Note : Hello tout le monde ! Nouveau chapitre, nouveaux suspects (oui, parce qu'on a un meurtre à résoudre tout de même). J'en profite pour vous apprendre que, suite à un remaniement du plan de cette histoire, les chapitres se compteront au final au nombre de 27 ! Ce qui inclue des petits bonus (mais je ne vous en dis pas plus). Un énorme, énorme merci pour vos follows/favs/reviews. C'est grâce à vos retours que je trouve la force d'écrire. Alors, si des petits timides lisent cette intro, je ne peux que vous conseiller de vous lancer, en cette belle période de Noël, et de commenter toutes les fics que vous lirez, qui vous font rire, pleurer, trembler, etc. Votre soutien est très précieux pour les auteurs :)
Bêta : Kathleen-Holson, merci merci merci !
« Y'avait sa cervelle partout ? »
« Harry... », soupire John en finissant de verser l'eau du pichet dans une petite tasse en plastique que sa sœur attrape non sans grimacer à cause de la douleur.
Le médecin se rassoit dans le fond son siège et jette un coup d'œil au magazine que sa sœur replie sur son ventre. S'il y a bien un pan de sa vie d'acolyte de détective qu'il déteste, c'est lorsque les journaux s'en mêlent. Ça finit toujours comme ça, avec un ramassis de conneries couchées sur papier glacé, si grosses que les lecteurs sont obligés de les croire, et John, lui, se retrouve obliger de répéter, inlassablement Ça ne s'est pas exactement passé comme ça. Sauf que cette fois, ça s'est exactement passé comme ça.
« Tu ne finis pas ta compote de fraise ? »
« Après ce que je viens de lire ? Non merci... », rit la jeune femme en se redressant maladroitement contre son coussin. « Tu me racontes comment ça s'est passé ? C'est quand même fou que ce mec se soit fait buter en plein concert. Et encore plus dingue que vous étiez là ! »
« Qu'est-ce que tu veux que je te dise, ma vie est dingue. »
« Le contraire m'aurait étonné... »
« Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ? »
« Rien. J'ai envie de chocolat, tu veux pas aller me chercher un Snickers ? », renifle Harry, entrelaçant ses doigts et souriant à son frère comme lorsqu'elle avait 16ans et qu'elle avait besoin qu'il la couvre lorsqu'elle sortait en boîte.
« Okay mais quand je reviens, on arrête de parler du meurtre de Sherrer. »
Le blond se lève après avoir sommairement secoué la jambe valide de sa sœur pour l'embêter et disparait dans le couloir pour suivre le chemin habituel jusqu'au distributeur, avant de commander deux Snickers qu'il enfourne directement dans sa poche. Au bout de ses doigts, il sent son portable vibrer.
Ça ne devrait pas être aussi long. SH
John lève les yeux au ciel, et répond en marchant vers la chambre de sa sœur.
Lestrade t'a dit que les sœurs Walsh ne seraient disponibles qu'un peu plus tard dans la journée, donc, nous les verrons lorsqu'elles se rendront à Scotland Yard.
Je n'ai pas de temps à perdre avec ça. SH
Avec « ça » tu veux dire, avec les emplois du temps de pauvres mortels ?
Dois-je réellement répondre à cette question rhétorique ? SH
T'as raison, ne dis rien, pour une fois ça me changera. Les filles ont été traumatisées par ce qu'elles ont vu le soir du meurtre. Si Lestrade nous dit qu'il vaut mieux ne pas les brusquer, qu'il en soit ainsi.
Et depuis quand est-ce que tu suis à la lettre ce que dit Lestrade ? SH
Le médecin met aussi sec son téléphone en mode avion et soupire tout haut. La discussion a failli déraper sur le sujet qu'il faut éviter depuis quelques jours - surtout depuis que Sherlock a failli l'embrasser - et John n'est vraiment pas à l'aise à l'idée d'en parler. Il se secoue mentalement pour taire le petit frisson qui parcourt ses muscles, et s'approche de la chambre n°108. Même de là où il est, il peut entendre la voix de sa sœur, ce qui veut dire que soit quelqu'un est entré dans sa chambre, soit l'alcool a fini par altérer sa santé mentale. Ça serait plus facile si c'était la deuxième option. John pousse lentement la porte mal fermée et la personne qu'il voit le fait presque sursauter.
