Voilà l'avant dernier chapitre :) Enjoy !

26 novembre 2007.

Il sirotait une menthe à l'eau à la terrasse du petit café en face de Fleury & Bott. Il respirait lentement, appréciait l'insouciance de cette escapade, hors de l'atmosphère pesante du Terrier. Et en même temps, il ne parvenait pas à en profiter pleinement, car un sentiment de culpabilité pesait sur ses épaules, l'empêchait de se sentir bien, tout simplement. La culpabilité d'être là. De ne pas être là-bas. Ca le prenait au tripes dès qu'il s'éloignait du Terrier.

C'était pourquoi il ne l'avait plus quitté. Il restait auprès de Molly depuis deux mois, s'occupant d'elle. Il n'arrivait pas à s'imaginer poursuivre sa vie, sa vie à lui, tant qu'elle n'irait pas mieux. C'était comme s'il avait mis sa propre existence en pause. Le temps s'était arrêté pour lui. Il s'était jeté à corps perdu dans cette dévotion pour Molly, et, en général, Ginny lui en était reconnaissante, même si parfois, elle posait ses yeux sévères et fatigués sur lui en déclarant qu'il en faisait trop. Il se contentait de hausser les épaules. Pouvait-on en faire trop ?

Mais Ginny avait décidé que oui, ce matin-là, et lui avait ordonné de sortir, au moins pour la matinée, de se changer les idées. Que c'était pas bon de rester des jours sans sortir. Elle l'avait presque chassé à coups de pied.

C'était sa petite soeur, et elle lui avait tellement fait penser à Molly lorsqu'elle lui avait dit ça qu'il n'avait plus rechigné. Il était allé au premier endroit qui lui était passé par la tête. Le chemin de Traverse. Il s'était assis à la terrasse de ce café et regardait les gens passer. Il se rendait compte à quel point il ne connaissait plus personne en Angleterre. Il n'avait plus aucun contact. Aucun ami. Rien. Tout était en Roumanie, pour lui. La Roumanie. La plupart du temps, il préférait ne pas y penser, parce que lorsqu'il laissait ses pensées divaguer, la Réserve lui manquait. Les dragons lui manquaient. Son amitié avec Olga lui manquait. Sa vie lui manquait, tout simplement.

C'était étrange, parce que les gens qui sortaient de Fleury & Bott n'avait rien à voir les uns avec les autres. Il y avait toutes les classes sociales confondues, unis par ce même amour des livres. Des petits sortaient, les bras chargés d'ouvrages trop lourds pour eux. Leur mère criait un peu, qu'ils allaient tout faire tomber.

Les sorciers de Londres avaient déjà sorti les manteaux, les écharpes et les gants, un vent qui promettait un hiver glacial soufflait sur le Chemin de Traverse, et chacun resserrait son col pour l'éviter. Charlie en fit de même, inconsciemment, et alors que sa main se portait vers son cou, il suspendit son geste. Il n'en était pas sûr, mais la fille qui venait de passer lui disait quelque chose. Il n'en était pas sûr, mais elle ressemblait étrangement - trop - à Gabrielle. Les mêmes cheveux blonds tressés savamment dans son dos, le même port de tête élégant, la démarche gracile et assurée. Oui, c'était elle. Il tourna la tête et pria pour qu'elle ne le remarque pas.

Il lui arrivait de penser à elle, parfois, au fond de son lit, au Terrier, lorsque les images d'elle se glissant près de lui lui revenait en mémoire. Alors, elle lui manquait. Un peu. Lorsqu'il se baladait dans le Terrier, dans le salon, sur les marches au-dehors, derrière le salon, elle était partout, jusque dans la cuisine. Dire qu'elle lui manquait un peu n'était pas honnête. Elle lui manquait beaucoup. En Roumanie, ce n'était pas pareil. C'était une autre vie, une autre existence, coupée de celle qu'il menait au Terrier. Là-bas, elle lui avait manqué, un peu, au début. Mais depuis qu'il était revenu, c'était comme s'il avait la sensation qu'elle était partout. Il la revoyait partout. Et alors, dans ces moments-là, oui, elle lui manquait. Terriblement. Peut-être n'était-ce même pas elle, qui venait de traverser la rue, peut-être l'imaginait-il dans une autre femme vaguement blonde, vaguement mince, vaguement...

