Chapitre 8 - Février 1897
Les Malefoy sont l'une des plus anciennes familles de Sang Pur, dont les origines remontent au 11e siècle, lors de l'arrivée du sorcier français Armand Malefoy sur les côtes anglaises en compagnie de Guillaume le Conquérant. Ayant rendu divers services à ce dernier, il obtint des terres dans le Wiltshire et y construisit un splendide manoir, propriété de la famille depuis des générations.
Parmi ses ancêtres les plus éminents, Lucius Malefoy (1536 - 1600) fut l'un des soupirants de la reine Elizabeth Ière, Brutus Malefoy (1643 – 1715) était le directeur de la célèbre gazette Sorcier en Guerre, et Septimus Malefoy (1754 – 1800) était l'un des membres les plus influents du Ministère de la Magie.
Inconnu - Extrait des Vingt-Huit Sacrés (1ère édition), 1865
oOo oOo oOo
Hamilton fit tomber par mégarde sa cuillère et pesta tout bas. Archibald amorça un mouvement pour la ramasser, mais son ami l'arrêta.
- Ne t'embête pas, dit-il dans un soupir. Je dois apprendre à me débrouiller tout seul.
Peiné, Archibald le regarda se baisser et reprendre la cuillère.
À la suite de l'accident du Poudlard Express du mois dernier, Hamilton avait passé trois longues semaines à l'hôpital Sainte Mangouste afin de réapprendre les gestes simples du quotidien, comme tenir sa baguette ou écrire. Il avait eu le malheur de perdre deux doigts de la main droite.
Et aucune magie n'était capable de réparer ça.
Depuis son retour à Poudlard, il affichait un air si pitoyable que même Brutus n'avait pas eu le cœur de se moquer de lui – pour le moment. Il avait aussi fini par fuir sa compagnie, ne supportant plus l'aspect misérable qu'il arborait.
- Que voudras-tu faire cet après-midi ? demanda Archibald d'un ton enjoué. Il y a le match Gryffondor contre Poufsouffle si tu veux. D'ailleurs, est-ce que Malefoy t'a raconté la claque magistrale que son équipe a fait subir à la nôtre ?
- Oui, répondit mollement Hamilton.
Archibald prit sur lui pour ne pas soupirer. Il picora les dernières miettes de sa tartelette au citron, réfléchissant à un moyen de sortir Hamilton de sa torpeur.
- Le temps a l'air de se réchauffer. Faisons un tour autour du lac pour changer !
- Si tu veux.
C'était mieux que rien.
Une fois le déjeuner terminé, les deux Serdaigles regagnèrent leur dortoir pour prendre leurs capes fourrées et donnèrent quelques tours supplémentaires d'écharpes autour de leurs cous.
Archibald hésita à proposer son aide en voyant Hamilton se débattre avec l'attache de sa cape, mais ne dit rien. Il avait tendance à se braquer ces derniers temps.
Quand les garçons furent prêts, ils descendirent jusqu'au rez-de-chaussée et gagnèrent la porte en chêne. Alors qu'ils traversaient la cour de l'école, ils croisèrent en chemin l'Inspecteur Pinkerton. Hamilton sentit son ami se tendre, mais attendit qu'ils soient hors du château pour l'interroger.
- Ce type n'a toujours pas trouvé l'assassin de McCarthy ?
- Non. Mais...
Archibald se tut. Pendant un instant, il éprouva l'envie de tout raconter à Hamilton.
- Si je te dis un secret, tu le garderas pour toi ?
Hamilton ouvrit de grands yeux étonnés. Il oublia alors la douleur lancinante qui le torturait depuis des semaines. Alors, tandis qu'ils marchaient ensemble sur les rives du lac, Archibald raconta tout, de sa découverte sur l'identité de Cyrus McCarthy jusqu'à ses intuitions sur l'emplacement du Tombeau de Merlin.
Une fois qu'il eut fini, Hamilton frissonna : malgré le timide soleil qui perçait, le vent du nord soufflait dans leur direction.
- Le Tombeau de Merlin, hein ? fit Hamilton, impressionné. Et... tu penses réellement qu'il se trouve dans la Forêt interdite ?
- Tout coïncide, certifia Archibald en hochant la tête.
D'un même mouvement, les deux garçons tournèrent leurs regards vers la lisière de la Forêt, qui s'étendait non loin d'eux.
- D'accord, déglutit Hamilton. Mais, Archie... Tu es au courant que des créatures maléfiques s'y terrent, n'est-ce pas ?
- Oui... Mais c'est la seule façon de mettre fin à ce mystère.
- Et quand penses-tu y aller ?
- Durant les beaux jours, peut-être pendant les vacances... Je trouverai bien un prétexte pour ne pas rentrer au manoir... La révision des BUSE par exemple...
- Tu pourras compter sur moi.
