...et sentiments

« Ouille ! Hé, Maribelle ! C'était pour quoi, ça ? »

Peu après le départ de Robin de sa tente, Maribelle était arrivée depuis le même endroit et avait obligé Lissa de la suivre dans sa tente. Une fois sur place, la jeune noble avait pris un papier, qu'elle avait enroulé avant de frapper la tête de son amie avec. Son regard montrait un mécontentement évident. Finalement, elle soupira.

« Je vais préparer du thé, et après, je veux tout entendre. » disait Maribelle en insistant sur le mot 'tout'. « Et tu as intérêt à rien me cacher. »

Lissa se sentait encore plus mal désormais. Elle regardait son amie préparer le thé, et s'asseyait sur une chaise en attendant. Une fois la boisson prête, Maribelle sortait deux tasses et versaient le thé dedans, avant de retourner vers la table et de présenter l'une des tasses devant la princesse.

« Bien... Maintenant, j'attends des explications. En passant, j'ai vu Robin, complètement furieux, et ne faisant à peine attention à ma sympathique proposition de boire un thé. Et en continuant mon chemin, je te vois toi, triste, inquiète. Donc... ? »

Maribelle ne mâchait pas ses mots, avec un ton presque aussi froid que la toundra de Regna Ferox. Lissa regardait sa tasse, mal à l'aise.

« De plus, tu m'avais évité pendant quelques jours, et tu me sors de grossières excuses... J'aimerais comprendre...

- Qu... Tu avais remarqué ?

- Pour qui me prends-tu, Lissa ? Ces bobards étaient un peu gros. Je te connais, quand même. J'avais été assez gentille pour laisser passer cette fois-ci, mais désormais... » Elle ne continuait pas sa phrase, trop évidente à dire pour qu'il y ait un quelconque intérêt à les prononcer.

Lissa regardait son amie, dont les yeux inquisiteurs attendaient une réponse. La princesse soupirait finalement, prête à dire la vérité... ou plutôt, qu'il n'y avait plus de raison de le cacher.

« En fait, après que tu ais été sauvé, quand Ricken a dit qu'il avait pu aider grâce à Robin, j'étais allé le voir pour le remercier... et... » Elle expliquait que, sans comprendre pourquoi, elle l'avait enlacé, et finalement, elle avait compris qu'elle était amoureuse de lui. Elle s'était finalement inquiétée de son geste pour rien. Puis elle expliquait ce qui s'était passé la veille et ce jour.

Maribelle, qui écoutait en sirotant son thé, haussant un sourcil ici et là, déposa lourdement sa tasse sur la table.

« Des farces ? Par mes aïeux, Lissa... Je croyais que tu avais passé ce stade ! Me serais-je lourdement trompée à ce sujet ?

- Non, tu ne te trompes pas... Enfin... Pas vraiment... Mais c'est un cas exceptionnel ! » Son amie la fusillait d'un regard qui voulait dire 'En quoi ?' « J'ai remarqué par hasard, mais il fait... une sorte grimace très drôle... quand il est surprit...

- Hmm... Donc les mots de ce type... Gaius, c'est ça ? N'étaient pas des mensonges, apparemment... Et ? Est-ce une raison de le déranger ainsi ? »

Les mots de son amie avaient l'effet d'une dague plantée dans son cœur.

« Je ne voulais pas le déranger... C'est juste que... »

Lissa ne terminait pas sa phrase. Même si Maribelle était en colère contre elle, elle pouvait comprendre. L'amour pouvait faire des choses stupides. Mais son amie ne semblait pas bien comprendre ce qu'il faut faire, et surtout, ce qu'il ne faut pas faire.

« J'avais l'intention d'inviter ce cher Robin qui te tient à cœur à prendre le thé, mais à cause de toi, il ne viendra pas, donc... J'aimerais comprendre ce qui te charme chez lui. Je ne lui trouve rien de spécial... et il n'a certainement pas la même noblesse d'esprit que... Ricken, par exemple.

- Ricken ? Pourquoi tu le compares à lui ? »

Maribelle remarqua qu'elle l'avais laissé échapper, et mis sa main sur sa bouche, la légère teinte cramoisie sur ses joues trahissant son embrassement.

