Résumé de ce qui vient de se passer :
Isa sait à présent que son sauveur n'est d'autre que Karl-Heinz Schneider, joueur de football, équipier et ami de Genzô. Isa est mise d'ailleurs au grand jour lorsqu'elle fut prise en train de regarder le match dans une salle interdite au public… Genzô ne semblait pas réellement heureux de la voir ! La distance qui les sépare semble être des plus grandes à présent…
Personnages :
-Isa Amond,
-Jérémie Amond : frère d'Isa.
-Genzô Wakabayashi (Thomas Price): gardien de football, ami d'Isa.
-Karl-Heinz Schneider dit le Kaiser : attaquant, ami d'Isa et de Genzô.
-Jonathan Einfren : ennemi d'Isa, petit caïd du coin.
-Marie Schneider : petite sœur de Karl-Heinz.
-Kartz Hermann : attaquant, ami de Genzô et de Karl.
-Julie Seifrein : amie de Genzô et d'Aizen.
-Aizen Presh : ami de Genzô et de Julie.
-Mikami : coach de Genzô.
Les joueurs de l'équipe de Genzô déjà cité : Mayer, Marc…
Des joueurs d'autres équipes déjà cité : Scharzt, Zenien, Brayern, Stiergen, Minze, Rayen…
Un petit mot ?
-Merci Adeline. Maintenant que c'est fait, je pense avoir fait le bon choix ! En tout cas, je suis ravie que cette version te plaise plus que l'ancienne car c'est mon cas aussi (rire). Je sais que ça doit être embêtant aussi de relire ce qu'on a déjà lu en quelques sortes, mais la suite arrive très vite !!
Au-delà des Apparences
Chapitre 7 : Ce n'est pas compliqué de dire « pardon ».
« Le pardon est plus qu'un sentiment, c'est une force qui déclenche d'admirables effets. »
Marcelle Auclair.
Mon inscription au concours entraîna une considérable modification dans mon emploi du temps. Le travail nécessaire s'ajoutait à celui que je devais fournir en classe. Je n'avais plus beaucoup de temps pour moi. En cours, je m'appliquai, dans mes pauses je révisais et chez moi la durée de travail s'allongeait au détriment de mes heures de sommeil. La fatigue s'entassait mais il me fallait être endurante ! J'avais un niveau à rattraper et une volonté à acquérir !
Pour m'aider dans mon travail, Karl préparait nos repas de midi, il m'encourageait et parfois il m'expliquait des cours que je ne comprenais pas. Ses attentions se multipliaient et de jour en jour il parvenait à briser toutes mes barrières. Je n'avais plus d'autre choix que de me laisser entraîner avec lui. Il menait la danse avec tant d'aisance que résister relevait de la pure folie. Et ce n'était pas désagréable.
Vraiment, tout était quasiment parfait…
&&G&&&&&&
Les journées passaient et ma mauvaise humeur ne faisait qu'accroître. A l'école tout comme à l'entraînement, rien n'allait comme je le souhaitais. Toujours je voyais Schneider ou son ombre planait autour de moi et les images défilaient dans ma tête, me hantant, m'harcelant sans répit !
Celui-ci d'ailleurs ne faisait rien pour arranger les choses. A l'entraînement tout semblait se rapporter à lui et à sa nouvelle copine…
« Karl, » appela Kartz, « tu viens avec nous ce soir ? »
« Désolé pas ce soir, » s'excusa celui-ci tout sourire.
« Encore un rendez-vous ? » s'exclama Mayen. « Serait-ce la bonne cette fois ? »
« Qui sait ? »
Et il partait sans rien dire de plus, pourtant je sentais son regard se poser sur moi, cherchant à m'atteindre sans doute, mais j'étais trop têtu à l'époque pour lui faire face. Parce que pour cela il fallait que je me l'avoue à moi-même…
Si la tension avec Karl était explosive, la situation avec Isa était différente. Quand nous nous croisions, Isa baissait la tête et se dépêchait de disparaître. De mon côté, je ne faisais rien pour arranger les choses. Je n'arrivais pas à me contenir et s'il fallait que je lui parle, j'aurais sans doute craqué. Aussi il ne me restait plus qu'à l'ignorer aussi superbement que possible. Mais Isa ne semblait pas se formaliser de ça, bien souvent je la voyais rejoindre Karl et lui sourire comme jamais elle n'avait souri à personne… Pas même à moi.
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Lorsque je croisais son regard, une goutte froide glissait sur mon dos. Je me sentais terriblement embarrassée face à lui et je n'attendais plus qu'une chose : disparaître de sa vue. Genzô semblait m'avoir complètement effacé, il m'ignorait complètement à présent. Le message était clair : je n'existais plus.
