ATTENTION : mention de viol dans ce chapitre


Une voix lointain faisait écho dans sa tête, sans pour autant qu'il arrive à comprendre un traitre mot de ce qu'elle disait. Ça l'arrangerait d'ailleurs qu'elle se taise, cette satanée voix qui amplifiait son mal de crâne. Un gémissement, très léger mais douloureux, s'échappa de ses lèvres, et presque immédiatement il sentit qu'on venait caresser tendrement ses cheveux. La voix s'était rapprochée, et il commençait à pouvoir distinguer des mots alors qu'il reprenait peu à peu conscience.

- Vu la sonnerie insistante je me suis dit que… Non, ça fait un moment déjà… Je lui rendrais demain oui… Pas la peine…

Il n'arrivait à capter que la moitié de la conversation, bizarrement. Son état, qui s'améliorait petit à petit, lui rappela qu'ils étaient à l'ère du numérique, et que la personne qu'il entendait était probablement au téléphone.

- Tu as ses coordonnées, vérifie par toi-même…

Il avait maintenant reconnu la voix de Tezuka. Le tout était de savoir à qui il parlait. Enfin, si il arrivait à bouger. Il avait l'impression que son corps était totalement engourdit. Il sentait qu'il était allongé sur le côté, et vu la matière sur laquelle il reposait ce devait être un lit, mais ce n'était pas confortable pour autant, étant donné que ses bras étaient douloureusement tordus dans son dos, que ses poignets étaient en feu et qu'il ne sentait presque plus le bout de ses doigts. Les souvenirs de comment il en était arrivé là remontèrent brusquement à sa mémoire, et il réussit à entrouvrir un œil.

Ils n'étaient plus dans la chambre de Rodriguez, et c'était d'ailleurs lui qui passait lentement ses doigts dans ses cheveux. Il doutait de rien, celui-là… mais la luminosité trop forte pour ses pupilles lui fit à nouveau fermer les paupières. Il ne savait pas ce qu'il avait bu, mais il se sentait vraiment mal, une légère nausée se couplant à sa migraine, en plus de ses muscles en cotons.

- Ce que tu peux être suspicieux, Midorima-san…

Le nom de son compagnon le fit presque sursauter, et il ouvrit à nouveau les yeux, faisant fit de la lumière qui l'aveuglait.

- Shi…

Une main, celle qui caressait ses cheveux une seconde plus tôt, vint durement se plaquer contre sa bouche, stoppant net le son un peu rauque qui s'était échappé de ses lèvres quand il avait voulu appeler son amant, qui était vraisemblablement la personne à l'autre bout du téléphone. Il voulut se débattre, mais le peu d'effort qu'il dû fournir pour bouger simplement la tête l'épuisa presque immédiatement. Sans doute que la drogue que l'autre lui avait fait boire faisant encore trop effet dans son organisme. Ses yeux se fermèrent encore une fois, douloureux à force d'être agressés par la lumière.

- Bien, passe une bonne soirée, et ne t'inquiète pas trop… Oui, au revoir.

Il entendit avec désespoir le métis refermer le clapet de ce qu'il supposait être son propre téléphone, il ne voyait pas comment son petit-ami aurait pu avoir le numéro de celui du plus âgé, coupant la conversation et probablement sa seule chance de demander de l'aide. Il se maudit de se sentir aussi faible.

L'autre reprit la parole.

- Sois sage, Kazu.

… il se foutait de lui ?

Vaillamment il entreprit à nouveau d'essayer de voir quelque chose, et ça porta ses fruits cette fois. Sa vision était floue, mais il pouvait au moins garder les yeux à moitié ouverts.

La main qui maintenant ses lèvres closes se retira, et il put recommencer à respirer normalement, sans se sentir physiquement oppressé. Il leva légèrement le regard sur celui qu'il pouvait appeler son kidnappeur, aussi risible que cela puisse paraître.

- Ne fais pas cette tête, tu ne m'as pas laissé le choix.

- T'es le genre de type qui supporte pas qu'on lui dise « non », c'est ça ?

Sa voix était encore un peu rauque et faible, mais au moins il pouvait parler. Tezuka soupira.

- Je ne pouvais pas te laisser retourner avec lui. Je suis du genre très possessif quand j'aime quelqu'un.

- En dépit de l'avis de ce quelqu'un ?

Le brun sourit en passant le bout des doigts sur sa joue.

- Tu t'y feras.

- Je crois pas, non…

- C'est ce qu'elles disaient aussi.

Il lui fallut quelques secondes, le temps que le plus grand se lève du lit et s'éloigne, pour se rendre compte de ce que ces paroles impliquaient. Il écarquilla légèrement les yeux alors qu'une angoisse sourde le prenait aux tripes. Si c'était pas la première fois que ce dingue faisait ça, il était encore plus mal barré que ce qu'il pensait. Ah, on l'y reprendrait à faire confiance au premier venu aussi facilement…

Il se décida quand même à poser la question qui lui brûlait les lèvres, et dont la réponse l'inquiétait plus qu'autre chose.

- Et « elles » sont devenues quoi ?

Rodriguez ne lui répondit que part un sourire énigmatique que sa vision troublée discerna à peine.

S'empêchant de céder à la panique, si ça se trouve ce malade ne faisait que jouer avec ses nerfs, il observa autour d'eux. Ils étaient dans un espèce de studio, dont il pouvait voir un genkan et une porte entrouverte sur une salle de bain depuis sa position sur le lit. La seule fenêtre de la pièce était obstruée de l'intérieur par des planches en bois, et la source lumineuse qui l'agressait plus tôt se trouvait être une ampoule nue au plafond. Le parquet au sol paraissait usé, et la porte coulissante du placard mural semblait en partie sortit de ses rails.