Archibald se tourna vers son ami, persuadé d'avoir mal entendu.
- Je te demande pardon ?
- Je viendrai avec toi. Quoi ? Tu penses que, parce que je suis à moitié estropié, je ne sers plus à rien ?
- Je n'ai jamais dit ça ! s'exclama Archibald, outré. C'est juste que... ça risque d'être dangereux et que je ne veux pas que tu aies d'ennuis.
- Parce que toi non, peut-être ?
Archibald se renfrogna. Il n'avait encore annoncé à personne sa volonté de quitter l'école après sa cinquième année : qu'il se fasse pincer pour s'être rendu en toute illégalité dans la Forêt Interdite ne le contrariait pas plus que ça. Mais il refusait que Hamilton en subisse lui aussi les conséquences...
- De toute façon, Twitter, tu n'as pas le choix : je viendrai, un point c'est tout.
Archibald secoua la tête, mais ne put s'empêcher d'être fier d'avoir un tel ami à ses côtés.
- En revanche, pas un mot à Brutus, d'accord ? D'abord, parce que c'est une vraie pipelette et ensuite parce qu'il ne s'en remettrait jamais !
oOo oOo oOo
Les jours suivants, Archibald et Hamilton préparèrent leur future expédition dans la Forêt Interdite. Ils regroupèrent toutes les informations qu'ils trouvèrent dans les livres et grimoires à la bibliothèque. Il n'existait cependant aucune carte, et ils étaient condamnés à supposer quelles créatures fantastiques ils rencontreraient durant leur périple.
- Nous disons donc des centaures, des licornes, des hippogriffes... j'imagine aussi des sombrals et je crois avoir lu quelques parts que des Cynospectres résidaient là-bas également, énuméra Hamilton en relisant son parchemin à l'écriture hésitante.
- Des quoi ?
- Des Gytrashs. Tu sais, des esprits en forme de chien.
- C'est rassurant. On prendra un ou deux os pour les calmer dans ce cas-là.
Hamilton se tapota le bout du nez avec sa plume avant de se pencher vers Archibald.
- Je viens de penser à quelque chose : il y a une source d'information que nous n'avons pas encore consultée.
- Qui ? Le professeur Wannamaker ? J'y ai songé, mais je ne vois pas comment amener la conversation sans qu'il ne nous suspecte.
- Non. Je pensais plus à la Réserve.
Archibald retint son souffle, se traitant mentalement d'idiot : comment n'y avait-il pas songé ?
Depuis sa première année, il rêvait de fureter dans ce coin inaccessible de la bibliothèque. En son for intérieur, il avait toujours trouvé l'idée ridicule d'interdire l'accès de la Réserve aux plus jeunes. Et Archibald était trop impatient pour attendre sa dernière année.
Vérifiant les allées et venues, il songea que c'était là le moment propice : aucun adulte n'était là pour les surveiller et les quelques élèves présents potassaient leurs cours, le nez plongé dans leurs manuels.
- Que fais-tu ? s'alarma Hamilton en le voyant se lever et se diriger à pas feutrés vers la Réserve.
Archibald lui intima l'ordre de se taire. L'air de rien, il fit mine de s'intéresser au rayon dédié à la métamorphose. Et, quand il fut sûr que personne ne le regardait, il enjamba le cordon.
Il sentit son cœur battre à grands coups, partagé entre l'excitation du moment et sa peur d'être découvert. Il laissa ses doigts caresser les tranches des livres, parcourant des yeux les titres des grimoires.
Démons du XVe siècle, Secrets les plus sombres des Forces du Mal,des Grandes Noirceurs de la Magie, les Potions des Grands Pouvoirs, le Livre des Horcruxes... Archibald frissonna en se rendant compte qu'il mourrait d'envie de tous les lire.
- Archibald ! entendit-il Hamilton l'appeler à mi-voix.
Archibald l'ignora et poursuivit son exploration. Il était dans son élément, il pouvait presque entendre les battements de cœur des livres et leurs chuchotis en lui, comme une étrange litanie qui l'appelait, le suppliait : « lis-moi, lis-moi ! ».
« Oui, promis, mais pas maintenant », s'entendit-il répondre à voix basse. « Je cherche pour le moment un écrit sur la Forêt Interdite ».
« Moi, moi ! Par ici ! ».
Archibald laissa son instinct le guider et il dénicha un petit livre en triste état : l'ouvrage s'était décollé de la reliure et la couverture, boursouflée par endroit, était dévorée par l'humidité. Les caractères du titre étaient presque effacés, mais il parvint à lire : les Sombres Secrets de la Forêt-sans-Retour. Archibald eut un sourire. Il serra le livre contre lui et, satisfait, repassa le cordon. Au passage, il prit au hasard quelques grimoires sur la métamorphose pour ne pas avoir l'air de revenir les mains vides et regagna sa place face à un Hamilton pâle comme la Dame Grise.
