Pov Salieri

_ Monsieur ?m'interpella timidement une voix féminine. Monsieur ? Un homme est à la porte, il vous réclame.

_ Quelle heure est-il ?marmonnais-je en sentant l'irritation me gagner.

_ Plus de 2 heures du matin monsieur.

Ça devenait une manie de me réveiller à des heures impossibles ! C'était la première nuit que je pouvais passer sans culpabiliser de ne rien faire pour empêcher Lorenzo de faire du mal à mon ami d'enfance, et me voilà réveillé à 2 heures du matin ! Tant pis, je rattraperai ça en prenant ma matinée demain.

_ Faîtes-le entrer, je descends, grommelais-je résigné.

Ma domestique sortit de la chambre que j'occupais pour me laisser m'habiller et exécuter mes ordres, elle aussi fatiguée. Soupirant de lassitude, je jetai un coup d'œil par la fenêtre. Le vent violent et froid de l'hiver malmenait les arbres et sifflait de façon menaçante. Il fallait être fou pour sortir par un temps pareil ! D'ailleurs, qui était ce visiteur ? Lorenzo était parti à Rome, Joseph l'attendait sur place, alors ça ne pouvait être que… Wolfgang !

Cette réalisation faite, je m'habillai en toute hâte pour descendre le rejoindre. Ce que je vis me brisa le cœur. Ramassé sur lui-même, mon petit génie était dans un angle de mur, tremblant avec force en rejetant les tentatives de ma domestique qui s'inquiétait visiblement pour lui. Je descendis prestement les marches qui me séparaient encore de lui et m'accroupissais devant son corps grelottant.

_ Wolfgang, l'appelais-je avec douceur. Wolfgang, tu es en sécurité ici, je suis là.

Mon ami d'enfance planta son regard dans le mien et se jeta sans attendre dans mes bras, sanglotant violemment en s'agrippant à ma chemise. Il ne me fallut pas longtemps pour me souvenir que Wolfgang avait une peur panique de la solitude. Tout lui semblait effrayant quand il était seul. L'obscurité, le moindre craquement du bois, les bruits des animaux à l'extérieur, tout lui paraissait menaçant quand il n'y avait pas de présence réconfortante dans la maison. Instinctivement, j'appuyais ma joue contre le haut de son crâne et caressai régulièrement le dos de mon petit génie pour le calmer un peu.

_ Je vais m'en occuper, assurais-je doucement à ma domestique. Repartez vous coucher et reposez-vous. Inutile de venir nous réveiller demain matin, nous nous lèverons à notre rythme. Ne vous souciez pas de la maison non plus, vous avez bien mérité une matinée de repos.

_ Vous êtes trop bon monsieur, me remercia-t-elle éberluée.

_ Repartez vous coucher, vous êtes épuisée, souris-je.

Elle s'exécuta après avoir verrouillé la porte et je pus prendre Wolfgang dans mes bras pour le monter dans ma chambre et le coucher dans mon lit. J'allais me diriger une nouvelle fois vers le canapé pour y passer la nuit mais Wolfgang m'attrapa vivement le poignet, me faisant sursauter puisque je le croyais endormi.

_ Je t'en prie, ne me laisse pas, me supplia-t-il larmoyant.

_ Je serais sur le canapé, juste là, lui promis-je.

_ C'est trop loin, s'affola-t-il en se remettant à pleurer.

Ne supportant pas de le voir dans cet état, je capitulais. Je retirai ses chaussures puis les miennes avant de grimper dans le lit et de me faufiler sous les couvertures. Tendu et timide, Wolfgang me tournait obstinément le dos, mais je savais qu'il pleurait toujours en silence. Avec des gestes lents, je m'approchai de lui et l'obligeai à se retourner pour qu'il se retrouve collé à moi et qu'il pose son oreille sur mon cœur. L'apaisement ne tarda pas à se faire mais, non content de ce qu'il avait déjà, Wolfgang commença à déboutonner ma chemise. Ce geste sans arrière-pensée affola mon cœur et fit naître des papillons au creux de mon ventre, sans que je comprenne vraiment le motif d'une pareille réaction.