Une multitude d'autres questions se bousculèrent dans sa tête, à mesure que son esprit s'éclaircissait. Comment l'autre avait fait pour le transporter ici ? C'était où exactement, « ici » ? Combien de temps avait-il été inconscient ? Son petit-ami s'était rendu compte qu'il y avait anguille sous roche, vu son appel, mais est-ce que la comédie de Tezuka au téléphone avait été assez efficace pour que Midorima n'alerte pas tout de suite les secours ? Et sa famille ?

Et encore d'autres auxquelles ils voulaient éviter de penser. Pourquoi l'autre avait-il décidé de le séquestrer ? La réponse évidente était qu'il ne devait pas être tout seul dans sa tête. Mais jusqu'où pourrait-il aller ? Il se doutait bien que le métis ne devait pas avoir des intentions très catholiques à son égard, mais allait-il aller jusqu'à le forcer ? Sans doute. Lui faire du mal si il refusait ? C'était probable. Mais il n'arrivait pas à penser que peut-être il pourrait aller jusqu'à le… faire disparaître. Enfin, il aurait été plus rassuré de savoir ce que celui qu'il prenait pour un camarade avait fait des « elles » qui avait été mentionnées. Quoi que, « rassuré » c'était peut-être un peu fort, mais au moins il n'aurait plus eu ce doute qui alimentait son sentiment actuel, qui oscillait entre la peur, la colère, et l'envie de fuir très vite et très loin.

Il se força néanmoins à se calmer. Ça ne servait à rien de s'énerver, sinon à mettre en colère le type instable qui lui servait actuellement de seule compagnie. Et qui était d'ailleurs bien silencieux depuis quelques minutes. Il le chercha du regard et le trouva rapidement, vu la taille ridicule de l'endroit.

L'archer lui tournait le dos, et était occupé à disposer des bouteilles d'eau et des boîtes de nourritures, en conserves pour la plupart, contre le mur, à côté d'un four à micro-ondes posé à même le sol. Ses mouvements avaient l'air naturels, comme si il faisait ça souvent, ce qui renforça l'idée qu'il n'avait pas mentit en disant qu'il y avait eu d'autres « victimes » avant lui apparemment. Il avait envie d'en savoir plus.

- Est-ce que ta méthode a vraiment fait tomber ces filles follement amoureuses de toi ?

Son ton légèrement ironique donnait une bonne idée de ce qu'il pensait de la situation.

- Je n'avais pas besoin qu'elles le soient. Tout comme je n'ai pas besoin que tu m'aimes non plus. Du moins pas de la façon dont on conçoit l'amour habituellement.

Il n'osa pas demander de quelle façon le plus âgé voulait être aimé.

- Au moins t'as l'air d'admettre que t'es dérangé…

Ça fit rire son vis-à-vis, d'un rire doux qui mit pourtant le noiraud mal à l'aise. D'autant plus qu'il était toujours attaché, et qu'il se demandait si il n'allait pas perdre ses mains si elles continuaient à ne pas être correctement alimentées en sang.

- Je pensais que toi tu comprendrais.

Takao fronça les sourcils.

- Comprendre ? Et qu'est-ce que je suis sensé comprendre ? A part que tu devrais te faire soigner…

- Je pensais que tu savais ce que c'est que d'avoir un amour hors norme. Qui va au-delà de ce que la société peut accepter.

Est-ce que ce barje était en train de comparer sa relation avec Shin-chan à son trip de maniaque ?

- Mais ce n'est pas grave. Reprit l'autre avec un sourire. Je t'apprendrais.

Bizarrement, il n'avait aucune envie d'apprendre quoi que ce soit de lui, là. Il tenta de ne pas se recroqueviller sur le lit en le voyant s'approcher à nouveau et se pencher sur lui. Il frémit au souffle contre son oreille.

- Je vais te faire vivre des choses auxquelles Midorima-san n'aurait jamais pensé.

- Peut-être parce que Shin-chan est sain d'esprit ?

Il n'avait pas pu s'en empêcher, mais ça sembla amuser son possible futur tortionnaire plus qu'autre chose.

- J'aurais voulu rester pour te tenir compagnie plus longtemps, mais il faut éviter d'éveiller les soupçons sur moi. Il y a l'eau courante, mais elle n'est pas potable, ne te rend pas malade inutilement, je n'appellerais pas de médecin. Je t'ai laissé le nécessaire jusqu'à ce que je revienne.

- Et tu crois que je vais te remercier ?

- Tu le feras, plus tard.

Il allait répondre, mais le métis plaqua un chiffon imbibé d'il ne sait quel produit encore contre son visage, et il sentit sa conscience commencer à s'évaporer à nouveau. Il lutta un instant mais, épuisé autant physiquement que mentalement, finit par perdre connaissance une nouvelle fois.

MT

Quand il se réveilla, sans savoir combien de temps il avait passé dans le brouillard, il était seul. Et, bonne nouvelle, ses bras, bien que douloureux et fourmillant désagréablement, étaient libres. De plus, il se sentait tout de même un peu moins mal qu'à son premier réveil, ce qui n'était pas non plus négligeable.

Encore incertain, il se redressa lentement en position assise. Il faisait très sombre dans la pièce cette fois, Rodriguez avait dû éteindre la lumière en partant. Il allait devoir chercher l'interrupteur. Puis un moyen de sortir d'ici. Pour ce qui était de savoir où il se trouvait exactement, il aviserait une fois dehors. Il finirait bien par tomber sur poste de police, il se contenterait même d'un passant ou d'une carte à un arrêt de bus pour arriver à se situer, et aviserait pour prévenir les autorités plus tard. Car il ne comptait pas laisser son kidnappeur s'en sortir comme avec les filles qu'il avait déjà séquestré.