« Clara ? »
« John. », sourit la femme en venant le gratifier d'une bise chaleureuse.
Elle porte encore son manteau, d'un beige clair dont les coutures visibles sont rembourrées par de la fausse fourrure, et ses cheveux rendus fous par l'électricité statique suivent son écharpe lorsqu'elle la déroule de son cou. Ça doit faire deux ans qu'ils ne se sont pas vus et ça fait tellement plaisir au seul homme de la pièce qu'il ne peut qu'arborer un sourire un peu idiot. Il profite que l'ex de sa sœur se retourne pour accrocher son manteau à une patère pour lancer un regard à Harriet, l'air de dire Tu aurais pu me prévenir, mais c'est juste avec un haussement d'épaules que la plus âgée des Watson lui répond.
« C'est super de te voir ici, je ne savais pas que vous étiez restées en contact... »
Le sourire de Clara se fait plus figé, mais Harriet n'esquisse même pas une once de grimace gênée. On dirait qu'elle s'en fout.
« Euh, plus vraiment. », explique Clara en tirant une chaise vers le lit de son ex-compagne, sur laquelle elle prend place. « Mais j'ai entendu par Lawrence que tu avais eu un petit accident domestique, alors je suis venue dès que j'ai pu. »
Elle leur adresse à tour de rôle un sourire sincère et dans le silence absurde, c'est John qui se sent obligé de répondre :
« Merci. C'est vraiment gentil de ta part. »
Il ignore le regard amusé mais néanmoins plein de reproches de sa sœur et retourne à sa place avant de sortir de sa poche les deux Snickers qu'il pose sur la table de chevet. Ils se regardent tous les deux avec une certaine excitation palpable, manifestement heureux de se voir à nouveau, à la différence d'Harry qui semble à des kilomètres de ces considérations bassement humaines. John aimerait excuser son attitude désinvolte en rejetant la faute sur la prise de morphine, mais ce n'est pas le cas.
« Alors, John, j'ai lu que vous étiez sur une grosse enquête ? »
« Ah, toi aussi... C'est à croire que tout le monde est au courant. »
« C'est pas commun comme histoire. Il parait que vous allez bientôt trouver le meurtrier ? »
« C'est sûr... », sourit John en se frottant un sourcil. « On interroge les suspects, mais pour l'instant on n'a aucune piste tangible. »
« Ça peut être une meurtrière aussi. », propose Harry qui a déjà attrapé un Snickers qu'elle savoure.
« J'en doute... », rit John, et devant les regards interrogateurs des deux femmes, il se reprend et s'explique. « C'est juste que... On a eu à faire à moins de femmes meurtrières... Et dans le cas peu fréquent où c'est vraiment une femme qui tire, elle vise plutôt le ventre, que la tête. C'est… visuellement moins agressif. »
Clara et Harry haussent à l'exact même moment un sourcil, relié par un fil invisible aux coins de leurs bouches qui se lèvent. Elles semblent amusées par ses propos, sans qu'il ne sache réellement pourquoi, mais elles ne commentent pas et à la place, Clara se tourne vers son ex pour lui demander plus de détails sur son accident. Bien sûr, Harry ne parle pas de l'alcool, prétexte une chute idiote dans un escalier en pleine nuit et Clara semble réellement la croire cette fois. À moins que ce ne soit qu'une façade. John ne pourrait pas le dire, il n'est pas Sherlock Holmes, bordel.
Il reste silencieux, les mains se massant mutuellement, et à écouter les deux femmes, il a une pensée émue pour toutes ces années de couple, noyées dans les bouteilles de bourbon qu'Harriet a pris pour des alliées. Il a toujours aimé Clara - comment ne pas l'aimer ? Un peu plus âgée qu'eux, elle a toujours été d'une gentillesse exemplaire, avec un humour subtil que l'ex-soldat apprécie particulièrement. Il en a un peu honte, mais plus jeune, lorsque sa sœur la lui avait présenté, il avait eu un peu le béguin pour cette femme du sud de l'Angleterre. Quelques fois, légèrement éméché lors de soirées avec ses compagnons de guerre, il avait osé se demander ce qu'une femme comme Clara faisait avec quelqu'un comme sa sœur. Mais c'était une pensée si nulle qu'il s'était promis de ne plus jamais y penser, quoi que sa sœur fasse ou dise. Et quoi qu'elle boive.