Une fois mon torse dégagé, Wolfgang en fit de même pour lui et reposa son oreille sur ma peau nue avant de passer ses bras autour moi avec un soupir d'aise. Naturellement, je passai ma main dans sa crinière désordonnée en frottant machinalement son dos désormais nu, lui arrachant un ronronnement appréciateur. Un sourire béat aux lèvres, mon petit génie ne tarda pas à s'endormir, totalement apaisé, pendant que je l'observai grâce à la lumière du feu encore crépitant dans l'âtre de la cheminée. Je ne comprendrais jamais comment Lorenzo pouvait faire du mal à un être si doux, à ce petit ange…

L'avoir prêt de moi me rassurait. Finalement, peut-être que je n'aurais pas de problèmes avec les mauvaises langues pendant le mois à venir, puisque je pouvais passer tout mon temps avec lui sans que personne ne s'en doute. Le mois à venir s'annonçait encore mieux que je l'avais imaginé.

[][][][][][][][][][][][][][][][][]

_ Do… do mineur…, marmonna une voix qui eut vite fait de me réveiller.

Je retins un sursaut tant j'étais surpris et ouvris les yeux. Wolfgang dormait paisiblement, toujours affalé sur mon torse. J'avais oublié ce que c'était de dormir avec le petit génie –la dernière fois j'étais assez loin du lit pour ne pas l'entendre. L'observer dormir c'était avoir accès à ses pensées les plus profondes, sans aucun filtre. Généralement c'était assez banal, des compositions auxquelles il pensait, ce qu'il voulait manger au prochain repas, ou des pensées farfelues tirées de son imagination sans limite. Ça confirmait ma théorie : mon ami était en sécurité dans le monde de Morphée, Lorenzo n'avait pas le pouvoir de venir lui faire du mal.

_ Mmm… Antonio ?

Je cru qu'il était réveillé mais visiblement il rêvait toujours, ce qui m'amusa grandement.

_ Antonio… t'as pas vu mon piano ?

Retenant un pouffement, je jouai doucement avec ses mèches de cheveux dorés.

_ Tu l'as laissé dans ta poche, lui répondis-je dans un murmure.

Toujours endormi, Wolfgang tâta son pantalon pour vérifier mes dires. Ça devenait dur de rester stoïque face à cela.

_ Ben non… il n'y est pas…

La contrariété de Wolfgang finit par le tirer de son sommeil. Il me regarda avec étonnement et s'étira tel un chat.

_ Mmm, gémit-il à l'aise. J'ai bien dormi. Tu as bien dormi Antonio ?

_ J'étais bien calé, admis-je en passant ma main dans mes cheveux pour les peigner un peu.

Un sourire rayonnant étira les lèvres de mon soleil personnel. Ça me faisait plaisir de le voir si détendu. Je me levai en prenant mon temps, jetant un coup d'œil à ma montre pour remarquer qu'il était déjà 11h40, et récupérais ma chemise que Wolfgang avait négligemment jetée au sol ce matin. Ne comptant pas me rendre au palais aujourd'hui –pour quoi faire ? Wolfgang était chez moi, il était inutile de faire le déplacement-, je ne pris pas la peine de mettre mon col ni mon veston et laissai Wolfgang somnoler encore un peu pendant que je descendais.

Je me rendis dans les cuisines, ne m'attendant pas vraiment à y croiser quelqu'un, mais mes domestiques avaient visiblement voulu me remercier de leur avoir offert leur matinée en mitonnant un fastueux repas. Un sourire ravi habilla mes lèvres, ce qui étonna tout mon personnel de maison. Je pris la peine de remercier chacun de mes domestiques –ce n'étaient pas comme s'ils étaient exagérément nombreux, mais d'habitude je ne le faisais pas- puis les informais que Wolfgang resterait ici pour le mois à venir. Même si nous n'en avions pas encore parlé, je n'envisageai pas les choses autrement. Wolfgang ne pouvait pas rester seul, et il ne connaissait plus personne à cause de son parasite.

_ Votre ami va mieux ?s'enquit ma domestique.

Il me fallut un moment pour réaliser que c'était elle qui avait ouvert la porte à Wolfgang pendant qu'il était en pleine crise de panique. Son inquiétude me toucha, même si sa bienveillance ne faisait aucun doute quand on croisait son regard.