Levant ses mains devant ses yeux, il observa un instant les marques violacées sur ses poignets qui, il en était sûr, allaient mettre un moment avant de disparaître. Lentement, il se glissa ensuite jusqu'au bord du lit, et posa ses pieds au sol, remarquant par la même occasion qu'il n'avait plus ses chaussures. C'était assez effrayant de voir que Rodriguez avait l'air de prendre soin de lui, tout en lui ôtant toute liberté.

Attendant encore quelques secondes, histoire d'être sûr qu'il ne risquait rien à se lever, puisqu'il n'avait aucune idée de quels produits l'autre avait utilisé sur lui, il en profita pour observer la fenêtre obstruée. Ça avait l'air solide, ce qui n'était pas pour arranger ses affaires. Quoi qu'il n'aurait pas pu passer par là de toute façon si il se trouvait au-delà du premier étage.

Voulant en avoir le cœur net, il se leva finalement, en prenant toutes les précautions possibles, et s'avança vers les planches de bois brutes bardées de clous qui les fixaient au mur. Elles étaient assez écartées les unes des autres pour qu'il puisse voir la vitre sale cachée derrière, et la rue en contre-bas. Vu la distance du sol, le studio devait être au deuxième étage, à croire que même les bâtiments se liguaient contre lui aujourd'hui.

Soupirant légèrement, la gorge sèche et un peu douloureuse, il se retourna vers la pièce principale et avisa les bouteilles d'eau alignées contre le mur avec la nourriture. Est-ce qu'il pouvait faire confiance à son kidnappeur ? Rien ne lui disait qu'il n'avait pas encore mit une drogue là-dedans… Il préféra donc aller voir dans la salle de bain avant de tenter de boire. Il voulait être en pleine possession de ses moyens, du moins autant que possible, pour essayer de trouver une sortie. Si il y en avait une.

La pièce d'eau était minuscule, et ne contenait que le strict nécessaire : des toilettes, une cabine de douche et un lavabo. Pas de miroir, même si une trace plus claire sur le mur abîmé prouvait qu'il y en avait eu un avant, ce qui l'arrangeait dans un sens, il devait avoir une tête à faire peur. Il se décida à ouvrir l'eau du robinet, qui crapota un peu avant de laisser échapper un filet de liquide plus ou moins clair. Là encore, vu ce que lui avait dit Tezuka, il n'était pas sûr de vouloir la boire. Surtout si l'autre n'appelait pas de médecin si il s'intoxiquait.

Le faucon avait donc le choix entre se rendre malade, se droguer, ou se dessécher comme un vieux pruneau en espérant qu'on viendrait le sauver avant qu'il ne meure de soif. Chouette alors.

Il ressortit de la salle de bain, pas plus avancé qu'en y entrant, mais il ne perdait pas encore espoir. Il avait eu un peu peur tout à l'heure, quand l'aîné était là, mais maintenant qu'il était seul il se sentait bizarrement un peu plus en sécurité. Ce qui était complètement stupide puisque l'autre pouvait revenir à tout moment, pour lui faire il ne savait quoi encore. Et il ne voulait vraiment pas le savoir.

Sans grande conviction il tenta d'ouvrir simplement la porte d'entrée, qui était évidemment fermée à clef, mais au moins il eu le mérite de vérifier. Malgré l'aspect vieillot et un peu en ruine de l'endroit, elle paraissait assez solide, sans doute trop pour qu'il arrive à l'enfoncer. Il ne tenterait ça qu'en cas d'urgence, il n'avait pas envie de se déboîter une épaule avant d'avoir essayé de sortir par d'autres moyens. D'autant plus que si il le faisait maintenant et n'arrivait pas à ouvrir la porte quand même, il risquait de ne pas avoir d'aide avant quelques jours. En étant optimiste.

Il retourna se poster à la fenêtre sans avoir allumé la lumière pour ne pas être gêné par les reflets, histoire d'étudier un peu le coin. Son kidnappeur devait sans doute avoir choisi un quartier avec très peu de passage, voir même pas d'habitations, et ça se confirma vu l'état des bâtiments qu'il pouvait apercevoir de l'autre côté de la rue. Tout avait l'air abandonné depuis au moins plusieurs mois, et servait probablement de squat à des gens peu fréquentables. Comme quoi, une personne pouvait être totalement dérangée tout en ayant un minimum d'intelligence. Dommage pour lui, avec une grosse brute sans cervelle, il aurait peut-être eu une chance de s'en sortir sans trop de dégâts.

Sentant à nouveau la fatigue l'envahir, son corps luttant sans doute toujours pour se purger des drogues, en plus du stress, il alla se recroqueviller sur le lit. Assit dos au mur, les jambes remontées contre son torse, ses bras les entourant, et le front posé sur ses genoux, il s'empêcha d'avoir des pensées pessimistes. Ce n'était vraiment pas le moment de broyer du noir, il était plus malin que ça, et il savait que le temps qu'il passait seul était précieux, et qu'il devait l'utiliser à bon escient.

Il fit mentalement un récapitulatif de sa situation. Il était dans un coin de la ville qu'il ne connaissait, ou ne reconnaissait, pas, il n'avait aucun outil ici qui lui permettrait de retirer ou briser les planches à la fenêtre, et ne parlons même pas d'égratigner la porte, et sa nourriture et son eau n'étaient pas à cent pour cent sûrs. En fait, la seule bonne chose dans cette histoire c'est qu'il était détaché. Peut-être qu'il devrait tenter de passer en force quand Rodriguez reviendrait… quoi que le métis devait sûrement s'y attendre. Mais après tout ça ne lui coûtait rien d'essayer, à situation désespérée, mesures désespérées !