Laissant son esprit divaguer, il se surprend à sourire en s'imaginant la rencontre entre Harriet et Sherlock. Est-ce qu'elle se demanderait elle aussi ce qu'un mec comme Sherlock fait avec quelqu'un comme lui ? Pas qu'ils soient un couple, bien sûr, mais la question peut se poser. Peut-être que sa sœur arriverait à fermer le grand clapet du détective. Ça pourrait même être particulièrement jouissif, une bonne fois pour toute, de faire taire...
« Sherlock ! », s'écrie-t-il en sursautant sur sa chaise, la main déjà dans la poche pour en retirer son téléphone qu'il rallume tout aussitôt.
Les messages qui s'affichent l'un après l'autre sur son écran le font grincer des dents.
Concernant Lestrade, je ne voulais pas sous-entendre que tu pourrais lui obéir. SH
Est-ce qu'on peut oublier cette discussion ? SH
Si tu ne réponds pas pour faire comme si elle n'avait jamais existé, c'est très malin. SH
Même si je doute que tu sois assez intelligent pour avoir cette idée. SH
Tu ne réponds pas. Tu as été enlevé par Moriarty, encore ? SH
Je plaisante. SH
John, je viens d'avoir un appel de Lestrade, les sœurs Walsh sont à Scotland Yard. Prends un taxi et rejoins-moi immédiatement. SH
J'y suis ; où es-tu ? SH
John, je t'attends pour interroger les Walsh. Elles m'énervent déjà. SH
JOHN. SH
« Je dois y aller. », soupire-t-il en se levant.
« Bonne chance. », sourit la plus âgée, alors que Harry fait un vague geste de la main.
« Je reviens ce soir, d'accord ? », prévient-il en regardant sa sœur droit dans les yeux, se contorsionnant bizarrement pour enfiler sa veste.
« Hm, en fait j'ai pris ma journée donc je vais pouvoir rester avec elle jusqu'à la fin des visites... », leur apprend la plus âgée en les regardant à tour de rôle, mais John ne semble même pas l'entendre et leur lance en ouvrant la porte :
« Pas la peine, je m'en occupe, okay ? »
Il est déjà dans le couloir avant de ne pouvoir voir la moue pincée de Clara.
Il y aura toujours des gens pour critiquer la vitesse à laquelle John trottine dans les couloirs de Scotland Yard. lorsqu'il doit rejoindre Sherlock pour un interrogatoire, mais s'il fallait faire demi-tour à chaque fois qu'un con ose ouvrir la bouche, autant dire qu'on n'avancerait plus jamais. C'est ce que tente de se persuader John en faisant mine de ne pas entendre les aboiements débiles des bleus qui aiment l'appeler le « fidèle toutou de Holmes ».
Il salue Sally en arrivant devant son bureau, ignore son sourire apitoyé et demande aussi calmement que possible, pour ne pas lui montrer qu'il est à bout de souffle après avoir couru comme un dératé :
« Ils ont commencé ? »
« Oui, il y a une dizaine de minutes. Holmes m'a dit de te dire qu'il interrogeait Angie et que tu devais t'occuper de Sheri. »
« Mh, okay. », répond le médecin en haussant les épaules.
L'inspecteur lui fait signe de le suivre et l'entraîne jusqu'à la salle d'interrogatoire numéro 2. Elle lui informe que derrière le miroir sans tain se tiendra un brigadier et Lestrade avant de le laisser entrer.