« Pour rien, ma belle, pour rien. Je viens de remarquer que mon exemple n'est pas très concret. Peu importe. Alors ? »

Lissa la suspectait, mais elle semblait ne pas vouloir en parler. Craignant un autre coup de papier, elle expliquait les qualités qu'elle trouvait à Robin. La jeune noble l'écoutait, mais bien qu'elle n'acceptait pas qu'un tel homme puisse être l'objet de l'affection de son amie, elle n'arrivait pas à trouver quelqu'un de plus... approprié pour elle. Malheureusement, ce Marth était finalement une femme, donc les options furent drastiquement réduits...


Les jours suivants furent très long pour Lissa. Elle avait remarqué que Robin l'évitait, et suite à la conversation avec Maribelle, elle se sentait d'autant plus mal, et n'avait plus l'envie de faire des farces à qui que ce soit. Depuis, elle s'ennuyait ferme, s'entraînant encore parfois à l'arme, mais l'envie était partie car elle n'était plus motivée. Elle soupirait, repensant à Robin.

« Ça ne va pas, Lissa ? » C'était Sumia, qui passait par là.

« Oh, salut, Sumia... Non, à vrai dire, je meurs d'ennui. Et je croyais que c'était qu'une expression... Puis Robin m'inquiète... Ou plutôt, il ne veut plus me parler... Je voulais juste que son inquiétude parte, mais il me fait la tête maintenant...

- Oh... »

Sumia se posa à côté de la princesse, ayant des inquiétudes propres à elle.

« Le capitaine m'inquiète aussi... Il est dans les nuages depuis que la Reine est repartie à Ylisstol. J'ai essayé aussi de lui remonter le moral, mais cela n'a pas marché...

- Tu as fait quoi ?

- Je lui ai cuisiné quelques pâtisseries... Mais à chaque fois, il me dit qu'il n'a pas faim... Pourtant, il avait adoré celle que j'avais faite... »

Les deux filles soupirèrent, inquiets respectivement pour les garçons qu'elles aimaient...


Le jour suivant, ils arrivèrent enfin à Regna Ferox. Ils eurent une audience avec Flavia, la Khan de l'Est, qui accepta leur demande de renfort. Elle était repartie préparer ses troupes, laissant Chrom et Robin avec Lissa et Sumia, qui les avaient suivis, ayant décidé entre elles de ne pas les quitter d'une semelle tant qu'elles le pouvaient.

« C'est un soulagement... » disait Sumia.

« J'espère que nous arriverons à temps... » s'inquiétait Robin.

« Mais elle est en sécurité au château, non ? Phila et les autres la protégeront, hein ? Et le Khan, Flavia, rassemble ses meilleurs troupes à l'heure qu'il est ! Nous serons de retour à Ylisstol à temps ! J'en suis sûre ! » disait Lissa en espérant que ses paroles réconforteront les deux jeunes hommes.

Elle regardait Chrom, espérant un gain de confiance de sa part, mais ce dernier était silencieux, dans ses pensées, inquiet pour sa grande sœur.

« Chrom ? Dis quelque chose ! Dis qu'on va y arriver ! » insista-t-elle.

« Pardon, Lissa, tu disais ? » demandait Chrom, enfin sorti de ses pensées. Ce qui énervait sa sœur.

« Oh, d'accord ! Laisse tomber ! Tu es trop occupé à t'en vouloir pour vouloir daigner me parler ! »

Mais Chrom était déjà de nouveau dans ses pensées. Robin regardait les deux frère et sœur, et se disait que finalement, peut-être n'avait-elle pas tord. L'inquiétude peut obscurcir nos jugements. Il se demandait si elle n'avait pas juste cherché à lui faire reprendre des couleurs ? Mais alors, pourquoi...

Il n'eut pas le temps de réfléchir plus quand Sumia parla fort.

« Reprenez vos esprits, capitaine ! »

Il leva les yeux à temps pour voir le coup de poing de Sumia qui le surprit. Lissa fut aussi choquée par cet action. Chrom, lui, senti le coup passer et se tenait la joue, très douloureuse, en regardant Sumia d'un air entre la surprise et le choc.

« M'enfin ?!

- Oups ! Oh non ! Je ne l'ai pas fait comme il faut ? Le Capitaine Phila dit qu'une bonne gifle sort les gens de sa torpeur...