Et savoir cela me faisait beaucoup de mal.
« Heureusement que Karl est là » pensai-je à moi-même.
Sans lui je serais redevenue aussi seule qu'avant. Mais grâce à lui, je vivais des moments que jamais je n'oublierai de ma vie.
« Dis-moi Isa, » me dit-il un midi alors que nous mangions un de ses bons plats. « Cela te dirait de revenir nous voir jouer ? »
« Et me retrouver comme la dernière fois ? » répliquai-je. « Non merci ! »
« Non, non, » fit-il. « Tu viendrais à notre entraînement, je te présenterai à mes amis et nous irions tous boire quelque chose ou autre. Allez, s'il te plait, dis-moi ouiiiiiii ! »
J'hésitai. Aller le voir à l'entraînement signifiait me faire présenter à ses amis, être entouré d'un monde qui me regarderait, me jaugerait, et puis… Ce serait faire face à lui.
« Ne t'inquiète pas pour cela, » me rassura Karl lisant dans mes pensées. « Tu seras parfaite, comme l'autre jour. Et puis, je serais là avec toi, tu n'as rien à craindre. »
« Peut-être, mais… »
« Allez ! Je t'en prie, cela me ferait tellement plaisir ! »
« Ca sonne, il faut que j'y aille. Je te dirai ça demain, ok ? »
Il me regarda peu convaincu mais approuva d'un signe de tête. Je rangeai mes affaires et m'apprêtai à partir quand je sentis son bras me tirer vers lui. Il me serra dans ses bras, et il m'embrassa sur la joue. Nous restions un moment ainsi aussi silencieux l'un que l'autre.
Et moi, je me disais que dans ces bras, je pourrais bien m'endormir pour des années entières…
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Ils ne me laissaient aucun répit ! Dans la cour de récréation ou même le soir après les cours, ils étaient là, ensemble, se moquant des regards envieux, intrigués et parfois même de dégoût surpris que leur lançaient les autres. Et moi je n'avais d'autre choix que de les voir.
Je croyais pourtant qu'Isa était trop timide pour cela ! Mais elle semblait s'ouvrir petit à petit. Des changements s'effectuaient en elle. Elle parlait plus souvent aux professeurs et même parfois elle échangeait des paroles avec d'autres élèves. C'était donc grâce à Karl que des timides sourires pouvaient se dresser sur son visage.
J'aurais pu être heureux pour elle, mais je m'en sentais que plus triste, plus furieux encore. Parce que ces sourires, ce n'étaient pas à moi qu'elle les réservait.
&&I&&&&&&
« Enfin voici ta petite copine, Karl ! » s'exclama l'un des garçons. « Tu en as mis du temps à nous la présenter officiellement ! D'habitude… »
« C'est parce que jusque là, » coupa Karl, « c'était une mauvaise idée de vous la présenter. »
« Comment ça ? »
Quelle galère ! Ils me regardaient tous, chacun me jaugeait de la tête au pied, j'avais l'impression d'être un animal de foire. J'étais gênée, embarrassée et, de surcroît, rouge ! Je n'allais pas tenir longtemps ainsi, et ça, Karl le savait très bien.
« Arrêtez un peu les gars, » intervint-il en se plaçant devant moi, « vous ne voyez pas que ça la gêne d'être dévisagée de la sorte ? On dirait une meute de loup affamé ainsi. »
« Excuses-nous, » fit un des joueurs en se penchant vers moi. « On ne veut pas t'effrayer ainsi. Mais c'est qu'ils sont un peu stupides des fois. Je m'appelle Kartz Hermann, enchanté de te connaître. »
« Moi c'est Marc Dubray, » se présenta un autre.
« Et moi c'est… »
Ils se présentèrent tous un par un. Je m'efforçai de retenir leur prénom à tous bien que cela me fût complètement impossible. Ils étaient bien trop nombreux ! Je parvenais à reconnaître certains d'entre eux, inversement, tous me reconnaissaient parfaitement. La-fille-des-vestiaires.
« Bon, et si nous jouions un peu au football ? » demanda Karl.
« Quoi ? » paniquai-je. « Non, mais, non, mais… Vous sortez à peine de l'entraînement ! »
« C'est pas un problème pour nous, » rigola Kartz. « On adore le football. »
« Et puis t'es en pantalon, ça ne posera pas de problème, » renchérit Marc. « Tu verras on va bien s'amuser ! »
« Et si tu ne viens pas, je t'embrasse devant tout le monde ! » conclut Karl, tout sourire.
