dans les yeux malgré la pénombre.

« Mais que Kim JunSu soit lui aussi encore bien vivant, me pose problème, vois-tu ?
- Je n'y suis pour rien ! se défendit-il. Quelqu'un a dépêché la garde à notre secours. »

Il vit un rictus moqueur craqueler le visage plongé dans l'ombre.

« Tu mens.
- Je ne mens pas.
- Personne d'autre que toi et moi n'était au courant de la présence des mercenaires, grinça l'homme. »

Malky réfléchissait à toute vitesse à une explication plausible qui le disculperait. En vain.

« Je n'ai pas contacté la garde ni le poste de contrôle, clama-t-il. Même si j'avais voulu le faire, je n'aurais pas pu !
- Si ce n'est ni toi, ni moi… qui est-ce alors ? »

La réponse s'imposa d'elle-même dans son esprit embrouillé.

« … quelqu'un qui possède le don de double-vue, souffla-t-il. »

L'homme eut un ricanement nerveux et furieux.

« Cette Oracle… quelle plaie ! grinça-t-il. Toujours à fourrer son nez de sorcière dans nos affaires… »

Le rouquin ne put s'empêcher de remercier silencieusement la femme pour son intervention… même si elle rendait furax son tyran.

« Bon… au moins, ce très cher Kim aura été bien amoché, songea l'homme à haute voix. Il mettra un petit moment pour s'en remettre. »

Le jeune homme devina qu'il s'était discrètement rendu près de JunSu, allant aux nouvelles, voyant de ses propres yeux le résultat de son plan bancal. Malky n'était pas aussi bien informé que lui. Il avait tout juste eu le temps d'apercevoir JunSu inconscient, avant d'être ramené en haut… puis il s'était précipité vers l'appartement de son coéquipier pour le prévenir.

La prise se relâcha et le poids pesant contre lui s'effaça. Il put respirer librement. Dans la pénombre, il vit l'homme le détailler longuement, en silence. Il détestait le regard qu'il avait lorsqu'il l'observait de la sorte. En règle générale, cela n'annonçait rien de bon pour lui. Il n'était pas qu'un pion entre ses mains, mais aussi un jouet, une chose dont il abusait à volonté. Un jouet, un pion, une chose qui ne protestait jamais, ni ne se plaignait. Très souvent, Malky reconsidérait sa situation et se demandait toujours à la fin par quel miracle était-il encore capable de tenir et de vivre.

Cependant, ce jour-là l'homme sembla trouver l'état du rouquin bien trop lamentable pour faire quoi que ce fût. Il le congédia sans un regard de plus. Malky s'enfuit du débarras sans se soucier des éventuels passants ou membres du personnel qui arpentaient les couloirs de l'hôpital. A présent il pouvait rentrer, faire son rapport et se reposer.

Mais oublier… il ne pourrait jamais.

YooChun avait perdu le compte des portes et fenêtres qu'il dépassait depuis dix longues minutes. Il ne songeait même plus aux volées de marches ni aux interminables couloirs qu'il avalait. Le jeune homme était bien loin d'être perdu dans ce dédale à l'atmosphère feutrée et camphrée. Sans connaître précisément l'endroit où JunSu avait été emmené, il savait où aller. Cela ne l'empêchait pas d'errer.

Je le savais. Je le savais. Je le savais. Cette certitude ne quittait plus son esprit. Celui-ci le lui diffusait en boucle, disque rayé aux vérités accablantes. Son pressentiment ne l'avait pas trompé. Tout comme ceux qui l'avaient précédés, et qui se trouvaient toujours confirmés dès lors qu'ils impliquaient ses amis, ses proches. Il en venait parfois à se détester de songer de la sorte. Oiseau de mauvaise augure, dont les prédictions sombres et floues se réalisaient par le simple fait d'avoir été énoncées.

YooChun devinait aisément que JunSu minimiserait puis balayerait le sujet d'un revers de la main, avant de lui reprocher de toujours trop s'inquiéter, à tord. La preuve, YooChun, je suis toujours entier ! Le jeune homme se promit de le gifler s'il lui venait la mauvaise idée de prononcer ces paroles. L'heure n'était plus aux ton léger et plaisanteries, ni aux demi-mesures. Il savait qu'ils étaient désormais en danger.

Il s'arrêta brusquement, poings et mâchoire serrés à lui faire mal. Tout cela mis de côté, il était avant tout son ami. Et cela impliquait bien naturellement de s'inquiéter, s'angoisser et se faire un sang d'encre pour la personne avec laquelle l'on s'était lié d'amitié.