- Je ne sais pas si tu mérites une baffe, une bise ou un salut, grommela Hamilton.
- Hé ! C'était ton idée d'aller dans la Réserve !
- Certes, mais je voulais monter d'abord un plan avant de nous y rendre !
- Pas le temps pour ces bêtises, s'agaça Archibald.
- Tu as trouvé quelque chose d'intéressant au moins ?
Archibald lui tendit le petit livre qu'Hamilton prit du bout des doigts, dégoûté.
- On dirait qu'il suinte, grimaça-t-il. Tu es sûr que ça parle bien de notre Forêt Interdite ?
- Oui. C'est lui qui me l'a dit. Allez, ouvre-le !
Hamilton fouilla d'abord dans ses poches et tira un mouchoir propre, qu'il se servit pour soulever la couverture qui émit une série de petits craquements.
- Dégoûtant, marmonna-t-il.
- Alors ? Ça raconte quoi ? le pressa Archibald, en voyant Hamilton froncer les sourcils.
- On dirait une sorte de journal intime... Comme si quelqu'un avait déjà tenté de traverser la Forêt Interdite. Quelle idée !
- Dit celui qui songeait à s'y rendre avec son meilleur ami, grommela Archibald.
Ils entendirent alors la voix grondante de Brutus Malefoy, un peu plus loin. Les deux Serdaigles échangèrent un regard affolé. Archibald reprit aussitôt le livre qu'il fourra sans cérémonie dans son sac tandis qu'Hamilton recouvrait leurs recherches de parchemins vierges. Chacun s'empara ensuite d'un manuel de métamorphose et fit semblant d'étudier.
- Tiens donc ! Twitter et Piccadilly à la bibliothèque ! Surprenant, n'est-ce pas ? persifla Malefoy en les voyant.
- Le plus improbable est de te voir toi dans un tel endroit. Tu vois, Hamilton, les miracles existent !
- Hilarant, Twitter. Bouge-toi un peu.
Archibald poussa ses affaires pour permettre au Serpentard de s'installer.
- Vous travaillez sur quoi ? Métamorphose ? On a un devoir à rendre ? Première nouvelle...
- Que viens-tu faire ici, Malefoy, si ce n'est pour nous embêter ? rouspéta Archibald.
- Je ne sais pas si tu es au courant, mais à la fin de l'année, il y a un charmant petit examen mis en place par le corps enseignant, nommé BUSE. Et, même si je n'en donne pas l'air comme ça, j'aimerais bien récolter quelques bonnes notes au passage. Histoire de prouver que je ne suis pas qu'un charmant visage.
- Je croyais que ton charisme se chargerait de tout, se moqua Archibald.
- Je suis heureux de constater que mon charisme te fasse autant d'effet, Archichie, mais je crains que ce ne soit pas assez suffisant pour les examinateurs.
- Ne m'appelle plus comme ça.
- Comme quoi ? Archichie ? Je trouve ça adorable moi, se moqua Malefoy en dévissant son encrier. Qu'est-ce que tu as à nous regarder comme ça, Piccadilly ?
- En fait, je n'avais jamais vraiment fait attention jusque-là, mais on dirait que vous formez un vieux couple, à toujours vous quereller, finit par dire Hamilton qui observait ses amis se disputer.
Archibald le fusilla du regard. Un brin moqueur, Malefoy entoura les épaules du Serdaigle de son bras.
- Jaloux, Piccadilly ?
- Enlève tout de suite ton bras de moi, Malefoy, si tu ne veux pas recevoir ma baguette dans le nez, marmonna Archibald.
- Si on ne peut plus plaisanter maintenant, soupira le Serpentard.
oOo oOo oOo
Les jours suivants, tous les professeurs de Poudlard semblèrent se passer le mot : les BUSE s'approchaient à grands pas et les cours s'intensifièrent en vue de la préparation à l'examen. Hamilton vécut mal cette nouvelle pression, en plus de son handicap : il devint si maladroit que les accidents se multiplièrent, surtout en potions.
Durant un cours où le professeur Ashbrow leur faisait étudier la Solution de Force, Hamilton renversa une fiole d'essence de Belladone, se brûlant la main au passage. Sous le regard horrifié d'Archibald, il ne dit rien au professeur, se contentant de nouer un mouchoir autour de sa blessure et attendit la fin du cours.
- Tu ne peux pas laisser ça comme ça ! s'exclama Archibald.
- Ça va aller. J'irai à l'infirmerie, répondit Hamilton d'une voix lasse.
- Je t'accompagne.
- C'est gentil, mais non.
- Je ne peux pas te laisser y aller seul, et...
- J'ai dit non, Twitter !