_ Il va mieux, il était déstabilisé, ce n'est rien de bien grave. C'est pour ça qu'il va rester ici un temps, on évitera les crises comme hier, songeais-je assez crispé par ce souvenir.

_ Faut-il lui préparer une chambre ?

Je n'y avais pas songé… Pour nous, c'était évident, notre cohabitation très rapprochée appartenait à une routine établie depuis le plus jeune âge, mais qu'en penserait le personnel de maison… ? Bon, de toute façon il n'avait pas le droit de moucharder, et pour le dire à qui ? Ce n'était pas la peine qu'ils s'embêtent à préparer une seconde chance puisqu'elle ne serait à l'évidence pas utilisée. En plus, ça ne ferait que rendre Wolfgang plus mal à l'aise. Le connaissant, il était capable de s'imaginer que je prévoyais une sortie de secours quand je me lasserais de lui. Non… autant jouer franc jeu…

_ Je dormirais sur le canapé, mentis-je. Il ne connait déjà pas la maison, alors si en plus il dort seul… Je dormirais sur le canapé, ce sera mieux comme ça.

Ma domestique hocha la tête avec un petit sourire. Elle avait certainement compris… pas grave, elle saurait tenir sa langue.

_ Une dernière chose : samedi et dimanche, nous ne serons certainement pas là, alors prenez tous ces deux jours pour vous reposer, vous le méritez amplement, souris-je.

Elle ouvrit grand la bouche, choquée que ma générosité se manifeste à deux reprises si rapidement. Il fallait dire que la présence de mon ami d'enfance me rendait particulièrement de bonne humeur.

_ Antonio ?m'interpella une voix presque timide.

_ Je suis là Wolfgang, répondis-je en sortant de la cuisine.

Maintenant qu'il m'avait repéré, le visage de Wolfgang se détendit ostensiblement. Mon petit génie dévala les marches pour me rejoindre mais resta immobile et silencieux face à moi. Sa timidité soudaine m'intrigua, mais je mis ça sur le compte de l'intimidation que provoquait cette maison qu'il ne connaissait pas.

_ Viens, l'invitais-je en lui tendant la main. Je vais te faire visiter.

Wolfgang hocha sagement la tête et me suivit dans un silence religieux alors que je lui faisais visiter chacune des pièces. D'habitude, il y avait toujours une salle –ma salle de musique, dépourvu de tout ce qui n'appartenait pas à la famille des instruments- que je ne faisais pas visiter puisque j'estimais qu'elle n'appartenait qu'à moi, mais Wolfgang n'était pas un banal visiteur dérangeant. Wolfgang était la personne la plus proche de moi, celle à qui je tenais le plus.

Lorsque les yeux de Wolfgang se posèrent sur mon piano, ils se mirent à briller de mille feux. Ce piano était vraiment magnifique, il fallait l'admettre. C'était un cadeau que l'empereur lui-même m'avait fait. C'était là que je venais quand j'avais passé des journées difficiles, notamment lorsque je venais de parler à Lorenzo. C'était cette pièce qui accueillait mes nuits blanches, puisqu'elle était insonorisée et que je ne gênais donc personne.

_ Tu peux y jouer si tu le désires, l'autorisais-je.

_ Je… je n'ai pas le droit. Lorenzo ne veut pas que je joue quand on rentre du palais. Il n'y a pas de piano à la maison…

_ Pas de piano ?répétais-je assommé. Mais… pourtant il t'a obligé à rester composer à la maison…

_ Sans piano. Il n'y a aucun instrument chez lui. Il dit que ça lui fait mal à la tête, que c'est un véritable vacarme. Lorenzo veut pouvoir se reposer après ses journées de travail.

Lorenzo était vraiment un abruti. Il n'y avait rien de plus beau que la musique de Wolfgang, elle était divine. Quelle idée de priver ce petit génie d'instruments de musique… C'était de la torture ! J'imagine que c'était comme ça que Lorenzo voyait les choses aussi. Il cherchait à vider Wolfgang de sa substance, signe qu'il pensait déjà à s'en débarrasser… C'est ce qu'il avait fait avec Lucia… Après l'avoir complètement isolée, il lui avait supprimé son piano, puis les visites chez son tailleur, et enfin ses livres… A la fin, ma défunte amie n'était plus que l'ombre d'elle-même à ce que j'avais entendu. Mon ancienne élève ne parlait même plus, il lui avait fait un lavage de cerveau… Wolfgang avait un esprit solide, donc il résistait bien, mais être privé de son art devait le détruire.

