L'Utopia était quasiment désert, mais la porte de la soute s'ouvrit diligemment devant elle.
Jiu vint la saluer avec son air d'ange, lui expliquant qu'à part deux gardes, il n'y avait que lui et Léonard à bord. Renseignement pris, aucun des gardes n'était Trel'kan, et Amanda ne parvint pas à savoir si cela la soulageait ou l'attristait.
En l'absence de tout commandant, Léonard était le responsable à bord, aussi partit-elle à la recherche de l'ingénieur, qu'elle trouva les épaules enfoncées dans une console, un hologramme représentant une bouillie de pixels bleus scintillant au milieu de la pièce.
« Léonard ? » demanda-t-elle doucement.
Le wraith se redressa en sursautant, se cognant violemment le front.
Avec un grondement mauvais, il se rassit.
« Amanda Strauss. »
La simple constatation de sa présence.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle en désignant la masse bleutée, tant pour dissiper la gêne que par sincère curiosité.
« C'est l'hologramme d'un programme de conscience artificielle. Pour faciliter les interactions. Enfin, c'est ce que c'est censé être. »
Une voix au timbre artificiel résonna. Amanda reconnut quelques mots d'ancien.
« Qu'est-ce que ça dit? »
Le wraith prononça ce qu'elle devina être une commande en ancien.
« Bonjour, Amanda Strauss. Je suis Ubris. A votre service. Vos autorisations sont de type normal. Que puis-je faire pour vous ? » traduit-il ensuite, en une remarquable imitation du ton atone de la machine.
Elle jeta un regard dubitatif au wraith qui le lui rendit, impassible.
« Mes autorisations ? »
« En tant que personnel technique reconnu de l'Utopia, vous pouvez accéder à tous les systèmes initialisés ne demandant pas un grade d'accès supérieur.» reporta-t-il.
« Ah, OK. »
« Je n'aime pas répéter les paroles des autres, surtout pas quand elles proviennent d'un programme buggé, donc qu'attendez-vous de moi ? » siffla le wraith.
« J'aurais voulu savoir s'il aurait été possible que quelqu'un me dépose en Jumper vers l'équateur d'Oumana, dans un coin sympa. »
L'alien grogna vaguement, semblant réfléchir.
« Je ne tiens pas à m'attirer les foudres de Milena et de Drane parce que j'ai laissé leurs larves voler seules en Jumper, et j'ai trop de travail à bord pour les escorter, mais je suppose qu'un vol d'entraînement en atmosphère autour de la planète ne leur fera pas de mal. Désirez-vous partir maintenant ?»
« Je pensais plutôt à demain matin. Je peux dormir à bord ? »
« Votre cabine vous appartient toujours, soldat Strauss. »
« Merci Léonard, et bonne nuit. »
L'alien ne répondit pas, à nouveau concentré sur la console.
Il n'avait pas menti et sa cabine l'attendait, dans l'état exact où elle l'avait laissée, avec le lit fait à la va-vite et ses quelques vêtements civils toujours accrochés dans la penderie. Elle était vraiment partie comme une voleuse. Se sentant vaguement coupable, Amanda largua son paquetage sur la couchette opposée, retira sans cérémonie ses rangers et s'effondra sur le lit... pour se relever bien vite en se frottant l'arrière du crâne.
Soulevant le drap, elle découvrit, glissé sous les couvertures, un gros cristal translucide - l'objet qui lui était rentré dans la nuque - et, coincé en dessous, un bout de papier brun.
Elle observa la pierre quelques instant, la faisant tourner dans la lumière que ses faces réverbéraient en scintillant, puis déplia le bout de papier qui s'avéra être une lettre écrite d'une main maladroite et à moitié en phonétique.
Lorsqu'elle en eut terminé la lecture, elle se sentit encore plus mal.
Elle était vraiment partie comme une voleuse, comme si, durant les mois passés dans Pégase sans le soutien d'Atlantis, il ne s'était rien passé.
Trel'kan, qui pourtant avait toujours refusé son aide pour apprendre à lire et à écrire l'anglais, car trop gêné par ses lacunes, lui avait écrit, faute d'avoir de ses nouvelles.
Il avait glissé la lettre là, Milena lui ayant certifié qu'elle reviendrait. Il l'avait laissée là, car la guerrière lui avait dit ce que la révélation de leur relation risquait de lui valoir et qu'il ne lui voulait aucun mal.
Ce n'était pas une lettre d'amour, et pourtant, elle n'était pas certaine qu'elle aurait été plus touchée si ça avait été le cas.