YooChun se remit en marche, engloutissant le dernier corridor avant de pousser le double-battant marquant l'entrée d'un nouveau service. Toutes les portes des salles et des chambres, à quelques exceptions près, étaient ouvertes. Le jeune homme jetait de fréquents coups d'œil, çà et là, à la recherche de JunSu.

Il entendit et reconnut sa voix, étrangement rauque et voilée, avant d'avoir atteint l'entrée de la chambre.

« Un peu moins serré… s'il vous plait… »

Une sourde fatigue transperçait dans se voix ; YooChun fronça les sourcils et franchit le seuil, à peine soulagé de l'avoir retrouvé.

Les chambres pour les patients souffrant de blessures légères étaient, pour YooChun, plus angoissantes et étouffantes que celles des soins intensifs. Parfaitement impersonnelles et presque monochromatiques, il semblait déplacé de s'y reposer, malgré les lits qui les équipaient. La volonté devait être de dissuader les plus feignants de rester oisifs plus que de raison, cherchant à les mettre le plus mal à leur aise possible. Encore un coup de l'Autorité…

Il trouva JunSu installé sur un des trois lits de la chambre, à moitié caché par un infirmier dont les mains s'affairaient sur son cou. L'hématome colorant, masquant, le côté droit de son visage le choqua plus que la somme de toutes les plaies et égratignure dont il était couvert.

« JunSu ? »

Le plus jeune, qui avait gardé les yeux fermés, les rouvrit dans un sursaut et vit YooChun. Un sourire surpris craqua son visage, difficilement… douloureusement ?

« Qu'est-ce que tu fais là ? croassa-t-il. »

A l'évidence, JunSu ne s'attendait pas à sa visite.

« Ce je fais là ? répéta YooChun, incrédule, avant de s'énerver. Oh… je passais dans le coin, pour tuer le temps, et je suis tombé sur toi ! Curieuse coïncidence, tu ne trouves pas ? »

Si JunSu voulut rire, il n'obtint qu'une mauvaise toux râpeuse. Imperturbable, l'infirmier acheva sa tâche et rassembla son matériel, non sans prononcer les recommandations d'usage.

« Veillez à ne pas mouiller le bandage et à le changer tous les jours d'ici deux ou trois jours. »

Il tendit un morceau de papier griffonné à la hâte.

« Votre prescription, expliqua-t-il. Elle sera à retirer avant de sortir, au rez-de-chaussée. »

JunSu acquiesça silencieusement, pliant et rangeant le papier dans une poche de son jeans. L'homme le salua et quitta la salle sans un regard pour YooChun. Ce dernier se décida à s'approcher du lit qu'occupait son ami. L'attention de ce dernier sembla soudain piégée par les pattes de mouches qui parsemaient le gerflex, en guise de décoration.

« JunSu ? appela le jeune homme. »

Un soupir las lui répondit. Lorsque JunSu se résolut à regarder YooChun dans les yeux, celui-ci perdit tout souvenir de sa précédente et rageuse promesse.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? se risqua-t-il. »

Son ami eut une grimace indéchiffrable, et dans son regard YooChun lut une immense fatigue, de la tristesse… et une terreur qu'il n'aurait jamais crue possible chez le cadet. Sans même y réfléchir, sa main se posa sur son épaule pour l'attirer contre lui et le serrer dans ses bras. Il ne savait pas vraiment qui il voulait rassurer… son ami, ou lui-même ? Se rassurer, malgré ce qu'il avait perçu dans ses yeux, qu'il était bel et bien vivant et en face de lui.

JunSu s'abandonna à l'étreinte de son ami avec soulagement. Même le trou noir qui l'accueillit un peu plus tôt, ne lui fut pas aussi rassurant et chaleureux.

Ce ne fut qu'une fois réveillé et après avoir perçu quelques bribes de conversation, qu'il réalisa l'ampleur de la situation. Quelques secondes de plus, et il n'aurait très certainement plus été de ces mondes. Cette pensée lui arracha un frisson d'effroi qui le fit se crisper. Malgré les antalgiques, son corps restait douloureux. YooChun s'écarta alors, et remarqua le léger et large bandage qui entourait son cou. Il fronça les sourcils mais s'abstint de tout commentaire.

« Tu sors quand ? s'enquit-il.
- … dans quatre heures je pense, répondit JunSu, la voix rêche. »

YooChun se retint de reposer sa première question. Vaincu par la fatigue et les puissantes doses de médicaments, JunSu papillonnait des yeux, luttant pour rester éveillé, contre une torpeur qui s'était abattue sur lui sans crier gare.