_ Wolfy, tu peux jouer autant que tu veux ici, lui assurais-je. Lorenzo dit des bêtises. Non seulement ta musique est sublime, mais en plus elle est reposante. Quand je rentre du palais, je laisse la porte de cette pièce ouverte pour que la musique se répande dans tous la maison. Ça donne de la vie, c'était ce que faisait toujours Gassmann en rentrant et il m'avait appris à en faire de même.

Mon ami d'enfance m'écoutait religieusement, sans rien dire. Son silence commençait à m'inquiéter… Avais-je fais quelque chose de mal pour qu'il redoute d'ouvrir la bouche ? Peut-être que ce que je venais de lui dire avait été mal interprété et qu'il pensait qu'il me devait le même respect qu'à Lorenzo…

_ Wolfy ? Tout va bien ? Je ne voulais pas t'offenser, je trouve juste aberrant que Lorenzo te prive de ta passion, m'expliquais-je en attrapant sa main.

Le regard de mon Autrichien préféré se porta sur ma main qui tenait la sienne. Sous mes doigts, je sentais bien que sa tension musculaire s'était accrue. Je n'avais pourtant rien fait de grave qui puisse susciter son inquiétude.

_ Wolfgang… parle-moi…

N'obtenant toujours pas de réaction de sa part, je caressai instinctivement la peau de l'intérieur de son poignet. Je le sentis se détendre imperceptiblement. Ce contact tactile lui faisait visiblement beaucoup de bien.

_ Lorenzo dit qu'il a besoin de silence quand il rentre…

_ Vous ne parlez jamais ?m'étonnais-je.

Wolfgang secoua négativement la tête. Je n'en revenais pas. Comment avait-il fait pour survivre jusque là ? Wolfgang était un grand bavard. Il était presque effrayé par le silence.

_ Pour dire quoi ?souffla tristement Wolfgang. Lorenzo n'a rien à me dire et il ne trouve aucun intérêt à m'écouter.

_ C'est du grand n'importe quoi, marmonnais-je entre mes dents.

Je l'attirai dans mes bras sans lui laisser le temps de répliquer quoi que ce soit. Il se débattit naturellement mais finit par se relâcher lorsque je passai mes bras autour de lui. Beaucoup plus à l'aise dans mon étreinte, Wolfgang y répondit et reposa sa tête sur mon épaule en soupirant d'aise.

_ Maestro Salieri ?m'appela la voix de ma domestique. Le repas est servi.

Je l'informai que nous arrivions et entrainai doucement Wolfgang avec moi. Tout en descendant les marches, notre conversation me revint à l'esprit.

_ Tu peux me parler autant que tu veux Wolfy, tu le sais très bien, lui rappelais-je. Tu ne te rappelles pas les sermons de ton père lorsque je dormais chez toi et que nous passions nos soirées à parler ?

Ses yeux amusés et son sourire espiègle me répondirent à sa place. Bien sûr qu'il s'en rappelait. Léopold avait sa chambre juste à côté de celle de Wolfgang –pour pouvoir le surveiller-, et il passait plus de temps à nous gronder que nous à parler. Généralement, une fois qu'il était parti nous échangions un regard avant d'éclater de rire. Pas très convaincant Léopold, quel que soit le respect que j'avais pour lui…

_ Tu me parlais beaucoup à cette époque, et tu peux toujours me parler autant, souris-je. Je n'ai pas changé depuis la semaine dernière, tu n'avais pas peur de me parler à ce moment-là.

_ D'accord, approuva simplement Wolfgang. Je te noierais à nouveau de paroles jusqu'à ce que tu finisses à l'asile pour me fuir durablement.

Son ton était très sérieux, mais je ne savais qu'il ne pensait pas vraiment réussir à m'effrayer. Après avoir échangé un regard, nous éclatâmes d'un rire complice en nous dirigeant vers la salle à manger. Le repas était fastueux, comme je l'avais entrevu quelques instants plus tôt. M'avançant d'un pas décidé, je tirai sa chaise pour l'inviter à s'assoir et contournai la table pour m'assoir en face de lui. Wolfgang ne se fit pas prier, mais après un rapide examen des plats, il s'immobilisa complètement.