"Charlie ?"

Il sursauta, et tourna la tête vers la place en face de lui qui, quelques minutes plus tôt était vide. Finalement, c'était bien elle. Mais qu'est-ce qu'elle faisait là ? Il se composa une mine bougon. D'accord, elle lui manquait, mais il n'oubliait pas ce qu'elle lui avait dit, trois ans plus tôt, le jour de son départ.

"Je n'étais pas sûre. Tu as changé." continuait-elle, sans sembler s'apercevoir de son trouble.

Oui, j'ai vieilli, pensa t-il.

"C'est étrange de te croiser ici. Je ne savais pas que tu étais en Angleterre."

Il ricana.

"Oui, étrange, hein ? Moi non plus, je ne savais pas. Que tu y étais, s'entend."

Elle parut blessée par le ton tranchant de Charlie, mais se ressaisit.

"J'habite Londres, à vrai dire. Depuis deux ans."

"C'est super" lâcha t-il, sans aucune conviction apparente.

Elle soupira. Il était insurpportable. Mais elle le comprenait. Il avait tant de raisons d'être désagréable, surtout avec elle.

"J'ai appris, tu sais, pour ta mère. Fleur me l'a dit. Je n'ai pas osé passer. Tu crois que je pourrais, Molly ne sera pas trop fatiguée ?"

En fait, Molly était plutôt sur une bonne pente ces derniers temps. Elle n'allait pas bien, mais il pouvait s'autoriser à dire qu'elle allait mieux. Et puis, comme Gabrielle ne cherchait qu'à être gentille et qu'il savait que cela ferait plaisir à sa mère, il répondit :

"Je pense que ça devrait aller. Passes quand tu veux, on y est toujours, de toute façon."

"D'accord. Oh, Charlie, si tu savais comme ça fait bizarre de te revoir ! Tu as changé, et en même temps tu es toujours le même. Tu parais juste très fatigué."

"Oui, je dors mal."

Il n'avait pas exactement envie de lui parler de ses nuits d'insomnie. A dire vrai, il ne voulait pas lui parler du tout.

"Je travaille dans une agence immobilière juste derrière, on aurait pu se croiser plein de fois" poursuivait-elle, souriante, heureuse. "Et toi, tu vis au Terrier, je suppose ? T'es arrivé quand ?"

"Ecoutes, Gabrielle, je ne sais pas si je donne l'impression d'avoir envie de faire la causette, mais laisse-moi te dire que ce n'est pas le cas."

Cette fois, le visage de Gabrielle se chargea de colère.

"Je vois que finalement, tu n'as vraiment pas changé... je... je passerais sûrement samedi. J'y vais, je ne voudrais pas te faire perdre quelques minutes de plus de ton précieux temps." termina t-elle sarcastique.

Il la regarda partir. Il aurait pu la retenir, s'excuser. Mais il ne le fit pas. Pas la force, pas vraiment l'envie non plus.

"A samedi" souffla t-il tout de même au vent, tandis qu'elle s'éloignait vers une petite rue adjacente.

.

29 novembre 2007.

Quelqu'un toqua à la porte vers trois heures de l'après-midi. Molly sommeillait, Ginny s'accordait quelques instants de repos avec Harry dans le hamac du jardin, et Arthur lisait à l'étage. En grommelant, Charlie se leva ouvrir.

"Salut" démarra t-il poliment.

"Je dérange ?" répondit-elle.

"Non, entre, tout le monde dort, mais tu n'as qu'à attendre un peu."

Tandis qu'elle lui répondait que de toute façon, elle avait tout son temps, il l'entraîna vers la vieille table de plastique à l'arrière du jardin, et s'y assit avec elle.

"Je te comprends, Charlie, tu sais." démarra t-elle.

Il lui jeta alors un regard, qui voulait dire que non, elle ne pouvait pas comprendre, et qu'elle ferait mieux de se taire. De ne rien dire, avant qu'il s'énerve.

