Chapitre 7

Une boule de neige en haut d'une colline

Harry s'assit avec un sourire mutin. Les vacances de Noël avaient commencé il y a trois jours, et bien qu'il soit plus qu'heureux de passer du temps avec Regulus à nouveau, ça ne voulait pas dire qu'il voulait passer du temps avec lui de cette manière.

« Turais, mais comment tu t'es habillé ! » La voix de sa mère le sortit de ses pensées et Harry grimaça, se tournant pour regarder la femme à côté de lui. Il portait présentement un pantalon serré en cuir de dragon, avec une veste assortie, par dessus un haut en coton blanc. Les manches de sa chemise étaient relevées jusqu'aux coudes, révélant les deux fourreaux de baguette attachés à ses avant-bras. Sa tenue était complétée par des bottes en peau de Basilic qu'il avait faites faire sur-mesure – le cordonnier avait gardé le secret sur les morceaux de peau qu'il lui avait apporté puisqu'il lui en avait laissé la moitié – il avait l'air d'un soldat prêt pour la guerre. Pas d'un héritier sang-pur prêt pour une réunion de famille pendant les vacances de Noël.

« La cousine Narcissa a l'intention d'amener Malfoy avec elle, tout comme la cousine Bellatrix qui amènera son nouveau mari. » Cette pensée fit grimacer Harry. L'héritier Lestrange avait finit Poudlard un an après Bellatrix, et Harry avait été soulagé de ne plus avoir à le supporter. Le frère cadet, dans la même année que lui, était déjà bien suffisant.

« Malfoy tentera quelque chose, soit à cause de la répartition de Sirius, soit à cause du coup que j'ai fait la nuit de la rentrée des classes. Je ferais mieux de venir préparé. »

« Quel coup as-tu fait ?! »

Harry leva la tête vers Walburga tout en finissant de lacer ses bottes, l'observant alors que ses yeux tombèrent sur elles.

« Et où as-tu dénicher des bottes en peau de Basilic ?! »

En toute honnêteté, ce n'était pas pour Malfoy que Harry se préparait. C'était pour Bellatrix. Depuis sa Répartition, la tension était montée entre eux. Pendant les onze premières années de la vie de Harry, la fille avait été jalouse de son don pour la magie, et plus tard, du fait qu'il soit Fourchelang. Mais elle ne pouvait pas l'atteindre.

Cependant à présent, avec Sirius ayant amené ce qui pouvait être qualifié de 'disgrâce' pour le nom Black, elle pouvait le provoquer en duel devant leur chef de famille juste pour le battre. Harry n'avait pas prévu de se laisser faire. En fait, il allait provoquer Bellatrix en duel. Pas seulement pour essayer de dissiper les tensions entre eux, mais également pour l'empêcher de s'en prendre à son petit frère. Avec ceci, Malfoy et Lestrange comprendraient qu'il était prêt à monter en première ligne pour défendre Sirius et Regulus. Seulement, il était bien plus coriace, voire impossible, à battre pour eux.

Surtout quand il avait quelque chose à protéger.

« Ça n'a pas d'importance. Tout ce qui importe c'est que je ne perdrais pas. »

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Sirius et Regulus avait fixé sa tenue, perplexes, tellement différente des robes formelles qu'ils avaient été forcés d'enfiler. Cependant, tous les deux avaient appris à tenir leur langue avec leur mère qui les surveillait de près. Ils s'étaient rendus au manoir Black, la maison de leur grand-père paternel par transplanage, Walburga desserra sa poigne de fer sur l'épaule de Harry dès qu'ils arrivèrent. Orion se tenait à côté de Sirius et Regulus, les sourcils légèrement froncés, mais il avait l'air plus intéressé par la raison pour laquelle il était vêtu ainsi que par son accoutrement en lui-même. Harry ne pouvait pas le lui reprocher, d'habitude ces dîners de famille étaient mortellement ennuyeux, la seule activité étant de dissimuler des insultes derrière de faux compliments mielleux. Voir un vrai duel, voire deux, avoir lieu, comblerait probablement la journée d'Orion.

En tout cas, ça comblerait certainement la journée de Harry.

Poussant les portes du manoir Black, Harry s'avança et donna son manteau à l'elfe de maison, continuant sa route jusqu'à la pièce principale où le reste de la famille était rassemblé. Il pouvait déjà sentir la puissante magie noire émanant sûrement de la marque des ténèbres tatouée sur l'avant-bras d'au moins une personne se tenant dans la salle. Il pouvait sentir l'aura sombre et familière de la magie de Jedusor envahissant la pièce, il se sentait presque chez lui.