- Sumia, une gifle, ça se donne la main à plat ! » expliquait Lissa, essayant de contrôler son envie de rire. « Ce que tu viens de donner... C'est un coup de poing... !

- Oh ! ...Euh... C'est l'intention qui compte, n'est-ce pas ? » disait une Sumia rougissante, ce qui failli faire perdre à Lissa sa retenue.

« Bon sang... Tu m'as fait drôlement mal... ! »

Mais un rire finalement éclata. Mais ce n'était pas Lissa. Mais Flavia, la Khan, de retour.

« Que se passe-t-il, cher prince ? L'amour à poings fermés vous renverse ? Estimez-vous chanceux d'avoir des femmes de cette trempe dans vos rangs ! »

Reprenant son sérieux, la Khan expliqua que son armée était désormais mobilisée, et qu'elle comptait y participer, et y emmener aussi sa moindre moitié, Basilio, l'autre Khan. Ce dernier arriva finalement peu après.

« Chrom ! Je te cherchais !

- Que se passe-t-il ?

- Les éclaireurs sont venus donner leur rapport, et j'ai une mauvaise nouvelle... Ylisstol à été prise par l'ennemi. » L'annonça frappa au cœur de chaque Veilleur présent dans la pièce.

« Ils ont pris votre sœur en otage et se sont repliés. Gangrel a déclaré qu'une exécution publique aura lieu avant la prochaine lune.

- Une exécution ? » Chrom prit la nouvelle très mal, l'inquiétude étant remplacé par le désespoir.

« Non, Emm... »

Lissa fut encore plus touchée. Robin la regardait, et la voyait défaillir... et l'attrapa avant qu'elle ne puisse tomber au sol.

« Lissa ? Lissa ! »

Elle avait perdu conscience, et il avait dû l'attraper par la taille. Les autres discutèrent de cet annonce avec énormément d'inquiétude sur leurs visages. Robin voyait en cette nouvelle un piège pour capturer aussi Chrom. Ce dernier perdit son sang-froid et voulut partir immédiatement, mais fut retenu par les Khans. Le tacticien comprenait leur point de vue.

« Je vais trouver une solution, Chrom, je vous le promets. Flavia, y a-t-il une chambre de libre pour que je puisse y déposer Lissa ? »

La Khan acquiesça et demanda à l'un des soldats présents de l'amener vers une chambre libre. Robin le suivit, portant Lissa dans ses bras, mais il s'arrêta en entendant quelqu'un s'adresser à lui.

« Robin, c'est une lourde responsabilité que vous prenez, Robin. Vous tenez la vie de la Sainte-Reine d'une main et la nôtre dans l'autre. Est-ce que vous vous sentez vraiment prêt pour cette tâche ?

- Je ne prends pas cette mission à la légère... »

Robin regardait Lissa qui dormait dans ses bras. Il se rappelait de sa détermination quand Maribelle était capturée. Elle était prête à tout donner. Et malgré ses farces, elle faisait tout pour que les autres aient le moral. C'était une véritable source d'inspiration. Il tourna alors la tête vers les Khans et Chrom, un sourire sur les lèvres.

« Et je sais que je me sens capable de relever ce défi. »

En voyant son regard déterminé, les Khans le vantaient. Chrom regardait son ami.

« Très bien, Robin... Je compte sur toi pour notre stratégie. »

Robin acquiesçait, et emmenait Lissa dans la chambre que le soldat leur désignait.


Robin avait récupéré tout ses papiers, cartes et quelques livres de stratégies et les avaient amenés dans la chambre où dormait Lissa. Il voulait de suite préparer le plan, tout en veillant sur Lissa, comme elle l'avait fait pour lui. Il ne savait pas combien de temps se passa, mais la princesse émergea à un moment. Arrêtant ce qu'il était en train de faire, posant sa plume, il la regarda.

« Tu es enfin réveillée. » disait-il avec un sourire.

« Hmm... Robin... ? »

Il la laissait reprendre ses esprits, craignant une rechute. Mais sa première prise de parole le prit par surprise.

« Je croyais que tu étais en colère contre moi... » Elle s'était déjà redressée, assis sur le lit.