_ Wolfy ? Quelque chose ne va pas ?m'inquiétais-je. Tu n'as pas faim ?

_ Si, mais j'attends que tu te serves. Hiérarchiquement, comme je suis inférieur à toi, je dois attendre que tu aies pris ce que tu veux pour pouvoir profiter des restes.

Je restai bloqué pendant quelques secondes, immobile en train de le fixer. C'était ridicule… Comment Lorenzo pouvait sortir pareilles âneries ? Ça ne ferait qu'une accusation de plus sur la liste déjà très longue qui pesait sur les épaules de ce monstre.

_ Je reviens…, annonçais-je atterré.

Sans lui laisser le temps de s'offusquer de ce manque de politesse, je me dirigeai vers la cuisine d'une démarche assez raide et m'attrapai un verre dans les placards.

_ Monsieur ? Quelque chose vous dérange ?s'enquit mon cuisiner étonné.

_ J'ai besoin d'un verre, soufflais-je.

Mon cuisinier comprit rapidement et m'attrapa l'absinthe pour me servir lui-même. Une fois l'alcool ingurgité –pas une trop grande quantité quand même-, je donnai une tape amicale sur l'épaule de mon cuisiner et me rendis à nouveau à table. Wolfgang n'avait toujours pas bougé, ce qui m'inquiétait. Les dégâts causés par Lorenzo étaient considérables, j'avais peur de ne pas parvenir à tout rattraper…

Je m'assis à nouveau sur mon siège et observai Wolfgang. Il avait l'air dans ses pensées, alors pour le faire revenir sur terre je lui pris sa main que je pressai doucement.

_ Wolfgang, je voudrais, avec ton accord, que tu acceptes de passer le mois qui arrive ici, déclarais-je d'un ton posé. Et même si tu refuses, j'aimerais au moins que tu viennes me voir régulièrement, donc que tu comprennes que tu n'as pas à te considérer inférieur à moi d'une quelconque façon. Tu vois bien qu'il y a largement assez à manger pour nous deux ? Wolfgang… tu es mon ami depuis tant d'années, tu sais très bien que je ne suis pas avare. Mange autant que tu le veux, je ne vais pas te restreindre.

Wolfgang m'observa avec de gros yeux, complètement chamboulé par ce renversement des règles –et ma demande de venir vivre chez moi pour le prochain mois ne devait pas tellement l'aider. Je savais qu'il mettrait du temps à assimiler tout cela, et qu'il me fallait en plus régler la question du comportement qu'il devait avoir en présence de Lorenzo, mais j'étais prêt à dévoiler des trésors de patience pour l'épauler.

_ Sers-toi Wolfgang, l'incitais-je souriant.

Un peu hésitant, Wolfgang se lança en zyeutant régulièrement mon visage pour s'assurer que je ne changeai pas d'avis. Mon ami d'enfance retrouva peu à peu ses repères et nous pûmes rattraper un peu de ses années que nous avions passées trop loin l'un de l'autre.

J'avais beau être rassuré par les améliorations que je constatai, j'avais peur de ce que je pourrais encore trouver. Lorenzo ne s'était certainement pas arrêté là… J'allais besoin d'avoir d'aide pour découvrir la véritable étendue des dégâts… Qui de mieux que Léopold pour m'assister sur ce point ? J'étais trop proche de Wolfgang, j'étais l'épaule sur laquelle il pleurait, mais Léopold était une figure d'autorité qui aurait bien moins de mal à lui arracher des aveux…

_ Dis-moi Wolfgang… tu as quelque chose de particulier prévu pour samedi et dimanche ?l'interrogeais-je à la fin du repas.

_ Non, pourquoi ?s'étonna-t-il naïvement.

_ Ça te dirait de m'accompagner voir ton père ?

Ses yeux s'éclairèrent et je su que c'était gagné. Certes, Wolfgang n'était pas encore débarrassé de son parasite, mais Léopold serait certainement heureux de voir ses progrès.