Archibald regarda son ami partir, la tête basse. Pourquoi Hamilton continuait-il de s'enfoncer dans le désespoir ? Pourquoi ne reprenait-il pas confiance en lui ?
Il finit par regagner les serres pour le cours commun avec les Gryffondors en traînant des pieds, son sac sur les épaules. Bougonnant – et par conséquent de mauvaise humeur – il s'installa seul à une table.
- Je peux m'asseoir ici ?
Archibald leva la tête et rencontra le regard pétillant de malice d'Albus Dumbledore.
- Je vais prendre ça pour un oui, poursuivit ce dernier.
Et, sous le regard horrifié du Serdaigle, Dumbledore s'installa à côté de lui, sortant allégrement parchemins, plumes et encres de son sac.
- Non mais... commença à rouspéter Archibald.
Il fut interrompu par l'arrivée du professeur de botanique Herbert Beery, un sorcier au visage replet et à la moustache frétillante.
- Bonjour à tous ! s'exclama la voix enjouée du professeur. Aujourd'hui, nous allons étudier les Choux Mordeurs de Chine. Qui peut me dire de quoi s'agit-il ? Oui, Mr Dumbledore ?
Archibald leva les yeux au ciel, agacé de voir la main de Monsieur-je-sais-tout se lever à la vitesse d'un boulet de canon.
- Le Chou Mordeur est une plante herbacée de la famille des Brassicacées. Comme son nom l'indique, il est originaire de Chine, de la province de Sichuan. Sa particularité est sa pousse extrêmement rapide – on parle d'une végétation de neuf jours, ce qui fait un excellent composant pour la préparation de la potion de Poussos. Cependant, c'est une plante très susceptible, qui peut mordre si on se montre impoli au moment de la cueillette.
- Je n'aurais pas dit mieux ! Cinq points en plus pour Gryffondor !
Archibald s'imagina alors fracasser la dentition parfaite de Dumbledore contre la table.
- Comme l'a si bien présenté votre camarade, poursuivit le professeur Beery, le Chou Mordeur est extrêmement pointilleux avec la politesse, et c'est pourquoi je vais commencer le cours en vous inculquant quelques notions de chinois – des termes simples comme bonjour, merci et au revoir, trois mots fondamentaux pour le Chou.
Beery leva sa baguette et la craie blanche s'anima pour noter sur le tableau des sinogrammes : 你好, 谢谢, 再见.
- Maintenant, répétez après moi : Nǐ hǎo veut dire bonjour, Xièxiè merci et Zàijiàn au revoir. C'est bon ? Vous les avez ? Parfait. Pour ce premier cours, je veux que vous me fassiez un schéma détaillé du Chou Mordeur – et n'oubliez pas la politesse avant de les manipuler ! Le devoir sera annoté et je veux deux élèves par Chou !
Il y eut un brouhaha tandis que les élèves choisissaient son binôme. Et ce fut tout naturellement que Dumbledore se tourna vers Archibald. Ce dernier fut bien tenté de l'envoyer balader dans un premier temps, mais il n'avait pas le moral de faire le travail seul.
- Très bien, dit-il dans un soupir. Allons-y.
Dumbledore alla chercher un Chou parmi les spécimens qui était dans un bac près du bureau du professeur. Du coin de l'œil, Archibald le vit saluer avec bonhomie le Chou, allant même jusqu'à s'incliner avec déférence et ramener la plante à leur table avec mille précautions.
Durant la demi-heure qui suivit, Albus et Archibald travaillèrent sur le schéma. Le Serdaigle avait d'excellentes prédispositions au dessin tandis que le Gryffondor excellait dans l'étude approfondie du Chou. Archibald ne put nier que travailler avec Dumbledore était extrêmement motivant. Le seul souci était qu'il était bavard. Profitant de sa proximité, Dumbledore engagea la conversation :
- Alors ? Tu as reçu ta date d'entretien pour ton orientation ?
- Fin avril. Et toi ?
- La première semaine de mai. Tu as une idée de ce que tu voudras faire après Poudlard ?
Archibald se crispa et, comme il ne disait rien, Dumbledore leva son long nez aquilin du Chou pour le regarder.
- J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?
- Je veux devenir archéomage, bougonna Archibald, le regard fuyant.
- Ça n'a pas l'air de t'enchanter.
Archibald tripota sa plume. Pour une raison qui lui échappait, il se sentait nerveux.
- Je... je pense quitter l'école, après les BUSE, finit-il par dire à mi-voix.
Le silence accueillit ses paroles. Dumbledore se releva lentement et son regard perçant détailla Archibald : ce dernier eut l'impression d'être à son tour décortiqué.
- Mon père... n'est pas de notre monde. C'est un aristocrate moldu. À sa mort, j'hériterai de son titre et de sa fortune, poursuivit Archibald, le rouge aux joues.