Un silence se fit, je lui fis de gros yeux ronds. Je n'en revenais pas ! Mais, encore une fois, je ne pouvais faire autrement que de rentrer dans son jeu…
« Dans ce cas, je joue, » déclarai-je, rejoignant le reste de l'équipe.
« Hey ! » fit-il. « Ca signifie quoi ça ? »
Je lui tirai la langue et suivai la troupe de garçons, riant comme des fous. Finalement, ce n'était peut-être pas si terrible d'être sociable… J'appris à m'amuser avec un ballon de football, tous voulaient m'apprendre à y jouer et je ne savais plus où me mettre. Ils étaient tous attentionnés et sympathiques avec moi, me mettant à l'aise au sein de leur groupe.
Après une heure à courir à travers le terrain, nous partions nous installer dans un immense bar où nous discutions de tout. Nous rions surtout à travers blagues, anecdotes et pitreries.
Je me sentais si bien avec eux ! Quelle libération !
« Si seulement je pouvais être ainsi… »
« Mais tu es comme ça, » me souffla Karl à l'oreille. « C'est juste que tu te le caches. »
« Oh, hein ? Comment ? Tu lis dans mes pensées ? »
« Je suis devin, » sourit-il. « Tu ne le savais pas ? »
Après cette agréable après midi, nous nous séparions tous. Karl me raccompagna chez moi comme il en avait pris l'habitude et je partageai mes sentiments.
« Je suis content que tu ais autant apprécié cette sortie, » m'affirma Karl. « On recommencera alors ! Et puis, te voir sourire ainsi fût un véritable délice ! »
Il paraissait si sincère, si heureux pour moi que mon cœur fit un nouveau bond. Je savais alors que je ne faisais pas le mauvais choix en prenant mon courage à deux mains et en l'embrassant à mon tour, de mon propre chef. Il fut surpris et quand nos lèvres se détachèrent, il garda la bouche ouverte. J'en souris.
« J'ai décidé de faire des efforts, » le devançai-je. « Tu m'aides si bien que j'en suis rassurée. Avec toi, je sais que je peux y arriver et me faire des amis comme ton équipe. »
« Tu es trop mignonne ! » s'exclama-t-il en me prenant dans ses bras, me serrant si fort que je crus d'abord m'étouffer.
Mais dans ces bras-là, je pouvais bien mourir.
Et puis, le lendemain matin, j'ai enfin compris. Compris pourquoi je me sentais si mal devant ce miroir, pourquoi mon existence même me gênait. Ce que je détestais le plus chez moi, c'était ma propre lâcheté. Parce que j'étais jusque là incapable d'aller de l'avant, de passer outre mes peurs, parce que je me contentais de fuir, cherchant la voix la plus facile et pourtant la plus trompeuse, rien que pour cela, je ne me supportais pas.
Mais je voulais sincèrement changer, faire des efforts et ne pas le décevoir…
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« ARRGGGG ! Qui est-ce qui… SCHNEIDER ! »
« Oui mon Genzô d'amour ? »
Un boucan titanesque venait de me réveiller, et bien sûr, il était signé Karl. De forte mauvaise humeur, je bondis hors du lit et m'élançai à sa poursuite. Le mécréant était déjà loin devant. Karl représentait l'incompréhensible. On ne pouvait saisir sa personnalité complètement. Croyait-on l'avoir compris qu'il nous surprenait encore. Malgré son apparence sérieuse, distante et froide, il se révélait être l'extravagance même. Il pouvait être sérieux à un moment et à la seconde d'après faire le pitre et dire des choses insensées. Mais Karl disait rarement les choses au hasard, quoi quelles fussent, ses paroles portaient toujours une once de vérité.
« Oh, la, la tu es bien grognon pour une si belle matinée, » souffla-t-il faussement ennuyé.