Au centre de la pièce, assise sur une chaise derrière un petit bureau, il y a Sheri Walsh. Elle a 26ans, comme John l'apprend sur le dossier que Sally lui a donné. Elle semble plutôt grande et son chignon qui dégage sa nuque amplifie cette impression. Elle a des cheveux blonds, bien que ça ne soit pas sa couleur naturelle, comme en témoignent les racines plus foncées sur le sommet de son crâne, et de grands yeux bruns terriblement expressifs. Elle a un chemisier blanc si clair qu'au niveau de ses épaules fines, John voit les bretelles de son soutien-gorge et sa peau légèrement rougie. Il sourit, touché par cette démonstration subtile du malaise de la femme et vient prendre place face à elle. Il n'a jamais interrogé un suspect seul, mais si Sherlock lui fait confiance, c'est qu'il doit pouvoir le faire.
« Mademoiselle Walsh, bonjour, je suis John Watson. »
« Bonjour... », sourit-elle du bout des lèvres.
Elle se penche un peu plus vers le nouveau venu et dévoile à la lumière du plafonnier plein de petites tâches de rousseur. John pince ses lèvres pour cacher son sourire et pose le dossier sur le bureau en le regardant alternativement avec la suspecte.
« Ne vous inquiétez pas, je n'ai que quelques questions concernant le soir du concert et puis vous pourrez y aller. »
Elle déglutit et hoche la tête. Elle a une lueur dans le regard qui fait frissonner John. Elle repense au corps étendu dans son propre sang et même le simple assistant du détective consultant peut le deviner. C'est par réflexe qu'il baisse la voix et ralentit son débit de parole.
« On a dû vous prévenir que vous êtes convoquées parce que la balistique a établi que le coup avait été tiré depuis l'arrière-scène. Il y a certains sièges précis où le tireur a pu être installé et ces sièges vous entouraient. J'aimerai savoir ce que vous avez vu ce soir là, même si vous avez l'impression de vous répéter. »
« Pourquoi est-ce que ma sœur a été emmenée dans une autre salle ? Elle n'a que 18ans, c'est encore une enfant... »
« Sheri. », appelle John comme s'il se confiait à une vieille amie. « Tout va bien. Il est plus facile pour nous de vous interroger séparément. Est-ce que vous voulez bien me raconter la soirée, s'il vous plait ? »
La jeune femme inspire, regarde longuement le miroir qu'elle sait sans tain et finit par baisser les yeux avant de commencer son récit :
« Je voulais inviter Angie à un concert philharmonique depuis longtemps, je trouvais que c'était un beau cadeau... Elle est très curieuse vous savez, elle était complètement penchée toute la soirée sur la rambarde pour voir les musiciens. J'étais très contente de voir que ça lui plaisait finalement. Et quand... quand le monsieur a été... C'était horrible, il n'y a pas eu un bruit et il s'est juste écroulé. J'ai vu le sang lui exploser de son crâne, vous savez ? Je n'ai pas... Je n'avais jamais... », elle est terrassée par un frisson et devient si blanche que John tend par réflexe la main pour prendre la sienne, avant de se retenir au dernier moment et de la refermer sur un coin du dossier qu'il plie pour avoir quelque chose à faire.
Il peut reprocher à Sherlock d'être trop froid avec les suspects mais il serait tout aussi juste de lui reprocher à lui d'être trop chaleureux.
« Ne vous concentrez pas sur la scène. Concentrez-vous sur les gens qui vous entouraient. »
« J'étais au premier rang alors je n'ai pas vraiment vu... Je me suis retourné rapidement quand j'ai entendu quelqu'un crier. J'ai vu un homme qui semblait se réveiller. Pendant une seconde, ça m'a rassuré, je me suis dis - c'est idiot, je sais - que c'était un cauchemar, qu'il en était la preuve... Mais j'ai regardé la scène à nouveau et le musicien était... Il baignait dans son sang et ma sœur continuait de le regarder. Je l'ai prise contre moi par réflexe et j'ai fermé les yeux en lui bouchant les oreilles. »
« Un témoin nous a informé avoir vu une femme avec un homme plutôt petit et enveloppé, quitter les tribunes très rapidement après le coup de feu. »
« Je ne m'en souviens pas... », se lamente la plus âgée des sœurs Walsh en se massant le visage d'une main tremblante.
John entrouvre les lèvres mais son portable vibre. Il regarde l'écran par-dessous le bureau et découvre un message de Gregory.