Le wraith lui faisait part avec une franchise désarmante de ses sentiments à son égard, du bonheur et de la fierté que leur relation lui apportait, ainsi que de ses espoirs quant à sa continuation. Il tenait toutefois à la rassurer sur le fait que si, à son retour, elle ne désirait pas poursuivre leurs échanges, il ne s'y opposerait pas, et ne lui en porterait aucun grief. Quoiqu'il en soit, il lui était reconnaissant pour chacun des instants qu'ils avaient passé ensemble, et pour tout ce qu'elle lui avait permis d'apprendre.
La lettre se terminait par une formule lui souhaitant la bienveillance de toutes les reines, et un petit post-scriptum lui expliquant qu'il avait trouvé la pierre lors d'une mission sur un autre monde et que tout comme elle, le cristal semblait assez simple de prime abord, mais révélait toute sa complexité et sa beauté si on prenait le temps de l'étudier et de le tenir contre soi.
Un peu perplexe, elle jeta un coup d'œil à la pierre qu'elle avait continué à tripoter distraitement.
Si la roche avait eu tout d'abord l'apparence d'un simple quartz, la chaleur de sa paume en avait révélé les secrets, les facettes scintillant à présent de mille éclats bleutés, noyés dans une nébuleuse dont les teintes violine tiraient par endroit sur le pourpre et l'or. En la faisant briller dans la lumière, Amanda eut l'impression d'observer une minuscule galaxie enfermée entre les parois translucides.
Elle sourit. Les géologues de la cité seraient prêts à tuer pour pouvoir examiner le cristal, mais ils ne l'auraient pas. C'était son présent, et comme ce monde étrange et fascinant qu'elle avait découvert au contact de l'alien, ce serait son secret.
Les éclats nébuleux du cristal avaient à nouveau disparu, seuls quelques vagues halos nimbant la base qu'elle tenait entre ses doigts.
Ouvrant le petit compartiment à la tête de son lit, elle y prit le livre qu'elle y conservait - un simple roman de gare qu'elle avait sur elle au moment du départ d'Atlantis -, y glissa la lettre, puis le remit en place, disposant soigneusement le cristal dessus.
Soudain, elle n'avait plus du tout envie de dormir.
Elle avait sans doute réveillé quelques personnes, mais avait finalement appris où se trouvait le wraith. De faction sur la ruche. Pratique.
Elle allait renoncer lorsqu'un scientifique lui proposa de l'y conduire. Il devait aller faire son rapport à la régente plus tard dans la nuit, et s'y rendrait en Dart. Il pouvait l'emmener dans sa soute.
Elle hésita un moment, l'idée d'être dématérialisée et à la merci d'un des grands prédateurs ne la réjouissant guère, mais finalement elle accepta. Le temps de prévenir Milena et Léonard de ses plans, et elle fut fin prête. Le milieu de la nuit était passé depuis longtemps lorsqu'elle « embarqua » à bord du Dart qui la survola avec ce crissement si stressant.
A son réveil, elle était allongée sur une couchette organique et le visage d'un homme qui semblait avoir une trentaine d'années la surplombait.
« Bonsoir, madame. »
« Bonsoir, je suis où ? »
« A bord de la ruche de Silla, sous le commandement de la très noble régente Delleb. »
OK. Lui, c'était un serviteur. Un coup d'œil à l'uniforme de toile noire orné de triangles bruns le lui confirma.
« Désirez-vous boire quelque chose ? » demanda l'homme, presque obséquieux.
Elle se rendit compte qu'elle était assoiffée et acquiesça.
Ce dernier produisit instantanément un verre d'eau fraîche qu'elle but avidement.
« Le commandant Zil'reyn désire savoir pourquoi vous avez voulu venir à bord. »
Elle s'assit prudemment, laissant les vertiges s'estomper.
« J'aimerais voir un wraith. Un guerrier qui est actuellement à bord. »
« Quel seigneur désirez-vous voir, madame ? »
« Trel'kan de Delleb. »
« Je vais aller transmettre vos intentions au commandant et voir ce que je peux faire. Restez ici et reposez vous. Il y a des fruits et des noix sur la table, et de l'eau dans le pichet. »
« Merci. »
Le serviteur, tout en courbettes et murmures obséquieux, était venu lui rapporter les intentions de la Terrienne. A la base, il devait faire son rapport à Zil'reyn, mais elle l'avait intercepté, et y avait vu une occasion en or de se distraire un peu.