- Je vois, dit Dumbledore.
Il y eut un instant de flottement entre les deux jeunes sorciers. Archibald se sentit honteux.
- Puis-je te donner un conseil ? reprit le Gryffondor, d'un air sérieux.
- Au point où j'en suis...
- Ne fais pas ça. Tu le regretterais. Tu as la vie devant toi, tu ne peux pas songer à t'enfermer dans un rôle pour toujours. Tu es d'abord un être humain, avec un cœur débordant de sentiments avant d'être un sorcier. C'est à toi de faire des choix, à toi de savoir ce que tu voudras faire demain, et non pas décider en fonction du désir des autres...
Le professeur Beery passa alors à leur table et loua leur travail en commun. Ils récoltèrent de sa part cinq points chacun.
Le regardant s'éloigner, Archibald garda le silence, songeant aux paroles de Dumbledore, qui trouvèrent un écho en lui. Il pensa à sa mère, qui aurait été terriblement déçue de le voir quitter Poudlard avant l'heure.
Puis il songea à son père et au poids de l'héritage du nom de Twitter. Il portait le nom de ses ancêtres et il en était l'unique descendant. Au fond de lui et malgré les belles paroles de Dumbledore, Archibald savait que sa situation était plus compliquée qu'un simple désir du cœur. Et il savait ce qu'il dirait au professeur Ashbrow lors de son entretien individuel.
Il chassa ses pensées et reporta son attention à Dumbledore qui nettoyait la table avec l'aide de sa baguette.
- Et toi ? demanda-t-il Que veux-tu faire après tes ASPIC ?
- Moi ? Je l'ignore encore pour être honnête. J'aimerais voyager d'abord. Voir ce que le monde me réserve. Mon père voudrait que je fasse une carrière au ministère, mais ça ne m'intéresse pas. J'aimerais aussi étudier plus en profondeur les métamorphoses...
- Noble cause, concéda Archibald.
- N'est-ce pas ?
La cloche annonçant la fin de la journée retentit dans toute l'école. Dans la salle, les élèves commencèrent à ranger leurs affaires. Archibald tira sa baguette magique et dupliqua le cours de botanique pour le donner à Hamilton.
- C'était un plaisir de travailler avec toi, Archibald, dit Dumbledore, son sac sur l'épaule. J'espère très sincèrement que nous remettrons ça !
Archibald se contenta de le saluer d'un mouvement de la tête. Il récupéra ses propres affaires et sortit de la serre.
La pluie tombait avec virulence : à l'image de ses camarades, Archibald agita sa baguette au-dessus de sa tête pour repousser la pluie à l'aide d'un parapluie invisible. Il rejoignit l'infirmerie, calme à cette heure de la journée, la majorité des élèves se retrouvant dans la Grande Salle pour le thé. Miss Primrose, la charmante infirmière, était occupée à trier des flacons de potion dans l'une de ses armoires elle se tourna en entendant entrer Archibald. Celui-ci s'étonna en voir les lits de l'infirmerie vide.
- Bonsoir, Miss. Est-ce que vous avez vu Hamilton Piccadilly ? Il devait passer vous voir.
- Pour l'essence de Belladone ? dit-elle d'une voix douce. Oui. Mais il n'a pas voulu rester. Je l'ai autorisé à retourner en cours.
- Mais il ne s'est pas présenté... s'inquiéta Archibald.
Miss Primrose eut un air peiné, et Archibald se rassura : il n'était pas le seul à se faire du souci pour son ami.
- Mr Piccadilly traverse une phase difficile, finit-elle par dire en croisant ses mains devant sa robe. Il faut lui laisser un temps d'adaptation. Il a besoin de vous pour le soutenir...
- Je sais. Merci, Miss.
Il tourna les talons et quitta l'infirmerie, inquiet. Connaissant Hamilton, il serait certainement dans la Salle Commune des Serdaigles, à broyer du noir... Cependant, au détour d'un couloir, Archibald tomba sur deux élèves, étroitement enlacés. Stupéfait, il reconnut la chevelure flamboyante de Louisa Mercury et la haute silhouette de Brutus Malefoy. Aucun des deux n'avait vu Archibald, qui n'osa faire un pas de plus de peur de les interrompre dans leur baiser. Brutus finit par détacher ses lèvres de la petite Gryffondor qui soupira d'aise avec un sourire et accola son front au sien.
- Je... commença-t-il à dire. Il sentit un regard sur lui et tourna la tête. Il vit alors Archibald et pâlit.
- Désolé du dérangement, dit le Serdaigle.
Il partit à reculons, bien décidé à faire le grand tour pour regagner sa Salle Commune.
Brutus et Mercury ? Voilà qui était curieux ! Les deux préfets étaient connus pour passer leur temps à se chamailler ! Archibald n'aurait su dire s'il était choqué ou...