Des témoins l'ont vu s'engueuler salement avec sa sœur pendant l'entracte, creuse cette piste, c'est bizarre qu'elle n'en parle pas.
Le médecin se redresse, remonte les manches de sa chemise et croise ses mains en regardant la jeune femme. Il est extrêmement touché par sa faiblesse et n'aimerait pas du tout que tout ceci soit une façade.
« Pourquoi vous êtes-vous disputée avec votre sœur ? »
« Disputée... ? »
« Sheri, des témoins vous ont vu à l'entracte. », l'interrompt John d'une voix plus sèche qu'à l'accoutumée.
« Oh, non, on ne se disputait pas... », rit la jeune femme, mais ça a quelque chose de faux. « On ne s'était pas comprises, voilà tout. Nous sommes très proches elle et moi vous savez. Nous n'avons aucune raison de nous disputer. »
Le médecin est prêt à ouvrir les lèvres lorsque la porte s'ouvre d'un coup. Se dévoilent Sherlock, avec sa chemise violette improbable et son visage fermé, et une adolescente dont le haut du crâne ne doit même pas toucher le menton du détective. Elle a les exacts mêmes yeux que Sheri, mais ils sont si maquillés qu'il est difficile de le voir. Elle a de longs cheveux châtain clair qui lui tombent de part et d'autre du visage, et une tresse très fine qu'elle a passée derrière son oreille. Sa robe en jean et ses baskets compensées rappellent à John que la mode est un éternel recommencement. Il a un peu l'impression de revenir en 1985 et de voir Harry rentrer dans la pièce, mais bon.
Deux brigadiers apportent chacun une chaise qu'ils posent à côté de la suspecte et du médecin, avant que les nouveaux venus ne prennent place. Sheri a immédiatement un mouvement tendre envers sa sœur mais Angie évite son geste, la mine boudeuse. Bon, eh bien John s'est fait avoir comme un bleu.
« Qui est-il ? », demande Sherlock en croisant lentement ses jambes, ses mains croisées sur ses hanches.
Le blond regarde alternativement son colocataire et la plus âgée des Walsh qui soupire avant de bredouiller un incertain :
« Qui est... qui ? De quoi vous parlez ? »
Angie explose d'un rire faux et dans sa bouche mal fermée, John peut voir un chewing-gum et sa glotte. Ravissant.
« Qui est votre petit ami ? », clarifie Sherlock, toujours aussi calme.
« Ça n'a aucun rapport avec l'enquête, pourquoi est-ce qu'on en parle ? »
« Parce que m'sieur Holmes m'a demandé pourquoi on s'est engueulé à l'entracte et qu'il fallait bien que je lui dise que tu te tapes un vieux. »
John écarquille les yeux et se recule inconsciemment en regardant la tragédie grecque absurde qui se déroule devant lui.
« Angie ! », semble aboyer la plus grande des sœurs en tournant la tête vers sa cadette. « C'est ma vie personnelle... On en parlera à la maison, d'accord ? »
« Sheri a attendu qu'on soit au concert, bien loin de papa et maman, pour m'annoncer qu'elle avait un copain. J'étais très contente bien sûr, jusqu'à ce qu'elle m'apprenne que ce gros pervers à plus de 50 ans. Il pourrait être son père, c'est dégueulasse ! Qu'est-ce que j'allais faire ? J'allais pas lui taper gentiment l'épaule, en lui disant C'est bien ! »
« On en a déjà parlé, son âge n'a aucune importance. Je l'aime et c'est l'homme de ma vie. C'est mon... âme sœur. »
« Donc c'est pour ça que vous vous êtes disputées pendant l'entracte ? », intervient John abasourdi, pas au courant que Sherlock et lui étaient passés de détectives à psychologues familiaux.
« Oui c'est pour ça que, comme je vous le disais, ça n'a aucun rapport avec cette histoire de meurtre... », leur sourit maladroitement Sheri en collant ses mains à plat sur le bureau, voulant manifestement calmer la tension ambiante.
Elle a encore cette petite lueur fragile dans le regard et John ne peut que s'empêcher de sourire aussi. Il l'a lu dans le dossier, elles ne viennent pas d'une famille particulièrement aisée, mais elle a une élégance folle - bien plus qu'Anna Sanchez dont la froideur n'a d'égal que les températures de la capitale. Il ferme lentement les yeux en la regardant, comme pour la rassurer et elle semble respirer un peu plus sereinement.