Il n'avait jamais été aussi proche de sa propre époque, aussi proche de ce qui avait jadis été son chez-lui. Et il donnerait le meilleur de lui-même pour le protéger, même si tout était un peu différent de ce dont il se rappelait.

Les portes s'ouvrirent pour lui à l'appel de sa magie, la magie de l'héritier de la famille Black. Ses yeux étincelaient sûrement de leur vert habituel. Le regard de Harry se posa sur les silhouettes de Bellatrix et de Rodolphus, qui étaient tous les deux marqués. Il avait pu considérer Bellatrix comme faisant partie de sa famille quand ils étaient enfants, même s'ils avaient été rivaux dès leur plus jeune âge. Mais c'était avant qu'elle ne parte à Poudlard, avant qu'elle ne choisisse ses fréquentations. Elle avait choisi son camp maintenant, et c'était un camp adverse au sien.

Avant même que la fille ne puisse ouvrir la bouche, Harry fit un mouvement de poignet et la Baguette de Sureau répondit à son appel, sautant dans sa main.

« Moi, Turais Rigel Black, héritier de la Maison Black, déclare que Bellatrix Lestrange née Black et son époux ont amené la honte sur la famille en se laissant marqués par l'imposteur de sang-mêlé, le soi-disant 'Lord Voldemort'. Et je les défie tous les deux dans un duel pour l'honneur. »

Un duel pour l'honneur.

Essentiellement une partie estime qu'une autre partie lui a fait honte, et elles combattent pour défendre leur honneur. Si Bellatrix et Rodolphus perdaient, ce qui était couru d'avance, alors ils devraient cesser leurs activités immédiatement, au risque d'être traités en paria par toutes les autres familles si la nouvelle se répandait. Bellatrix rugit, tandis qu'Arcturus tourna brusquement la tête pour mieux voir son petit fils, le troisième année qui défiait deux diplômés.

À en juger par l'exclamation qu'il entendit derrière lui, Harry se douta que Walburga avait entendu sa déclaration.

Écrivant nonchalamment le nom complet de Tom dans les airs, Harry regarda mollement par dessus son épaule sa famille proche, plus particulièrement sa mère. Il fit un geste de la main et les lettres changèrent de place. Walburga manqua de s'étouffer.

« Mais bien sûr ce n'est pas un choc pour vous chère mère. Après tout, vous étiez encore à l'école quand Tom en arpentait les couloirs et libéra le Basilic de Serpentard. Vous aviez vos suspicions bien sûr, et maintenant vous savez que c'est vrai. Vous vous mettez au service d'un sang-mêlé. Réfléchissez-y pendant que je termine ce duel. »

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Ils se tenaient tous dans la salle de bal à présent, la seule salle assez grande pour abriter un duel digne de ce nom. Comparée à l'attitude détendue de Rodolphus, Bellatrix avait l'air méfiante. Elle avait raison. Elle savait à quel point sa magie était puissante, elle savait qu'il la contrôlait depuis son plus jeune âge. Ils ne pouvaient pas le tuer, étant donné que c'était l'héritier en titre, mais elle savait que le désarmer ne suffirait pas à mettre fin au duel. Parce que sa magie était tout aussi puissante sans baguette. Un secret de famille qui avait été gardé en cas d'urgence.

Un secret dont Rodolphus n'avait clairement pas connaissance.

Tapotant le bout de ses doigts contre le bois dur de la Baguette de Sureau, Harry ajusta légèrement sa prise, attendant que Arcturus lance le signal de départ. Le vieux Black semblait hésitant, regardant tour à tour les deux Lestrange et son petit-fils, ses yeux demandant si Harry savait ce qu'il faisait. Son expression déterminée dut répondre aux interrogations du vieil homme, parce qu'Arcturus soupira et lança un regard aux spectateurs. La dernière sœur Black, Andromeda s'étant enfuie avec son moldu l'été précédent, était assise entre une Walburga boudeuse et un Lucius Malfoy qui aurait au moins pu essayer de cacher son excitation. C'était plus qu'évident que le garçon plus âgé attendait de le voir mordre la poussière.

Eh bien, il allait être extrêmement déçu.

« Commencez. »

Harry fit un bond de côté, son corps s'arquant au milieu de son saut, et les deux sortilèges de Stupéfixion, plutôt des sorts d'entrée en matière, le ratèrent de très loin. Rodolphus donna une exclamation de surprise, puis un cri quand le maléfice cuisant informulé de Harry le toucha sur la joue gauche, y inscrivant ce qui ressemblait étrangement à la trace d'une baffe. Il avait légèrement modifié le maléfice, et après ?

