Deux balles blanches dans le centre de la cible. Greg Lestrade tira cependant encore une fois, et encore jusqu'à percevoir un énorme trou et détenir une arme sans balles.
Il grogna de mécontentement attendant que l'on lui change sa cible maintenant détruite par les cinquantaines de balles inoffensifs.
Cela fait maintenant deux heures qu'il s'entraîne à viser le milieu. Il avait toujours réussi bien que souvent déconcentrer par ses pensées il n'aboutissait pas à un résultat satisfaisant.
Ses autres collègues, qui s'entraînaient seulement une demi-heure ou une heure, le dévisagèrent, inquiets et surpris, voire craintif. Depuis un certain temps, le lieutenant de Scotland Yard, était d'une humeur innabituelle. Deplus, son mode de vie avait changé : Il arrivait le matin très tôt, oubliait de saluer ses coéquipiers, prenait trop de café, ne mangeait pas à l'heure du déjeuner. Parfois, on le surprenait en train de fumer, seulement quand il était en colère.
Une nouvelle cible, de nouvelles balles. Il leva son arme, prêt à tirer.
"- Vous allez continuer longtemps ? Dit une voix familière et désagréable à Lestrade.
Il baissa ses bras et se retourna, l'air irrité.
"- Quoi ? Qu'est ce que vous faites ici ? Lacha-t-il au sergent Donovan.
- On vous voit plus beaucoup ces temps ci...Vous devriez arrêter d'ignorer tout le monde."
Le Lieutenant ricana.
"- Je n'en ai pas envi.
- Pourquoi ? A cause du suicide de ce taré ?
- Ce n'est pas un taré ! S'écria-t-il en amenant un silence mort dans la salle.
"- Il n'est pas un taré...répéta-t-il doucement tandis que l'on lui jetait des coups d'oeils.
- C'est votre avis. Mais on a réouvert le dossier. Il y aura surement un nouveau procès sur lui, l'informa-t-elle en s'avançant.
- Quoi ? Et vous êtes contente ?
- C'est un psychopathe, un fou. Tous ce qu'il a fait, c'est de l'arnaque. Vous vous souvenez de la petite qui a crié en le voyant ?
- C'était une erreur...
- C'est ce qu'a dit le grand frère de Sherlock Holmes. Un illustre homme d'Etat dont personne ne connaissait l'existence. Vous ne trouvez pas cela étrange ?"
Lestrade commença à ranger ses affaires. Il n'était pas dans un endroit tranquille.
"- Sally, je vous le répète c'est vous qui vous trompez à son sujet. Il n'est pas un psychopathe, loin de là."
Il s'apprêta à quitter la salle. La policière le suivit.
"- Vous avez vu comment il est ? Il s'excite pour un cadavre, pour un crime...et en plus, il nous laisse toujours tomber."
Greg se tourna brusquement vers elle la coupant dans son élan et sa phrase.
"- IL nous laisse tomber ? LUI ? S'exclama-t-il dans le couloir silencieux, vous en êtes sur ? Vous vous souvenez les premières fois où il nous a aidé. Il était jeune, inscouciant, arrogant, oui, mais un jeune qui vivait sa vie. Il a ensuite pris une énorme assurance, il est allé loin dans ses affaires. Il est devenu un homme. Certes désagréable, mais c'était quelqu'un de bien. A chaque fois, que on avait besoin de lui, il venait à notre secours. Et vous le savez. Et ce qu'il a fait était du vrai ! Du réel ! ça venait du coeur ! Oui, je peux le dire. Et là...c'est nous qui l'avons laisser tomber. Tout simplement parce que on a douté de lui. Alors que lui...il ne s'est jamais douté de nous."
La gorge serrée, il continua son chemin d'un pas vif laissant le sergent.
Pensant que enfin, on allait le laisser tranquille. Il s'installa dans son bureau et réfléchit à ces derniers jours. Il n'y avait pas eu de crimes, quelques petits vols, des infractions légeres, des bagarres nocturnes...Il souvenait alors d'une envellope que Sherlock avait laissé sur son bureau, la dernière fois qu'il avait apparu à Scotland Yard. Bien avant son arrestation. Une feuille où des consignes strictes avaient été notés pour capturer l'organisation criminelle de Moriarty. Greg avait réussi mais même aujourd'hui, le doute de "Sherlock Holmes est-il un escroc ?" rode encore dans les villes de Londres.
On frappa à sa porte. Il donna signe d'entrer. Le Inspecteur en Chef de Scotland entra accompagner de Donovan et Anderson.
"- Lestrade, j'ai à vous parler avec vos collègues, dit le supérieur en s'asseyant à son aise.
Le lieutenant n'appréciait pas cet homme et aurait voulu lui donner un bon coup de poing comme l'avait fait John bien avant. Il le méritait d'ailleurs.
"- Que voulez-vous ?
- Vous allez vous occuper du dossier Sherlock Holmes, on reouvre l'enquête, ordre du juge...donc étant donné que vous avez connu cet homme, je...
- Je refuse. Coupa net Lestrade.
- Quoi ?"
Les deux autres policiers se regardèrent surpris.
"- Vous m'avez bien entendu. Je refuse cette enquête. elle est absurde.
- Vous vous rendez compte de se vous dites ? S'exclama le Supérieur le nez plissé.
- Oui, je sais. Mais je pense que le soi disant juge a été harcelé par certaines personnes...Dit Greg en jetant un regard à Donovant et Anderson qui baissèrent la tête.
Il se leva et enfila son manteau.
"- Que faites vous ? Je vous ordonne de...Gronda l'inspecteur en chef.
- Je me fiche de se vous dites. Vous n'êtes que de simples idiots. Et sur ce point, je dois dire que...Sherlock avait bien raison."
