Il commence à faire chaud, les jours se rallongent.
L'été point.

Nous nous retrouvons tous ensemble pour le repas. C'est devenu une sorte de tradition quotidienne de manger ensemble, d'entendre ce qu'Obenga a fait la journée au village.
Il est devenu charpentier, et malgré le premier recul dû à sa couleur de peau, la qualité de son travail a parlé pour lui.
Il croule littéralement sur les travaux maintenant! C'est le seul charpentier du district, et nous n'avons plus aucun soucis d'argent désormais.
Je l'accompagne un jour sur deux, et le reste du temps il emmène certains enfants pour leur changer les idées. C'est vraiment devenu leur père de substitution.

Il y a également trois nouveaux habitants dans notre campement. Un couple de fermiers qui sont arrivés récemment, cherchant à reproduire ce qu'ils avaient dans leur vie antérieure, ainsi que une tailleuse qui s'est faite expulsée de chez elle par des brigands.
Nous les avons accueillis à bras ouverts, sachant qu'en plus ils pourraient contribuer de manière efficace à notre habitat.
Nous avons bâti une case en plus, ce qui porte le total de case à 4.

Obenga prend la parole :

"Demain il nous reste notre contrat avec le tavernier à finir. Il faut aussi réparer les fuites sur le toit des chambres 3 et 5, puis je discuterai avec le jardinier de l'ouest, qui veut un abri pour ses outils"

"Prends les enfants avec toi Obenga, moi je vais méditer toute la journée, demain. Il faut que je communique avec la vieille dame."

Je leur ai dit que j'entendais une vieille dame à l'intérieur de moi.
Ils me prennent sûrement pour un fou, mais je n'en ai cure… Il est difficile d'expliquer ce concept aux personnes alentour, même si je soupçonne Gurudashi et Antarésia de vivre la même chose que moi.
Parfois, la nuit, ils parlent, l'un d'un géant énorme avec un marteau à deux mains, et l'autre d'un serpent venimeux... J'ai l'impression de lire en leurs yeux de la compréhension quand je parle de "personne intérieure".

Avec la vieille dame, nous avons mis du temps à bien nous connaître.
J'ai d'abord dû refréner mon impatience et ma frustration. Je posais beaucoup de questions, et j'obtenais à chaque fois une question en retour...
Mais ensuite, c'est devenu un jeu entre nous. J'ai même entendu son nom.
Elle se nomme Hakaishikame.
Elle m'a dit que si un jour j'avais besoin d'elle pour protéger les enfants, je devrais l'appeler.
Je n'ai pas encore bien compris comment l'appeler, ni ce que cela provoquerait, mais elle m'a dit que je comprendrai, et que pour l'instant l'important était que l'on parle régulièrement.

Elle m'a aussi annoncé que Gurudashi, Antarésia et Ilana parlaient également avec leur personne intérieure.
Quand je lui ai demandé si tout le monde en avait une, elle m'a répondu que oui, mais que tous n'avaient pas les qualités requises pour communiquer avec elle.
Il faut une certaine affinité entre la personne intérieure et la personne extérieure pour qu'ils se sentent mutuellement.

Si je n'avais pas été en danger de mort, j'aurai mis très longtemps avant de la connaître ou d'être capable de lui parler...

[..]

Fait étrange : au réveil d'Ilana, un katana était présent à côté d'elle.. Je ne sais pas pourquoi, mais elle ne voulait ni le poser, ni le jeter. Elle voulait l'avoir toujours à ses côté.

Je ne comprends pas comment ce katana est apparu à côté d'elle, mais elle a l'air d'y tenir.
Pour l'instant je lui interdis de le dégainer, car elle risque de se blesser avec …
Reste à voir si elle va m'écouter, ou pas.

[..]