« Ca t'étonne ?! » grognai-je. « Qui a idée de réveiller les gens en frappant l'une contre l'autre deux casseroles ? »
« Il t'en faut donc si peu ? » plaisanta-t-il, tout sourire. « Dans ce cas, je lui dirai de ne pas trop s'inquiéter ! »
Son regard était encore plus expressif qu'usuellement. Il m'adressait ce message en clair et bien que je me doutais bien de la chose, je lui demandai :
« De quoi tu parles ? »
« Tu veux plutôt dire : de QUI je parle, Genzô, rectifia-t-il, reprenant son sérieux avant de continuer sur un tout autre ton frôlant presque l'agressivité : Je parle d'Isa évidemment. Elle s'inquiète énormément pour toi ! Trop si je puis dire. Je crois savoir qu'elle t'a légèrement rembarré après cette histoire avec ce gars, mais elle le regrette ! Et puis tu aurais pu comprendre tout de même non ? Tu es son ami à ce que je sache, alors agis comme un homme et parle-lui ! Si ça continue, je lui dirai… »
« Me dire quoi au juste ? »
En se retournant, nous vîmes Isa qui semblait de forte mauvaise humeur. Elle regardait Karl avec insistance, fronçant les sourcils. Cette allure si sûre était tout à fait inhabituelle chez elle. Isa ! Elle se tenait droite et ne semblait presque pas gênée. J'en fus tellement surpris que j'oubliai de l'ignorer. Elle aussi d'ailleurs, elle me salua, agrippa Karl par le bras et le tira de force loin de moi. Celui-ci ne résista pas trop mais avant de vraiment la suite, il me fit une grimace, me faisant comprendre qu'il allait probablement subir des remontrances.
A trop penser à la scène que je venais de vivre, j'en oubliais que j'étais arrivé en classe et que je m'étais placé à ma place habituelle, à une table entre Julie et Aizen. Ceux-ci, par contre, ne manquèrent pas de me rappeler sur terre !
« Cela fait dix minutes qu'on t'appelle, » rouspéta Julie. « Quand la Folie des Isa te prend, tu es injoignable ! »
« Désolé, » m'excusai-je avant de me reprendre : « la quoi ? »
« La « Folie des Isa », » reprit-elle en rigolant. « C'est Aizen qui en a eu l'idée et je la trouve tout à fait correcte ! »
« Alors Genzô, dis-nous en plus sur l'avancée de votre relation ! » s'exclama celui-ci. « Nous n'avons pas été au courant depuis l'affaire « Jonathan ». »
Par dépit, sachant qu'il était vain de tenter d'éluder la question, je leur racontais les faits en oubliant certains détails. Quand j'en eus terminé, le cours avait commencé et j'échappai donc momentanément à leurs déductions fatales (mais trop souvent réalistes !). Ce ne fut pourtant que partie remise car s'ils laissaient de côté toute leur réflexion sur ce que je venais de leur raconter, ils ne manquèrent pas de me signaler autre chose de bien plus gênant et dont, à l'époque, je me refusais le droit d'avouer !
« Tu es trop mignon, » avait dit Julie.
« Quoi encore ? » fis-je inquiet de ce qui allait suivre.
« Tu n'as fait que la regarder durant tout le cours, » sourit-elle.
« Mais ne t'inquiète pas, » poursuivit Aizen, coupant toute tentative de contestation de ma part, « on te donnera nos notes ! »
« Suffit vous deux ! » grognai-je. « Je me barre ! »
Je me levai et m'en allai avant qu'ils ne poursuivent leur discussion. Ces deux-là ! Si je pouvais seulement les enterrer vivants dans un coin de terre ! Mais même si je m'acharnai à dire le contraire, ils avaient en partie raison. Isa occupait mon esprit et sûrement plus qu'il n'en fallait.
« Peut-être que si nous redevenions amis, tout s'arrangerait », songeai-je.
&&I&&&&&&
Nom de Dieu, nom de Dieu ! Ce gars-là était un véritable fardeau des fois ! Qu'est-ce qu'il lui avait pris d'aller lui dire une chose pareille ?
« Stupide ! Stupide ! Stupide ! »
A la suite de quoi, lorsque je pus le débarquer de la galère où il allait m'emmener sans mon accord, je lui ai passé un sacré savon, et encore ! A ce moment-là, cela me paraissait trop peu, mais bon, je ne pouvais rien y faire. D'ailleurs, j'avais d'autres choses à penser, notamment : comment réagir ? Je venais à peine de décider de faire des efforts que ce gredin me mettait déjà dans l'embarra ! A se demander s'il chercher mon salut ou mon trépas.
Mais Karl ne s'était pas excusé, tout au contraire, voici en clair ce qu'il m'a répondu :
« Tu vas me dire le contraire peut-être ? Que tu n'es pas inquiète, que tu ne ressentes rien du tout face à cette distance que vous vous imposez mutuellement ? Il serait grand temps que vous grandissez tous les deux et que vous prenez vos responsabilités un peu ! Alors ne m'en veux pas si moi, au moins, je fais ce qui est en mon pouvoir pour faire évoluer les choses ! »
A son air sérieux, je compris que quelque chose n'allait pas. Mais il ne me laissa pas le temps de m'en inquiéter, il fit volte face et partit de son côté. Quant à moi, je me répétai ses paroles comme un refrain trop longtemps oublié, rejeté. Il avait raison, je n'étais pas indifférente à Genzô. Son amitié avait pris place dans mon cœur et pour arrêter de souffrir, il me fallait aller de l'avant. Mais c'était bien plus dur à faire…
Et si ce n'était pas déjà assez, j'entassai devoir sur devoir, responsabilités et visites quotidiennes. Pourquoi fallait que j'aille voir le proviseur tant de fois ? Mises à part quelques paperasses et autres informations, je n'avais rien à lui dire et l'inverse était tout aussi vrai. Il savait déjà tout par les professeurs, pourquoi me forçait-il à répéter les mêmes choses ou presque ?