Il sortit de son bureau avant de balancer assez froidement :
"- Ne comptez plus sur moi...Je démissionne." Sur ceux, il les quitta bien que trente secondes après le sergent et le légiste l'avait rattrapé.
"- Mais qu'est ce qui vous prends ?" S'écria Sally.
Ces deux anciens compagnons l'entourèrent pour l'empêcher d'aller plus loin.
"- Vous êtes malade ?
- Non, je fais preuve...d'humanité, s'égosilla Lestrade.
- Sherlock vous a embobiné, ça fait partie sûrement de son plan, ajouta Anderson comme pour commencer une explication.
- Moriarty qui vous a embobiné ! Sherlock n'a rien fait de mal. Il voulait seulement que l'on admire son travail, et vous, vous vous retournez contre lui simplement parce qu'il est plus brillant que nous tous."
Sally ouvrit la bouche pour protester mais aucun mot ne franchit ses lèvres. Anderson fixa le sol. le lieutenant ricana.
"- Vous ne vallez pas mieux que lui. Ou plutot, vous ne le vallez pas. Avez vous demander à Sherlock, une seule fois si il allait bien ? Non. Et bien, même quand il avait été proche de la mort, vous avez continué à le traiter comme un...monstre."
Cette fois-ci, il avait dit son dernier mot. Refusant d'y rester une fois de plus, il poussa Anderson afin de passer et de sortir à l'air libre. Il n'aimait plus son travail. Il l'avait aimé quand il exécutait l'ordre de Sherlock, quand il aidait Sherlock. Là, il ne voyait plus l'intérêt de poursuivre un boulot où vos coéquipiers sont des imbéciles et qui méprisent un homme proche de la mort et à perdre la raison.
Faché, il fourra ses mains dans ses poches de son pantalon. Un métal froid au contact de sa main droite le fit sursauter. Il reconnut la forme d'une arme dans le fond de sa poche. Son arme d'entraînement à balles blanches.
Il sourit. Ce sera un souvenir. Peut-être qu'il n'entraînerait à tirer des balles sur son mur. Se rappelant alors qu'il avait toujours un ami sur qui comptait, il saisit son cellulaire et envoya un texto à son dernier ami, John Watson.
_Viens de démissionner_Peut on se voir ? GL.
Il hésita longuement à retourner chez lui en voiture. De toutes les façons, il n'y avait personne chez lui pour l'attendre. Il avait écouté les "conseils" de Sherlock et avait déjà entamé un divorce. Finalement, il embarqua dans sa voiture et se décida à finir sa journée dans son appartement, le lieu le plus tranquille qui soit.
Son salon toujours aussi bien rangé, maintenant vide et sans vie, lui paraissait étouffant. Il n'aimait guère la solitude. Mais, quand il y pense, il apprécie ce rare moment de tranquillité.
Greg alluma la télévision et s'affala sur son canapé en cuir gris clair. Il n'y avait rien. Tout était ennuyeux, terne et sans intérêt. Il soupira et s'évada dans ses souvenirs. Sherlock Holmes occupait ses pensées. Il savait d'après John, que le détective avait perdu la mémoire. Il connaissait Sherlock depuis maintenant six ans et il avait l'impression que c'était hier qu'il l'avait rencontré.
Il se souvint de ce premier jour où le jeune homme aux cheveux sombres et bouclés avait fait son apparition. Lestrade n'était avant qu'un sergent simple qui n'obéissait qu'aux ordres et ce jour-là, il avait arrêté cet étrange homme pour "possession de morceaux d'humains" dans son sac. Il avait trouvé cela presque amusant surtout quand le jeune Sherlock rétorquait d'un air arrogant au lieutenant de cette époque.
Du coup, à cause de cette insolence, il avait été mis en garde à vue et Lestrade avait été chargé de le surveiller bien qu'il s'était proposé.
"- Vous aimez votre boulot, avait lancé Sherlock.
- Oui.
- Je vous déconseille le café de votre lieutenant.
- Pourquoi me dites vous ça ? Avait demandé Greg surpris.
- Il est périmé.
- Comment...
- Vous êtes disputé avec votre femme ?
- Je..;Oui. Mais comment le savez vous ?"
Sherlock avait incliné sa tête comme pour lui dire : " c'est mon secret" mais avait finalement répondu.
"- Vous avez dormi sur votre canapé...et vous avez des cernes. Vous venez même de manger du chocolat...
- Je ne vois pas le rapport.
- Moi non plus, pourquoi il y en a un ?
- Non, mais vous allez arrêter. Vous êtes en garde à vue !
- Ce qui ne vous empêche pas de me laisser sortir. vous êtes policier, non ? Je peux même vous dire qui est l'homme qui a tué la femme de Victoria Street."
A ces mots, Lestrade l'avait regardé craintif. Sherlock soupira.
"- Dois je dire que je ne suis pas le meurtrier ou que je ne suis pas un complice du meurtrier ?
- Pourquoi on vous prend pour un assassin ?
- Non, mais c'est ce que tout le monde penserait.
- Comment le savez vous ?
- Il m'a suffit de regarder le corps de la femme, je suis étudiant à St Bart, ça m'était facile."
Ensuite, Lestrade, après avoir compris que les talents de Sherlock, pouvait être utile à la police, il avait essayé de placer le détective sous "son aile". Et un an après, le sergent qu'il était, devint le lieutenant. Grâce à Sherlock, il avait pris de l'expérience en plus de l'assurance; Mais plus il essayait de se rapprocher de lui, plus il semblait qu'il s'éloignait. Il avait ensuite abandonné l'idée de devenir un ami proche, cette relation lui suffisait.
Je sais; Sherlock n'est pas encore en scène, ni John, mais ça viendra.