"Je... j'ai perdu ma mère il y a deux ans" lâcha t-elle.

Il ouvrit des yeux ronds, et nota les larmes qui menaçaient de couler au coin des yeux de Gabrielle, et ce sentiment de toujours faire tout de travers avec elle l'étreignit de nouveau. A la voir ainsi, il eut soudain l'envie de la prendre dans ses bras, de la serrer fort. Si fort. Il n'avait jamais été doué pour enchainer la conversation, alors il se contenta d'attendre qu'elle reprenne la parole.

"C'est pour ça que j'étais là, ce Noël-là, il y a trois ans. A la maison, mes parents tournaient entre hopitaux et médecins, et ils avaient préféré que je passe les fêtes dans une atmosphère un peu plus joyeuse."

Tout s'éclairait. Il ne s'était jamais vraiment demandé pourquoi elle était là, cet hiver-là. Il se sentait idiot à présent. Ce qu'il pouvait manquait de curiosité !

"En fait à ce moment-là, je ne savais rien encore. Ils avaient inventé je ne sais plus quelle excuse. Mais ils ne m'avaient rien dit. Ils croyaient que ça s'arrangerait. Mais ça n'a pas été le cas. Ca a empiré, ils ont été obligés de me le dire. C'est allé très vite. Je... je n'ai même pas eu le temps de m'y préparer. Elle, elle est partie."

Il ne résista pas, à ses larmes, à son chagrin, à son corps qui se soulevait de soubresauts, Charlie s'approcha et la prit dans ses bras. C'était une étreinte réconfortante, que Gabrielle apprécia sans se poser de questions.

"C'est pour ça que tu es venue en Angleterre ?" chuchota t-il à son oreille, tout en lui carressant tendrement les cheveux.

"Oui. J'ai tout quitté. La France me rappelait trop ma mère, alors je suis partie."

Elle renifla bruyament et se reprit.

"Je ne devrais pas t'embêter avec ça, je suis vraiment nulle. Sois fort, mais je suis sûre que tout va bien se passer. Ma mère a toujours eu une santé fragile. Molly est forte, elle s'en sortira."

"Je l'espère"souffla t-il d'une voix presque éteinte. "Je l'espère tellement."

"Ce qu'on espère peut devenir réalité, tu sais ? Si on s'en donne les moyens, et je crois que pour ta mère, tu t'en donnes les moyens. Tu es là pour elle, et c'est tout ce qui compte. Tout va bien aller."

Il ne répondit pas, mais ferma les yeux très fort, priant intérieurement pour que les paroles de Gabrielle soient vraies. Et au fond de lui, déjà, il y croyait.

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30 novembre 2007.

Pré-au-lard n'avait pas changé. C'était toujours le même village, plein de vie et de joie, qui sentait Noël. Gabrielle lui avait proposé d'y faire un tour, un peu plus tôt, après être passée au Terrier, et il n'avait pas pu refuser. Finalement, sortir lui faisait plus de bien que ce qu'il pensait, et, en compagnie de Gabrielle, la culpabilité le dévorait moins.

Il se sentait plus vivant, aussi. Comme si sa vie était repartie, avait repris le cours normal des choses.

Ils avaient plus flâné qu'autre chose, mais ils étaient bien ensemble, et aucun d'eux ne voulaient quitter l'autre. La nuit commençait à étendre son manteau sombre, alors Gabrielle lui proposa de venir manger chez elle. Charlie mourrait d'envie d'y aller, de voir où elle vivait, à quoi pouvait ressembler un appartement qui contenait l'âme de Gabrielle.

Mais il y avait Molly, il ne pouvait pas.

"Désolé. Ca va pas être possible, Je dois m'occuper de maman."

"Ce n'est pas grave, Charlie, t'as pas à être désolé, tu sais. On se revoit bientôt, de toute façon, je repasserais très vite au Terrier."

Il hocha la tête. Puis, après une dernière étreinte, ils se séparèrent, et, sans se quitter des yeux, ils transplanèrent au même moment vers leurs maisons respectives.

Merci d'avoir lu, et vous savez que la review est le salaire de l'auteur ! ;) Bisous :)