Il tenta de se donner du courage en pensant à ce que son amant ferait si il était dans cette situation. Au début ça le fit un peu rire de l'imaginer enfermé dans une pièce, il était sûr que le vert s'installerait confortablement et attendrait que le destin lui envoie un signe, que les secours arrivent, ou quelque chose du genre. Et puis, son Shin-chan était grand et fort, en plus d'être naturellement méfiant, il ne se ferait pas avoir aussi facilement par qui que ce soit, lui.

Plus il y pensait, plus le noiraud se sentait pitoyable. C'était de sa faute, et uniquement de sa faute, si il était dans le pétrin maintenant. Non seulement parce qu'il avait été assez bête pour boire ce fichu verre, mais en plus il n'avait jamais donné les coordonnées de Tezuka à son compagnon. L'autre était évidemment partit en emportant son portable, et ferait probablement un superbe numéro d'acteur quand il le chercherait pour lui rendre au lycée, en sachant très bien que Takao n'y était pas.

Ses doigts se crispèrent sur ses bras quand il se demanda combien de temps il allait passer dans cet endroit, et ce que ce dingue aurait le temps de lui faire avant qu'on le retrouve. Si on le retrouvait…

Lui qui ne voulait pas se morfondre et avoir des pensées pessimistes, c'était gagné. Il allait même peut-être devenir fou à rester seul avec ses réflexions et ses craintes.

Il se redressa d'un coup en faisant claquer ses mains sur ses joues.

- Aller, Kazunari, bouge-toi ! S'encouragea-t-il lui-même à voix haute.

Il n'avait encore rien tenté, et il réfléchissait comme si c'était fini et qu'il était fichu. Déjà qu'il se sentait pitoyable, il devenait ridicule aussi. Il était fatigué, mais il n'avait pas envie de perdre du temps à se reposer. Il se releva donc, et alla se reposter à la fenêtre. Il pouvait au moins surveiller l'extérieur, après tout, les chances de voir quelqu'un passer ici n'était pas nulles dans une aussi grande ville. Même si, vu l'endroit, il doutait de pouvoir tomber sur quelqu'un de réglo, ce serait sans doute mieux que rien vu sa situation actuelle.

Quelques heures, enfin il en avait l'impression puisqu'il n'avait aucun moyen de connaître l'heure, plus tard, il dû se rendre à l'évidence, personne ne passerait ici, en tout cas pas cette nuit. Et il commençait à être vraiment trop fatigué pour continuer à faire le pied de grue comme ça, debout devant les planches de bois. Ignorant sa soif qui commençait à le tirailler, il retourna s'allonger sur le lit. Il devrait quand même se résoudre à boire et à manger rapidement, sinon il ne tiendrait pas longtemps. C'est sur cette pensée pas vraiment engageante qu'il finit par s'endormir.

MT

Ce fut une lente caresse entre ses mèches noires qui le sortit de son sommeil. Il cru d'abord rêver, après tout cela faisant quelques jours maintenant qu'il était seul dans le studio. Il avait d'ailleurs finit par se nourrir, et avait été surpris de constater que rien n'avait été empoisonné, ou il ne savait quoi encore. Il n'irait pas jusqu'à dire que ça avait été une agréable découverte vu les circonstances, mais pouvoir manger et boire sans craintes avait au moins été un soulagement.

Au bout de quelques minutes, il finit par se rendre compte que le toucher persistait étrangement, et se décida à ouvrir les yeux pour voir ce qu'il en était. Son regard gris tomba sur celui bleu de son kidnappeur, et il faillit bien grogner de frustration. Ça faisait des jours qu'il attendait que ce sale type revienne pour pouvoir tenter de passer en force et s'enfuir, et l'autre trouvait le moyen de se pointer quand il dormait ! A croire que sa malchance n'avait aucune limite.

- Bonjour, Kazu, je t'ai manqué ? Demanda l'aîné avec un sourire, comme si tout était parfaitement normal.

- Absolument pas. Assura-t-il en se redressant et en chassant la main qui jouait avec ses mèches sombres. Tu t'es décidé à me libérer ?

Il connaissait bien la réponse, mais ça ne lui coûtait rien de demander.

- Au contraire, je suis venu te rapporter des vivres pour la semaine suivante. Répondit le métis en montrant les boîtes de conserves, qu'il commençait à connaître, alignées contre le mur.

Ça faisait donc déjà une semaine qu'il était là… mais que foutaient les secours, bordel ?!

Son énervement intérieur dû se lire sur son visage.

- On te cherche, tu sais ? Tu es même passé aux infos régionales ! Tu devrais voir Midorima-san, il est dans tous ses états… on dirait qu'il va me sauter dessus pour me battre à mort à chaque fois qu'il me croise.

Ça semblait beaucoup l'amuser. Takao, lui, ça ne le faisait pas rire du tout. Il inquiétait son amant à ce point, et sa famille ne devait pas être dans un meilleur état d'esprit. Il serra les poings, et se redressa brusquement pour se jeter contre la porte. Verrouillée, comme il s'en doutait finalement. C'est que cet enfoiré avait pensé à tout.

- Kazu, qu'est-ce que tu fais ? Ce ne sont pas les actes désespérés qui vont t'aider à sortir d'ici, voyons. Crois-moi, on m'en a fait des coups bas, je suis bien préparé à tout maintenant.

Il se tourna vers lui. L'archer était assis sur le lit, l'air tranquille. Et lui commençait à être à court d'idée. Il avait eu le temps de tout essayer pendant ces quelques jours, il avait hurlé à la fenêtre, utilisé la lumière pour tenter de faire des signaux, dommage qu'il n'y connaissait rien au morse, frappé à la porte pendant des heures, mais rien. A croire qu'il était dans un quartier fantôme, ou que le peu de gens qui vivaient encore ici ne voulait pas se mêler des affaires des autres.