Elle jeta un regard au guerrier qui, debout au garde à vous devant un pilier à sa gauche, affichait une splendide coloration vert sombre au niveau des pommettes et ne cessait de discrètement jeter des coups d'œil vers la porte.
Elle congédia l'humain, et convoqua d'une pensée le guerrier qui vint poser genou à terre devant elle.
« On dirait que votre femelle est revenue et qu'elle vous cherche, Trel'kan.» lui déclara-t-elle d'un trait de pensée privé.
Il était inutile que toute la ruche soit au courant des petites expériences de mixité qu'elle autorisait.
Le guerrier ne répondit pas, tentant de dompter son esprit survolté.
« Je ne vais pas vous retenir très longtemps, rassurez-vous.» ajouta-t-elle, amusée.
« Mon tour de garde n'est pas fini, grande régente. »
« Vous préférez terminer votre garde ? »
Elle glissa un tentacule de pensée inquisiteur dans son esprit.
« Non, Madame. » répondit-il avec honnêteté.
« Bon, alors allez-y. Le serviteur vous conduira à elle. »
« A vos ordres, grande régente. »
Il se redressa, gardant la tête baissée avec respect.
Elle effleura doucement les contours de sa psyché de sa conscience.
« Trel'kan, laissez moi l'accès à votre esprit. »
Le wraith hésita un bref instant, pas même une seconde, puis lui ouvrit son esprit en grand.
Elle y sentit une pointe de malaise et beaucoup d'interrogations.
« Vos rapports ne me suffisent plus. J'ai besoin de plus pour comprendre. »
Pourquoi se justifiait-elle ? Elle n'avait pas à se justifier auprès d'un mâle.
Il acquiesça, soumis malgré tout.
Elle le congédia d'un geste, le regardant partir tout en voyant par ses yeux, sentant par ses narines et entendant par ses oreilles.
Elle percevait tout ce qu'il percevait, mais ressentait aussi toutes les émotions qui le traversaient.
Comme une araignée au creux de sa toile, elle se tapit au plus profond des ombres de sa psyché, jusqu'à s'y rendre presque parfaitement invisible. Qu'il l'oublie donc, et agisse le plus naturellement possible.
Alors qu'il suivait impassiblement le serviteur, Delleb sentit son esprit s'échauffer d'un étrange mélange d'émotions. De la peur, de l'impatience, de la joie ? Tout ça pour une vulgaire humaine même pas si belle !
D'une pensée distraite, elle fit signe aux officiers de continuer sans elle, et quittant la salle du trône, se retira dans ses quartiers, à quelques centaines de mètres de là, dans la partie réservée aux officiers.
Elle passait tellement peu de temps en ce lieu, n'y revenant que pour dormir et méditer, que la vaste chambre aurait tout aussi bien pu être inoccupée.
Avec un vague grondement, elle se débarrassa du long manteau noir et bleu, le laissant sur le dossier d'un fauteuil organique, s'assit sur le lit, retira ses bottes et s'installa en tailleur au milieu des draps. Avec satisfaction, elle arrangea les manches légèrement bouffantes de la blouse bleu nuit qu'elle portait, savourant le contact des sublimes broderies au fil de soie sous ses doigts.
Un sourire naquit sur ses lèvres. Jamais elle n'aurait pu s'asseoir ainsi dans ses anciennes tenues. Pas avec tous les corsets, jupons et autres ornements qu'elle portait jadis.
Mais là, avec un pantalon de cuir souple et une blouse de toile douce, rien ne l'entravait et elle n'avait pas besoin de changer de tenue entre chaque activité.
Confortablement installée, elle ferma les yeux, se laissant absorber par l'esprit du mâle qui arrivait enfin devant la porte derrière laquelle se trouvait l'humaine.
Que le spectacle commence.
Les fruits et la moitié de la carafe avaient fini de la remettre d'aplomb, et elle put se relever d'un bond lorsque la porte s'ouvrit.
Trel'kan entra, chassant d'un grondement le serviteur qui s'esquiva bien vite.
La porte se referma, les enfermant dans un silence gêné.
« Bonjour, Trel'kan. »
« Bonjour, Amanda. »
« J'ai lu ta lettre... »
Le wraith fixa obstinément un point quelque part derrière elle, impassible.
Durant un instant, elle eut l'impression d'avoir un de ces prisonniers inconnus devant elle, un de ceux qu'ils interrogeaient en vain des jours durant, ne tirant rien d'autre d'eux que des menaces.