Je commençai à avoir la migraine à courir dans tous les sens. Pour couronner le tout, la Morue (la secrétaire) vint me voir pour me demander un service. Trop polie, j'acceptai de transporter un grand carton lourd de livres et personne pour me proposer de l'aide ! Je devais déposer une partie dans la classe voisine de la mienne et redescendre donner le reste à la bibliothèque. La montée fut rude et je n'étais pas fâchée de léguer une partie à la classe bien que le poids ne s'allégeait pas suffisamment à mon goût.
« Ce carton est trop grand, je ne vois rien… »
« Hey ! Attention devant toi les march… ! »
Je ne pus entendre la suite, c'était bien trop tard. Mon pied avait raté la marche et je me sentis tomber, lâchant le carton qui s'empressa de m'écraser à maintes reprises dans notre descente. Ma tête cognait les escaliers, mon dos fut si mal mené que la douleur que je ressentis lorsque ma chute s'arrêta m'a fait sombrer dans l'inconscience…
Lorsque je me réveillai, je me trouvais dans l'infirmerie. J'étais encore tout sonnée et j'avais du mal à me souvenir de comment j'en étais arrivée là. Mes membres étaient douloureux et je sentais une grosse bosse sur ma tête.
« Heureusement que tu ne t'es pas ouverte le crâne, » me fit l'infirmière gentiment. « Et tu as eu de la chance que ton ami soit là pour t'amener ici bien que ç'aurait pu être très dangereux si tes blessures avaient été plus graves. Mais tout va bien, tu n'as aucune fracture. »
« Merci, » répondis-je timidement. « Vous connaissez le nom de celui qui m'a aidé ? »
« Que je puisse le remercier »
« C'est moi, » fit une voix.
Je tournai la tête vers l'ouverture du rideau, était apparu… Genzô ! Il m'avait donc sauvé ! C'était bien lui que j'avais entendu… Quand l'infirmière sortit, il s'approcha de moi, s'assit sur la chaise mais ne me regardait pas. Au contraire, il évitait que nos regards se croisent… Pourquoi ? Il me détestait donc ? Je n'eus pas le temps de le lui demander que déjà un autre visiteur apparaisse. C'était Karl ! Il semblait essouffler, il avait donc couru ? Ses joues étaient rosies par l'effort et il semblait étonné de voir Genzô là. Mais l'étonnement passa vite à… la colère ?
Les deux garçons se toisèrent, chacun d'entre eux ne semblaient pas apprécier de se voir mutuellement dans cette même pièce. Cette tension m'embarrassait, était-ce à cause de moi ?
Puis, Genzô se leva, il me salua et passa à côté de Karl sans rien dire. Il sortit. Karl le regarda partir, sourcils froncés et s'approcha de moi, il s'assit là où le japonais se trouvait et me demanda si tout allait bien.
« Ca va, » le rassurai-je. « Je suis tombée des escaliers, mais je n'ai rien de casser. »
« Je vois, fit-il, songeur, il hésita puis, se décidant, il me demanda : « Et Genzô ? »
« Genzô ? » C'est lui qui m'a amené à l'infirmerie. « Il m'a juste aidé, tu sais… »
Karl a furtivement hoché affirmativement la tête puis l'a baissé en se taisant. De nouveau embarrassée, je me mordis la lèvre. Que se passait-il ? Pourquoi ce malaise s'installait-il à chaque fois que nous nous trouvions tous les trois ensemble ?
Au bout d'un moment, Karl releva la tête et me regarda.
« Je suis désolé, » dit-il sincèrement. « Je réagis bizarrement ces temps-ci, ne t'inquiète pas ! »
Je me suis mise à rire. La situation était comique ! Celui qui tentait tous les efforts pour me mettre à l'aise était le plus gêné de nous deux ! On avait inversé les rôles momentanément.