- Ça ne te fait pas plaisir d'avoir de la compagnie pour le week-end ?

Parce qu'en plus il comptait rester là pendant deux jours ?

- Ce qui me ferait plaisir, c'est de rentrer chez moi !

L'autre sourit.

- Allons, ne t'énerve pas. Tu sais bien que ce n'est pas possible. Pas encore en tout cas, si je te laissais partir maintenant tu me dénoncerais.

- Evidemment !

Et il le dénoncerait de toute façon, qu'il rentre chez lui maintenant ou plus tard, mais ça il n'allait pas lui dire, on ne savait jamais comment ce taré pourrait réagir. Celui-ci se leva d'ailleurs pour s'approcher de lui.

- Il faut que je couvre mes arrières avant de te rendre ta liberté.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

Ça y est, il recommençait à avoir peur maintenant. Il devait vraiment mieux apprendre à contrôler ses émotions.

Son kidnappeur alla prendre le sac avec lequel il était venu et en sortit une petite caméra numérique, qui fit naître un boule de stress dans l'estomac du faucon.

- C'est pour quoi, ça ?

Il savait pourtant que la réponse allait lui déplaire, mais il n'avait pas pu s'empêcher de poser la question quand même.

- « Ca », c'est pour filmer notre « nuit de noce ».

Il recula d'un pas, voulant mettre de la distance entre eux, même si c'était dérisoire.

- De quoi tu parles…

- Je ne suis pas un monstre, Kazu, je n'ai pas fait disparaître mes anciennes petites-amies. Ça m'arrive même de les recroiser d'ailleurs !

Le terme de « petites-amies » ne lui paraissait bizarrement pas adapté du tout en cet instant.

- Par contre, il me faut une sorte de « garantie ». Ajouta le plus âgé en posant la caméra sur un trépied, à côté du lit, avant de l'allumer. Je ne veux pas finir ma vie en prison, tu comprends ?

Il avait bien peur de comprendre, en effet. Et ça ne lui plaisait pas du tout. La situation lui paraissait tellement irréaliste, son cœur battait la chamade, et son cerveau carburait pour tenter de trouver une échappatoire.

Ce n'est que quand son dos toucha le mur abîmé qu'il se rendit compte qu'il avait continué à reculer. Rodriguez le remarqua aussi, et son visage s'orna d'un sourire carnassier.

- Ne me montre pas ce visage de petit animal traqué, Kazu, tu me donnes vraiment envie de te dévorer.

Sa respiration se fit plus rapide sous le stress qui l'envahissait, et il se sentit devenir livide. Et c'était vraiment pas le moment de faire une crise d'angoisse. Son bourreau s'approcha de lui d'une démarche tranquille, mais qui trahissait pourtant une certaine fébrilité.

- Je ne l'ai jamais fait avec un garçon, tu sais ? J'espère que tu ne m'en voudras pas si je m'y prends mal.

Il sentit la main du métis sur sa joue et il la repoussa violemment tout en se décalant brusquement sur le côté pour contourner le plus grand et trouver refuge dans un autre coin de la pièce. Il aurait pu s'enfermer dans la salle de bain, mais, malheureusement pour lui, elle n'avait pas de verrou. Ça lui ferait seulement gagner quelques minutes, puisqu'il s'avait pertinemment qu'il ne faisait pas le poids physiquement contre l'autre.

Le regard bleu s'ancra à nouveau dans le sien, semblant le jauger.

- Vu ton comportement, on dirait que tu cherches à ce que je te fasse mal.

- Non !

Son cri était sorti tout seul. Il tenta de se calmer, ça ne servait absolument à rien de paniquer, sauf à le fatiguer. Et il n'avait vraiment pas besoin de perdre ses forces maintenant.

- Dans ce cas tu devrais te détendre et arrêter de me rejeter. C'est toujours difficile au début, c'est la première fois, mais tu verras que ça ira mieux ensuite.

Il ne voulait rien voir du tout. Il aurait voulu lui renvoyer une réplique bien sentit sur le consentement mutuel, mais il avait peur. Honnêtement, il n'avait jamais pensé pouvoir être effrayé au point d'en perdre sa morgue habituelle, et à présent qu'il le vivait il s'en sentait presque humilié. Presque, parce qu'il était bien plus occupé à trouver un moyen d'échapper à ce qui l'attendait qu'à se concentrer sur ses états d'âme.

Il lutta contre la main qui attrapa son bras, et se sentit malgré tout traîné jusqu'au lit.

- Non ! Lâche-moi !

- Tu es vraiment difficile, Kazu… Soupira Tezuka. Il va falloir que tu comprennes qu'on peut faire ça gentiment, ou que je peux te droguer à nouveau et le faire alors que tu es à moitié inconscient, ce qui me déplairait autant qu'à toi. Qu'est-ce que tu préfères ?

- Aucun des deux ! Ne me touche pas !

Son ton furieux avait aussi des consonances désespérées. Il se sentit brusquement jeté sur le lit qui grinça en signe de protestation, et le corps lourd de l'autre vint recouvrir le sien. Il avait beau se débattre, l'archer avait totalement le dessus sur lui. Il sera son poing et le lança de toutes ses forces vers le visage au-dessus de lui. Ça lui fit aussi mal qu'à lui quand ses phalanges heurtèrent violemment la mâchoire contractée. La tête de son kidnappeur partit en arrière, avant qu'il ne s'immobilise, à genoux sur le matelas. Il y eu un instant de silence, pendant lequel aucun des deux ne bougea.