Gurudashi et Antarésia ont aussi obtenu un katana pendant leur sommeil. Je comprends pas trop, mais il va falloir trouver quelqu'un qui leur apprenne à l'utiliser, sous peine de se blesser inutilement.
Je n'ai jamais été fort avec les armes, j'ai toujours vu ça comme des engins de mort et de destruction...

Néanmoins, les enfant ont du caractère, ils ont réussi à me convaincre de trouver quelqu'un pour leur apprendre l'art du kendo.
C'est donc avec cet objectif que je pars en ville.
J'espère que le tavernier saura me conseiller, sinon j'irai faire un tour à l'arène.
Je rentre dans la taverne et l'apostrophe :

"Salutations Harumo!"

"Oh, voyez qui se ramène ! Le champion !"

"Arrête, tu sais que j'aime pas qu'on m'appelle ainsi. Je viens te voir car... "

Des pas résonnent fort sur le sol, et quelqu'un me saute dans les bras, me coupant le souffle et ma phrase...

"ARAMATUUUU! Ça fait longtemps que tu n'es pas venu nous voir. Viens assieds-toi ! PAPA prépare lui à manger !"

Je me laisse emporter par la tornade qu'est devenue Nakami.
Depuis son viol et l'assassinat de Hatama, elle avait perdu sa joie de vivre. Elle devenait presque un fantôme.
Heureusement, le temps passé l'a aidée, et elle a l'air tout à fait normale à présent.
Je m'assois, et commence à siroter le jus de goyave que l'on m'a servi.

"Tu es venue pour me demander en mariage, c'est ça ?" continue-t-elle.

Je crache immédiatement le jus que j'ai dans ma bouche, de surprise...

"Car tu sais que c'est d'accord hein !"

Encore un endroit où je n'aurais jamais dû me fourrer... Elle voit encore en moi un sauveur.

"Ecoute Nakami, tu es une fille très jolie, et intelligente … Mais … Comment te dire ça... "

Son père vient à ma rescousse : « Laisse le Nakami, il a encore 14 ans. Il faut toute une vie à un homme pour trouver la femme avec qui il veut se marier. »

"Mais moi je veux me marier avec lui ! Il m'a sauvé, là où personne n'a bougé !"

Harumo devient blanc... Il n'a pas oublié cette honte, qui le poursuivra sûrement le reste de sa vie. Pourtant ce n'est pas un homme mauvais, juste un homme non habitué à la violence.

"Ce n'est pas ainsi que ça fonctionne Nakami" je lui réponds. "C'est pas parce que je t'ai sauvée que tu dois m'aimer. J'ai sauvé ma vie dans l'arène. Rien d'autre. »

Des larmes apparaissent dans ses yeux...

"Nakami, écoute moi, regarde moi. Tu es ravissante, quand tu es heureuse, tu mets de la joie dans le cœur de ton entourage, tu nous illumines tous. Il faut que tu restes ainsi, que tu renaisses de tes cendres tel un phœnix... et ensuite, tu trouveras l'amour, le vrai."

Elle me jette la cruche de jus sur la tête, et part en pleurant.

"Ne t'en fais pas Aramatu. Elle est jeune, ça va lui passer. J'irai lui parler."

"Merci Harumo. Je venais te voir pour une affaire importante, je cherche quelqu'un pouvant enseigner l'art du kendo aux enfants. Ils ont chacun eu un sabre qui est apparu au réveil, et ils ne veulent pas s'en séparer... Il faudrait qu'ils apprennent à s'en servir avant de se faire mal..."

"Un sabre apparu au réveil ? C'est étrange... la dernière personne à qui c'est arrivé, les Shinigamis l'ont embarquée... Si j'étais toi je ne le répéterais pas. Mais pour revenir à ton souci, un homme est venu, habillé d'un kimono rouge, il semblait savoir utiliser le katana qu'il portait à la hanche. Tu devrais lui en parler, peut-être sera-t-il intéressé. Il est parti dans l'arène pour gagner de l'argent... »

C'est donc ainsi que je suis retourné sur le lieu de mon crime.