J'eus droit à quitter l'infirmerie qu'à midi et je rejoignis directement Karl à notre rendez-vous journalier. Comme usuel nous rigolions, discutions de tout, mais l'ordre du jour était réservé aux examens qui approchaient à grands pas. J'angoissais car ces examens étaient le tout premier pas pour mon concours ! J'aurais bien sûr des matières supplémentaires que mes camarades n'auront pas, et je ne savais vraiment pas où je trouverais le temps pour tout travailler.
« Et pour le Japonais, tu t'en sors ? » me demanda Karl, croquant dans un des sandwichs.
« Pas vraiment, » répondis-je, ennuyée. « J'ai acheté un livre avec une cassette audio, mais ce n'est pas très pratique… »
« Et si tu prenais un professeur ? »
« C'est beaucoup trop cher. »
« Tu pourrais demander à quelqu'un, je suis certain qu'il te le ferait gratuitement ! »
« Tu parles de Genzô ? C'est vrai que ce serait une bonne idée. » Je soupirai. « Mais il faudrait déjà que l'on se reparle tous les deux… »
Et pour cela, puisqu'il ne venait pas de lui-même, je devais bien le faire ! Prenant mon courage à deux mains, le soir même, je l'attendis à quelques pas du lycée ; je m'étais précipitée pour sortir en premier. Quand je le vis arriver, je pris une profonde inspiration et m'avançai vers lui. Il s'arrêta. Je mordis ma lèvre inférieure et me lançai :
« Merci beaucoup de m'avoir aidé ! »
Il me regarda. Je n'arrivai pas à voir ce qu'il pensait. Aucun sentiment ne reflétait sur son visage, puis, au bout de quelques secondes, il me grogna que je n'avais pas à le remercier et il partit, me laissant là, déconcertée. Je venais pourtant le remercier, défiant ma timidité, ma réserve et je me retrouvai littéralement rembarrée. Peut-être était-ce moi qui l'avait rejeté en tout premier mais… voulait-il que je m'excuse avant toute chose ?
Un peu déçue, je rentrai chez moi. Mais comme je n'étais pas tout à fait découragée, je revins le lendemain matin de très bonne heure l'attendre devant sa maison. Cette fois, j'espérai qu'il m'écouterait. Quand il sortit et qu'il me vit, il s'arrêta net, surpris. Puis, il ferma sa porte, et sans plus hésiter, il vint passer à côté de moi, m'ignorant superbement. Serrant les poings, étouffant ma frustration, je m'écriai presque en disant :
« Je suis désolée Genzô ! »
Il s'arrêta. Prenant cela comme un encouragement, je poursuivais en m'avançant vers lui, petit à petit :
« Je sais que je ne suis pas très bien placée pour le dire. Après tout, c'est moi qui, la première, a causé cette distance entre nous… Je sais que je devrais tout t'expliquer mais je ne peux le faire, pas encore… Mais crois-moi lorsque je te dis que je suis sincèrement désolée de t'avoir rejeté ! Tu es… Tu es… Tu es un ami pour moi, Genzô ! Et je n'ai pas envie que l'on se quitte, pas ainsi. »
&&G&&&&&&
J'étais touché par ce qu'elle venait de me dire. Qui ne l'aurait été à ma place ? Je me tournai vers elle. Elle releva la tête et plongea ses yeux dans les miens. Elle semblait si sincère et changée ! Jamais je ne l'avais vu s'exprimer ainsi. Si clairement, et à voix haute ! Pour sûr elle essayait vraiment de changer.
« Mais ce n'est pas pour moi… »
Elle s'approcha et me sourit face à mon silence. Elle me proposa de m'accompagner au lycée comme avant, mais, la pensée que je venais d'avoir eut le dessus. Me répétant « C'est pour lui et non pour moi qu'elle est comme ça », je ressentais de nouveau une vive colère monter en moi.
« Tu es certaine que tu ne te trompes pas de personne ? » avais-je dit d'un ton glacial.
Et sans plus attendre, je fis demi-tour et partis d'un pas rapide. Isa ne me suivit pas.
&&I&&&&&&
J'avais tenté de briser la glace, venant le voir à deux reprises et à chaque fois, il m'avait renvoyé paître sans vergogne, sans prendre des gants. Si cela ne signifiait pas quelque chose, c'était que je devenais bien sourde !
« J'en ai assez ! » m'énervai-je une fois seule dans la rue.
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« Tu lui as vraiment dit ça ? » s'exclama Aizen, frappant son poing sur ma table, amenant toute l'attention de la classe vers nous.
« Ce n'est pas étonnant qu'elle t'ignore froidement à présent, » soupira Julie. « Elle vient s'excuser et toi tu lui dis d'aller se faire… ! »
« Je ne lui ai pas dit ça, » me défendis-je.