- Au fait, Kazu, je crois avoir oublié de te mentionner quelque chose…

La respiration haletante à cause de l'adrénaline et de la peur, le plus jeune était figé dans l'attente. Les yeux bleus, cette fois glacials, qui se fixèrent sur lui le firent trembler de façon incontrôlable. La phrase qui suivit tomba comme une sentence à ses oreilles.

- Je rends les coups.

MT

Allongé sur le dos, le corps lourd comme du plomb, il fixait le plafond en béton en face de lui sans le voir. Ses pensées était comme aspirées par un trou noir béant dans son crâne, le même qui lui retournait l'estomac et lui nouait la gorge. Il avait mal. Et ce n'était pas ses chairs maltraitées, déchirées et souillées qui le faisait le plus souffrir, mais le vide intense qu'il ressentait en lui.

Du coin de l'œil il pouvait apercevoir ses vêtements parfaitement pliés sur le sol abîmé. Ça lui donna envie de rire jaune. Mais aucun son ne sortit de sa gorge qui avait déjà laissé échapper trop de cris. Des cris de douleur, entrecoupés de supplications qui avaient été sciemment ignorés. Même ses lèvres, mordues jusqu'au sang, ne voulurent pas s'étirer pour former un sourire ironique.

Il était sûr qu'en tendant simplement la main, il aurait pu les attraper, ces bouts de tissus qui ne l'avait en rien protégés. Il ressentait une honte insidieuse l'envahir, lui provoquant un excès de pudeur qu'il n'avait jamais eu jusque-là. Mais son corps fatigué ne voulait pas bouger. Il trembla tout au plus, se tendit à peine. Et malgré ces mouvements qui n'en étaient pas, il sentit la douleur revenir brutalement. Une douleur sourde, qui remontait dans ses reins et le long de son dos, lui enserrait les hanches et allait même jusqu'à lui lécher les cuisses.

Il ferma les yeux, pressant fortement ses paupières les unes contre les autres, pour essayer d'assombrir les images qui se superposaient aux brûlures qu'il ressentait, comme si les mains de son bourreau revenaient le torturer et lui causer à nouveau toute cette souffrance qu'il avait enduré pendant des heures.

Son corps daigna enfin bouger, mais ce fût pour se recroqueviller, comme pour échapper physiquement à ces images, ces sensations fantômes. Il ouvrit à nouveau les yeux, avec la peur de revoir le visage déformé par le plaisir et une cruelle satisfaction qui l'avait dominé bien trop longtemps. Mais il était seul. Et étrangement, il ne se sentait pas soulagé. D'autres craintes venaient s'ajouter à celles qui le terrifiaient déjà. Quand est-ce que son tortionnaire allait revenir ? Est-ce qu'il devait profiter de son absence pour s'en aller ? Ses mains, qui avaient à nouveau été liées, n'étaient plus attachées, pourtant il n'arrivait pas à se mouvoir. Et surtout il ne savait pas comment il réussirait mieux à sortir de cet endroit maintenant qu'avant.

Est-ce qu'il devait prendre le risque d'essayer de fuir, d'enfoncer cette fichue porte quitte à se détruite l'épaule, dans son état déjà lamentable, alors qu'il était dans un quartier probablement inconnu, et sans savoir l'heure qu'il était ? Sa tête lui disait que c'était une mauvaise idée, et pourtant le reste de son être lui hurlait qu'il avait déjà vécu le pire, et que ça allait recommencer si il attendait stupidement que l'homme à l'origine de ses malheurs et surtout de ses souffrances revienne.

Son côté irrationnel prit finalement le pas sur sa raison. Et la douleur le ramena durement à la réalité. Incapable de bouger, il commençait à abandonner tout espoir de pouvoir sortir d'ici un jour. Mais n'était-ce peut-être pas mieux pour tout le monde, qu'il disparaisse ? Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir faire, dire, si il arrivait à rentrer chez lui ?

Il avait très bien comprit le principe de ce petit film pervers qu'avait fait Rodriguez. C'était une menace, un moyen de pression, qu'il ne se gênerait pas d'envoyer à sa famille, à son petit-ami, et à diffuser sur internet si jamais il osait le dénoncer. Il savait maintenant pourquoi les filles avant lui n'avaient rien fait, sans doute trop heureuses de retrouver leur liberté, à quoi bon s'infliger à nouveau la honte de ce qui leur était arrivé avec ces vidéos ? Dans ces cas-là, on devenait simplement égoïste et on ne voulait pas penser à ceux à qui ce dingue en liberté pourrait encore faire du mal.

Takao ferma les yeux une nouvelle fois. Il avait mal, son corps battu et violé ne supporterait pas de subir quoi que ce soit de plus, il le sentait. Et son esprit, tout aussi abîmé, était au bord du gouffre. Il ne savait pas si il allait réellement devenir fou, ou juste sombrer dans la dépression, mais il ne pourrait pas s'en sortir intact.

Et il avait envie de voir son amant. Il avait envie de se lover dans ses bras, de se sentir protégé, aimé. Il n'avait pas peur que son compagnon soit dégouté de lui étrangement, ce serait pourtant une réaction normale, mais il lui faisait confiance. Ce dont il avait peur, c'était de plus vouloir être touché lui-même. Il était effrayé par ses propres réactions. Parce que les violences qu'il venait de vivre était à présent ancrées dans sa chair, et le sang poisseux et chaud qu'il sentait entre ses cuisses en était une preuve écœurante. Rien que d'y penser, il sentit la nausée le prendre à la gorge.

Il s'était dit qu'il serait fort, il était sûr qu'il dénoncerait cet enfoiré… mais il savait qu'il ne le ferait pas. Il ne voulait pas que qui que ce soit voit sa faiblesse, son humiliation. Il ne voulait pas être rejeté, prit en pitié ou moqué. Il voulait que toute cette semaine qu'il venait de vivre, cet appartement qui avait un goût d'enfer sur terre, disparaisse.