- Ce n'est pas ce que tu crois ! lança la voix de Brutus derrière lui.
Surpris, il se retourna et vit son ami venir à sa rencontre, peinant à cause de sa mauvaise jambe.
- Et qu'est-ce que je crois ? s'enquit Archibald mielleusement.
- Mercury et moi... s'essouffla Malefoy. Nous ne sommes pas... tout à fait ensemble.
- Ce n'est pas l'impression que ça m'a donnée.
- On passe juste un peu de temps ensemble ! se justifia le Serpentard, mal à l'aise.
- Malefoy, aux dernières nouvelles, tu fais ce que tu veux.
- Je sais, mais c'est juste que... je ne veux pas que tu...
Archibald fronça les sourcils : c'était bien la première fois que Brutus Malefoy ne trouvait pas ses mots !
- Je vais me fiancer, lâcha ce dernier.
- Ah.
Malefoy évita son regard, faisant rouler sa canne entre ses doigts.
- Tu veux qu'on en parle ? proposa Archibald, conciliant.
Fait rare et inimaginable, Brutus parla comme il ne l'avait jamais fait auparavant. Archibald en conçut une immense fierté : il était sans doute la seule personne en qui Malefoy avait confiance.
Sur le chemin menant à la tour des Serdaigles, Brutus raconta alors qu'il avait toujours su qu'il ferait un mariage arrangé. Sur le principe, il s'en moquait : provenant d'une famille de Sang-Pur, il n'avait pas le luxe de se rebeller – et il n'en ressentait pas l'envie non plus. C'était comme ça. Il n'y avait pas de place pour les sentiments. La fille, il l'avait déjà rencontrée : une obscure petite nièce de Phineas Black, prénommée Isadora. Il l'avait trouvée adorable quand il l'avait rencontrée à Noël. Sur le moment, il l'avait comparée à une petite fée avec sa silhouette frêle et sa longue chevelure blonde. Elle avait également un tempérament calme et timide, et un aspect frêle et chétif, presque maladif. C'était à l'institut Beauxbâtons qu'elle avait choisi de faire ses études, privilégiant son climat méditerranéen.
- À t'entendre, on dirait que tu cherches à conclure un partenariat et non un mariage, constata Archibald, les sourcils froncés.
- Évidemment, Twitter ! Que pensais-tu ? Que je cherchais le grand amour ? Ce genre de bêtise n'existe pas.
- C'est faux, le contredit Archibald. Mes parents s'aimaient !
Brutus ricana et Archibald se froissa.
- Tu le penses vraiment, Lord Twitter ? Tu penses que leur mariage aurait tenu bon ? Ta mère et sa condition de sorcière, ton père et sa petite vie bien rangée de moldu ?
Archibald fuit son regard. Ils étaient parvenus devant la porte de la tour des Serdaigles. Mais une question le turlupinait encore.
- Que vient faire Louisa Mercury dans l'histoire alors ? Sait-elle que tu as une fiancée et qu'il ne faut pas qu'elle entretienne trop d'espoirs avec toi ?
Brutus poussa un soupir.
- C'est compliqué. Je... j'aime bien passer du temps avec elle. C'est tellement facile de la faire sortir de ses gonds ! Et elle... tient à moi. C'est agréable.
Archibald le dévisagea, les yeux ronds. Était-ce vraiment du rouge qui colorait les pommettes de Brutus, d'habitude si pâle ?
- Twitter ! Tu es là enfin !
Augustus Lytton, un des Serdaigles qui partageait son dortoir, venait de sortir de la Salle Commune, l'air à la fois soulagé et préoccupé.
- Ça fait un quart d'heure qu'on te cherche mon vieux !
- Que se passe-t-il ? C'est Hamilton ? s'inquiéta aussitôt Archibald.
- Non... C'est le dortoir ! Quelqu'un a fouillé dans tes affaires !
oOo oOo oOo
Archibald contempla le désastre sans rien dire. Son lit avait été retourné, son armoire vidée. Sur le sol gisaient ses flacons d'encre qui laissaient de grandes traces noires sur le parquet. Étrangement, aucun des autres lits n'avait été touché. Derrière lui, Brutus émit un sifflement.
- On dirait que quelqu'un t'en veut personnellement, Twitter.
Lytton foudroya du regard le Serpentard.
- Tu n'as rien à faire ici Malefoy !
Brutus tapota son insigne de préfet.
- J'ai tous les droits, mon chou, rétorqua-t-il avant de s'accroupir sur le sol pour examiner les robes de sorcier d'Archibald. Toutes les poches ont été retournées. Celui qui a fait ça cherchait quelque chose de bien particulier. Tiens, c'est quoi ça ?
Archibald se pencha pour regarder ce que Brutus lui montrait du doigt : un petit tas de poussière blanche, juste à côté de son lit. Il eut un mauvais pressentiment.