« Elle m'a beaucoup touchée. Merci. »
Pour seule réponse, elle le vit cesser de respirer.
« Je voulais m'excuser. Je suis partie comme une voleuse. J'aurais dû te prévenir. Ce n'était pas correct. »
Il se ranima.
« Non, tu n'as aucune obligation à mon encontre, Amanda. » cracha-t-il, comme un chat crache une boule de poils.
« C'est faux et tu le sais. Même si on n'est pas en couple, même si on n'est pas si proche que ça, on a une relation, un lien et des attentes l'un envers l'autre, c'est indéniable. Tu avais le droit de savoir que je partais sur Terre. »
« Tu m'as dit que tu retournais sur Atlantis. »
Quelque chose, une pâle lueur dans ses pupilles d'or, lui laissa deviner qu'il était blessé.
« C'est vrai, mais Atlantis n'est pas la Terre. Tu veux bien me pardonner ? »
Il acquiesça, fixant toujours le mur derrière elle, impassible.
Elle s'approcha de lui, jusqu'à n'être plus qu'à un pas. A portée de main, à portée de griffes. Elle frissonna, mais ce n'était pas de la peur, pas vraiment.
« Regarde-moi dans les yeux, s'il te plaît. »
Lentement, comme avec difficulté, il obéit.
Ce n'était pas dans ses habitudes d'être aussi coincé, aussi réticent.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? »
« Delleb est au courant pour nous deux. »
« Et alors ? Ça la dégoûte ? »
Il y avait plus de colère qu'elle ne l'aurait voulu dans sa voix.
« Non, elle est très intéressée par le résultat de nos... rencontres. »
Elle fronça les sourcils.
« Comment ça, très intéressée ?»
« Elle m'a ordonné de lui faire des rapports complets. »
Elle eut envie de gifler le wraith qui venait de lui balancer ça d'un ton neutre, fixant à nouveau un point au loin.
« Et alors ? » grinça-t-elle, serrant les poings.
« J'ai obéi. »
Avec un petit cri furieux, Amanda se retourna, traversant la pièce en trois pas.
« Pourquoi ?! Bon sang, Pourquoi ?! Quelle idiote je fais ! Bien sûr que je ne suis qu'un trophée, un prix à remporter... Imbécile ! Grosse débile ! Penser qu'un alien qui se nourrit d'êtres humains pourrait voir en moi autre chose qu'une marchandise ! Bravo, Amanda la débile !»
Un grondement hargneux fit écho à ses paroles.
« Quoi ? T'es pas content parce que tu as perdu ton petit trophée humain?! »
Un sifflement, qu'elle avait appris à interpréter comme un avertissement.
« Tu n'es pas une marchandise pour moi, Amanda. » gronda-t-il.
« Alors je suis quoi ? Hein ?! »
Il soupira, fermant les yeux, comme pour se calmer.
« Une personne avec qui je mène l'expérience la plus fascinante de mon existence. »
Elle resta muette de surprise.
« Tu es un sujet d'expérience pour moi. Je veux dire, au début, c'est tout ce que tu étais, mais plus maintenant. A l'origine, mon objectif était juste de voir si les accouplements avec une humaine consentante étaient plus satisfaisants, puis... »
« Attends, attends, tu veux dire que tu sais ce que ça fait avec quelqu'un de pas consentant ?! »
Il acquiesça.
« Fabuleux, j'ai couché avec un meurtrier de masse violeur ! Magnifique ! »
A présent non seulement elle était furieuse, mais en plus elle se sentait sale, souillée.
A son tour, Trel'kan commença à arpenter la pièce.
« Je ne savais pas ! » protesta-t-il.
« Et alors, qu'est ce que ça change ? T'es trop con pour te rendre compte que tu violais quelqu'un ? Que tu le détruisais ? »
Elle allait continuer, mais sa voix s'éteignit dans sa trachée alors qu'elle se retrouvait durement plaquée contre le mur, une main griffue contre la poitrine, le visage grimaçant de l'alien à dix centimètres du sien.
« Je te respecte, Amanda, mais je ne te laisserai pas m'insulter. J'ai mon honneur. Je ne m'excuserai pas. Je n'ai rien fait de mal selon les lois d'alors. Je n'ai enfreint aucune règle, aucun tabou et depuis que je suis ici, depuis que les règles ont changé, je n'ai plus nui à aucun humain, de quelque manière que ce soit. Si tu veux tout savoir, femelle, c'est en m'accouplant avec toi, en te traitant comme une égale que je me mets les miens à dos, car je transgresse de vieux interdits, je brise de vieilles barrières. Je ne m'excuserai pas d'être wraith, et je ne m'excuserai pas d'avoir fait ce qu'il était normal de faire alors. »
« Normal ne veut pas dire bien... »
« Donc tu vas cesser de te nourrir de chair animale ? Les atlantes vont cesser de se comporter comme des seigneurs qui jettent des miettes à la populace ? Vous allez cesser de massacrer des wraiths qui ne vous ont même pas attaqué ? »
Elle détourna la tête, fixant à son tour un point imaginaire dans le lointain.