Et peut-être qu'il avait vraiment envie de disparaitre lui aussi en même temps.

Il resta seul longtemps. Ce fût la soif qui réussit à le tirer du lit. Il eut énormément de mal à se déplacer. Ne pouvant marcher, il en avait été réduit à se traîner jusqu'au mur où s'alignait les bouteilles d'eau, et en avait vidé une entièrement, sans s'arrêter pour reprendre sa respiration. Il avait aussi pu récupérer ses vêtements, et n'avait finalement pu mettre que son haut. A nouveau, une honte cuisante l'avait presque amené au bord des larmes. Il se sentait fragile et faible à ce point pour la première fois de sa vie.

Après deux jours, il avait enfin reprit assez de force pour rejoindre la salle de bain, et pouvoir se laver. Ça avait été comme une sorte de délivrance au début. Malgré ses ecchymoses et ses plaies encore douloureuses, il avait au moins pu se nettoyer du sang et de la souillure que lui avait laissé son tortionnaire. Il n'avait pas voulu gaspiller son eau potable pour le faire, même si l'envie l'avait tiraillée pendant des heures. Il s'était fait couler un bain, et n'en avait plus bougé, y restant probablement toute la journée, bien que l'eau ai fini par être froide. Lentement, il avait pansé ses plaies physiques.

Il avait ensuite réussit à mettre la totalité de ses vêtements, puis il avait rejoint le lit, pour ne plus en sortir. Il avait l'impression d'être fiévreux, et ça se confirma les jours suivant. Il ne savait pas si ça venait d'une infection parce qu'il se serait mal soigné, du fait d'avoir trempé trop longtemps dans l'eau froide, ou si c'était tout simplement psychologique, mais il était bel et bien tombé malade. Il se drapa donc dans une couverture, restant à contrecœur au lit, n'ayant rien pour calmer sa fièvre. Il se forçait à manger quand il avait assez de force, mais petit à petit il sentait que son état empirait. Il dormait de plus en plus, et se réveillait trempé, en nage, la sueur qui le recouvrait le faisant trembler de froid alors que son corps était pourtant bouillant.

Ce n'est que dans un moment de lucidité, en essayant tant bien que mal de se nourrir, qu'il remarqua que ses vivres commençaient à lui manquer. Et que Rodriguez n'était par conséquent toujours pas revenu. L'inquiétude commença à le gagner, et plusieurs options lui virent en tête, aucunes d'entre elles n'étant positive pour lui. La première supposait que le métis lui avait mentit, et que ces filles n'étaient jamais reparties vivantes de ce studio. Il les imaginait bien, ici, comme lui, en proies à la fièvre, délirantes, et finissant par succomber à la maladie ou de malnutrition. Dans ce cas ce dégénéré devenait réellement un tueur en série, et ces horribles films qu'il faisait étaient des sortes de trophées qu'il collectionnait pour se rappeler de ses victimes. Ça lui fit ironiquement repenser à ce qu'il lui avait dit leur de leur première rencontre. Si il avait su à ce moment-là, il aurait tourné sept fois sa langue dans sa bouche, et se serait bien passé de le revoir ensuite.

La deuxième option était qu'il ne lui avait pas mentit. Dans ce cas, il pouvait très avoir décidé de le torturer en attendant qu'il soit privé de nourriture et d'eau. Peut-être même qu'il le surveillait en ce moment, qu'il l'observait, et se délectait de sa souffrance. Mais c'était sans doute la meilleure option pour lui, puisqu'elle supposait que l'autre reviendrait finalement.

Encore un autre cas, en supposant qu'il n'ait pas mentit et qu'il n'ait pas décidé de lui couper sciemment les vivres, était qu'il lui était arrivé quelque chose. Après tout, personne n'était à l'abri d'un accident, pas même les psychopathes. Et cette idée-là était sans doute la pire, parce qu'on ne retrouverait même pas son corps. On le chercherait de moins en moins, et au bout de quelques années il serait déclaré mort. Et personne ne saurait jamais ce qui lui était arrivé. Sa famille et son compagnon vivraient dans l'attente perpétuelle qu'on le retrouve ou qu'il revienne. Cette idée lui fit se rendre compte de la détresse absolue dans laquelle il se trouvait.

Non. Il ne finirait pas comme ça, comme un simple nom sur un avis de recherche qui ne prendrait jamais fin. Il n'infligerait pas cette douleur à ses proches.

C'est cette conviction qui lui donna la force de se redresser, comme il l'avait déjà fait si souvent sur ce lit grinçant et abîmé. Il sera un peu plus la couverture autour de son corps affaiblit par la faim et la soif, et se leva. Il pensa un instant que ses jambes tremblantes ne supporteraient pas son propre poids, mais il fallait croire qu'il avait encore des forces en réserve. Ou que son mental arrivait à prendre le pas sur son physique.

Il mit plusieurs longues secondes à faire les quelques pas pour franchir la distance qui le séparait de la fenêtre. Il leva ses mains, et les posa sur une des planches en bois, dans un mouvement qu'il avait répété mainte et mainte fois, dans l'espoir de l'arracher. Ça n'avait jamais marché jusque-là, mais il ne pouvait pas rester sans rien faire, pas vrai ? Puisant dans le peu d'énergie qu'il avait, il se penchant en arrière pour tirer la planche en utilisant le poids de son corps. Celle-ci grinça, mais ne bougea pas d'un pouce. Il recommença son action plusieurs fois de suite, mais toujours sans résultat.