« Je ne... » Il s'arrêtait en pleine phrase, et soupirait. « D'accord, j'étais en colère contre toi. Mais parce que tu as mis un crapaud dans ma chemise.

- Un crapaud ? J'étais certaine que c'était une grenouille...

- Cela n'a... » Il soupirait à nouveau. « Un crapaud, c'est plus dangereux qu'une grenouille. J'étais fâché parce que cela aurait pu mal tourner. Et mettre un batracien sur le dos de quelqu'un, je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

- D'accord, je suis désolé... Vraiment désolé ! Je ne recommencerais plus ! Tu veux bien être de nouveau mon ami ? »

Robin la regardait. Elle avait encore cette expression. Celle qu'elle avait fait quand elle s'était assuré qu'il n'était pas fâché, après le coup du livre. Son côté délicat. Sans trop comprendre pourquoi, son cœur s'agitait. Peut-être parce qu'il se sentait mal pour elle ?

« Très bien. Je te pardonne. » disait-il avec un sourire. Lissa sentait alors son cœur sauter de joie, et lui rendit un magnifique sourire.

« Merci, Robin ! »

Ce dernier rougissait un peu, mais souriait, content de la voir ainsi.

« Au fait, tu fais quoi ? On est où ?

- Dans une chambre que Flavia nous a donné après ton évanouissement. Je suis en train de préparer le voyage, actuellement.

Se souvenant à présent, Lissa haleta d'effroi, et des larmes commencèrent à couler. Pris de court, Robin paniqua et s'approcha d'elle.

« Emm...

- Ne t'inquiète pas. Je l'ai promis à Chrom, alors je te le promets aussi : je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour sauver votre sœur.

- Robin... »

Autant par la tristesse que par reconnaissance, Lissa l'enlaça à nouveau, pleurant contre lui. Robin fut surpris, mais cette fois, compréhensif, il passa ses bras autour de la jeune fille pour la consoler. La princesse était désespérée, mais en se sentant dans les bras de Robin, elle se sentait un peu mieux. Sa chaleur la réconfortait, et aimerait que cet instant dure longtemps.


Un peu plus tard, tout le monde se préparait à repartir. Le campement fut rangé, et les affaires étaient bouclés. Robin aidait aussi, puis à un moment, remarqua quelque chose au niveau de la terre. Un ver. Une idée lui vint en tête, et il le récupéra, avant de retrouver Lissa.

« Hé, Lissa !

- Qu'est-ce qu'il y a, Robin ?

- Pas grand chose, je me disais juste que nous devrions nous serrer la main pour sceller notre réconciliation. » Il présentait sa main, cachant le ver dans le creux de ses doigts.

« Oh ! D'accord. »

Se doutant de rien, Lissa accepta et lui serra la main... avant de bondir en sentant un truc gluant.

« Ouah ! Robin, c'est quoi là, sur... sur ta main... Un ser... Un ser...

- Un serpent ? Non non, Lissa, ce n'est qu'un ver de terre. Alors, je t'ai eue ? »

Robin souriait largement, et Lissa, qui se reprenait, lui jeta un regard féroce.

« Rah, j'ai cru que mon cœur allait bondir hors de ma poitrine ! Tu es le pire, Robin ! » Elle prit une poignée de neige se trouvant au sol. « Tu n'es qu'un... vrai hypocrite ! » Elle jeta une première salve. « Espèce de... méchant ! » Elle jeta une seconde, mais Robin s'était protégé en mettant sa capuche. « Et enlève cette capuche, espèce de tricheur ! » disait-elle, furibonde, le poursuivant alors qu'il tenait de prendre la fuite, bien qu'il riait, heureux d'avoir eu sa revanche.

De plus loin, regardait Chrom et Sumia.

« Ils s'entendent bien, vous ne trouvez pas, capitaine ? » Chrom acquiesçait, heureux de voir que Robin prenait soin de sa sœur.


Note de l'auteur : J'ai beaucoup aimé écrire ce chapitre, surtout la fin.

Donc, vous l'avez (ou pas) remarqué, mais le rang A du soutien entre Lissa et Robin est déjà là... le rang B étant sur le précédent demi-chapitre. Ça va vite ! Mais c'est logique. En tout cas, j'ai ENORMEMENT remanié ce soutien A pour coller à la scène.

A plus tard pour la suite !