Il la maintint encore quelques secondes, puis avec un sifflement dédaigneux la relâcha, s'écartant de quelques mètres avant de lui tourner le dos.
Elle baissa les yeux. Il n'avait même pas troué son uniforme. A aucun moment, il n'avait eu l'intention de la vider.
Elle serra les lèvres.
« Et maintenant ? » murmura-t-elle, pas vraiment sûre de ses propres émotions.
« Je ne sais pas, Amanda Strauss ! Dans mon peuple, dans ma société si affreuse selon vos critères humains, les mâles ne décident pas ! Ce sont les femelles qui choisissent, qui prennent les décisions et qui agissent. Nous, on obéit aux ordres, simplement, parce que l'on croit que les femelles sont plus sages, plus réfléchies que nous, stupides mâles ! » s'exaspéra-t-il.
Elle se radoucit, soudain trop fatiguée pour continuer à être furieuse.
« Mais toi, que veux-tu ? Tu as bien un avis ? »
Le wraith cessa d'arpenter la pièce, se tournant vers elle, la fixant comme s'il la voyait pour la première fois.
« Moi ? Moi... J'aimerais que cette conversation n'ait jamais eu lieu, et que le passé reste ce qu'il est : du passé. J'aimerais que nous reprenions comme avant, simplement et sans heurt. » avoua-t-il à mi-voix.
Il eut un étrange sourire tordu.
« Les wraiths aussi peuvent rêver, parfois, je suppose. »
Elle soupira. Se pinça l'arête du nez et réfléchit.
Elle n'était pas non plus fière de tout ce qu'elle avait fait au court de sa vie. Certes, elle n'avait violé personne, mais elle aussi avait du bien du sang sur les mains.
« Je ne sais pas si je pourrais oublier, mais avant tout je dois savoir. Il n'y a plus de secret, plus rien que je devrais savoir ? »
Trel'kan sembla se décomposer.
« Delleb suit notre conversation. »
« Pardon ? »
« Elle m'a ordonné de lui donner totalement accès à mon esprit. » gronda-t-il, la respiration soudain courte, fermant les yeux et détournant la tête comme pour tenter d'apaiser une migraine fulgurante.
« Trel'kan ? Qu'est ce qui se passe ? »
Le wraith s'effondra à genoux, se tenant la tête à deux mains, et elle comprit. Ce n'était pas juste qu'il souffre ainsi pour avoir été honnête avec elle. Plus honnête que l'avait sans doute jamais été aucun homme.
Elle se précipita en avant, sa fureur renouvelée et lui saisit le menton, le forçant à la regarder en face.
« Hey, face de kiwi ! Ouais, c'est à vous que je parle, Delleb ! Je croyais que vous étiez courageuse, mais en fait vous êtes comme les autres reines, à vous cacher lâchement derrières vos mâles en les laissant prendre les coups à votre place ! Vous écoutez bien, là ? Parce que je ne vais le dire qu'une seule fois ! Si vous voulez que la petite expérience dont je suis le cobaye continue, vous allez laisser Trel'kan en paix immédiatement. Compris ? »
Elle s'arrêta, à bout de souffle. Trel'kan s'affaissa un peu, la respiration hachée.
« Complètement tarée. Vous êtes toutes complètement tarées, vous autres, les Terriennes ! Défier une reine ! » gronda-t-il tout bas. Il y avait de l'admiration dans sa voix.
Doucement, machinalement, elle caressa les longs cheveux soyeux, le laissant appuyer sa tête contre sa cuisse tandis qu'il reprenait son souffle.
« Je suppose que ça signifie qu'on a un marché ? » déclara-t-elle au bout d'un moment avec un petit rire aigre.
Trel'kan acquiesça.
« Elle dit qu'elle respectera sa part du marché si on respecte la nôtre... et que la prochaine fois que tu l'insulte, elle te tuera... et que ce sera long et douloureux. »
Amanda déglutit. Mais dans quel pétrin s'était-elle mise ?