A bout de souffle, il se laissa tomber au sol. Sa fièvre recommençait à le tirailler, et la force qu'il avait réussi à trouver dans son mental commençait à lui manquer à nouveau. A défaut de pouvoir se relever, il se traîna tant bien que mal vers la porte d'entrée, et tendit le bras pour atteindre la poignée. Elle tourna, mais la porte était, comme toujours, verrouillée de l'extérieur. Epuisé, il se laissa aller contre elle, la tête collée au battant de bois, en se demandant comment c'était possible d'être à ce point à quelques centimètres seulement de la liberté sans pouvoir l'atteindre.

Il allait à nouveau s'endormir dans cette position, ayant vraiment besoin de repos, quand il entendit quelque chose de bizarre, comme des bruits de pas rapides au loin et des cris. C'était bien sa veine, si y avait le feu ou une fuite de gaz c'en était fini de lui. Se concentrant pour rester éveillé, il continua à écouter. Ça faisait des jours qu'il était dans le silence quasi-total après tout. Il avait l'impression que les sons se rapprochaient. A bien y réfléchir, ce n'était pas vraiment des cris qu'il entendait, mais plutôt des appels. C'était ça, des gens couraient dans l'immeuble en appelant quelqu'un. Ils frappaient aux portes aussi. Et ça se rapprochait toujours.

Il fronça légèrement les sourcils. Il espérait que ce n'était pas une histoire de règlement de compte, ou quelque chose de ce genre. Il n'avait pas envie de finir, en plus, mêlé à des histoires de yakuzas. Et peut-être que la fièvre recommençait à le faire un peu délirer pour qu'il se mette à penser ce genre de choses.

Les bruits, et les gens du coup, se rapprochant toujours, il finit par pouvoir distinguer ce qu'ils disaient. Et il crut être finalement vraiment tombé dans un délire fiévreux en reconnaissant son propre nom. Car c'était bel et bien « Takao Kazunari » qu'il pouvait distinguer parmi les coups donnés aux portes et les claquements des chaussures dans le couloir à l'extérieur. Son incrédulité fût telle qu'il ne réagit pas tout de suite, et sursauta violemment quand les coups furent frappés à la porte contre laquelle il était affalé. Et encore une fois, c'est son nom qui était prononcé. Il ne rêvait pas. Ces gens le cherchaient. Ils le cherchaient, lui !

Se faisant violence, il se mit à tambouriner à la porte de toutes ses maigres forces, son cœur battant la chamade, la peur de ne pas être entendu le prenant aux tripes, sa gorge trop douloureuse depuis ces quelques jours refusant de laisser échapper plus que de légères plaintes. Une voix grave qu'il ne connaissait pas s'éleva alors.

- Takao Kazunari ? Vous êtes là ?

Oui ! Oui, il était là ! Donnant un nouveau coup sur la porte pour confirmer, il entendit plusieurs personnes s'agiter derrière le battant de bois. La poignée tourna, mais refusa à nouveau de s'ouvrir. La voix reprit la parole.

- Eloignez-vous de la porte, nous allons devoir la forcer.

Pas contrariant du tout, bien que toujours au plus mal, l'idée de sortir enfin d'ici lui donnait des ailes, et il réussit à s'écarter assez pour leur laisser le champ libre. L'émotion lui serra la poitrine quand il vit la poignée voler en éclat et la porte s'ouvrir enfin, après tout ce temps qu'il avait passé à prier pour que ça arrive. L'homme qui lui avait parlé s'avança précautionneusement vers lui avec une couverture de survie, suivit d'autres hommes en uniformes qui entrèrent dans le studio, à la recherche d'il ne savait quoi, et il s'en fichait pas mal pour l'instant.

- Takao-san, je suis le commissaire Murasame Masamune, une ambulance est en route. Assura le policier en l'entourant de la couverture, semblant évaluer son état physique sans aucun doute déplorable. On va vous sortir de là.

Le faucon ne put que hocher légèrement la tête pour montrer qu'il avait compris, avant de ressentir toute la pression retomber brusquement, et pour la première fois depuis longtemps, il se laissa bien volontiers sombrer dans l'inconscience, espérant enfin avoir droit à un repos réparateur.


Hellow !

Voilà enfin le nouveau chapitre tant attendu ! Désolée, il aura mit du temps à arriver, mais maintenant je suis en vacances, donc je devrais poster bien plus souvent :)

J'espère que ça vous a plu, notre pauvre faucon se fait bien malmener, maintenant il va falloir remonter la pente ! N'hésitez pas à laisser votre avis, ça compte beaucoup pour moi ! ^^

Un ENORME merci à Darkyukifr, Yukiia, zoemitzuko, Lenacia, kwikygirl-manga, Efirg, Vyersdra, Lapuita, Nayoko'sai'ry, Nyan-chan25, oan, MllUK, pounette9620, Alice, Magnetics, Fiction's fan, liberlycaride et midotaka-forever pour toutes vos reviews, vous pouvez pas savoir à quel point c'est motivant de lire vos avis et vos réactions, et j'espère toutes vous revoir dans les commentaires de ce chapitre qui a été très délicat à écrire ! :D (pour celles qui n'ont pas de compte, n'hésitez pas à en créer un pour que je puisse répondre à vos review ! ^^)

Voilà voilà, je vous laisse, je me met déjà à l'écriture du prochain chapitre, puisque maintenant j'ai le temps, je vais essayer de poster plus rapidement, et en profiter pour faire quelque OS sur d'autres couples aussi :)

Petite question : Pour le prochain chapitre, est-ce que vous voulez que je continu directement l'histoire, ou est-ce que ça vous plairait que je fasse l'enlèvement de Takao (donc que je refasse ce chapitre) du point de vu de Midorima cette fois ?

Kissus,
Nyny :3