« Cela signifie la même chose, » soupira Aizen. « Genzô, tu es vraiment nul en relation humaine… »
« Surtout lorsque tu es amoureux, » s'amusa Julie.
« Sûrement pas, » répliquai-je. « Je ne sais pas ce qui m'a pris, c'est tout. »
« Mais nous on sait ! » rigola Aizen. « L'amour rend fou ! »
« Suffit vous deux ! »
Non, je ne savais vraiment pas ce qui m'avait pris…
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« Je ne comprends pas ! » rouspétai-je, m'asseyant et me relevant immédiatement. « Je l'ai remercié, je me suis excusée et pourtant… ! »
« Il t'a vraiment rembarrée ? » demanda Karl, songeur.
« Oui, » répondis-je.
Je me sentais vraiment mal après cela, j'étais à la fois en colère et attristée. Mais je ne souhaitais pas non plus passer mon temps à courir après quelqu'un qui ne semblait pas s'en faire pour moi. Karl resta un moment silencieux, silence que je ne brisai pas la première car après être sorti de ses songes, il déclara simplement :
« Laissons-là ce navet. Il ne sait pas ce qu'il rate mais bon, on ne va pas se torturer pour lui ! Changeons de sujet, cela te dirait de venir nous rejoindre après l'entraînement ? Tu as fait fureur, ils voudraient te revoir. »
« Vraiment ? » souriai-je. « Pourquoi pas ! Mais… »
« Je sais, je sais, » me coupa-t-il. « Tu vas forcément croiser Genzô, mais ignore-le puisqu'il semble assez borner pour ne pas t'écouter ! Et puis, on sera tous là à t'obnubiler, tu n'auras même pas le temps de l'apercevoir. »
Après avoir accepté, je revins en classe, mais alors que je rentrai à l'intérieur, on m'interpella. Un garçon que je n'avais jamais vu me demandait. Il était plutôt grand et métissé. On voyait nettement qu'il avait des origines asiatiques. Il tenait dans ses mains un dossier qu'il me tendit en m'expliquant qu'il était lui aussi inscrit au concours et qu'on lui avait demandé de me transmettre ce dossier d'inscriptions pour les examens supplémentaires des partiels qui approchaient. Je le pris en main et le remerciai.
« Comme c'est un dossier commun, tu devras me le rendre après avoir tout rempli, » m'indiquait-il. « Tu n'auras qu'à te rendre en classe 12, si je ne suis pas là, tu le donneras à quelqu'un en disant que c'est pour Shuzô Hamazaki. On me le transmettra. Bon, à plus ! »
Et il partit sans me laisser le temps de le remercier. En rentrant en cours, je feuilletai toute la paperasse que j'allais devoir remplir. Pourquoi demandaient-ils toujours les mêmes choses ? Ce ne serait pas plus compliqué de les remplir qu'une fois ? Je remarquai qu'il me fallait la signature de ma mère, cela me faisait rappeler que je ne lui avais pas encore dit. Je ne savais pas comment m'y prendre ne connaissant pas sa réaction. Une chose était pourtant sûre, elle ne m'en empêcherait pas car Maman est pour le libre arbitre. C'était à moi de décider de mon avenir, mais personnellement, je ne voulais pas choisir sans son accord.
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Durant toute la journée, Isa ne faisait plus attention à moi. Lorsque nos regards se croisaient, il y avait de la résignation dans le sien, et elle détournait la tête, insensible. Je l'avais bien cherché après tout. Et je le regrettai bien. Je me souviens de l'entraînement que nous avions eu ce soir-là. Ou du moins, alors que tous étaient déjà sortis s'échauffer, comme j'avais du retard, je me retrouvais seul dans les vestiaires ou presque. Karl arriva me chercher.
« Tiens ? Monsieur le grognon point son groin dans les parages ! »
Je n'avais pas envie de me confronter avec lui, mais puisqu'il sortait avec Isa, c'était probablement inévitable. Pour me bloquer la route, il s'avança devant la porte. Cette fois, il ne souriait pas.
« Tu ne vas nulle part, Genzô, » me dit-il.
« Je n'ai pas envie de te parler, » grognai-je.