« Je crois… que je vais dormir un peu… déclara mollement JunSu.
- Bonne idée, acquiesça-t-il d'un ton léger. Je te réveille ?
- Avant qu'on nous jette à la porte… de préférence… »

Le jeune homme ne prit pas la peine de repousser les draps, et s'allongea. À peine eut-il posé la tête sur l'oreiller trop plat du lit, qu'il rendit les armes, plus vite qu'il ne l'aurait voulu. Il entendit YooChun contourner le lit et s'installer sur une chaise près du matelas. Et ce fut tout. Un gouffre d'obscurité sans fin l'attendait dans son sommeil.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, émergeant lourdement de son repos, JunSu trouva son ami toujours assis à côté de lui, bras croisés, le regard perdu bien trop loin pour son propre bien.

« Hey, YooChun, souffla-t-il. »

Le jeune homme sursauta, manquant de tomber de son siège qu'il faisait tenir sur deux pieds.

« Pas malin, nota JunSu.
- Je sais… je sais… bien reposé ? »

JunSu bâilla puis grimaça. Son cou, sa gorge, lui faisaient encore mal au moindre mouvement.

« Je sais pas… si je m'écoutais, je dormirais encore des heures. »

Son ami ricana. C'était le monde à l'envers ! Cependant, compte tenu de la situation, c'était amplement compréhensible.

« Je m'en doute, mais attends qu'on rentre pour jouer la Belle au Bois Dormant ! Au fait, tu sors dans moins d'une heure…
- … j'ai dormi combien de temps ? s'étonna JunSu. »

YooChun leva deux doigts en réponse. Le jeune homme fronça les sourcils.

« C'était trois heures, pas quatre… expliqua son ami. Heureusement que j'ai demandé ! »

JunSu soupira lourdement, portant sa main sur ses yeux. Si le sommeil lui avait épargné les élancements résiduels, à présent qu'il l'avait quitté, il se sentait perclus de douleurs. L'étau qu'il ressentait au cou lui donnait l'horrible sensation d'être un pantin au cou brisé et dont la tête se balançait pathétiquement contre la poitrine. Bon sang… Il aurait très bien pu être ce pantin !

Le matelas s'enfonça un peu, près de son bras. YooChun croisa les bras sur les draps et y posa le menton.

« 'Su-su… qu'est-ce qui ne va pas…
- … je crois… que je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie. »

YooChun acquiesça sombrement. Il l'avait bien compris. Lui restait à savoir ce qui s'était passé.

###

Ses doigts blancs parcouraient, effleuraient la procession de reliures de cuir, au grain affiné et adouci par les âges, des caractères d'or ou d'argent gravés sur leurs tranches. Des pans entiers de la bibliothèque recouvraient les murs de la pièce. Un reflet blanc et flou s'étendait d'un bout à l'autre du mobilier.

« Il n'existe plus aucun ouvrage datant réellement de cette époque, déclara Oracle. Le reste n'est que mensonge ou omission. »

Un soupir irrité s'éleva derrière elle, écho désincarné.

« Ils ont donc tout détruit, soupira l'écho. Maudits soient ces sauvages !
- C'est… ce qu'il nous faut croire, en tout cas, ajouta distraitement la femme, l'ombre d'un sourire malicieux flottant au coin de ses lèvres d'albâtre. »

Derrière elle, la lueur à l'origine du reflet et de l'écho parut hésiter. L'image blanche et translucide dont on ne distinguait que les yeux et les lèvres, plissa les paupières.

« Comment donc ?
- Hum ? Comment cela 'comment donc' ? s'enquit innocemment Oracle. »

La forme floue parut croiser les bras avec humeur et prendre une posture impatiente.

« Ayez pitié, Mère, et cessez de jouer avec moi de la sorte ! Ont-ils tous été détruits ? »

La main d'Oracle s'arrêta au niveau d'un large volume au cuir tanné, aux teintes forestières. Avec autant de délicatesse que de respect, elle l'extirpa de la rangée, avant de le serrer contre elle. Elle se retourna et rejoignit son interlocutrice de brume dense et irisée. Les gestes emplis de révérence, elle ouvrit le volume au milieu de l'œuvre. La forme eut un hoquet surpris. Oracle sortit un carnet à la modeste couverture d'une cachette creusée, aménagée au sein même du livre.

« Bien sûr qu'ils l'ont tous été ! Brûlés, déchirés, broyés… aucune grâce ne leur a été faite. »

Un cordon bleu nuit usé scellait le carnet ; Oracle le défit tout aussi doucement car des siècles avaient fragilisé la relique.

« C'est une perte immense, car la vérité sur l'Autorité et ses origines, s'y trouvait consignée. »

OooOooOoOooOooO

A suivre…

Bon ! Chunie ? Il faut qu'on parle tous les deux... è__é