« Vous ne savez donc pas que c'est au plus jeune d'ouvrir le duel ? Un peu de tenue. »

Bellatrix rugit, magnant sa baguette comme s'il s'agissait d'un fouet, et lui envoya ce qu'il identifia comme un maléfice pour casser les os. Harry réceptionna le sort sur le bout de sa baguette avant de le renvoyer en direction de Rodolphus. D'accord, c'était une réponse très irritante.

Réceptionner un sort sur sa baguette était difficile, et ne pouvait être fait que si sa magie était significativement plus puissante que la magie du sort. Il pouvait probablement faire ça avec n'importe qui, même s'il devrait faire attention s'il s'agissait d'un sort de Voldemort ou de Dumbledore. C'était essentiellement fait pour frimer, et pour énerver un adversaire. Et à en croire l'expression de Bellatrix, elle l'avait parfaitement compris.

Elle n'accorda même pas un regard à Rodolphus quand il gémit de douleur à cause de sa main cassée.

« Allez Bella, dansons. »

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Il fit durer le duel bien neuf minutes de plus que nécessaire. Bellatrix était douée, tout comme son mari. Mais il n'avait pas les décennies d'expérience de Harry, le duel aurait donc dû se terminer au bout d'une minute. Et tout le monde le savait.

Sirius hurlait de joie à la fin. Bellatrix était suspendue à un chandelier qui avait pris vie, des bois de cerf poussant sur sa tête, et Rodolphus, qui donnait l'air d'avoir volé à une licorne sa crinière et sa corne, était enterré jusqu'au cou dans le sol. Ils étaient salement amochés, mais Harry avait lancé ces sorts pour amuser ses frères. Orion souriait également, et étonnamment, même Walburga affichait un petit air suffisant.

Cependant Arcturus était plutôt concentré sur ceux qui avaient tout perdu dans ce duel, bien qu'il s'attarda brièvement sur la petite griffure sur la joue de Harry, la seule blessure qu'il avait reçue.

« Bellatrix, ton mari et toi arrêteraient toute association avec le Seigneur des Ténèbres jusqu'à ce que nous soyons certains de ses origines et de ses déclarations. »

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« Et ensuite le gosse a collé Bella au plafond ! C'était humiliant, le gamin n'a même pas fini sa troisième année et il s'ennuyait à mourir pendant ce duel ! »

S'arrêtant de faire les cent pas, Voldemort se tourna pour regarder l'ainé des Lestrange, agenouillé devant lui.

L'homme était arrivé avec une corne en plein milieu du front et une longue chevelure argentée à leur dernière réunion, et après lui avoir jeté un Doloris pour avoir osé se présenter de la sorte, il avait tenté de lever la malédiction. L'ingéniosité du sort l'avait quelque peu surpris, car lorsqu'il avait essayé d'en annuler les effets, l'ainé des Lestrange s'était retrouvé avec une queue argentée, assortie à ses cheveux.

En y regardant de plus près, Voldemort avait trouvé une multitude de détails, des déclencheurs qui, s'ils n'étaient pas désamorcés, conduiraient à de nouveaux changements dans l'apparence de Lestrange. Après avoir étudié l'impressionnant enchevêtrement de sorts, il avait finit par trouvé comment le dénouer, puis il avait demandé à Lestrange de reprendre depuis le début du duel. Voldemort ne savait pas grand chose sur le nouvel héritier Black, la plupart des informations dont il disposait provenait des plaintes bruyantes de Bellatrix à propos du garçon.

« Je ne sais pas à quoi tu t'attendais. Turais sait contrôler sa magie depuis tout petit, ce n'est pas surprenant qu'il soit aussi doué, » grogna Bellatrix, croisant les bras sur sa poitrine tandis que Voldemort faisait tournoyer sa baguette dans sa main, enlevant les bois de cerf juchés sur sa tête, « c'est un fourchelang après tout. »

« Quoi. » Ce fut un sifflement presque silencieux qui s'échappa des lèvres de Voldemort, mais Bellatrix et Rodolphus se tournèrent pour le regarder avec surprise.

« Mon seigneur ? »

« Un fourchelang ? »

« Oui mon seigneur, je pensais que Parkinson vous l'avez dit, Turais a dévoilé son don pour la première fois lors de son bal il y a trois ans. »

« Quoi ?! Je croyais que Malfoy vous avez rapporté l'information, il était le mangemort le plus haut gradé présent ! »

« C'était votre bal ! »

Regardant les deux mangemorts commencer à se disputer, Voldemort sentit sa colère monter jusqu'à ce que dans un éclair vert, un des deux incapables s'effondre sur le sol de pierre.

« Je veux tout savoir là dessus. Et ensuite je veux en savoir davantage. Maintenant. »