- Où est Hamilton ? dit-il, remarquant l'absence de son ami.
- Il n'était pas censé être en cours avec toi ?
- Il aurait dû, mais il a fait un détour par l'infirmerie après le cours de potions. J'ai présumé qu'il était revenu ici...
Il se tourna vers Lytton qui secoua la tête : non, il n'avait pas vu Hamilton de l'après-midi.
- Je vais aller prévenir un professeur, décida Brutus en quittant le dortoir, sous le regard étonné des Serdaigles amassés devant la porte. Et si vous voyez Piccadilly avant, dites-lui que ce sera avec plaisir que je lui botterai l'arrière-train !
Lentement, Archibald commença à rassembler ses affaires, l'esprit ailleurs.
- Il te manque quelque chose ? demanda Lytton qui avait proposé son aide.
Ce fut quand Archibald eut rangé son dernier grimoire qu'il sut ce qui lui manquait.
Le journal de Cyrus McCarthy avait disparu.
oOo oOo oOo
Hamilton Piccadilly resta introuvable de la soirée. Archibald et Brutus craignirent le pire pour lui : sa disparition restait inexpliquée, personne ne l'ayant aperçu. Le château fut fouillé par le tout le corps enseignant ainsi que par l'inspecteur Pinkerton, mais il ne fut pas trouvé.
Archibald avait voulu lui aussi participer aux recherches, mais le professeur Ashbrow ne voulut rien savoir, et il dut se résoudre à attendre les nouvelles dans la Salle Commune des Serdaigles. Assis sur l'un des fauteuils faisant face à la statue de Rowena Serdaigle, Bastet sur les genoux, il réfléchissait à vive allure. Il était persuadé que celui qui avait tué Cyrus McCarthy était celui qui avait fouillé dans ses affaires. Peut-être même était-ce lui qui avait enlevé Hamilton. Mais pour quelle raison ? Parce qu'il pensait qu'Hamilton était à son tour à la recherche du tombeau de Merlin ? Ou parce qu'il gênait, dans le but de l'atteindre lui, Archibald ?
Il poussa un grognement. Il ne s'agissait que de la découverte d'un tombeau ! Ce n'était pas comme si Archibald songeait à ressusciter Merlin !
- Nous avons retrouvé Mr Piccadilly !
L'exclamation de Juniper Ashbrow lui fit tourner la tête. Les Serdaigles présentant délaissèrent leurs occupations pour entourer leur professeur, soulagés d'un tel dénouement : Hamilton était très apprécié de ses congénères. Les questions fusèrent de toute part, mais ce fut le visage d'Archibald qu'Ashbrow chercha parmi eux. Il se fraya un chemin jusqu'à elle.
- Venez avec moi, je vais vous conduire près de lui.
Sur le chemin menant à l'infirmerie, Archibald pressa son professeur de questions : est-ce que Hamilton allait bien ? Que s'était-il passé ? Où l'avait-on retrouvé ?
- Nous n'avons pas retrouvé Mr Piccadilly, l'informa Ashbrow. C'est lui qui nous est tombé dessus. Un peu par hasard, d'ailleurs.
- Comment ça ?
- Il vous expliquera. Ses propos sont incohérents. Selon lui, quelqu'un l'a assommé et l'a délibérément caché derrière la statue de la Sorcière Borgne, au troisième étage !
Brutus se tenait déjà au chevet de Hamilton. Ce dernier occupait l'un des lits de l'infirmerie, la tête enrubannée d'un épais bandage. Il eut un bref sourire en voyant s'approcher Archibald. Ce dernier se tint cependant sur ses gardes : Pinkerton se tenait dans l'ombre, discutant à voix basse avec le directeur Black. Son regard noir eut un éclat d'intérêt quand il vit Archibald s'approcher.
- Comment ça va, mon vieux ? s'enquit-il, ignorant le sorcier.
- J'ai connu mieux, lui confia Hamilton en grimaçant. J'ai l'impression que des cloches résonnent en continu dans mon crâne.
- Tout ça pour sécher les cours ! ricana Brutus. Qu'est-ce que tu ne ferais pas pour te rendre intéressant !
- Boucle-la, Malefoy.
- Que s'est-il passé ? demanda Archibald.
- Je ne sais pas. C'est confus. Je me souviens d'être allé à l'infirmerie pour mes brûlures à la main... Quand je suis ressorti, c'était comme si quelqu'un me suivait. Je n'ai pas eu le temps de me retourner qu'on m'a assommé à l'arrière de la tête. Quand je me suis réveillé, j'étais coincé derrière la statue de la Sorcière Borgne. Et je suis tombé sur cet inspecteur, qui m'a amené ici.
- Et tu n'as pas la moindre idée de l'identité de ton agresseur ? dit Brutus.