« A vrai dire, moi non plus, » répliqua-t-il. « Mais voilà, parfois il faut que je me mêle de certaines choses, même si cela ne fait pas plaisir. Parce que… Parce que comme je te l'ai dit, ce qui est en rapport à Isa me regarde à présent… »
« Je ne vois pas ce que tu… »
D'un geste brusque et rapide, il me saisit par le col et me plaqua contre le mur, il serra d'un bras mon cou en hauteur et brandit son poing, me menaçant. Dans cette position, je ne pouvais plus bouger. Il ne rigolait vraiment pas…
« Oh que si tu vois exactement où je veux en venir, » fit-il fortement avec toute la hargne dont il semblait être capable. « Ne crois pas que je vais te laisser faire souffrir Isa comme ça parce que tu es un parfait crétin ! C'est quoi ton problème encore ? Elle s'est excusée d'une chose dont elle n'était pas fautive, elle t'a remercié, elle a essayé de faire de nombreux efforts pour te parler, pour faire changer les choses et tout ce que tu trouves à faire c'est la rembarrer toi ! Son seul ami ! Tu la remets à une place qui n'est pas la sienne alors que tu le sais parfaitement si ce n'est mieux que quiconque ici ! »
« Hey Karl qu'est-ce que tu fiches ! Lâche-le ! »
Kartz était apparu exactement au bon moment. Karl me lâcha aussitôt mais son regard signifiait le reste de sa pensée. Il sortit directement, claquant la porte derrière lui, laissant Kartz perplexe. Quant à moi, j'étais légèrement secoué. De parce qu'il n'y était pas allé de main morte avec mon cou et de deux parce que ses paroles étaient parfaitement correctes. Je ne répondis pas aux questions de mon équiper et je sortis sur le terrain. Ce ne fut pas une partie de plaisir cet entraînement-là.
Et moi, dans tout cela, je me sentais parfaitement idiot.
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Les joueurs de l'équipe de Karl étaient très sympathiques ! C'était étrange de me trouver entourée de personnes qui m'appréciaient. En peu de temps je m'étais fait bien plus d'amis que durant mes quatorze précédentes années ! Tout se passa terriblement bien, quand je suis rentrée, je me trouvais en parfaite forme et complètement remise, ou presque. Cette fois, je dus rentrer seule. Heureusement, il faisait encore suffisamment jour pour que je ne craigne rien. Je parcourais alors le parc quand j'entendis qu'on m'appelait. En me retournant, je vis Genzô courir vers moi. Qu'avait-il à me dire ?
Toujours sous les coups de la matinée et du jour précédent, je continuai ma route. Et puis quoi ! Il allait encore me rembarrer ! J'étais pourtant de bonne humeur !
« Attends ! S'il te plait, écoute-moi ! »
« T'écouter ? » m'arrêtai-je. « T'écouter ? Et toi, tu m'as écouté peut-être ? Non, je n'ai pas envie de me faire renvoyer paître, Wakabayashi ! »
« Je suis… Je suis… Je suis désolé ! »
Alors, il prit une étrange position, ses jambes resserrées l'une contre l'autre, ses bras le long du corps, il se pencha en avant, dans un angle équivalent presque à 90°. Cette marque typique me toucha. Pour quelqu'un comme Genzô, ce n'était pas évident de s'excuser j'imagine. J'appris rapidement que sa fierté était, pour lui, très difficile à ravaler. Et la voir ainsi exposée devant moi fut irrésistible, tellement que j'en riais ! Je pleurai de rire, je n'arrêtai pas, je ne pouvais pas m'arrêter. C'était si bon ! Se relevant lorsqu'il m'entendit pouffer sans gêne, il sourit. La chose était dite, nous venions de nous réconcilier. Ce fut d'autant plus étonnant que la chose avait été terriblement aisée alors que les préliminaires eux furent difficiles et trop souvent douloureux. Pour la peine, il me raccompagna chez moi et nous parlions ensemble comme jamais nous ne l'avons fait. J'étais heureuse de cela et il semblait lui aussi content. Tout allait alors pour le meilleur des mondes.
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Ainsi s'excuser n'était pas si difficile. Au contraire, malgré toutes mes craintes, cela s'était passé du mieux possible. Isa avait été très compréhensive, il faut dire qu'elle semblait bien plus patiente et généreuse que l'on ne pourrait d'abord penser quoi que sa gentillesse fût déjà bien lisible dans ses yeux. A ce moment-là, cette soirée où je l'ai raccompagné, notre chemin était jonché de rire et de découverte, et moi j'étais heureux comme jamais je ne l'avais été ! Quel moment paisible !
Mais cela ne m'empêchait tout de même pas de m'interroger sur certaines choses. Oui, il était temps pour moi de me remettre réellement en question. Car j'avais beau m'être réconcilié avec Karl et Isa, les voir ensemble m'irritait toujours autant. Il y avait forcément une raison à cela, et je n'allais pas tarder à la découvrir…
-Fin du chapitre 7-