« Oh putain j'y crois pas... », crache Angie en relevant le haut de sa lèvre, comme dégoûtée. « T'as vu comment tu le regardes ? Mais t'as vraiment un problème. T'aimes draguer les vieux en fait. »
« Je ne le drague pas ! », rétorque sa grande sœur, parfaitement outrée.
Et je ne suis pas vieux, veut répondre John, mais les doigts de Sherlock se sont déjà refermés sur sa cuisse, sous la table, et plus aucun son ne peut sortir de sa bouche. Le détective a souvent touché son colocataire, pour l'attirer dans un coin pour l'empêcher de se faire tirer dessus, pour l'interdire de boire une tasse de thé dans lequel il a versé de la javel pour une expérience ou pour tenter de l'embrasser (ne pas penser à ce dernier point) mais c'est encore une nouvelle étape qu'ils franchissent et même s'il est clair que le brun a agi ainsi pour empêcher John de parler, le médecin ne peut pas ignorer le pouce qui caresse une seconde son jean.
« John. », appelle Sherlock en se levant et son ami le suit tout aussitôt, la poitrine serrée.
Il entend encore les sœurs débattre de ce qu'est draguer ou pas, ce qui est ironique, compte tenu de ce qu'il vient de se passer sous la table entre Holmes et lui, et tente de calmer son cœur battant, mais le détective ne semble pas vouloir en parler, parce qu'il est déjà dans la petite pièce adjacente, derrière le miroir sans tain, à discuter avec Lestrade.
« Alors ? »
« Sheri prend encore sa sœur pour une enfant, Angie prend sa sœur pour une femme de petite vertu ; la routine. Est-ce qu'on a l'identité du petit ami ? »
Lestrade secoue la tête et les trois hommes font face au miroir pour regarder les sœurs ; Sheri tente une approche envers la plus jeune, ce qu'elle refuse constamment.
« Au fait, vous direz à Mrs. Hudson que c'est bon pour Noël. », sort soudain le DI.
John hausse un sourcil, étonné de ce changement de sujet soudain, mais Sherlock, lui, semble parfaitement au courant.
« Très bien. »
« Tu viens passer Noël à Baker Street ? »
« Comme chaque année. », répondent d'une même voix Lestrade et Holmes avec une telle évidence, qu'il est clair que tout ça cache quelque chose.
Le blond sourit allègrement en secourant la tête par réflexe, toujours étonné de cette amitié improbable entre le DI et le détective consultant et alors que les deux sœurs ont arrêté de se parler et que Sherlock semble prêt à retourner dans la salle, John est traversé d'un frisson que Gregory ne loupe pas.
« Il fait froid ici, non ? »
« T'as pas un pull ? », s'étonne le plus vieux.
Le médecin lance un rapide coup d'œil à son colocataire qui lui sourit comme un gosse mal élevé et répond en levant les yeux au ciel.
« Je l'ai oublié à la maison. »
Bien, pas la peine de dire que Sherlock les lui a tous volé, ça serait très bizarre d'insinuer que son colocataire lui confisque ses vêtements. Sherlock retourne dans la salle, informe les deux femmes que l'interrogatoire est fini et lorsqu'elles passent devant John, elles lui serrent rapidement la main avant de disparaitre dans un mélange à peine murmuré de reproches mutuels. Le blond croise les bras contre son torse, les regarde disparaitre dans les escaliers de Scotland Yard avant de demander à son colocataire.
« Alors, qu'est-ce que tu en penses ? »
« Je pense qu'Angie Walsh ferait un très bon détective. Sheri te regardait, effectivement. Âmes sœurs, tu parles... »
« Traduction ? », demande le blond, légèrement perdu.
Sherlock fait un pas vers son colocataire, tapote légèrement son épaule et murmure, les lèvres étirées dans un sourire rayonnant, vainqueur d'un jeu dont il est apparemment le seul à connaître les règles.
« Traduction : Sheri Walsh nous ment. »