- Non.
Archibald se contenta de sourire et tapota le lit d'Hamilton.
- Ravi en tout cas de te revoir parmi nous ! Tu nous as flanqué une belle frousse !
- Parle pour toi Twitter, ricana Brutus. J'étais persuadé que Piccadilly s'était fait la malle !
- Mon œil ! Il était paniqué à l'idée de te perdre. Au fait, tu ne connais pas la dernière !
- Ferme là, Twitter !
- Mas je n'ai encore rien dit !
- Eh bien, continue comme ça !
Miss Primrose demanda alors à tous de sortir, son patient ayant besoin de repos.
- On se revoit demain, Hamilton.
Brutus et Archibald quittèrent l'infirmerie, préoccupés.
- A ton avis, qui a bien pu faire ça ?
- Je ne sais pas, répondit Archibald distraitement.
- Nom d'un lutin ! Un meurtre, un vol, un enlèvement ! Quelque chose ne tourne décidément pas rond à Poudlard !
- Tu l'as dit. Bonne nuit Malefoy. Et rêve bien de ta dulcinée. N'importe laquelle.
- Va te faire voir, Twitter, grommela Brutus.
Les deux amis se séparèrent : Malefoy pour rejoindre les sous-sols de l'école et Archibald pour la tour des Serdaigles. Il essaya de démêler les derniers évènements de la journée. D'une façon ou d'une autre, tout était lié, comme Brutus l'avait si bien souligné.
Alors qu'il tournait à l'intersection du couloir des Sortilèges, Archibald la sentit à son tour. Cette présence derrière lui. Tous ses sens en alerte, il ralentit le pas, la respiration saccadée. Il y avait quelqu'un dans l'ombre qui le suivait, épiait ses moindres mouvements. Avec lenteur, il porta la main dans la poche de sa robe, serrant ses doigts autour de sa baguette magique. Puis, il se retourna d'un mouvement brusque.
Il se retrouva alors nez à nez avec la statue de Paracelse, à la mine sévère et qui le contemplait de toute sa hauteur. Même s'il devinait que la magie était derrière cette prouesse, Archibald n'osa imaginer la puissance du sorcier derrière tout ça. Et il se sentit bien ridicule avec sa modeste baguette et ses maigres connaissances magiques de cinquième année. Tremblant de peur, il rassembla le peu de courage qui lui restait et ouvrit la bouche :
- Qui... qui êtes-vous ? La pierre pouvait bouger, mais n'avait pas la faculté de parler. Et pourtant un chuchotis sépulcral lui répondit :
- Qui je suis n'a aucune importance, jeune sorcier.
- Que me voulez-vous ?
- Te mettre en garde.
- Contre quoi ?
- Ce que tu veux savoir.
- Vous voulez dire... Merlin ?
- Abandonne. Oublie. Aucun mal ne te sera fait.
- Et si je refuse ?
La voix désincarnée ne répondit rien, mais son silence fut éloquent. Puis, dans une lenteur infinie, la statue de Paracelse fit demi-tour pour rejoindre son alcôve. Archibald tremblait de tous ses membres. Il abaissa sa baguette. La mise en garde aurait dû le remplir de terreur.
Mais, bien au contraire, il sentit naître en lui un étrange sentiment de satisfaction.
Car il savait désormais ce qui avait tué Cyrus McCarthy.
Bienvenue à la fin de ce chapitre 8! Tout l'équipage espère que vous avez passé une excellente lecture, et est impatient de vous revoir pour le prochain chapitre, programmé pour le 22 juin.
Trêve de plaisanterie. J'ai rencontré quelques soucis de mise en page avec fanfiction, c'est la raison pour laquelle la chapitre a été posté si tardivement. Tout ça à cause des signes chinois présent dans le texte je pense (j'espère qu'ils vont passé! J'ai une nouvelle fois vérifié: normalement, oui).
Je me suis rendue compte cette semaine que le premier livre d'Archibald touchait presque à sa fin. Le dénouement approche! Ensuite, j'hésite à commencer à poster la fanfic sur Serpentard en même temps que le deuxième livre d'Archibald... Je verrais l'état d'avancement des deux projets...
Sinon, je vais commencer les corrections du tome 3 de Polly... Quelqu'un connait la formule pour des journées à rallonge? Je suis preneuse! :) (et les Nullos me manquent, voilà, il fallait que ce soit dit!).
Un chapitre ne serait pas dignement clôturer sans la petite note de fin: merci à tous, lecteurs et revieweurs, de suivre cette aventure! Sans vos encouragements et vos petits mots de soutien, je n'irais pas bien loin!
Un grand merci aussi à AppleCherry, always.
A très bientôt!
Votre Citrouille
PS: quelqu'un connaitrait quelques mots en égyptien ancien? Je ne trouve pas de traducteur officiel...
